Blé hybride au Canada : technologie génétique révolutionnaire ?

Le 11 Février 2017

Par Sébastien Proulx

D’après un article publié en décembre dernier dans le magazine La Terre de Chez Nous, le Canada se doit d’augmenter sa productivité en agriculture s’il veut conserver son statut de leader international en exportation et en production agricole (Laplante El Haïli, 2016). En effet, en 2015, le Canada faisait partie des trois plus grands exportateurs mondiaux de blé (principal grain d’exportation au Canada) et était le premier producteur de blé à mouture riche en protéines au monde (“Les céréales canadiennes”, 2015). Le développement de variétés hybrides de blé représente une solution de l’avenir pour augmenter la productivité du blé au pays. Des études antérieures ont démontrer que des variétés de blé hybride peuvent effectivement améliorer les rendements de grain, la qualité de grain et plusieurs autres caractéristiques (Bruns and Peterson, 1998) (Therien, 2016).

Les semences de blé, présentement, sont développées de façon conventionnelle. C’est à dire qu’une fois la variété sélectionnée, elle est reproduite en champ et, puisque la morphologie de la plante n’est pas favorable à la dispersion du pollen, les épis sont principalement fécondés par leur propre pollen. Pour produire un hybride de blé, les semenciers sélectionnent deux lignées parentales les plus pures possible et les croisent en évitant que les plantes femelles ne reçoivent leur propre pollen. La semence produite bénéficie alors de vigueur hybride (quand les gènes parentaux se complémentent bien). C’est cette vigueur qui est à l’origine des augmentations de rendement.

Depuis 2015, des variétés hybrides de seigle d’automne sont déjà mises en marché au Canada. Ces variétés offrent un rendement plus élevé et plus stable ainsi qu’une meilleure qualité de grain (Gélinas, 2016). Si l’industrie veut intégrer cette technologie au blé, elle devra relever quelques défis pour réussir à la rendre disponible et abordable aux agriculteurs. D’abord, les lignes parentales ont encore besoin d’être développées, sélectionnées et purifiées. Quelques hybrides sont déjà disponibles en Europe mais aucune variété n’est encore commercialisée à grande échelle au Canada. Aussi, les coûts de production de semences doivent être améliorer pour assurer une semence à un prix raisonnable. En effet, la production de semence hybride a un taux de réussite plus faible que la production conventionnelle et elle requiert plus d’opérations au champ et plus de manutention (Cross, 2016), son coût est donc plus élevé.

Certains pourraient craindre que l’arrivée d’hybrides dans le blé serait problématique pour les producteurs parce que ressemer leurs semences de blé deviendrait donc désavantageux due à la perte de la vigueur hybride. Ainsi, ils seraient forcés d’acheter leurs semences à chaque année et cela créerait une dépendance plus forte envers les fournisseurs. Cependant, si les compagnies semencières s’assurent des ventes plus importantes et stables grâce à cette technologie, il leur sera plus encourageant d’investir dans la recherche et éventuellement augmenter la productivité du blé et par le fait même améliorer la profitabilité de cette culture. Dans le domaine du maïs, les rendements moyens ont à peu près quintuplé depuis la découverte des hybrides (Crow, 1998). Bien sûr, ce n’est pas la même culture mais cela démontre tout de même que les efforts de recherche peuvent mener à des résultats impressionnant quand le potentiel est présent.

En gros, dans un futur rapproché, l’introduction de variétés hybrides de blé est une innovation qui pourrait révolutionner cette culture et le secteur bioalimentaire du même coup au Canada. Toutefois, puisque l’hybridation du blé est encore une technologie niche, l’industrie doit mettre temps et argent pour rentabiliser sa production et assurer une semence concurrentielle.

 

Références

Bruns, R. and Peterson, C. (1998). Yield and stability factors associated with hybrid wheat. Euphytica, 100(1/3), 1-5. doi:10.1023/a:1018364801101

Les céréales canadiennes. (2015). Agriculture et Agroalimentaire Canada. Repéré 11 Février 2017, à http://www.agr.gc.ca/fra/industrie-marches-et-commerce/achat-de-produits-alimentaires-canadiens/les-cereales-canadiennes/?id=1426174486823

Cross, B. (2016). Yield-boosting hybrid wheat varieties on the horizon. The Western Producer. Repéré 11 Février 2017, à http://www.producer.com/2016/12/yield-boosting-hybrid-wheat-varieties-on-the-horizon/

Crow, J. (1998). 90 Years Ago: The Beginning of Hybrid Maize. Genetics.org. Repéré 11 Février 2017, à http://www.genetics.org/content/148/3/923

Gélinas, B. (2016). Un avenir doré pour le seigle hybride?. MAPAQ. Repéré 11 Février 2017, à http://www.mapaq.gouv.qc.ca/fr/Regions/mauricie/infolettreMAPAQMauricie/productionsvegetales/Pages/unavenirdorepourleseglehybride.aspx

Laplante El Haïli, M. (2016). Le Canada doit accroître sa productivité. La Terre de Chez Nous. Repéré 11 Février 2017, à http://www.laterre.ca/actualites/economie/canada-accroitre-productivite.php

Therien, Y. (2016). Un avenir prometteur pour le blé hybride. Le Bulletin des Agriculteurs. Repéré 11 Février 2017, à http://www.lebulletin.com/cultures/un-avenir-prometteur-pour-le-ble-hybride-82008

2 responses to “Blé hybride au Canada : technologie génétique révolutionnaire ?”

  1. Julie Macfarlane says:

    This article was very well written and interesting to read. It brought up a lot of important points on hybrids crops especially in wheat and what their roles are for producers such as improved productions and quality of the grain. It introduced the subject nicely while informing the reader about the importance of the wheat industry in Canada. The author also presents the readers with both sides of the issue such as the increased performance of the hybrid varieties as well as the need for purchasing of new seeds each year from the companies due to the loss of hybrid vigor. The information within the article is properly cited with reliable references for the most part as some newspaper articles were cited. In addition, the part with the explanation of what a hybrid is could have used a citation. The author was very professional as he maintains a neutral tone while providing the reader with the information they needed to clearly understand the issue being presented.

  2. Julie Major says:

    Le propos est bien vulgarisé en général, cependant je pense que la notion de “pureté” aurait pu être expliquée brièvement, et je me demande comment on fait pour éviter l’auto-pollinisation à l’échelle d’un champ? Très informatif, je n’étais pas au courant de l’existence d’hybrides dans le blé!

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