L’amour est-il vraiment dans le pré?

Le 12 février 2017

Par Claudia Grenier

Ç’est romantique, la campagne. Une promenade en véhicule tout-terrain sous le coucher du soleil, un petit pique-nique dans un champ de blé et admirer les premiers pas d’un petit veau sont des images mignonnes que l’on voit passer à la télé-réalité ‘’L’amour est dans le pré’’. La réalité est beaucoup moins rose. Nombreux sont ceux qui oublient que les animaux aussi mangent 365 jours par année…

D’où provient l’inspiration pour cette émission populaire? Elle ne provient pas seulement d’un rêve campagnard, mais bien d’une réalité. Selon une étude réalisée en France par Giraud, C. (2012)  parmi toutes les classes sociales, à l’exception des ouvriers agricoles, les producteurs agricoles sont les plus affectés par le célibat. Par contre, ce sont les producteurs laitiers généralement issus d’une ferme familiale, qui sont les plus touchés.

Effectivement, c’est plus difficile que ça en a l’air de se trouver un partenaire quand on est un jeune agriculteur. Même si ce métier semble intriguant pour certains, rare sont les compagnons qui acceptent aussi facilement ce rythme de vie effréné. En fait, une étude réalisée par l’Université Laval en 2010 soutient que le nombre d’heures travaillées hebdomadairement par le jeune agriculteur moyen est de 64 heures, ce qui est loin de la moyenne des travailleurs du Québec, qui est de 34,5 heures par semaine. Inévitablement, cela nuit à la vie affective, familiale et amicale des producteurs agricoles (Rousseau et al, 2010).

Cette étude dont plus de 400 participants étaient des agriculteurs québécois âgés entre 18 et 37 ans, a permis de mesurer l’isolement social des jeunes producteurs. C’est alarmant;   60% des répondants sont à risque de se trouver dans une situation d’isolement social et 15% se retrouvent dans cette condition, c’est-à-dire qu’ ˂˂ ils ont peu de personnes sur qui compter et que cela les rendent malheureux » (Rousseau et al, 2010).

De plus, des études antérieures démontrent clairement que dans toutes classes sociales confondues, les célibataires ont un plus grand nombre de contacts sociaux en comparaison aux personnes qui sont en couple. L’étude révèle une situation opposée pour les jeunes producteurs québécois; les célibataires ont un petit réseau de soutien social (49%) comparativement aux agriculteurs en couples ou mariés (28%). Effectivement, il est plus ardu pour un jeune agriculteur de maintenir un réseau social actif lorsque l’on doit se lever à 5h et qu’on finit de travailler à 20h. Il est presque l’heure d’aller se coucher!

Pourtant les jeunes connaissent déjà ou ont un avant-goût ce mode de vie acharné. En fait, 55 % des femmes et 81% des hommes de la relève viennent du milieu agricole. Ils sont conscients que prendre la relève de la ferme implique de faire des compromis et des sacrifices. On peut oublier les soupers organisés à la dernière minute quand on doit faire la traite à 17h…

Alors, pouvons-nous faire un lien direct entre le nombre d’heure de travail exorbitant et le manque de relève agricole? Ce mode de vie est probablement un facteur qui importe dans la décision, car selon l’étude, les jeunes croient que leur métier et le fait de vivre en région ont un impact négatif sur vie intime. Et vous, seriez-vous prêt à mettre une croix sur votre vie sociale et vos sorties entre amis pour prendre la relève de la ferme familiale? La majorité n’est pas prête à le faire. Cette décision, ou plutôt, ce choix de vie qui implique de laisser de côté  le fameux ‘’9 à 5’’, doit être prise à un jeune âge. Les chiffres le démontre; selon les statistiques du Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, seulement 64% des propriétaires qui prévoyaient se départir de leur entreprise entre 2010 et 2015, ont désigné une relève (DPARA, 2011).

Le sentiment d’appartenance à la ferme familiale est important et c’est ce qui retient les jeunes. Maintenant, le défi est de trouver quelqu’un qui veut aussi, tisser des liens serrés avec la belle-famille.

 

Références

Direction des politiques et analyses des risques agricoles du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation. 201l. Recensement de la relève agricole établie 2011. Gouvernement du Québec. ˂https://www.mapaq.gouv.qc.ca/fr/Publications/Portrait_releveagricole.pdf˃ (11 février 2017)

Giraud, C. 2012. Le célibat des agriculteurs: unité et diversité. Demeter2013, 297-316.

Rousseau, G., Parent, D., Perrier, J-P.2010. Analyse de l’isolement social, de la sociabilité et de la qualité du soutien social chez les jeunes agriculteurs québécois. Université Laval. ˂http://www.traget.ulaval.ca/uploads/tx_centrerecherche/RousseauFinal150909.pdf ˃ (10 février 2017)

 

 

4 responses to “L’amour est-il vraiment dans le pré?”

  1. Julie Major says:

    Imagine la difficulté pour les producteurs gais! En termes de potentiel pour faire des rencontres, et des préjugés auxquels il peuvent faire face de la part de la communauté agricole qui tend à être plus conservatrice que la moyenne…

  2. rivakhanna says:

    C’est une intéressante réflexion et les chiffres appuient les propos. Toutefois, lorsqu’il est question du réseau social des jeunes célibataires et des agriculteurs en couple, il est difficile de comprendre à quoi font référence les données 49% et 28% citées. Est-ce l’isolation perçue ? Aussi, il est vrai que les agriculteurs travaillent fort de longues heures durant. Il aurait été intéressant de comparer le célibat dans d’autres professions à la charge de travaille importante ou à horaire inhabituel comme les travailleurs de nuit. En effet, plus de la moitié des avocats travaille plus de 40 heures par semaine (Barreau du Québec 2015), et plus encore dans les « grands bureaux ».
    Bien que les idées soient clairement présentées et que le texte coule bien, la qualité de la langue aurait pu être d’avantage soignée. La construction des phrases et le choix d’expressions sont plutôt propres au français oral qu’écrit, journalistique ou académique. Ceci enlève quelque peu de crédibilité aux propos. Toutefois, le sujet est original et très pertinent ! Bravo.

  3. redahansali says:

    Sujet intéressant et très important pour la pérennité de l’activité agricole: le célibat, la solitude, et plus généralement l’isolement que subissent les agriculteurs (Sujet plutôt complémentaire avec celui de Florence Bieler: Ensemble, pour la santé mentale).

    C’est un sujet central et qui prend à coeur les agriculteurs tout autant que les gouvernements, qui instaurent toute une série de mesures censées aider la relève agricole et s’installer et perpétuer l’activité. Les incentives financières en sont un exemple, mais l’exemple le plus flagrant est probablement justement L’amour est dans le pré, qui est une télé réalité spécifiquement et volontairement faite et appuyée par le gouvernement pour “repeupler” les exploitations agricoles et permettre d’assurer une relève sur le long terme.

    Les idées présentées sont assez completes et complémentaires, et traitent bien du sujet.
    Cela dit, la qualité de la langue érode le caractère journalistique et professionnel de l’article, et entrave significativement la fluidité de la lecture. Certains mots ou phrases sont parachutés dans le texte et il est parfois difficile de suivre ou de comprendre l’idée derrière (par exemple: la dernière phrase de la conclusion: “belle-famille”). Attention aux fautes de syntaxe et d’orthographe. L’article y aurait aussi gagné en force si les locutions, adverbes d’opposition et plus généralement les mots de liaison eurent été mieux choisis (“par contre”, deuxième paragraphe). Cela dit, le sujet reste quand même très bien amené et l’analyse développée tout au long de l’article est très pertinente et interessante.

  4. Julie Major says:

    Très bonne structure pour cet article, qui est bien appuyé par la littérature. En réponse aux autres commentaires, oui le niveau de langage n’est pas très académique mais il me semble approprié si on prend le grand public québécois comme audience.

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