Agriculture et faune sauvage, peuvent-elles cohabiter?

Le 13 Février 2017

Par Anna-Marie Devin

Le déclin continuel des hamsters sauvages d’Alsace, en France, malgré leur protection depuis 1993, serait causé par la monoculture de mais de la région. Mathilde Tissier et son équipe de l’institut Pluridisciplinaire Hubert Curien (IPHC) de Strasbourg, mettent en cause la carence en vitamines B3 qu’apporte l’alimentation exclusive de cette graminée. Cela a un impact majeur sur la reproduction et le comportement des hamsters. Les chercheurs travaillent  maintenant avec les agriculteurs pour trouver des combinaisons de cultures qui augmenteraient la diversité des plaines agricoles; sans toutefois la rétablir (Sciama, 2017).

Ce fait, qui peut paraître divers, m’a amené à me demander quel est le statut des animaux sauvages au Québec? Comment l’agriculture les influence-t-ils? Accordons-nous assez d’importance aux agroécosystèmes dans leur ensemble?

Au Québec, le plus grand nombre d’espèces animales et végétales se trouve au sud, la zone agricole la plus productive. C’est aussi l’habitat de 88 des 153 espèces désignées menacées ou vulnérables ou en voie de le devenir (58%). L’agriculture est associée à leur statut de manière exclusive ou facultative comme source de menace (MFFP, 2016). Il existe donc une corrélation entre les exploitations agricoles et l’état de la faune sauvage.

Des études canadiennes ont démontré que les animaux sauvages changent leurs habitudes alimentaires et comportementales en fonction de la source de nourriture. Par exemple, Washburn (2000 in Washburn 2007) a observé que le lapin à queue blanche évitait volontairement de se nourrir dans les prairies composées majoritairement (environ 95%) de fétuque élevé. Le même comportement a pu être observé chez les bernaches du Canada lors d’un essai en captivité. Après trois ans, les oiseaux se nourrissaient surtout dans les prairies composées d’un mélange de pâturin et de légume plutôt que ceux dominé par la fétuque. Ils passaient exactement 75% de leur temps à l’éviter (Washburn, 2007). Cela augmente la pression sur ces écosystèmes et a un impact sur les habitudes de vie des autres animaux.

En fait, l’agriculture peut soutenir la faune et la flore sauvage, mais seulement avec un niveau de biodiversité réduit. C’est encore plus réduit lorsqu’on parle de monoculture (MFFP, 2016), sois la culture végétale d’une seule espèce dans un champ, voir même une région complète (Larousse, 2017), comme c’est le cas en Alsace. L’habitat artificiel qui est créé ne loge qu’un petit nombre d’espèces différentes (MFFP, 2016), mais avec beaucoup de représentants de chaque espèce, telles les bernaches dans les prairies.

Pour maintenir la biodiversité de la flore et de la faune, il est possible et nécessaire de faire cohabiter l’agriculture avec les habitats naturels. Le Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec (MFFP), en 2010, a produit un document renfermant des lignes directrices pour favoriser la conservation des écosystèmes sauvages. L’accent est mis sur la création d’un milieu agricole qui constitue des habitats diversifiés. Le tout peut être atteint en diversifiant la production en utilisant des techniques tel que la rotation de cultures, la culture intercalaire et l’utilisation de machinerie qui réduit le taux de mortalité et de mutilation. Ainsi qu’en préservant les milieux naturels tels que les forêts, les tourbières, les étangs et les zones riveraines. L’adoption de ces « Pratique de conservation » en milieu agricole améliore aussi l’état des sols, mène à une bonne gestion des cultures et des intrants, de l’eau de ruissellement et protège les milieu aquatique (MFFP, 2010).

En conclusion le déclin de la faune sauvage en raison de l’agriculture est un phénomène que l’on peut observer au Québec, mais aussi dans le reste du Canada. L’agriculture, qui est de plus en plus intensive, mène à l’uniformisation des cultures et à l’agrandissement des surfaces cultivées au détriment des milieux naturels (MFFP, 2016). Toutefois, je crois qu’avec un peu d’effort tous pourraient cohabiter en équilibre.

Références

État de la biodiversité en milieu agricole [internet]. 2016. Québec: Ministère des Forêts, Faune et des Parcs Québec; [Cité le 8 février 2017]; Disponible : https://www.mffp.gouv.qc.ca/faune/habitats-fauniques/biodiversite/agricole-etat.jsp

Larousse [internet]. 2017. monoculture; [Cité le 8 février 2017]; Disponible : http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/monoculture/52292?q=monoculture#52165

[MFFP] Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec[internet]. 2010. La biodiversité en milieu agricole au Québec: État des connaissances et approches de conservation [Cité 8 février 2017]; Disponible : https://www.mffp.gouv.qc.ca/faune/habitats-fauniques/pdf//biodiversite-milieu-agricole.pdf

Sciama, Y. 2017. La monoculture de maïs rend les hamster fous. Science et vie [internet]. [Mise à jour 6 février 2017; Cité 8 février 2017]; Disponible : http://www.science-et-vie.com/article/la-monoculture-du-mais-rend-les-hamsters-fous-7666

Washburn, B. E., Barras, S. C., & Seamans, T. W. 2007. Foraging preferences of captive Canada geese related to turfgrass mixtures. USDA National Wildlife Research Center-Staff Publications, 725.

3 responses to “Agriculture et faune sauvage, peuvent-elles cohabiter?”

  1. merioroy says:

    Ce fut un article bien intéressant à lire et qui était à tout de moins, basé sur les références fortes et crédibles. L’aspect de la biodiversité de nos écosystèmes vaut certainement la peine d’être discuté d’autant plus que de nombreux avantages pour les agriculteurs eux-mêmes, reliés à la biodiversité existent et donc, aurait peut-être aussi pu être soulignés dans l’article. Étant moi-même agriculteur, je suis directement affecté par la croissance des animaux ravageurs des cultures semés massivement dans notre région. Ce problème est directement lié au débalancement de l’écosystème dû aux cultures intensives en milieu agricoles. Par contre, un fait reste que pour arriver à changer les pratiques des agriculteurs comme proposé dans l’article, des avantages concrets doivent être mis sur la table pour démontrer que l’efforts et le coût du changement en vaut vraiment la peine. Les changements de pratique proposés dans l’article semblent tout à fait réalisables puisqu’ils peuvent même augmenter la rentabilité des entreprises agricoles à long terme. Dans ce sens, la formation et l’éducation sont probablement le bon outil pour arriver à préserver la faune sauvage qui est actuellement en péril selon cet article.

    Mario

    • claudiagrenier says:

      Le sujet de l’article écrit par Mme Devin a captivé mon attention. En fait, on accorde de l’importance aux pollinisateurs et aux insectes bénéfiques, mais on oublie souvent les petits animaux sauvages dans notre belle province. J’ai particulièrement apprécié le fait qu’une problématique a été amenée en s’appuyant sur des textes congruents, incluant des rapports clairs du Gouvernement du Québec, ainsi qu’un article scientifique dont l’étude a été fait au Canada. Par contre, l’auteure s’est aussi appuyée sur un article de vulgarisation scientifique, ce qui peut altérer l’opinion d’un lecteur. J’ai aussi aimé que des solutions précises soient apportées. Néanmoins, j’aurais aimé que l’auteure spécifie quelles sont les ‘’machineries qui réduisent le taux de mortalité et de mutilation’’ et qu’elle apporte également quelles pourraient être les conséquences possibles à long-terme. Il ne faut pas oublier que la rédactrice a fait preuve de professionnalisme en restant objective et elle n’a pas abaissé aucun groupe d’individus.

  2. Julie Major says:

    Je veux bien, mais est-ce qu’on suppose que c’est la responsabilité seule des producteurs d’assumer les investissements et les coûts reliés à ces pratiques? Il existe des programmes de subvention au Québec pour des projets reliés à la biodiversité en zone agricole, mais je ne pense pas qu’on peut dire que c’est la norme pour les producteurs d’y participer…il y a donc un problème au niveau de la mise en pratique, selon moi!

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