Les vaches fortes productrices sont-elles vraiment rentables?

13 Février 2017

Céline Aeschlimann

 

De nos jours, plusieurs outils sont offerts aux producteurs laitiers afin d’augmenter l’efficacité de leur ferme. Entre autres, la génétique est un outil indispensable. Plusieurs l’utilisent pour augmenter la production de lait par vache et omettent l’importance de la fertilité et la santé des vaches. En considérant tous les facteurs affectant la rentabilité d’une ferme, est-ce qu’une vache excellente en production laitière est toujours plus avantageuse économiquement parlant?

 C’est seulement après la 3e lactation qu’une vache couvre tous ses coûts d’élevage. Après la première lactation, la vache a coûté 1382$ et 28$ après la deuxième lactation. C’est à la troisième lactation que la vache rapporte une économie soit de 1419$ (Pellerin et al., 2014). Ainsi, les lactations suivantes sont les plus rentable.  Malheureusement, au Québec, la moyenne se tient environ à deux lactations. Améliorer la longévité des vaches est donc une solution rentable. En 2006, « les vaches Holstein du Québec inscrites chez Valacta avaient un âge moyen au dernier vêlage de quatre ans et un mois et à peine 40.3% d’entre elles étaient en troisième lactation et plus (Valacta, 2008) ». Chez les troupeaux à forte production, la longévité est plus difficile à atteindre. En effet, l’âge moyen au dernier vêlage se trouve à être de 3 ans et 11 mois et 38.8% d’entre elles sont en troisième lactation et plus. Les raisons pour lesquelles la rentabilité se fait à partir de la troisième lactation est tout d’abord l’efficience alimentaire. Une vache en troisième lactation produit davantage de lait par kilogramme d’aliments consommés. Cela s’explique par le fait qu’elle n’a plus besoin autant d’énergie pour subvenir à sa croissance. Ainsi, le coût d’alimentation est réduit et par le fait même le coût de production à l’hectolitre. De plus, augmenter la longévité permet de diminuer le nombre de vache de remplacement. Quel que soit la productivité d’une vache, la longévité augmente le profit par jour de vie. Par contre, une vache ayant une production supérieure aura une courbe de profit par jour de vie plus importante.

 

 profit jour vie

Valacta, 2008

 

Bien que la longévité soit importante, la fertilité ainsi que la santé des vaches jouent un rôle majeur en ce qui concerne la rentabilité d’une vache. En effet, une vache ayant plusieurs problèmes de santé tel les mammites, nécessite d’importantes dépenses et frais vétérinaire, ce qui nuit à sa rentabilité. De même que pour une vache ayant une faible performance en matière de reproduction n’atteindra pas facilement sa troisième lactation. En effet, une vache forte productrice présente moins de signe de chaleurs en raison d’une baisse de la concentration d’hormone dans la circulation sanguine (LeBlanc et al., 2010). Puisqu’une vache forte productrice doit consommer davantage d’aliment afin de combler son besoin en énergie, cela entraine une hausse du flux sanguin dans le foie et augmente ainsi le catabolisme des stéroïdes. De plus, les facteurs entrainant du stress chez la vache tel la maladie, la chaleur, le manque de confort, ont un plus gros impact sur les vaches fortes productrices. Toutefois, une bonne gestion du troupeau permet de minimiser l’impact sur celles-ci.

Malgré la fragilité de la vache forte productrice, il en vient au producteur de prendre les meilleures décisions afin de minimiser le coût de production. Que ce soit sur l’alimentation, la santé ou la fertilité, il est primordial d’être minutieux afin de permettre d’améliorer la longévité de ces vaches.

 

 

LeBlanc, S. et al., 2010. Est-ce qu’un niveau élevé de production laitière est compatible avec une bonne performance en reproduction? Disponible à https://www.agrireseau.net/bovinslaitiers/documents/Leblanc.pdf (consulté le 9 février 2017). CRAAQ. Drummondville, Qc.

Levallois, R. 1997. L’augmentation de la production par vache est-elle rentable? Disponible à https://www.agrireseau.net/bovinslaitiers/documents/bov57.pdf (consulté le 9 février 2017). CPAQ

Pellerin, D. 2014. Pour une vache, l’âge d’or c’est la 4e lactation! Disponible à https://www.agrireseau.net/documents/Document_91654.pdf (consulté le 9 février 2017). CRAAQ. Centre BMO, Saint-Hyacinthe, Qc.

Novakovic, Z. et al. 2014. Lifetime Production of High-yielding Dairy Cows. Disponible à http://www.doiserbia.nb.rs/img/doi/1450-9156/2014/1450-91561403399N.pdf (consulté le 9 février 2017). Institute for Science Application in Agriculture. Serbia.

Michalickova, M. et al. 2014. Determinants of Economic Efficiency in Dairy Cattle and Sheep. Disponible à http://www.cvzv.sk/slju/14_1/7_michalickova.pdf (consulté le 9 février 2017). National Agricultural and Food Centre. Slovak Republic.

3 responses to “Les vaches fortes productrices sont-elles vraiment rentables?”

  1. Anna-Marie Devin says:

    Le sujet de ton article est très intéressant. Il est vrai que l’efficacité d’une ferme laitière ne devrait pas être considérée seulement en hectolitre par vache. Il est important de prendre conscience des autres facteurs qu’il est possible d’améliorer, tel que la longévité des vaches. Ton article suggère très bien qu’il est préférable d’avoir une vision d’ensemble de la production plutôt que de se concentrer sur un seul aspect.
    Le ton de l’article est très professionnel du aux nombreuses références solides. On sent bien que tu connais le sujet. Par contre, certains avantages qu’apportent l’augmentation de la longévité auraient pu être expliqués plus en profondeur. En effet, il est parfois difficile de bien saisir l’ampleur économique de chacun de ceux-ci. Malgré tout, c’est toute c’est informations qui donne de la crédibilité à l’article.
    La lecture de ce texte m’a plu car il était pertinent, informé et l’opinion de l’auteure était clair.
    Anna-Marie Devin

    • David-Alexandre Bédard says:

      La pertinence du sujet est, selon moi, d’actualité en raison des nombreux traités commerciaux menaçant le secteur laitier du Québec. Pour ce qui est du questionnement de la vache excellente, cela va en opposition à ce que l’auteur veut prouver. Redéfinissons qu’une vache excellente obtient le titre selon sa production mais également selon sa conformation, et ce après au minimum trois lactations. Ainsi, le seuil de rentabilité est atteint. D’un autre côté, la balance décrite quant à l’environnement, la fertilité ou les mammites est efficacement contrasté au danger d’une forte productivité.

      Par ailleurs, les sources sont très pertinentes au niveau de leurs contenus scientifiques. Par contre, pour ce qui est du document suivant ‘’L’augmentation de la production par vache est-elle rentable?’’, la réalité actuelle versus l’année de rédaction rend la source douteuse. En effet, la production laitière à énormément évoluer, spécialement au niveau de la production relié à la rentabilité. Donc, je considère cette source étant désuète. Finalement, la fluidité du texte est très professionnelle et agréable pour le lecteur.

  2. Julie Major says:

    Commentaire sur la phrase: “Chez les troupeaux à forte production, la longévité est plus difficile à atteindre”:
    Est-ce qu’elle est en effet plus difficile à atteindre, ou juste plus courte dans les faits? Cette phrase est la seule qui lie ce (long) paragraphe au titre de ton texte, et je ne comprends pas pourquoi la longévité est davantage un problème dans les troupeaux à forte production. Est-ce parce que la santé des animaux est moindre dans les troupeaux à forte production? Si oui, pourquoi? Il semble y avoir une idée intéressante ici, mais le lien n’est pas fait avec le reste du texte ou son sujet principal.

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