L’importance des micro-organismes pour la santé des sols

Le 13 Février 2017

Par Maude Gaudet

L’agriculture moderne, comme nous la connaissons aujourd’hui, à tendance à considérer le sol comme une masse inerte, alors qu’il devrait être considéré comme un élément vivant de notre écosystème. Le sol est une ressource essentielle à la production d’aliments. Il s’agit d’une ressource limitée qui exige une attention et une gestion particulière pour assurer la viabilité de l’agriculture. Malheureusement, il a été estimé par les Nations Unis que plus du tiers des sols arabes de la planète sont dans un état de dégradation moyenne ou avancée. (FAO. 2016) Des changements dans les pratiques agricoles devront être appliqués par les producteurs et les gouvernements afin de voir des améliorations rapides et à long-terme.

Les scientifiques qui étudient la formation des sols nous disent que la seule façon durable d’utiliser le sol est d’imiter la nature (Don Lobb, 2016). Bien entendu, la nature ne pratique aucune opération mécanique sur le sol, mais elle n’a pas non plus comme objectif d’avoir plus de rendement chaque année. Un juste milieu doit être atteint pour permettre une productivité à court-terme et surtout à long-terme, ce qui n’est pas le cas dans les pratiques actuelles. Les habitudes et les façons de faire traditionnelles persistent, indépendamment des coûts et des conséquences connues. Le labour, par exemple, a comme conséquence de tuer la faune de surface en enterrant la couverture végétale et en étouffant les mécanismes naturels de formation d’humus qui nécessitent la présence d’air. L’humus et la couverture végétale protègent le sol de l’érosion contre l’eau, la déshydratation et le vent. Pour lutter contre cette érosion, il convient avant tout de relancer les mécanismes biologiques du sol en le rééquilibrant et en lui redonnant de quoi créer sa matière organique. Les plantes, les bactéries et certains micro-organismes sont des éléments qui peuvent être utilisés pour réduire la dégradation des sols.

Pour survivre, les plantes ne peuvent pas se déplacer comme les animaux. Leurs stratégies est donc de changer leur environnement, en attirant les organismes bénéfiques avec lesquels elles établissent des partenariats biologiques. Les plantes captent le carbone de l’air pour produire du sucre par la photosynthèse et ce sucre est utilisé sous forme d’énergie par certains champignons et bactéries installés aux racines des plantes. En échange de cette énergie, les micro-organismes fournissent aux plantes certains minéraux notamment l’azote qu’ils puisent à même le sol. L’azote fournit par les micro-organismes ne coûte rien alors qu’il est très coûteux de mettre industriellement l’azote de l’air sous forme assimilable par les plantes. De plus, lorsque des engrais azotés ou du phosphore sont appliqués, la symbiose entre les plantes, les champignons et les bactéries se développe très peu. La plante perd donc les bénéfices de cette association et les micro-organismes bénéfiques du sol ne se développent pas et risquent de disparaître. Cette symbiose est donc essentielle à la production agricole, où les plantes se nourrissent le plus naturellement possible avec le moins de déséquilibres écologiques possible engendrés par l’application des engrais de synthèse.

Chantal Hamel, une microbiologiste du sol diplômé de l’université McGill, travaille présentement sur un concept visant à développer des pratiques culturales basées sur les propriétés et les activités des micro-organismes du sol pour permettre aux plantes de se nourrir efficacement (Boudrea, 2012). Ce genre de pratique mérite d’être étudié en profondeur car cela semble être une solution efficace pour réhabilité nos sols et prévoir la prospérité future de l’agriculture. Les agriculteurs peuvent donc contribuer au développement durable de leurs sols en adoptant des pratiques qui contribuent à leur santé. Des sols sains sont le fondement de sociétés et d’économies saines car un sol en santé produit des aliments peu coûteux et en abondance de façon fiable et durable.

 

Références

Don Lobb. 2016. Des sols en santé pour un avenir durable. Disponible au: www.soilcc.ca/editorials/2016/SCCC_editorial_apr2016-B_web_f.pdf (Consulté le 9 Février 2017) Conseil canadien de conservation des sols. Est du Canada.

Boudrea, Nicole. 2012. Les microorganismes du sol au cœur de la nouvelle révolution verte. Disponible au: www.oacc.info/NewspaperArticles/na_chantal_hamel_nb_f.asp (Consulté le 10 Février 2017). Centre d’agriculture biologique du Canada.

FAO. 2016. La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture. Disponible au: www.fao.org/3/a-i6030f.pdf. (Consulté le 10 Février 2017). Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. Rome

3 responses to “L’importance des micro-organismes pour la santé des sols”

  1. charlottebourgetrousseau says:

    Très bon article. Tu dresses un portrait très complet de la situation actuelle et de l’importance de la faune microbienne pour un sol en santé. J’ai remarqué au fil de ma lecture que plusieurs de tes informations et explications n’ont pas référence. Je comprends qu’elles peuvent paraître comme des connaissances générales, mais pour le commun des lecteurs les informations que tu communiques sont nouvelles. Ainsi, il aurait été bien d’ajouter pour étoffer tes arguments quelques articles de doctrine de base sur le microbiome des sols. Aussi, attention aux quelques petites fautes d’orthographe qui se sont glissées dans ton texte. J’ai finalement trouvé que c’était une très bonne idée dans ton paragraphe de conclusion de partager une ressource et de donner une idée du genre de recherche qui se fait actuellement dans le secteur. Cela permettrait à un lecteur d’en apprendre davantage en cherchant facilement les travaux de cette chercheuse. Bravo pour ton article; ton ton était professionnel et j’ai apprécié la lecture de ton texte.

  2. francisstaubin says:

    Excellente vulgarisation d’un domaine très complexe ! Bien que l’information présentée de façon bien construite et crédible, j’aurais aimé connaître vos sources, surtout en ce qui concerne les mécanismes biologiques du sol. J’aurais aussi aimé connaître les arguments de ceux qui optent pour la monoculture et les pratiques culturales traditionnelles, et pourquoi ces techniques sont aussi répandues aujourd’hui. J’ai bien aimé la comparaison avec les animaux et les stratégies des plantes face à l’évolution de leur milieu. Votre excellente vulgarisation du sujet sans en réduire la complexité démontre votre professionnalisme et vos connaissances du sujet. Chapeau aussi pour votre conclusion, démontre l’intérêt du milieu scientifique pour le sujet et l’avancement des connaissances malgré que l’agriculture est pratiquée depuis des milliers d’années.

  3. Julie Major says:

    Attention aux généralisations et affirmations qui pourraient rapidement te discréditer chez certains lecteurs, par exemple:
    -les pratiques actuelles ne permettent pas une productivité à long terme (dans certains cas, il semblerait que oui pour la productivité (vs. la rentabilité)))
    -le labour tue la faune de surface (il serait plus juste de dire qu’il la réduit)
    -“en étouffant les mécanismes naturels de formation d’humus qui nécessitent la présence d’air” une quantité insuffisante d’air retarde le processus de stabilisation de la matière organique, mais dans les sols agricoles du Qc ce ne serait que partie remise, donc pas un problème en soi.
    -“Cette symbiose est donc essentielle à la production agricole” Ceci n’est pas strictement exact, on peut substituer l’azote fourni par les Rhyzobium, par exemple, avec de l’azote minéral. Les plantes vont d’ailleurs préférer cette source à la symbiose, car elle leur coûte évidemment “moins cher”. Attention à l’usage des mots – favoriser et bénéficier des symbioses est hautement désirable mais n’est pas “essentiel” d’un point de vue biologique ou agricole.
    J’ai vraiment une grosse interrogation par rapport au type de pratiques culturales développées par Chantal Hamel…des exemples auraient été bienvenus. On sait, par exemple, que les cultures de couverture et engrais verts sont excellents pour améliorer la santé du sol, entre autres à travers les micro-organismes. Mais ces pratiques engendrent des coûts sur le court-terme et requièrent des connaissances, et peu de producteurs les adoptent. Il faudrait parler de ces problèmes d’adoption et de leurs solutions.

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