Production hors-quota : Il faut cesser de mettre tous les œufs dans le même panier

Les régulations entourant la production et la commercialisation des œufs de consommation nuisent aux petits producteurs qui voudraient diversifier leurs opérations en faisant l’élevage de poules pondeuses. Deux projets pilotes explorent des pistes de solution.

Premièrement, il faut savoir que les œufs de poules font partie des productions agricoles régies par le système de gestion de l’offre; il est donc interdit de posséder plus de 99 pondeuses sans avoir fait l’acquisition de quotas, au cout d’environ 245$ par poule (FPOQ, 2017a). Bien que cela soit certainement une opportunité d’affaire, le nombre de poules autorisées hors-quotas est trop bas pour représenter une véritable source de revenu. Dans des conditions optimales, 99 poules pondent 56 douzaines d’œufs par semaine, ce qui est largement insuffisant pour satisfaire la demande pour plusieurs producteurs, notamment les fermiers de famille en ASC. Évidemment, encadrer le nombre de poules sans quota est nécessaire pour éviter la compétition injuste. Deux arguments suggèrent que 99 est trop peu. Pour commencer, l’industrie des œufs au Québec est concentrée ; 25% des entreprises possèdent 60% des quotas, avec un nombre moyen de pondeuses par entreprise de 38 000 oiseaux (FPOQ, 2016a). Sachant cela, il est impossible qu’un producteur qui en possède 99, ou 200 ou 300 comme dans d’autres provinces (UP, 2016), ne représente une réelle menace. Ensuite, les œufs fermiers sont un produit de niche, qui diffère suffisamment des œufs conventionnels pour être considéré à part. Une douzaine d’œufs fermiers peut se vendre 7$, alors qu’on peut se procurer l’équivalent en provenance de fermes industrielle pour moins de 3$ (FPOQ, 2016). La compétition entre les deux serait donc indirecte.

Deuxièmement, les normes de production des œufs, qui sont encadrées par la Fédération des producteurs d’œufs du Québec, s’adressent à la production industrielle. Il est donc difficile, voire physiquement impossible et financièrement insensé pour les producteurs artisanaux de s’y conformer. En effet, les œufs produits et vendus au Québec doivent être calibrés, mirés, et lavés, dans un des 16 postes de classement accrédités (RMAAQ,2016). Cela constitue une barrière importante au marché pour les petits producteurs. À ce stade les œufs sont tous mélangés, impossible donc pour un producteur en particulier de faire la promotion de ses œufs ou pour un consommateur d’acheter les œufs d’un producteur en particulier. La seule exception est la vente directe à l’intérieur des limites physiques de la ferme. L’argument est le suivant : la vente directe constitue un contrat entre le fermier et le client, qui prend consciemment le risque de consommer un œuf qui n’a pas été lavé, miré, ni calibré. Ce type de mise en marché limite les possibilités de commercialisation pour les œufs fermiers, notamment la vente aux institutions, restaurateurs, épiceries et pour la revente.

Cet enjeu préoccupe de plus en plus les producteurs qui aimeraient se lancer dans la production artisanale d’œufs et a récemment attiré l’attention des médias (Lortie, M-C, 2016 ; Giguère, M, 2015). En réponse, la Fédération des producteurs d’œufs du Québec, en association avec différents acteurs du milieu, a lancé deux projet pilotes. Depuis 2016, 5 fermes par an peuvent avoir 500 poules sans quota (FPOQ,2017b). Parallèlement, 50 producteurs possédant moins de 99 poules ont été autorisés à vendre leurs œufs fermiers en circuit court (FPOQ, 2016b), soit dans les marchés publics et aux points de distribution de leur paniers bio. Ces changements dénotent une ouverture d’esprit de la part de l’industrie, ainsi que l’intérêt renouvelé pour la production artisanale, la vente en circuit court, l’agriculture locale et le bien-être animal. On ne peut qu’espérer que les changements continueront dans ce sens afin de répondre à la demande grandissante et à l’impatience des producteurs. En effet, le programme d’aide au démarrage des nouveaux producteurs qui a débuté en 2006 et qui octroie maintenant 6000 quotas de production (MAPAQ, 2014) à un nouveau producteur par année, reçoit une trentaine de demandes par année (Gosselin, E. 2009).

[FPOQ] Fédératio des producteurs d’œufs du Qébec. (2016a). 15-16 Rapport annuel, gérer la croissance, Disponible à:http://oeuf.ca/wp-content/uploads/2015/04/rapport-annuel-fpoq-2015-2016.pdf

[FPOQ] Fédération des producteurs d’œufs du Québec. (2016b) . Projet pilote visant la vente directe d’œufs non classés en circuit court

[FPOQ] Fédération des producteurs d’oeufs du Québec. (2017a). Système centralisé de vente de quota.Disponible à: http://oeuf.ca/zone-producteurs/systeme-centralise-de-vente-de-quota-scvq/

[FPOQ] Fédération des producteurs d’œufs du Québec. (2017b). Programme d’aide au démarage de producterus d’œufs dédi.s èa la vente directe : un opportunité à votre portée! Disponible à :http://oeuf.ca/wp-content/uploads/2016/12/depliant-2017-programme-vente-directe.pdf

Giguère, M. (2015, 2 février). Les fermiers de famille demandent plus de poules hors quotas. La terre de chez nous. Disponible à http://www.laterre.ca/actualites/alimentation/fermier-de-famille-demande-plus-de-poules-hors-quotas.php

Gosselin, E. (2009). Un quota de 500 poules? small is beautiful! Le coopérateur. Disponible à: http://www.lacoop.coop/cooperateur/articles/2009/10/p33.asp

Lortie, M-C. (2016, 6 octobre). Chronique : comment tuer l’entreupreunariat dans l’œuf en sept points. La presse plus. Disponible à : http://plus.lapresse.ca/screens/ee3306fb-cf4b-470e-94b1-81aa90478868%7C_0.html

[MAPAQ] Ministère de l’agriculture, des pêcheries et de l’alimentation du québec. (2014). L’aide accordée passe à 6000 poules! Disponible à: http://www.mapaq.gouv.qc.ca/fr/Regions/chaudiereappalaches/journalvisionagricole/avril2014/Pages/Aidepoule.aspx

[RMAAQ] Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec. (2016).  Liste de permis d’exploitation d’un poste de classification d’œufs de consommation 2016-2017. Disponible à : http://www.rmaaq.gouv.qc.ca/index.php?id=1245

[UP] Union Paysanne. (2016). Une alliance pour augmenter la production hors-quota. Disponible à : https://unionpaysanne.com/wp-content/uploads/2016/05/hors-quota.pdf

3 responses to “Production hors-quota : Il faut cesser de mettre tous les œufs dans le même panier”

  1. florencebieler says:

    L’article est très intéressant et parle d’une problématique qui n’est pas souvent évoquée puisqu’elle concerne surtout les petites fermes. Je trouve l’article bien construit avec une ligne d’idée claire. Par contre, je pense que l’introduction pourrait avoir un peu plus de dynamisme. La problématique pourrait être introduite moins sèchement afin de donner envie aux lecteurs de continuer leur lecture. Toutefois, les arguments en défaveur avec certaines régulations de la Fédération des producteurs d’oeufs du Québec sont listés avec des références valides. Plusieurs références provenant de différents auteurs et sources ont été utilisées ce qui démontre que l’article n’est pas polarisé mais surtout bien documenté. La conclusion laisse le lecteur en suspens et lui donne envie de suivre l’évolution de la situation. Finalement, l’auteur est renseigné et tient des propos professionnels et justes.

  2. Maude Gaudet says:

    Cet article est très intéressant et plaisant à lire. Je suis d’accord pour dire qu’il est difficile pour les petits producteurs indépendants de faire la production et la commercialisation de leurs œufs. D’un autre côté, la production d’œuf est très contingentée, alors il est normal de mettre des limites pour éviter l’abus. En implantant la gestion de l’offre, les producteurs ont fait le choix de gérer collectivement la production, pour le mieux-être de chacun. Les producteurs agricoles s’engagent à approvisionner le marché en produits de qualité et en quantité suffisante sans produire de surplus. La problématique ce trouve surtout dans la hausse importante de prix. Une façon de limiter cette hausse serait de travailler au développement des marchés. Si les gains obtenus par les entreprises étaient compensés par une croissance équivalente de la demande, la pression sur le prix des quotas serait moins forte. Malheureusement, beaucoup de travail reste encore à faire avant d’en arriver là. Enfin, je suis d’accord pour dire que le choix entre un marché totalement libre et une gestion plus collective des quotas soulève un débat qui confronte des visions économiques différentes, et cela est bien démontré dans ce texte. L’auteur c’est basé sur des faits et des chiffres venant de sources pertinentes pour construire ses arguments, ce qui rend l’article solide et bien soutenu.

  3. Julie Major says:

    “il est impossible qu’un producteur qui en possède 99, ou 200 ou 300 comme dans d’autres provinces (UP, 2016), ne représente une réelle menace”: D’accord, mais s’il existe 1 000 petits producteurs qui en ont 300? L’argument est bien construit! Seul bémol en ce sens est qu’il me semble prématuré de commencer à parler des projets pilotes dès le 1er paragraphe. Tu pourrais laisser entrevoir qu’il va y avoir du positif dans ton texte, mais en lisant par rapport aux projets je voudrais savoir tout de suite de quoi il s’agit…

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