Se créer l’opportunité pour mieux gérer le marché sucré

Il y a déjà un an, M. Florent Gagné déposait un rapport en février 2016 à la demande de l’ex-ministre de l’agriculture, M. Pierre Paradis. Le rapport Gagné avait pour but d’évaluer le système économique acéricole du Québec dans la situation actuelle en ce qui a trait aux parts de marchés internationaux grandissantes (Gagné, F., 2015). Les grandes lignes de ce rapport recommandaient la libéralisation de la production et la mise en marché du sirop d’érable québécois. Les mesures proposées du rapport et fortement recommandées par Paradis à l’époque ne sont toujours pas appliquées et le système actuel de contingent est toujours en place (Service Québec, 2016). Devrait-on s’inquiéter de l’immobilité de la situation et cela place-t-il l’économie de l’acériculture québécoise dans une mauvaise posture ?

De façon à répondre à cette question, déterminons d’abord l’enjeu économique. Le sirop d’érable est un produit dont la popularité ne cesse d’accroitre et a un potentiel grandissant pour les prochaines années selon les prédictions économiques (Agriculture et Agroalimentaire Canada, 2013). Il est donc primordial pour notre économie que le Québec, actuel leader mondial en production et exportation de sirop d’érable, conserve cette position et tire avantage de cette ouverture des marchés. Cependant, selon le rapport Gagné, les proportions d’exportations mondiales de sirop d’érable québécois ont longtemps représentés des parts de l’ordre de 80 % alors qu’elles ont diminués au cours des dix dernières années pour se situer tout juste au-dessus de 70% (Gagné, F., 2015). Bien que la fédération des producteurs acéricoles du Québec (FPAQ) jugent que cet écart est surestimé, il est tout de même indéniable d’affirmer que les parts d’exportations du Québec subissent une décroissance significative (L’Union des producteurs agricoles, 2016).

Unique à la province du Québec, le plan conjoint peut possiblement expliquer ces pertes des parts de marchés internationaux. En effet, nos voisins acériculteurs de l’Ontario, Nouveau-Brunswick et États-Unis ne sont pas sujets aux restrictions de production que nous nous sommes nous-mêmes infligées par le biais du plan conjoint et leurs influences sur l’échelle mondiale ne cessent d’accroitre. Ce plan fut suggéré et adopté en 1990 par la majorité des producteurs et par la FPAQ (Fédération des producteurs acéricoles du Québec, 2017). Ce regroupement a pour but de favoriser la mise en marché du sirop d’érable québécois et de négocier collectivement toutes les conditions de vente. Ceci a contribué grandement à accroitre les exportations de sirop d’érable québécois. Cependant, le contingentement de la production de sirop d’érable est entré en vigueur en 2004 suite à un vote dont ont pris part plus de 2000 producteurs acéricoles du Québec (Association des Érablières-Transformateurs des Produits de l’Érable, 2005). Le contingentement est un système de quota qui a pour but de contenir l’offre et maintenir une stabilité des prix du sirop.

Il est certain que le système de contingentement procure beaucoup d’avantages aux acériculteurs puisque la stabilité des prix permet les investissements dans l’entreprise et entraine une confiance des institutions financières accordant des prêts. De plus, le système de gestion de surplus de sirop d’érable de la FPAQ peut aussi servir d’assurance en cas de mauvaises années de récoltes. Cependant, les quotas peuvent agir de freins à l’expansion de la production acéricole dans certains cas. Je suis donc d’avis que des risquent doivent être pris pour assurer la pérennité de la croissance des proportions d’exportation de sirop d’érable québécois mondialement.

Afin de demeurer un leader mondial, le Québec doit revoir la façon dont le système de contingentement et la mise en marché du plan conjoint fonctionnent afin d’offrir le plus d’opportunité possible aux Québécois d’exploiter et de vendre le sirop d’érable de leurs érablières. Le gouvernement québécois, la FPAQ et les producteurs doivent tous mettre la main à la pâte afin que le Québec demeure en tête mondialement de l’industrie du sirop d’érable, et ce à long terme.

Dominic Provencher

Référence :

Gagné, F. (2015). Pour une industrie acéricole forte et compétitive. [online] MAPAQ. Available at: http://www.mapaq.gouv.qc.ca/fr/md/Publications/Pages/Details-Publication [Accessed 12 Feb. 2017].

Service Québec. (2016). Pour une industrie acéricole forte et compétitive – Le ministre Pierre Paradis dévoile le rapport Gagné sur l’industrie acéricole québécoise – Portail Québec. [online] Available at: http://www.fil-information.gouv.qc.ca/Pages/Article.aspx?idArticle=2402112051 [Accessed 12 Feb. 2017].

Agriculture et Agroalimentaire Canada. (2013). Analyse de nouveaux produits et ingrédients de l’érable – Europe – Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). [online] Available at: http://www.agr.gc.ca/fra/industrie-marches-et-commerce/statistiques-et-information-sur-les-marches/information-sur-les-marches-agricoles-et-alimentaires-par-region/europe/information-sur-les-marches/analyse-de-nouveaux-produits-et-ingredients-de-l-erable-europe/?id=1410083148644 [Accessed 12 Feb. 2017].

Fédération des producteurs acéricoles du Québec. (2017). Le contingentement – Fédération des producteurs acéricoles du Québec. [online] Available at: http://fpaq.ca/la-federation/mise-en-marche/outils-de-mise-en-marche/le-contingentement/ [Accessed 12 Feb. 2017].

Association des Érablières-Transformateurs des Produits de l’Érable. (AETPE). (2005). Règlement sur le contingentement de la production et de la mise en marché du produit visé par le Plan conjoint des producteurs acéricoles du Québec. [online] Available at: http://www.siropderablequebec.ca/down/28168. pdf [Accessed 12 Feb. 2017].

Beaulieu, S. (2015). Rétablissons les faits : mise en marché du sirop d’érable québécois. [online] L’Union des producteurs agricoles – UPA. Available at: https://www.upa.qc.ca/fr/textes-dopinion/2015/04/retablissons-les-faits-mise-en-marche-du-sirop-derable-quebecois/ [Accessed 12 Feb. 2017].

L’Union des producteurs agricoles. (2016). Rapport Gagné : une présentation biaisée de la réalité. [online] Available at: https://www.upa.qc.ca/en/press-releases/2016/02/rapport-gagne-une-presentation-biaisee-de-la-realite/ [Accessed 12 Feb. 2017].

3 responses to “Se créer l’opportunité pour mieux gérer le marché sucré”

  1. claudiagrenier says:

    Cet article est fortement captivant! L’auteur s’est basé sur des statistiques et un rapport très appropriés pour rédiger son article. Par contre, il s’est aussi appuyé sur un texte qui critique les propos de l’ancien ministre, soit un texte publié par l’union des producteurs agricole (UPA). L’auteur a bien expliqué ce qu’était le système de contingentement et ses effets positifs et négatifs. Par contre, il est indiqué que ‘’le plan conjoint’’ a un effet négatif sur les parts de marchés au niveau international, sauf qu’on ne sait pas exactement en quoi consiste ce plan. Aussi, on ne sait pas pourquoi ou comment ce plan peut causer des effets indésirables. Pour le prochain article, l’auteur devrait s’assurer de définir tous les systèmes de mise en marché, pour garantir une compréhension complète du public. Par contre, il est clair que le rédacteur a écrit une composition de façon professionnelle en expliquant aux lecteurs les deux côtés de la médaille de la problématique. Il a également expliqué son avis de façon courtoise, sans abaisser un groupe ou un individu.

  2. andreasoesbergen says:

    This article is written on a topic that is very fascinating. The author did a fantastic job of exploring the many dimensions of the issue and increasing the reader’s knowledge about the topic. However, it may be worthwhile simplifying the language further so the audience can clearly understand the picture even if they haven’t heard of the issue before. This being said, it is clear that the author is well informed on the topic, as the information presented was thorough and the sources listed are reputable. Moreover, the author used a tone that was clear, professional and easy to read. I also found that the author did a great job of explaining the importance of this issue in a greater social and economic context. He not only explored the topic of managing syrup supply and demand, but he also explained why it is important to manage this system appropriately and the resulting consequences of poor management. Very well written!

  3. Julie Major says:

    Le titre n’est pas très clair – il n’est pas évident qu’on parle de sirop d’érable. Attention à l’exactitude et à la précision de l’écriture:
    -“en ce qui a trait aux parts de marchés internationaux grandissantes”: Je pense que ce sont les marchés comme tels qui grandissent et pas les parts de marché (détenues par le Qc)– ceci étant en effet le problème? Mettre “grandissant” au masculin ferait la différence.
    -“tire avantage de cette ouverture des marchés”: Parle-t-on vraiment d’ouverture de marchés (donc de marchés qui existaient mais n’étaient pas accessibles)? Je ne pense pas
    -“les proportions d’exportations mondiales de sirop d’érable québécois ont longtemps représentés des parts de l’ordre de 80%”. Je ne sais pas si ceci se réfère à la proportion du sirop produit au Qc qui est exporté, ou à la proportion de sirop du Qc sur les marchés mondiaux.
    -“la façon dont le système de contingentement et la mise en marché du plan conjoint fonctionnent” Ceci implique que le plan conjoint lui-même est mis en marché. “et de mise en marché…” donnerait un tout autre sens.
    Les idées sont bien structurées.

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