Ensemble, pour la santé mentale

Chaque année, c’est un nouveau combat pour nos agriculteurs et agricultrices. La météo n’est pas toujours au rendez-vous et les ravageurs et les maladies font rapidement leur apparition. Les agriculteurs doivent prendre des décisions difficiles et sont confrontés à des soucis quotidiens liés à une charge de travail continue.

De plus, un poids économique, tel l’endettement, pèse sur les épaules des producteurs agricoles et les poussent à produire davantage (Dupuis, 2004). En augmentant le volume de production jusqu’à un certain seuil, l’efficience augmente et les coûts de production à l’unité sont réduits, ce qui mène à une économie d’échelle. Ceci est possible grâce aux nouvelles technologies améliorant les méthodes de production ainsi qu’à l’acquisition d’équipements plus modernes.

Les producteurs doivent également considérer les enjeux environnementaux lors de la prise de décision, s’ajuster aux normes d’hygiène et de salubrité en plus d’être en mesure de faire concurrence aux nouveaux compétiteurs et aux marchés émergents (Dupuis, 2004). Bref, pour nos agriculteurs, c’est un labyrinthe de défis et une pression constante avec si peu de reconnaissance au bout du compte.

À contrecoup, la santé mentale des producteurs est mise en péril et les dépressions ainsi que le suicide ne se font pas rares. Malheureusement, ils vivent souvent ces épreuves difficiles seuls puisque leur fierté et la peur du jugement les empêchent de s’ouvrir (Poirier et Tanguay, 2016). Selon la psychologue Pierrette Desrosiers, la détresse psychologique est présente chez un agriculteur sur deux au Québec (Bourdeau, 2015). Un chiffre surprenant et peu divulgué, puisque le sujet demeure tabou.

Évidemment, des solutions existent pour apporter du soutien aux producteurs.
En commençant par les nombreux services offrant leur écoute et leur soutien tels que Réseaux Agriconseils, Au cœur des familles agricoles et Tel-Aide (Poirier et Tanguay, 2016). En outre, joindre des associations et coopératives de producteurs peut contribuer à prévenir et réduire l’isolement social dont ils souffrent.

La France est un exemple à suivre en terme de prévention de détresse psychologique. Ils comptent près de 12 500 coopératives d’utilisation de matériel agricole (CUMA) comparé à seulement une soixantaine au Québec (Lebel, 2016). Ces coopératives permettent aux agriculteurs de partager de la machinerie, du savoir et même de la main d’œuvre. De ce fait, des coûts reliés à l’achat d’équipements et d’outils sont allégés et une plus grande flexibilité au travail peut s’installer.

Au delà du soutien économique, simplement avoir des contacts réguliers avec d’autres agriculteurs qui vivent des défis similaires peut contribuer à réduire les stress quotidiens. CUMA offre un lieu où les producteurs peuvent partager des expériences, des conseils et des points de vue. Le contact humain et la solidarité restent un des remèdes les plus précieux contre l’isolement.

Au Québec, une coopérative pour l’agriculture de proximité écologique (la CAPÉ) existe et plusieurs producteurs écologiques en font partie. Le but principal est de renforcer le pouvoir de ces producteurs auprès des instances gouvernementales. C’est également une plateforme pour apprendre, éduquer et faire du réseautage puis finalement un moyen de mettre en commun leurs produits pour la mise en marché (Jutras, 2013). Bien que la coopérative n’ait pas pour but premier la santé mentale des agriculteurs, elle y contribue en encourageant le soutien mutuel des producteurs et en créant un milieu social stable.

Manifestement, les intervenants comme les agronomes et vétérinaires ont aussi un rôle à jouer. Il suffit de rester attentif aux signaux de détresse qui peuvent se manifester par des changements dans leur façon de faire, un épuisement ou des idées noires, et les informer des différentes ressources disponibles (Bourdeau, 2015). En tant que citoyens, nous pouvons aussi soutenir nos producteurs en achetant local et en leur accordant le respect et la reconnaissance qu’ils méritent.

Par Florence Bieler

Références :

Bourdeau, L-P. 2015. Des problèmes de santé mentale menacent certains agriculteurs au bout du rouleau. Radio-Canada.ca. Disponible à http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/733197/agriculteurs-sante-mentale-coaticook (consulté le 11 février 2017).

Dupuis, J. 2004. La détresse des producteurs agricoles. Radio-Canada.ca. Disponible à http://archives.radio-canada.ca/economie_affaires/agriculture/clips/12121/ (consulté le 11 février 2017).

Jutras, G. 2013. Les agriculteurs de proximité écologiques s’organisent. Agriculture bio et agroécologie. Disponible à https://agroecogigi.com/category/ressources/rjme-reseau-des-joyeux-maraichers-ecologiques/ (consulté le 10 février 2017).

Lebel, C. 2016. Coup de déprime ? Joignez-vous à une CUMA ! Coopérateur. Disponible à http://www.cooperateur.coop/fr/pause-pensee/coup-de-deprime-joignez-vous-une-cuma (consulté le 11 février 2017).

Poirier, M. et Tanguay N. 2016. La détresse psychologique en agriculture: un mal méconnu! MAPAQ. Disponible à http://www.mapaq.gouv.qc.ca/fr/Regions/monteregie/articles/releve/Pages/La_detresse_psychologique_en_agriculture_un_mal_meconnu.aspx (consulté le 12 février 2017).

Vachon, S. 2016. Ensemble, on ne lâchera pas ! UPA. Disponible à http://www.abitibi-temiscamingue.upa.qc.ca/communication-et-documentation/textes-dopinion/ensemble-on-ne-lachera/ (consulté le 11 février 2017).

3 responses to “Ensemble, pour la santé mentale”

  1. redahansali says:

    Un des sujets sociétaux majeurs du secteur agricole ! Les agriculteurs sont de façon générale la catégorie socio-professionnelle qui connait le plus fort taux de suicide, et ce constat est observable un peu partout dans le monde. Et malheureusement, les suicides ne sont que la partie émergée de l’iceberg.

    Les approches décrites sont plutôt complémentaires (causes, consequences, solutions), et la structure logique du texte est irréprochable. L’approche globale est assez complete et permet une comprehension globale du problème.

    Un fort degré de professionnalisme ressort après la lecture de cet article, notamment grace à une très bonne fluidité du texte et à un langage et une syntaxe judicieusement utilisés et très convaincants. L’argumentation et les sources choisis paraissent tout deux solides.

    J’émettrais cependant une petite reserve a propos du deuxième paragraphe: Il aurait été peut-être plus judicieux d’expliquer d’abord le besoin d’expansion, d’investissement dans des moyens de productions couteux, pour enfin finir sur l’endettement sous jacent et donc le stress associé. Le lecteur pourrait alors mieux saisir le lien logique et donc mieux comprendre cette cause-là (plutôt que de finir sur les avantages, qui sont positivement décrits et qui effacent presque l’impact psychologique dramatique: “grâce à”, “améliorant”, “l’efficience augmente”, etc.)

    Reda Hansali

    • sebastienproulx says:

      Un article qui reflète bien la réalité à laquelle plusieurs agriculteurs font face ici au Québec. Les propos sont expliqués de façon claire et professionnelle. En effet la détresse psychologique semble être un défi pour la sphère de l’agriculture au Québec puisque les agriculteurs sont souvent seuls sur leurs entreprises ou bien ils ne sont qu’en compagnie de leur famille. Du coup, dès qu’un problème professionnel ou familial arrive, ils n’ont pas nécessairement les ressources pour en parler. La comparaison avec la France ou il y a 12 500 coopérative « CUMA » relativement à seulement 60 au Québec démontre bien l’écart entre les deux sociétés. Toutefois, la réalité socio-économique de la France ne peut pas être comparée au Québec. En effet, il y a environ 10 fois plus d’opérations agricoles en France et la superficie exploitée est bien plus grande. Les réglementations ne sont pas les mêmes non-plus. Mis à part cette comparaison, les sources citées et les faits sont irrévocables : il y a bel-et-bien un problème de détresse psychologique chez les agriculteurs Québécois. C’est un problème auquel nous devons adresser une attention particulière pour assurer une sphère bioalimentaire plus attrayante et agréable.

  2. Julie Major says:

    Il me semble que l’article ne me convainc pas vraiment que les producteurs agricoles sont dans une situation plus difficile que la population en général. Avoir des dettes, rencontrer des normes et concurencer sur les marchés: Il me semble que ces défis sont le lot de tous les entrepreneurs…il faudrait démontrer spécifiquement comment les choses sont « pires » pour les producteurs agricoles…(en mettant en relation la valeur des dettes et la valeur du revenu net, par exemple). Isolement des producteurs agricoles: La solitude et l’isolement sont le lot de beaucoup de personnes déprimées, même en dehors du secteur agricole. Il faudrait démontrer comment et pourquoi c’est pire pour les agriculteurs (parler d’isolement physique en région rurale, du fait que le lieu de travail est souvent le même que le lieu de vie (difficulté pour déconnecter), de la mentalité/culture souvent distincte des agriculteurs…)

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