La mise en marché du sirop d’érable au Québec

Au Québec, la Fédération des Producteurs Acéricoles du Québec (FPAQ) représente plus de 7300 producteurs acéricoles et contrôle la vente du sirop d’érable québécois. Depuis plus d’une dizaine d’années, des centaines de producteurs acéricoles sont en conflit ouvert avec leur office de producteurs. Ils  réclament la fin du monopole de la FDAP sur la vente et revendiquent leur droit de commercialiser eux-mêmes leur produit. On n’a qu’à penser au très médiatisé cas d’Angèle Grenier, cette productrice de la Beauce qui se bat jusqu’en Cour suprême pour pouvoir vendre son sirop (McCallum 2016).

Les producteurs mécontents avancent également que le FPAC n’est pas efficace dans sa mise en marché collective et qu’ils produiraient plus et feraient beaucoup plus de profits s’ils pouvaient gérer eux-mêmes leur croissance. Un exemple criant exposant ce problème est le fait que l’année dernière, le Québec a dû importer du sirop biologique des États-Unis parce que la production québécoise ne répondait pas à la demande des acheteurs. Pour plusieurs, cette situation est scandaleuse puisque les producteurs québécois sont empêchés de produire plus par leurs quotas (Cloutier 2016, Bégin 2016, Dallaire 2009).

Ils argumentent aussi que la demande de sirop d’érable connaît une croissance fulgurante et que le secteur acéricole du Québec n’arrive pas à suivre (Ici-Estrie 2016, Ici-Mauricie-Centre-du-Québec 2016). Ainsi, les producteurs québécois perdent des parts de marché au profit des producteurs américains, qui n’ont aucune contrainte à leur croissance. Leurs demandes vont dans le sens du récent rapport gouvernemental Gagné (février 2016). Le rapport appelait à une libéralisation du secteur pour augmenter sa productivité et sa production (Ici Est-du-Québec 2016). Le système serait, tel qu’il est actuellement, trop rigide et contraignant pour les producteurs.

Ce qui ressort de l’analyse de cette situation est que lorsqu’une production se porte bien, les producteurs ont tendance à être moins favorables à une mise en marché collective. Par contre, lorsque les conditions sont difficiles, les producteurs sont davantage pour une mise en marché collective. Avant l’instauration du système centralisé au début des années 90, les variations de prix et les problèmes de qualité nuisaient à la croissance et à l’industrie (Union des Producteurs Agricoles 2015). La FPAQ avait alors permis la mise en place d’un système pour garantir une qualité uniforme et l’approvisionnement, propulsant ainsi l’expansion du produit dans le monde (Ici Est-du-Québec 2016).

À l’heure actuelle, quelle approche devrait-on favoriser quant à la mise en marché du sirop? Le système actuel est-il toujours pertinent? Devrait-on aller vers une déréglementation de l’industrie afin de permettent chaque producteur de commercialiser son produit, ou au contraire, les producteurs devraient-ils bâtir sur leur acquis et essayer de rendre leur mise en marché collective plus efficace?

Il est bien évident que si on démantelait le système gérant la mise en marché du sirop et si on assouplissait les règles, il serait bien difficile de revenir en arrière par la suite. Le risque est donc le suivant : puisque ça va bien en ce moment, la FPAQ semble moins pertinente. Mais que se passerait-il si la situation changeait? Si, par exemple, des conditions climatiques défavorables ou la renégociation de l’ALÉNA affectaient négativement la production ou les exportations, et que les producteurs ne disposaient plus de ces systèmes pour les protéger? C’est d’ailleurs ce que fait valoir la FPAQ en affirmant le système actuel permet aux producteurs de surmonter plus facilement les difficultés (Ici Estrie 2016).

Pour l’instant, La FPAQ promet à ses producteurs de s’adapter à la demande du marché. Déjà, elle a obtenu l’année dernière 5 millions d’entailles additionnelles pour augmenter la production de sirop au Québec. La situation est à suivre dans ce secteur de production en pleine expansion et en pleine ébullition. Une chose est certaine, cette situation nous amène collectivement à réfléchir à quel genre de système et à quel genre de mise en marché nous désirons avoir au Québec pour faire valoir nos produits agricoles dans le monde.

Références

Bégin PY. (2016, 15 septembre). Les réserves de sirop bio sont à sec. La Terre de chez nous. Disponible à http://www.laterre.ca/actualites/reserves-de-sirop-bio-a-sec.php

Cloutier J. (2016, 16 septembre). Le Canada devra importer du sirop d’érable. Journal de Montréal. Disponible à http://www.journaldemontreal.com/2016/09/16/le-canada-devra-importer-du-sirop-derable

Dallaire L. (2009, 17 mars). Industrie du sirop d’érable: un produit de luxe en demande. Le Soleil. Disponible à http://www.lapresse.ca/le-soleil/affaires/agro-alimentaire/200903/16/01-837120-industrie-du-sirop-derable-un-produit-de-luxe-en-demande.php

Ici Est-du-Québec (2016, 11 février). Sirop d’érable : à marché mondial, règles mondiales. Radio-Canada.ca. Disponible à http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/764711/gaspesie-sirop-erable-rapport-gagne

Ici Estrie. (2016, 16 février). Des centaines d’acériculteurs se mobilisent à Québec. Radio-Canada.ca. Disponible à http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/765397/sirop-erable-producteurs-manifestation-rapport-gagne

Ici Mauricie-Centre-du-Québec. (2016, 19 février). Des producteurs de sirop d’érable veulent agir librement. Radio-Canada.ca. Disponible à : http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/766174/acericulteurs-rapport-gagne-manifestation

McCallum L, McKenna K. (2016, 25 août). Quebec maple syrup rebel takes case to Supreme Court. CBC News Montreal. Disponible à http://www.cbc.ca/news/canada/montreal/maple-syrup-goes-to-supreme-court-1.3736127

Union des Producteurs Agricoles. (2015, avril). Mise en marché collective du sirop d’érable. Union des Producteurs Agricoles. Disponible à https://www.upa.qc.ca/content/uploads/2015/04/les-federations-regionales-plan-conjoint.pdf?x62774

 

3 responses to “La mise en marché du sirop d’érable au Québec”

  1. Anna-Marie Devin says:

    Le thème de ton article est bien choisi. En effet, c’est un débat actuel qui mérite qu’on lui porte de l’attention. Plusieurs conventions de mise en marché sont en renouvellement cette année et il est bien de s’informer des opinions de chacun des participants du débat. Ton article expose bien les différents entre les producteurs et la fédération à travers le temps.
    Le ton de l’article est professionnel et écrit très clairement. Par contre, les références sont surtout des articles d’opinion. Il aurait peut-être été bien d’inclure des documents officiels sur la ventes de sirop ou les informations de la convention officiel. Malgré tout, les pour et les contres de chaque option possible sont bien exposé. La manière dont l’article est écrit nous amène vraiment à bien comprendre la situation et à répondre à nos questions. Par contre, il est difficile de déterminer de qu’elle côté tu te situes.
    Ce texte m’a plus car il est pertinent, actuel et bien écrit.
    Anna-Marie Devin

  2. kawnenefidahoussen says:

    Nous avons là un article qui résume d’une manière concise les liens, parfois tendus, qui existent entre la FPAQ et les producteurs de sirops d’érable. Des exemples de faits récents sont utilisés pour appuyer les propos de l’auteur. Cependant, les sources officielles manquent à l’appel.
    Par ailleurs, l’auteur a une bonne approche quant à l’analyse du problème – consistant à l’évaluation des points de vue des producteurs ainsi que du rôle de la FPAQ.
    D’accord pour la règlementation de l’industrie et du rôle des marchés collectifs : m’appuyant, comme toujours, sur la réglementation du secteur laitier au Canada. Cependant, quelques interrogations me viennent en tête en lisant l’article. J’aimerais que l’auteur élabore un peu plus sur tout ce qui est rôle de la fédération. Aussi, quelles sont les raisons pour lesquelles la FPAQ n’arrive pas à être efficace dans sa « mise en marché » (je ne pense pas que le système de quota soit un problème en lui-même). De plus, quels sont les rouages du système qui font que celui-ci est « trop rigide et contraignant pour les producteurs » ?
    La majorité des producteurs acéricoles sont-ils en accord avec leurs confrères ? Et qu’en pense l’auteur ?

  3. Julie Major says:

    Bel exercice de montrer les deux côtés de la médaille. Je me demande, spécifiquement, comment la FPAQ pourrait aider les producteurs face à “des conditions climatiques défavorables ou la renégociation de l’ALÉNA?”

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