Territoires agricoles sous protection?

Territoires agricoles sous protection?

« La commission se demande pourquoi on ne met pas autant d’efforts pour protéger le territoire et les activités agricoles que pour préserver des milieux humides, des bâtiments patrimoniaux ou des espaces à développer » (LégisQuébec, 2016). L’historique de l’humanité est parsemé d’expropriation d’habitants en sol agricole selon un dit objectif de développement. Le territoire québécois est immense, mais non humainement viable, encore moins cultivable, sur l’ensemble de sa superficie. Les terres arables sont rarement perçues comme une richesse collective à cause de la perception qu’il existe d’autres terres cultivables ailleurs, toujours plus loin. L’occupation du territoire québécois dépend malheureusement, de la valeur financière attribuée aux superficies et non à l’utilisation que l’on peut en faire, ni à la ressource que le dit sol nous octroie. Nos sols cultivables sont-ils menacés par des projets de soi-disant développements qui, au final, favoriseront l’étalement urbain?

En 1978, la Loi sur la protection du territoire agricole voit le jour avec pour mandat d’assurer la pérennité du patrimoine agricole. Tel que stipulé par la Commission de protection du territoire agricole du Québec, ci-après nommé CPTAQ, : « La loi s’applique au gouvernement, à ses ministères et à ses organismes. (…) La loi prévaut également sur toute disposition incompatible d’un schéma d’aménagement et de développement, d’un plan directeur ou d’un règlement de zonage, de lotissement ou de construction » (Commission de protection du territoire agricole du Québec, 2017). D’un revers de la main, en 2003, le gouvernement québécois a refusé de suivre les recommandations de la CPTAQ concernant le prolongement de l’autoroute 30 sur la Rive-Sud de Montréal (Hamel, 2003).  En a résulté un dézonage de superficies agraires, coupant en deux des productions alimentaires et détournant la Loi sur la protection du territoire agricole (LégisQuébec, 2016).

Alors, se souvient-on vraiment? En effet, quelques années plus tard, un scénario similaire se répète alors que le gouvernement Couillard refuse de respecter les recommandations soulevées par le Bureau d’audiences publiques pour l’environnement (BAPE) concernant le projet de réseau électrique métropolitain (REM) proposé par la Caisse de dépôt et de placement du Québec (CDPQ-Infra). Entre autres, il fut émis par le BAPE que « La conception et le choix de l’emplacement de la station Rive-Sud contreviennent aux règles d’aménagement du territoire et aux politiques de maintien des terres agricoles » (Bureau d’audiences publiques sur l’environnement, 2016).

En plus, l’emplacement proposé par la CDPQ-Infra pour la gare de Brossard se situera en zone très peu peuplée avec un immense stationnement incitatif à construire de 3000 places nécessitant un dézonage agricole sur une superficie de 30 hectares, soit l’équivalent de 50 terrains de football (Bisson, 2016). Ce projet stimulera également l’étalement urbain dans l’ouest de l’ile de Montréal par ces antennes vers Sainte-Anne-de-Bellevue et vers le Dix30 stimuleront l’étalement urbain de faible densité, ce qui augmentera la dépendance à l’automobile, favorisera la congestion routière et augmentera les émissions de gaz à effet de serre (GES).

Jusqu’à maintenant, l’autoroute 30 créait une barrière physique ralentissant l’étalement urbain au sud de celle-ci. Le développement de la station Rive-Sud du projet de la Caisse de dépôt favorisera fortement l’étalement urbain et augmentera la pression pour des dézonages en série du secteur agricole actuellement présent. De plus, le projet de la Caisse intervient dans le plan d’aménagement du territoire de la ville de Longueuil entrant en conflit avec Loi du sur la protection du territoire agricole.

A-t-on une perception sociétale que l’agriculture n’est pas une richesse et que l’enrichissement d’une minorité peut se faire au détriment d’un secteur d’emploi fondamental dont l’objectif est de nourrir la population.

Par Joëlle Lefebvre-Ouellet 

Références

Bisson, B. (2016, octobre 5). Réseau électrique métropolitain : Le train de la caisse n’est pas le bienvenu en zone agricole. La Presse, 10. Récupéré sur http://plus.lapresse.ca/screens/6a600d53-7bce-4afb-8dd5-53b7b08d7b36%7C_0.html

Bureau d’audiences publiques sur l’environnement. (2016). Projet de réseau électrique métropolitain de transport collectif. Rapport d’enquête et d’audience publique, Gouvernement du Québec, Québec. Consulté le février 12, 2017, sur https://bape.gouv.qc.ca/sections/rapports/publications/bape331.pdf

Commission de protection du territoire agricole du Québec. (2017, février 11). Mission et mandat. Québec, Canada. Récupéré sur http://www.cptaq.gouv.qc.ca/index.php?id=27&MP=74-147

Hamel, M. L. (2003, février 6). Le gouvernement du Québec autorise le parachèvement de l’autoroute 30. Récupéré sur Développement durable, Environnment et Lutte contre les changements climatiques Québec: http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/infuseur/communique.asp?no=316

LégisQuébec. (2016, novembre 1). Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles. (É. o. Québec, Éd.) Récupéré sur Publications Québec: http://legisquebec.gouv.qc.ca/fr/pdf/cs/P-41.1.pdf

3 responses to “Territoires agricoles sous protection?”

  1. valentinegranet says:

    Le thème de cet article est des plus intéressants, il traite d’un sujet essentiel pour l’agriculture et sa place dans la société. La question de la gestion des terres agricole n’est pas nouvelle et reste d’actualité. C’est donc assez habile d’avoir inclus des perspectives historiques pour présenter un projet actuel. La structure de cet article est particulièrement réussie, elle amène le lecteur à trouver la réponse à ses questions au moment même où il se les pose. Le vocabulaire employé est formel mais accessible.

    Toutefois la structure des phrases m’a paru confuse à plusieurs reprises. Certaines phrases sont trop longues et trop complexes. Ceci ralentis la lecture et la compréhension. Ce texte manque également de réelles études scientifiques sur les conséquences du développement de projets comme celui dont il est question ici. La dernière phrase du 4éme paragraphe liste des conséquences négatives du projet de développement sans indiquer de source. Si l’affirmation semble logique, elle devrait toutefois être appuyée par des analyses d’experts ou des preuves concrètes.

    Le sujet, le langage employé, ainsi que la prise de position ferme de l’auteure lui permettent de se positionner comme professionnelle respectable, néanmoins tout professionnel doit obligatoirement baser ses affirmations sur la science.

  2. Diane Maheu says:

    Ayant un titre accrocheur et utilisant une perspective d’hier à aujourd’hui, cet article nous tient en haleine du début jusqu’à la fin. C’est d’ailleurs cet aspect rétro-prospective que j’ai préféré le plus concernant ce texte. Aussi, plusieurs arguments ont été présentés, offrant une position forte prise par l’auteure.
    Cependant, quelques améliorations pourraient être apportées. Par exemple, il est préférable d’éviter de terminer un paragraphe par une citation. Offrir de plus amples explications concernant la citation à la suite de celle-ci nous permet de mieux saisir l’étendue d’un argument apporté et constitue une façon plus souple de clore un sujet. De plus, je suis d’accord avec l’affirmation que la création d’une gare peut engendrer un étalement urbain et par le fait même causé des inconvénients. Malgré tout, un ajout d’appuie par référence pour certain des arguments utilisés à la fin du texte pourrait offrir encore plus de crédibilité à l’auteure.
    Néanmoins, je considère cette auteure comme étant une professionnelle respectable, puisque le langage employé dans son article est respectueux et posé. De plus, de bonnes sources ont été choisies pour les références utilisées.

  3. Julie Major says:

    Attention de maintenir une justesse stricte dans tes propos. Par exemple, quand tu dis qu’une partie du territoire québécoise est “non humainement viable”: Il y a un village à Salluit (https://en.wikipedia.org/wiki/Salluit)! Tu parles de la menace que représente le projet de REM, mais il représente aussi un gros plus pour la zone urbaine…est-ce que ce qu’il y aurait moyen de modifier la proposition actuelle pour mitiger les impacts agricoles? Le texte est bien rédigé, mais le choix de vocabulaire et certaines structures de phrases sont parfois lourds. Je trouve moi aussi que certaines affirmations du 4e paragraphe auraient du être appuyés par des références.

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