La modération a bien meilleur goût

Avec la sortie des «Monsanto Papers» en 2017, la crédibilité concernant la sécurité du glyphosate, retrouvé entre autres dans le Roundup, est sérieusement ébranlée. Ces documents révèlent que certains tests concernant le niveau de risque associé au Roundup n’auraient pas été adéquatement faits et que certaines études qui semblaient démontrer le danger du Roundup auraient été mises à l’écart par Monsanto (Baum Hedlund Aristei Goldman 2018).

Figure provenant de Benbrook (2016); A : Nombre de livres de glyphosate appliqués; B : le prix du glyphosate et la quantité appliquée dans les champs de maïs et soya; C : Nombre de mauvaises herbes résistantes au glyphosate

Avec ces révélations, les résultats provenant de recherches indépendantes sont absolument nécessaires. Récemment, une revue de la littérature, fait par un professeur à l’université de Floride, brosse un portrait de la situation actuelle sur l’utilisation du glyphosate, citant plus d’une centaine de recherches (Van Bruggen et al. 2018). Les grands titres ne sont pas très encourageants. Des résidus de glyphosate s’accumulent dans l’environnement, causant un changement dans les communautés microbiennes présentes dans le sol, les plantes et les intestins des animaux. De plus, de nombreuses recherches ont démontré des effets négatifs sur les animaux lorsqu’ils étaient exposés à de très grandes concentrations de glyphosate. Par contre, les concentrations de glyphosate retrouvées présentement dans l’urine des animaux de ferme et des humains sont bien en dessous des concentrations causant des problèmes directs aux animaux. Les auteurs vont jusqu’à établir un lien entre l’augmentation des résistances aux antibiotiques et l’utilisation du glyphosate. Selon eux, les mécanismes utilisés par les bactéries pour survivre dans un environnement avec du glyphosate sont similaires à ceux utilisés pour ne pas être affecté par des antibiotiques comme la pénicilline. Ces «supers» bactéries se retrouveraient dans les végétaux provenant de champs où du glyphosate a été appliqué et se retrouverait éventuellement dans les intestins des animaux et des humains. Ce phénomène serait une des causes de l’augmentation des bactéries résistantes aux antibiotiques et une conséquence indirecte grave de l’utilisation excessive du glyphosate. Même si cette hypothèse est difficile à prouver, d’autres aspects de la revue littéraire sont alarmant. L’accumulation grandissante de résidus de glyphosate dans l’environnement, le grand nombre de mauvaises herbes résistantes au glyphosate et les effets néfastes sur les animaux exposés à de grande concentration de glyphosate démontrent que l’utilisation croissante du glyphosate durant les dernières années est un problème sur lequel les agriculteurs se doivent d’agir.

Quelles sont les alternatives? L’application d’alternatives comme le 2-4D et le dicamba, deux autres herbicides, en combinaison ou en rotation avec le glyphosate sont deux méthodes que certains producteurs utilisent. Toutefois, M. Van Bruggen nous met en garde, car l’utilisation inadéquate d’autres modes d’action pourrait avoir comme conséquence de favoriser le développement de bactéries résistantes à d’autres antibiotiques, empirant la situation actuelle (Van Bruggen et al. 2018).

D’autres solutions n’impliquant aucun herbicide peuvent et devraient être utilisées dans la lutte contre les mauvaises herbes. Les rotations de cultures, les engrais verts, le sarclage, les bioherbicides et autres sont tous des outils que les producteurs peuvent utiliser pour réduire l’utilisation d’herbicides de synthèse (Lamichhane et al. 2017). Toutefois, il est important de garder en tête que ces alternatives ne sont pas parfaites, dans certains cas, l’utilisation d’herbicide est nécessaire pour bien contrôler les mauvaises herbes. L’application d’herbicide ne devrait pas être complètement proscrite, mais utilisée en combinaison avec d’autres méthodes de contrôle, minimisant les effets négatifs de la surutilisation des herbicides. Dans un monde où les agriculteurs se doivent de réduire les coûts de désherbages au maximum pour s’assurer un gagne-pain, les herbicides peu coûteux comme le glyphosate sont plus souvent utilisés au détriment d’autres moyens plus respectueux de l’environnement, vu comme plus coûteux à court terme (Lamichhane et al. 2017). Qui sait, avec un incitatif pour changer leur façon de faire, les agriculteurs songeraient certainement à réduire leur utilisation abusive du glyphosate.

 

 

Références:

Baum Hedlund Aristei Goldman. (2018). Monsanto Papers | Secret Documents. Récupéré à: https://www.baumhedlundlaw.com/toxic-tort-law/monsanto-roundup-lawsuit/monsanto-secret-documents/

Benbrook, C. M. (2016). Trends in glyphosate herbicide use in the United States and globally. Environmental Sciences Europe, 28(1), 3.

Lamichhane, J. R., Devos, Y., Beckie, H. J., Owen, M. D. K., Tillie, P., Messéan, A., & Kudsk, P. (2017). Integrated weed management systems with herbicide-tolerant crops in the European Union: lessons learnt from home and abroad. Critical Reviews in Biotechnology, 37(4), 459-475.

Van Bruggen, A. H. C., He, M. M., Shin, K., Mai, V., Jeong, K. C., Finckh, M. R., & Morris, J. G. (2018). Environmental and health effects of the herbicide glyphosate. Science of The Total Environment, 616-617, 255-268.

3 responses to “La modération a bien meilleur goût”

  1. cyrilmelikov says:

    The two first adjectives that come out of my mind to qualify what it is written in this article; are informative and disturbing.
    Informative in the sens that I did not know that the price of glyphosate was going down while its use was increasing over the years. Also ,the development of bacterial resistance to this herbicide was something that was a bit aware of , but not in such details . By reading this post , the lecturer can realize that we are in a very bad position and that is why I qualified this article as « disturbing » In this post it is said that , there are 3 unknowns and 1 equation. The unknowns are the increasing use of glyphosate and its consequences , its decreasing price and the promotion of more environmentally sustainable practices. The ultimate goal is to ensure a high productivity level while being environmental friendly. How do we play with those variables ? I think that the take home message of this article is : The scientific proofs which disqualify the use of glyphosate versus the economic situation of the producers and how can we convince producers to slow down their glyphosate consumption.
    The strongest aspect of this article is the graphs attached to the written part. They allow a better understanding of the post and present clearly the context.
    However the way it is structured can be discussed. In my opinion , there are too many details on the bacterial resistance part versus the existing alternatives to glyphosate.
    The strongest argument is the decrease in glyphosate price, it sets the debate : profits versus environment.
    Overall, nice job !

  2. lpdessureault says:

    Décidemment, cet article est déroutant et hautement informatif. Le message en est clair et s’inscrit très bien dans le titre, le glyphosate ne mérite pas d’être banni comme ses bénéfices économiques sont considérables, mais devrait plutôt être utilisé de façon moins libérale et avec plus de considérations pour ses répercussions en aval dans les sols et la chaîne alimentaire. Le « post » est définitivement bien construit, et ne relève pas de l’opinion de certains sceptiques obscurs, mais est basé sur une revue de littérature intrigante et vraisemblablement complète.
    À mon avis, l’information la plus frappante et qui ressort le plus de l’article est la propension au développement de super bactéries sous l’effet du glyphosate. Cette suspission alarmante doit être étudiée plus en profondeur et mérite d’être amenée sur les tables de concertation visant à autoriser l’utilisation de cet herbicide puissant. À cet effet, il aurait été intéressant d’amener les derniers développements politiques de l’utilisation de glyphosate notamment en Europe et de développer sur les répercussions qu’un agrandissement des territoires agricoles où cet herbicide pourra être utilisé pourrait engendrer.
    Il aurait aussi été important selon moi de mentionner au passage le parcours ou le poste qu’occupent les auteurs de la revue de littérature à l’Université de la Floride (Van Bruggen et al.) pour les disculper de biais professionnel ou personnel.
    Sinon, cet article était épatant, extrêmement bien écrit et je me dois d’agréer avec la dernière déclaration de l’auteur, les producteurs devraient être mieux épaulés dans leur lutte intégrée aux mauvaises herbes.

  3. Olivier Lamarre-Tellier says:

    L’article de William porte sur la surutilisation des glyphosates dans les pratiques agricoles et les conséquences que celle-ci peut avoir sur nous. Il fait état du fait que Monsanto aurait caché des résultats de recherche selon lesquels l’utilisation de leur produit Roundup comportait certains dangers. Parmi ces dangers figure le renforcement de la résistance de certaines bactéries, qui pourraient désormais envahir les cultures et par conséquent les animaux consommant celles-ci.
    Ces révélations inquiétantes sont expliquées avec soin par l’auteur, qui adopte un ton catégorique lors de son argumentation. Le point fort de l’article réside dans l’offre de plusieurs solutions raisonnables à ces problèmes en plus de leur description.
    Cependant, il est dommage que l’auteur ne développe pas plus sur l’“incitatif” pour les agriculteurs, mentionnés à la fin de l’article. Il s’agit d’une étape importante dans la transition vers des herbicides moins nocifs pour l’humain et l’environnement, pourtant il s’avère difficile d’établir un plan d’action. Cet effort doit provenir des institutions publiques, or celles-ci ne semblent pas voir l’aspect pressant de la situation.
    D’ailleurs, l’article fait part du fait que les concentrations de glyphosates n’ont pas encore atteint des niveaux inquiétants dans les tests d’urine chez les animaux et les humains, laissant à croire que le gouvernement se fie sur cela pour prendre ses décisions. Devrons-nous réellement attendre l’apparition de conséquences sur l’humain pour mettre la machine en marche ?

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