Défi pour la filière avicole canadienne

L’industrie du poulet de chair connait de grands bouleversements liés à l’utilisation des antibiotiques. La conscientisation du milieu avicole par rapport aux possibilités de résistances aux antibiotiques et la demande des consommateurs pour des produits plus sains augmentent la pression sur les producteurs. Ceux-ci devront faire des efforts en changeant leurs pratiques pour diminuer ou éliminer l’utilisation des controversés produits dans l’élevage de poulets.

Tous les antibiotiques sont classés selon leur importance en médecine humaine, la classe I étant essentielle dans le traitement d’infection sérieuse, et la classe IV n’étant pas utilisée en médecine humaine (CFC, 2015). En réponse à la crainte de résistance aux antibiotiques, les producteurs de poulets canadiens ont décidé de faire le retrait volontaire de la classe I, en 2014 (CFC, n.d.). C’est pour la même raison que, d’ici la fin de l’année, l’utilisation préventive de la classe II devra être éliminée et qu’en 2020, il en sera de même pour la classe III (CFC, 2015). Ce sont ces deux dernières classes qui auront le plus d’impact sur l’élevage de poulets.

Actuellement, les volailles mises en marché ne contiennent aucun résidu d’antibiotiques. En effet, les éleveurs de poulets au Canada doivent respecter des périodes de retrait pour s’assurer de leur élimination complète (ACIA, 2017). De plus, au Québec, l’utilisation d’antibiotiques doit être prescrite par un médecin vétérinaire.

Au Canada, les  poulets élevés sans antibiotiques sont des oiseaux qui n’ont jamais reçu d’antibiotiques, ni en prévention ou en traitement (ACIA, 2018). Il est cependant autorisé d’utiliser des anticoccidiens chimiques et vaccins (ACIA, 2018). Ailleurs dans le monde, la définition de poulets  élevés sans antibiotiques n’est pas toujours aussi stricte et permet dans certains cas l’utilisation en traitement (Wang, 2016).

Des alternatives aux antibiotiques peuvent être utilisées, comme des huiles essentielles, des levures, des prébiotiques et probiotiques, mais la recherche est encore très peu documentée. L’utilisation de produits alternatifs ne demande aucune prescription d’un vétérinaire et ils peuvent être employés en prévention ou en traitement.

Selon une étude menée par la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, il est prouvé qu’il est possible de produire du poulet élevé sans antibiotiques, mais à des coûts en moyenne plus élevés (Parent, 2013). En effet, sans l’utilisation d’antibiotiques, une augmentation de la conversion alimentaire, de la condamnation et de la mortalité ont été observées, de même que des coûts supplémentaires pour des produits alternatifs, de la vaccination et de l’acidification de l’eau (Parent, 2013). L’obstacle pour les producteurs de poulets est donc de performer en élevage s’ils veulent avoir des résultats équivalents que ceux en production conventionnelle, pour avoir le même profit net au kilo.

La production de poulets élevés sans ou avec réduction des antibiotiques change les pratiques de la filière avicole. Pour maximiser les chances de réussite, ce n’est pas seulement les éleveurs qui devront s’adapter, mais les couvoiriers et les meuniers qui auront aussi à participer. En effet, la qualité des poussins et de la moulée sont à la base de la production et deviennent primordiales lorsqu’il n’y a aucune protection externe.

Avec les changements à venir, que ce soit pour la réduction ou l’élimination des antibiotiques, la difficulté sera élevée pour tous les participants de l’industrie. Il faudra un travail d’équipe pour parvenir à surmonter ce nouveau défi et s’adapter.

Photo par Valérie Girouard

Références

Agence Canadienne d’Inspection des Aliments.  2018. Allégations relatives à la méthode de production. Disponible sur http://www.inspection.gc.ca/aliments/etiquetage/l-etiquetage-des-aliments-pour-l-industrie/allegations-relatives-a-la-methode-de-production/fra/1389379565794/1389380926083?chap=7#s6c7(Consulté le 12 février 2018). Agence Canadienne d’Inspection des Aliments, Ottawa, ON.

Agence Canadienne d’Inspection des Aliments. 2017. Chapitre 19 – Programmes sur l’inspection de la volaille. Disponible sur http://www.inspection.gc.ca/aliments/produits-de-viande-et-de-volaille/manuel-des-methodes/chapitre-19/fra/1360962146879 /1360962607138?chap=0 (Consulté le 12 février 2018). Agence Canadienne d’Inspection des Aliments, Ottawa, ON.

Chicken Farmers of Canada. n.d. Antibiotics. Disponible sur http://www.chickenfarmers.ca/antibiotics/ (Consulté le 12 février 2018). Chicken Farmers of Canada, Ottawa, ON.

Chicken Farmers of Canada. 2015. Chicken & antibiotics, let’s chat about the facts. Disponible sur http://www.chickenfarmers.ca/wp-content/uploads/2015/11/AMU-Infographic.pdf (Consulté le 12 février 2018). Chicken Farmers of Canada, Ottawa, ON.

Parent. 2013. Passer au poulet sans antibiotique ? Disponible sur https://www.lebulletin.com/elevage/passer-au-poulet-sans-antibiotique-56719 (Consulté le 12 février 2018). Le Bulletin des agriculteurs, Saint-Lambert, QC

Wang. 2016. Reducing Antibiotics : Management is key to success. Disponible sur https://www.canadianpoultrymag.com/health/broilers/reducing-antibiotics-19166 (Consulté le 12 février 2018). Canadian Poultry Magazine, Simcoe, ON.

3 responses to “Défi pour la filière avicole canadienne”

  1. camillebergeron says:

    Très intéressant Valérie! J’adore ce genre d’article qui explique à la population la réalité des producteurs d’ici. Éclairer les gens de cette façon aide à éliminer les mauvais jugements dus à un manque de connaissance, ce qui est tout à fait d’actualité, surtout au niveau des antibiotiques en production animale.J’aime le fait que tu parle d’un travail d’équipe dans l’industrie pour progresser dans l’élevage sans antibiotiques, car les gens ont souvent tendance à oublier ces autres joueurs et ”jeter toute la faute” sur les producteurs; ce paragraphe est pour moi un point fort de ton texte qui va certainement en convaincre plus d’un de la volonté des producteurs à cheminer dans cette voie afin d’offrir aux consommateur les produits qu’ils désirent! Ma minuscule suggestion pour améliorer ton article serait au niveau de ton titre. On ne sait pas vraiment à quoi s’attendre quand on le lit, alors j’aurais mentionné l’élevage sans antibiotique d’une façon ou d’une autre dans ton titre. Mais bon, petit détail! J’ai bien apprécié ton article.

  2. elianewubbolts says:

    Très bon texte informatif sur la production avicole au Canada et le nouvel enjeu dont les producteurs font face. Le titre nous démontre une importance face au sujet de la part de l’auteure, et suscite notre curiosité pour en apprendre davantage. Par contre, après avoir lu le texte, il aurait été pertinent de mentionner que le défi pour la filière avicole canadienne était avec les antibiotiques ou faire un lien avec celles-ci.
    Nous apprenons, en lisant ce texte, les différences et les défis d’élever des poulets sans antibiotiques et la pression de la demande des consommateurs éprouvés par les producteurs. Une information qui m’interpelle et qui explique bien le défi en cause, est le coût plus élevé de la production sans antibiotiques ce qui explique la difficulté de performer pour les producteurs. L’article souligne qu’il est difficile de relever ce défi et j’ai bien aimé l’aspect final qu’il serait important pour les producteurs de travailler en équipe pour réussir ce défi. Finalement, un aspect qui aurait pu être discuté est la mise en marché du poulet sans antibiotiques versus conventionnel, et la différence des prix de ceux-ci. Je me demandais, est-ce que les producteurs reçoivent un ajustement de prix pour le sans antibiotique ? Et si oui, quels sont les principaux facteurs qui sont utilisés pour calculer cette différence ? Globalement, j’ai appréciée ce texte qui nous donne une meilleure idée de la situation présente dans le milieu avicole.

  3. antoinelemieuxtremblay says:

    La pertinence du titre de cet article et de l’article de façon générale est indiscutable. Il s’agit effectivement d’un défi et le choix du titre s’avère précis et direct. Il est effectivement pertinent de parler du questionnement de la filière avicole, mais aussi toutes les filières de production animale quant à l’utilisation généralisée des antibiotiques. De plus, un des points forts de l’article est la clarté de l’explication relatif au processus de retrait de la production des différentes classes d’antibiotiques. En plus de fournir les informations nécessaires et documentées, Mme Girouard dépeint de façon factuelle le portrait de l’industrie. En autre, elle mentionne les périodes de retrait, la filière sans antibiotiques, les alternatives, les coûts de production plus élevés et conclut bien son texte en faisant un retour sur l’idée initiale. Toutefois, il n’est jamais question des alternatives en matière de système de production, mais seulement en matière de traitement. Il serait intéressant de voir si l’industrie considère peut-être changer la façon de produire complètement. Des systèmes ou les poulets sont à l’extérieur fonctionnent autant ou des productions plus petites et plus artisanales. Parfois, certaines pratiques d’un système agricole sont les symptômes d’une maladie plutôt que la maladie elle-même.
    Antoine Lemieux-Tremblay

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