La vache canadienne: un héritage menacé

L’industrie laitière québécoise et internationale est depuis bon nombre d’années dominée par une seule race de vache : la Holstein. Cette race nous vient d’Europe et est depuis bien longtemps sélectionnée pour ses capacités laitières, amenant à des productions annuelles dépassant généralement les 10 000 kilogrammes de lait (Centre canadien d’information laitière, 2016), expliquant sa grande popularité. Cependant, une autre race de vache occupait le paysage rural à l’origine de la colonisation du Québec : la canadienne.

Image:Joanne MacLeod Haverkort

La vache canadienne fut développée à partir de bovins provenant de Bretagne et de Normandie aux alentours du 17e siècle. Le produit de ses individus est unique. En effet, il n’existe de nos jours aucune autre race bovine laitière issue de l’Amérique du Nord. Cette existence est de nos jours menacée,  puisqu’il ne reste qu’un petit nombre d’animaux de race pure (environ 1000) en raison d’un croisement avec des bovins de race Brown Swiss. La vache canadienne a été sélectionnée pour sa grande rusticité et sa robustesse. À cet effet, ces vaches sont de petites tailles, une femelle pesant environ 450 kg avec une hauteur de 130 cm au garrot, alors qu’une Holstein en production laitière pèse en moyenne 625 kg et mesure 155 cm au garrot. Cette petite taille s’accompagne d’une production laitière plus faible, avec environ 6 000 kg de lait par année (Centre canadien d’information laitière, 2016). Cependant, certaines caractéristiques de la vache canadienne pourraient aider à nourrir l’engouement pour la race dans les prochaines années.

La robustesse et la rusticité de la canadienne se traduisent par un nombre de caractères valorisés dans la production laitière. Cette race est en effet reconnue pour sa bonne fertilité et son vêlage facile, diminuant la main-d’œuvre et les coûts liés à la naissance des veaux. De plus, sa longévité utile (le nombre d’années pendant lesquelles la production laitière peut être maintenue à un niveau intéressant) tend à être plus longue que celle d’autres races modernes. Ces traits liés à la reproduction sont d’autant plus attrayants considérant les difficultés que l’on peut rencontrer en production à ce niveau (Valacta, 2015). Une Holstein tend à avoir en moyenne 4 cycles de lactation avant d’être retiré de la production. Considérant qu’il faut au moins deux lactations pour récupérer l’argent investie pour élever un veau jusqu’au début de sa vie productive (Valacta, 2015), avoir des vaches qui produisent plus longtemps présente un avantage financier indéniable.

La canadienne est également une vache qui est bien adaptée aux conditions rigoureuses du Québec. Elle supporte bien les basses températures. Elle est également reconnue pour sa grande frugalité, nécessitant moins de nourriture de grande qualité pour maintenir sa production laitière. Ces deux éléments sont particulièrement intéressants considérant les impacts qu’auront probablement les changements climatiques sur l’agriculture ces prochaines années. Bien que les températures seront généralement plus élevées, nous connaîtrons aussi plus d’épisodes de grand froid. De plus, les événements climatiques extrêmes seront plus courants. Au Québec ceci se traduira principalement par des inondations plus fréquentes. Dans ces conditions, la qualité et la quantité de fourrage produit pourrait varier fortement d’années en années, augmentant l’intérêt pour une vache frugale et robuste.

Ainsi, la vache Canadienne présente des solutions potentielles à plusieurs problèmes actuels et futurs de l’industrie laitière québécoise. Cependant, au-delà de son intérêt économique, il est important de se rappeler que la vache Canadienne est avant tout un morceau important de notre patrimoine et que sa disparition constituerait une perte irrémédiable de diversité génétique chez l’espèce bovine, diversité qui est déjà amoindrie par les croisements et la sélection artificielle nécessaires au système de production moderne. Diverses mesures commencent à être mises en place pour assurer la pérennité de la race, notamment à l’aide d’une appellation de spécificité pour le fromage produit avec son lait (Conseil des appellations réservées et des termes valorisants, 2016). Il demeure cependant important que cette race bien de chez nous soit présentée à nos producteurs afin d’assurer sa survie dans nos mémoires et dans nos champs.

Christophe Leblanc

Références

One response to “La vache canadienne: un héritage menacé”

  1. Véronique Perron says:

    Le point à retenir de cet article est très clair : la race de vache canadienne est menacée pourtant, elle présente plusieurs avantages et solutions pour le futur de la production laitière au Québec. Les idées de l’article sont bien structurées et la disposition du texte est originale et rend l’article agréable et facile à lire. Les points forts de cet article sont les comparaisons faites avec la vache Holstein. De plus, cet article fait mention de certains problèmes que nous pourrions éliminer en adoptant la race de vache canadienne. Pour améliorer cet article, certains arguments comme la quantité de nourriture et le nombre de cycles de lactation de la vache canadienne devraient être accompagnés de chiffres réels. Cela ajouterait de la crédibilité aux arguments et aiderait le lecteur à poser un meilleur point de vue face au sujet discuté dans l’article. Le meilleur argument de cet article est le fait que cette race de vache pourrait être plus adaptée aux changements climatiques qui seront observés dans quelques années au Québec. Cela fait en sorte qu’elle pourrait bien devenir la race de vache laitière dominante. Certaines composantes du lait par exemple le gras et la protéine pourrait aussi être ajoutées au texte, car ce sont des éléments importants en production laitière. La vache Jersey par exemple, ne produit pas autant de lait que la vache Holstein, mais son lait est plus riche en gras donc, cela en fait une race très prisée par certains producteurs. Il serait ainsi intéressant de savoir les composantes du lait des vaches canadiennes pour savoir si elles sont une option intéressante à intégrer dans les troupeaux laitiers. Cela dit, cet article fut grandement intéressant et m’a donné envie d’en apprendre plus sur cette vache qui fait partie de notre histoire.

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