L’avenir de l’or rouge au Québec

La production de safran (Crocus sativus) au Québec est en pleine expansion alors que de plus en plus de safranières se développent dans la province. Surnommé l’or rouge, cette épice provient d’une plante vivace de la famille des iridacées. Alors que 170 fleurs sont nécessaires pour produire 1g, cette quantité se vend entre 45 et 55$, ce qui en fait l’épice la plus dispendieuse sur le marché (Landry, 2017). Originaire d’Iran, elle est aujourd’hui cultivée pour aromatiser les plats. Autrefois, elle était aussi utilisée comme agent colorant pour les textiles et pour ses propriétés médicinales (Kafi et al., 2017).

Les principaux pays producteurs sont l’Iran, l’Espagne, l’Inde, la Grèce, le Maroc, l’Italie et la république d’Azerbaïdjan (Kafi et al., 2006). Même si le climat méditerranéen et du Moyen-Orient est différent de celui du Québec, le safran s’adapte bien à nos conditions climatiques par la présence de neige en hiver qui assure la protection des cormes (Landry, 2017).

Cette plante se développe différemment des autres, puisqu’elle est en dormance pendant la majeure partie de l’été, puis fleurit à l’arrivée du froid en automne (fin septembre à la fin novembre). Le safran est une plante stérile et donc les cormes (agissant comme des bulbes) sont plantés de la fin juillet jusqu’au début août. Les cormes pères produiront chaque année, de décembre à juin, environ cinq cormes fils, qui assureront la floraison l’année suivante. Ces derniers sont importés d’Europe ou proviennent de quelques producteurs de la région (Landry, 2017). Chaque corme pouvant produire jusqu’à 9 fleurs, le rendement se voit augmenté chaque année sur la même superficie (La semaine verte, 2015). Les cormes devraient être replantés après 5 ans sur une nouvelle parcelle et suivre une rotation de 10 ans (Roco Saffron, 2017). Un sol bien drainé et un endroit ensoleillé sont nécessaires puisque cette plante préfère les étés chauds et secs (La semaine verte, 2015 et Roco Saffron, 2017). Les principaux ravageurs du safran sont les lapins, les souris et les campagnols alors que la plante n’est pas susceptible au développement de maladies et aux problèmes d’insectes nuisibles et donc, l’utilisation de produits chimiques est minimale (Roco Saffron, 2017).

La récolte, tout comme la plantation et l’émondage, est faite manuellement puisqu’elle requiert une extrême minutie. Elle doit se faire le jour même de l’éclosion puisque les fleurs faneront à la tombée de la noirceur. Il s’agit des trois stigmates, d’un rouge vif, qui constituent le safran. Ils seront coupés dans les heures suivant la cueillette des fleurs, puis sécher pour en améliorer la qualité (Roco Saffron, 2017).

Compte tenu de son prix, ce produit s’adresse à un marché de niche constitué principalement de restaurateurs, mais est aussi offert directement aux fermes productrices, dans les marchés publics et en ligne (Landry, 2017). La prudence est de mise en achetant cette épice puisqu’environ 75% de ce qui est commercialiser est de la fraude (Pur Safran, 2014) sous la forme d’ajout de d’autres épices et de colorant, par la vente de vieux stigmates de mauvaise qualité ou par l’utilisation de l’appellation «safran» alors qu’il s’agit souvent plutôt de safran mexicain (Carthamus tinctorius), un produit moins goûteux et de couleur jaunâtre (Espace pour la vie Montréal, SD).

La production de safran engendre des coûts élevés puisque les opérations agricoles se font à la main. Plusieurs études sont en cours, notamment pour évaluer la faisabilité de cultures sous tunnel, l’impact de la mécanisation sur la qualité et le rendement des plants (Landry, 2017). D’autres recherches visent à valoriser les produits secondaires de la plante tels que les fleurs qui sont déjà récoltées pendant le processus. Ainsi, les fleurs pourraient être utilisées dans l’industrie des cosmétiques puisque l’extrait d’acétone s’y trouvant possède des propriétés anti-inflammatoires (Verjee et al., 2017).

À long terme, pour que le Québec devienne un producteur important de safran, il faudrait développer le marché et faire découvrir cette épice aux citoyens. La valorisation des autres parties de la plante permettrait un revenu supplémentaire sans devoir modifier le mode de production actuel. Le marché biologique serait également à découvrir puisque cette culture nécessite un minimum d’intrants de synthèse. La production de safran a un avenir prometteur au Québec.

 

 

 

https://en.wikipedia.org/wiki/Crocus

 

 

Références

Espace pour la vie Montréal. SD. Safran. Disponible à http://espacepourlavie.ca/safran (accédé 8 février 2018). Espace pour la vie Montréal, Montréal, Qc.

Kafi, M., Koocheki, A., Rashed, M. H., and Nassiri, M. 2006. Saffron (Crocus Sativus): Production and Processing. Science Publishers, Enfield, NH.

Landry, G. 2017. Le safran : un défi ou une opportunité d’affaires pour le Québec. Disponible à https://www.mapaq.gouv.qc.ca/fr/Regions/centreduquebec/INPACQInfolettre/occasionscroissance/Pages/LesafrandefiopportuniteaffairespourQuebec.aspx (accédé le 6 février 2018). Agriculture, Pêcheries et Alimentation Québec, Qc.

La semaine verte. 2015. Le safran du Canada. Disponible à http://ici.radio-canada.ca/tele/la-semaine-verte/2014-2015/segments/reportage/1191/safran-culture-canada (accédé le 10 février 2018). Radio-Canada.ca, Montréal, Qc.

Pur Safran. 2014. Production mondiale et fraude. Disponible à http://www.pursafran.com/production/mondiale.php?cartId=20090901155133LaHXTd1ajnfENBX26167 (accédé le 6 février 2018). Pur Safran, Notre-Dame-de-Montauban, Qc.

Roco Saffron. 2017. Saffron : It’s beautiful, tasty and expensive. Disponible à https://www.uvm.edu/~entlab/Saffron/Saffron%20Workshop%202017/SaffronProduction-Hans.pdf (accédé le 7 février 2018). Netherlands.

Verjee, S., Garo, E., Pelaez, S., Fertig, O., Hamburger, M., and Butterweck, V. 2017. Saffron flower extract promotes scratch wound closure of keratinocytes and enhances VEGF production. Planta Med. 83(14/15): 1176-1183.

2 responses to “L’avenir de l’or rouge au Québec”

  1. jeancarlmoubarak says:

    Le titre de cet article est captivant, mais quelque peu trompeur, puisqu’il ne représente pas avec fidélité le contenu de l’article. Les informations présentées sont cependant utiles et intéressantes. En effet, l’article décrit une industrie qui est souvent négligée lorsqu’il est question d’agriculture : celle des épices, et plus particulièrement des épices « de luxe ». Étant peu familier avec la culture du safran et la situation actuelle de l’industrie, je pense que l’élément principal à retenir de cet article est l’idée que le Québec est un marché avec un bon potentiel pour les cultivateurs d’or rouge. Une des forces de cette publication est sans doute la présentation du contexte : grâce aux données relevant, entre autres, des origines géographiques et historique du safran, de son utilisation, de son prix moyen, et de la récolte, n’importe quel lecteur est capable d’apprécier cet article, peu importe son niveau de connaissance par rapport au sujet. Cependant, tel que mentionné précédemment, le titre porte à confusion puisqu’il annonce un texte qui traite de l’avenir du safran au Québec, alors que ce thème n’apparait qu’au dernier paragraphe, et ce sous forme d’idées vagues qui ne sont pas forcément soutenues par des chiffres ou études analysant le futur de l’industrie du safran de la province. Cet aspect pourrait être amélioré en présentant plus de chiffres ou projections, ou encore en soutenant une position par rapport aux recommandations faites dans la conclusion tout au long du texte, de manière plus approfondie. Néanmoins, les informations présentées demeurent intrigantes, et la valorisation de la plante de safran à travers des usages alternatifs, comme produit cosmétique ou anti-inflammatoire, constituent la piste qui suscitent le plus fortement l’intérêt du lecteur.

  2. danielgagne says:

    I liked the title, it was intriguing enough to reel me in though it could of been a little more informative. Based on your article, Quebec has the potential to eventually become an important producer of the highly valuable spice saffron. Overall it was very informative article and shed a lot of light on a plant a knew next to nothing about. I think the strongest aspect of your post is that very few people would consider it possible to grow saffron in Quebec even less would know of the existence of its production in the province. So, you’ve effectively introduced uncommon knowledge to the general public. It would have been helpful to indicate the cost of one corm and how many you’d need to get a gram of saffron, so the reader might get an idea of its profitability. Also, with the much higher cost of labor here in comparison with the traditional growers of saffron, you could have also mentioned how the Quebec produce could hope to be competitive. I think one of the most compelling things you mentioned to justify saffron production here in Quebec would be the large amount of fraud in the saffron market with buyers being swindled into purchasing cheaper knock offs.

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