LE LAIT, l’or blanc du Québec ou poison mortel?

By Camille Bergeron

Le lait, cet or blanc québécois ou poison, tout dépendant de notre perception, est au cœur de notre culture depuis longtemps. Sujet à controverses de nos jours, souvent j’ai entendu: ‘’Le lait est bourré d’antibiotiques, d’hormones et de microbes!’’.  Quels sont réellement les fondements d’une telle allégation?

Références images[1]

Normalement, outre gras, protéines, lactose, minéraux et eau, ce liquide contient aussi des globules blancs et des bactéries (Cornell Dairy Extension, 2018; FAO, 2018). Les cellules somatiques (globules blancs), ont des niveaux normaux au Québec d’environ 216 000 cellules/ml (Beauchamp & al., 2016; Valacta, 2017). Quant aux bactéries totales (BT), en moyenne au Québec, le compte est d’environ 26 000 BT/ml (Beauchamp & al., 2016, Thiboutot & Aubé, 2007). Ces 2 mesures constituent des normes importantes qui définissent la qualité du lait. Pour encourager une production de qualité et offrir le meilleur produit possible aux consommateurs, les producteurs ayant un CCS de 200 000 et moins et les BT de 20 000 et moins reçoivent une première prime, et ceux sous les 150 000 pour le CCS et de 15 000 et moins pour les BT ont droit à une 2e prime. Parallèlement, un producteur dont le lait dépasse 400 000 CCS et/ou 121 000 BT reçoit des pénalités et son lait ne sera pas ramassé si la situation perdure (Beauchamp & al., 2016; Valacta, 2017). De plus, tout le lait vendu au Canada est pasteurisé, ce qui élimine les bactéries potentiellement nuisibles en préservant au maximum ses propriétés nutritionnelles, ce qui en fait un produit extrêmement sécuritaire à consommer (Bon & al., 2010; PLC, 2017). Jusqu’à présent, nous avons clarifié ce que représentent les ‘’microbes’’ du lait. Maintenant, quant aux antibiotiques qui, selon certains dires, s’y retrouveraient en quantité, sachez qu’il est absolument interdit par la loi aux producteurs canadiens d’envoyer à la transformation du lait contenant des antibiotiques, même en infimes traces. Toute contravention à ce règlement se verrait sévèrement puni au moyen de lourdes amandes et du refus de ramassage du lait provenant de la ferme en infraction. Dans le cas où le lait d’un producteur aurait contaminé un chargement, celui-ci se verrait détruit et la valeur totale de ce chargement devra être remboursée par le contrevenant, et ce en plus des autres pénalités. Lors du ramassage, le lait de chaque ferme est testé, ce qui permet de retracer la provenance de la contamination, le cas échéant, et ainsi incriminer le producteur fautif avant même que le lait entre à l’usine (MAPAQ, 2018; PLC, 2016). Toutes ces mesures font en sorte qu’aucun antibiotique, quel qu’il soit et peu importe la quantité aussi infime soit elle, n’entre dans les infrastructures de transformation. Mentionnons qu’une vache ayant une condition nécessitant un antibiotique est traitée avec la médication appropriée prescrite par le vétérinaire. Alors, son lait est trait séparément et jeté pendant la période de retrait déterminée par Santé Canada pour être certain que le médicament ait été complètement métabolisé et évacué de l’organisme de l’animal, donc ne sera plus présent dans son lait. Seulement ensuite, le lait de la vache soignée peut être réintégré au réservoir (MAPAQ, 2018; PLC, 2016). Enfin, concernant les hormones, il est tout à fait normal d’en retrouver dans le lait, et ce tant pour celui des vaches que celui des humains! La prolactine, les œstrogènes et la progestérone sont celles naturellement présentes dans la glande mammaire lors de la synthèse du lait et n’ont aucun effet négatif sur la santé (Dohoo & al., 2003). Par contre, au niveau des hormones de croissance (somatotrophine recombinante bovine ou STbr), au Canada, contrairement aux États-Unis, leur utilisation est absolument interdite par la loi. Son processus de détection et les sanctions imposées sont similaires à celui pour les antibiotiques, d’où la confusion à l’origine des mythes (CanLII, 2017).

Finalement, tout ce que vous avez à retenir, c’est de ne pas vous inquiéter quant à la qualité et la salubrité de notre lait canadien! Soumis à de telles régulations et contrôles, tant à la ferme qu’à la transformation, les risques de contamination s’envolent avec ces mythes apparemment non-fondés.

 

RÉFÉRENCES

Beauchamp M. J., Fournier S., Gravel M. A. 2016. Contrôle de la qualité, dans Les Producteurs de Lait du Québec, Comprendre et répondre à la croissance : Rapport Annuel 2016 (en ligne)  http://lait.org/fichiers/RapportAnnuel/FPLQ-2016/qualite.pdf  Consulté le 12 février 2018

Bon J., Clemente G., Vaquiro H., Mulet A. 2010. Simulation and optimization of milk pasteurization processes using a general process simulator (ProSimPlus), Computers & Chemical Engineering;34 (3): 414-420. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0098135409002932

Canadian Legal Information Institute (CanLII). 2017. Regulation Respecting Food (en ligne)      https://www.canlii.org/en/qc/laws/regu/cqlr-c-p-29-r-1/latest/cqlr-c-p-29-r-1.html  Consulté le 10 février 2018

Cornell Dairy Extension. 2018. Composition of Milk (en ligne)  https://dairyextension.foodscience.cornell.edu/sites/dairyextension.foodscience.cornell.edu/files/shared/Composition%20of%20Milk.pdf   Consulté le 8 février 2018

Dohoo I.R., DesCôteaux L., Leslie K., Fredeen A., Shewfelt W., Preston A., Dowling P. 2003. A meta-analysis review of the effects of recombinant bovine somatotropin: 2. Effects on animal health, reproductive performance, and culling, Canadian Journal of Veterinary Research; 67(4): 252–264.                                                    https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC280709/

Food and Agriculture Organization (FAO). 2018. Milk Composition (en ligne) http://www.fao.org/dairy-production-products/products/milk-composition/en/ Consulté le 8 février 2018

Ministère de l’Agriculture et des Pêcheries du Québec (MAPAQ). 2018.  Antibiotiques dans les élevages (en ligne) http://www.mapaq.gouv.qc.ca/fr/Productions/santeanimale/maladies/antibio/prevention/animauxelevage/Pages/antibiotiques-elevages.asp   Consulté le 8 février 2018

Producteurs de Lait Canadiens (PLC). 2016. Huit choses que vous devriez savoir au sujet du lait et des antibiotiques (en ligne) https://www.producteurslaitiers.ca/le-blogue-laitier/normes/huit-choses-que-vous-devriez-savoir-au-sujet-du-lait-et-des-antibiotiques  Consulté le 8 février 2018

Producteurs de Lait Canadiens (PLC). 2017. Pourquoi pasteuriser et homogénéiser le lait? (en ligne) https://www.producteurslaitiers.ca/le-blogue-laitier/produits-laitiers/pourquoi-pasteuriser-et-homogeneiser-le-lait  Consulté le 10 février 2018

Thiboutot M., Aubé G. (Valacta). 2007. Désinfection et qualité du lait (en ligne) https://www.agrireseau.net/bovinslaitiers/documents/Desinfectionqualitelait%20MTGA.pdf Consulté le 10 février 2018

Valacta. 2017. Moyennes de Production et de régie, décembre 2016, dans L’Évolution de la production laitière québécoise, Sainte-Anne-de-Bellevue, Qc, Canada.

[1] https://www.lafamilledulait.com/fr/question/110/que-signifie-le-logo-des-producteurs-laitiers-du-canada, http://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/medium-large/segments/chronique/26529/moderniser-gestion-offre-berard-pineault,  http://www.lapresse.ca/vivre/sante/nutrition/201202/02/01-4491988-boire-un-verre-de-lait-par-jour-cest-bon-pour-le-cerveau.php

2 responses to “LE LAIT, l’or blanc du Québec ou poison mortel?”

  1. yasminschuermann says:

    A nice cold glass of milk is a great way to start off the day. Camille wrote a blog that efficiently explains the protocols put in place by Canada to protect milk consumers such as myself from bacterial and antibiotic contaminated products. The most appreciated feature of this blog, other than a very gripping and memorable title, was without a doubt Camille’s ability to write a clear, concise, and easy to follow article about the subject of food safety. As the author explained, milk producers can be criticized for supplying the market with a “poisonous” product. However, this perception is often linked with public misunderstanding. Therefore, articles such as Camille’s are important to clear up any confusion using a trustworthy set of references. Furthermore, she touched on the topic of hormone presence in milk, a normal phenomenon, and ensured that scientific research has not found a relationship between consumer health and naturally present hormones in milk. This type of information is crucial to relay to consumers.

    Nonetheless, for the typical Canadian, I would suggest that numbers such as 26 000 total bacteria/ mL might appear very high. Therefore, it could have been beneficial to explain just how low these numbers are by, for example, comparing the presence of bacteria between different foods and explaining how it is normal that bacteria have a universal presence. Moreover, to further strengthen the impact of the stringent regulations followed by dairy producers and processors to ensure milk safety, it could have been interesting to add some statistics or general data from the Canadian Food Inspection Agency with respect to disease outbreaks linked with milk products. Compared to other foods, you would be able to strongly justify the safety of our Canadian dairy products. Overall, this was a very enlightening article. Highly recommended!

  2. mathieuouellet says:

    Salut Camille L’article est bien documenté, informatif et même rassurant. Le commentaire vient de quelqu’un qui a des problèmes intestinaux et qui s’est fait suggéré de ne plus boire de lait maintes et maintes fois. On comprend, lisant ton article qu’il existe une règlementation assez sévère pour les producteurs laitiers et que le lait sur les étagères du supermarché est soumis à de sévères standarts de qualité. L’évidence la plus importante, quant à moi, est celle où tu énonces qu’il est interdit par la loi de vendre du lait contenant des antibiotiques, même en infime traces. Je ne le savais pas. Je croyais en fait que les vaches traitées étaient soumises à un période de retrait et qu’il pouvait donc y avoir des micro-doses résiduelles d’antibiotiques dans le lait. Là où je suis moins convaincu, c’est lorsque, en t’appuyant sur une méta-analyse, tu dis que les hormones présentes dans le lait sont complètement inoffensives pour l’être humain. Ta source est très sérieuse, mais il est possible de trouver beaucoup de médecins qui classent le lait dans une catégorie pro-inflammatoire, notamment à cause de certaines machineries cellulaire et hormones non-humaines contenues dans le lait. L’effet présumé est une lente ( et pas du tout comprise) dégradation du microbiote. Tout cela est bien sûr présumé, mais je suis partisan d’une science qui assume ne pas savoir, plutôt que d’une science qui énonce clairement une absence de danger faute de preuves. Prouver une négation c’est impossible. Et avec tous les témoignages anecdotiques (dont le mien) d’une amélioration de santé en arrêtant le laitier (il est aussi prouvé qu’on peut trouver tous ces éléments nutritifs ailleurs), j’appellerais quand même les gens à la prudence et a ne pas voir en le lait une nécessité.

Leave a Reply

Blog authors are solely responsible for the content of the blogs listed in the directory. Neither the content of these blogs, nor the links to other web sites, are screened, approved, reviewed or endorsed by McGill University. The text and other material on these blogs are the opinion of the specific author and are not statements of advice, opinion, or information of McGill.