Le vermicompostage, un allié prometteur des producteurs biologiques en serres

Le vermicompostage est un procédé par lequel on utilise des vers de terres, le plus commun étant Eisinia fetida, pour produire du compost. Cette pratique va de pair avec la vermiculture, qui elle est l’utilisation de matière organique pour produire des vers qui sont utilisés couramment comme appât pour la pêche ou comme ressource nutritive pour des animaux tels que la volaille ou l’élevage du poisson.

Le produit final du vermicompostage, vous vous en serez doutés, est le vermicompost. Bien plus qu’un compost conventionnel, cet « or noir » apporte quelque chose de spécial qui fait de lui la coqueluche des engrais biologique. Cet additif tout à fait naturel est en réalité une communauté microbienne aux propriétés bien particulières. Avez-vous déjà entendu parler de phytohormones? Ce sont des composés organiques que les plantes sécrètent ou qui leur sont fournis de façon symbiotique par les communautés microbiennes inhérentes aux sols actifs. Ces molécules ont différents rôles de régulation de la croissance et permettent, entre autres, d’augmenter la plasticité de leurs partenaires végétaux, d’augmenter le développement racinaire, l’élongation des tiges ainsi que des feuilles en plus d’améliorer la résistance des plantes aux différents stresses abiotiques qui pourraient nuire à leur croissance (Wani et al. 2016). D’autant plus qu’en comparaison aux composts conventionnels, le vermicompost a typiquement des teneurs en nutriments, notamment en azote, qui dépasse ses comparses grâce au raffinement que les vers lui procurent. Un autre dérivé intéressant du vermicompost est la possibilité d’en faire une décoction activée. Autrement dit une version liquide oxygénée, qui permet aux agriculteurs de l’appliquer de façon continue plutôt qu’une seule fois à la préparation du substrat d’empotage ou de croissance, ce qui permet de fertiliser notre culture et de fortifier la pléthore d’organismes qui veillent au bien-être de la plante (Ievinsh et al. 2017).

Ma production artisanale de vermicompost sur détritus mycéliens

Par ailleurs, dans un contexte où le Québec s’enligne pour devenir un joueur de premier plan dans la culture maraichère en serres, notamment grâce à nos faibles coûts en électricité, à une croissance du marché local, ainsi qu’à un éveil de conscience écologique, nos futurs producteurs maraichers auront besoin de tous les atouts disponibles pour avoir des rendements compétitifs et pour offrir des produits de qualité aux consommateurs. Sans oublier que ces amendements sont biologiques et que d’obtenir des produits bio frais et locaux au mois de février est quelque chose qui tient de la rareté dans notre climat nordique.

Maintenant la question qui brûle les lèvres : où peut-on se procurer du vermicompost à grande échelle? Voilà le nœud du problème, malheureusement au Québec, on retrouve plusieurs producteurs de vers pour la pêche, mais aucun joueur de taille pour le vermicompost en tant que tel (Morin, R., 1999) C’est un type de système de production qui se marierait très bien aux systèmes centralisés de traitement des déchets de table et de résidus de jardin des municipalités ou aux éleveurs d’animaux (laitiers, bovins, porcins), mais comme aucun programme financier ne soutient ce secteur, on parle ici de quelque chose de marginal pour lequel le producteur motivé ne retrouve pas son compte. Seulement quelques organismes offrent des formations sur le sujet, mais celles-ci sont axées principalement vers le traitement des déchets domestiques au sein de la demeure, on peut donc parler d’un certain manque d’engouement à l’échelle de la province (Fortin, A., et Hénault-Éthier, L., 2009).

Le vermicompost n’est pas l’ultime solution pour arriver à une agriculture durable et, mais mériterait qu’on s’y intéresse davantage au Québec de par sa faisabilité, son intégration dans une économie circulaire et finalement son potentiel en tant non seulement que fertilisant mais aussi promoteur de croissance végétale.

Louis-Philippe Dessureault

Références :

Fortin, A., Hénault-Éthier, L., 2009. Guide technique sur le compostage sur site en Institutions, Commerces, Industries. Recyc-Québec.

Ievinsh, G., Vikmane, M., Kirse, A., et Karlsons, A., 2017. Effect of vermicompost extract and vermicompost derived humic acids on seed germination and seedling growth of hemp. Proceedings of the Latvian Academy of Sciences. 71:4:286-292.

Morin, R. 1999. Exploitation et élevage des vers de terre pour le marché des appâts vivants. Document d’information DADD-20. Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation. 12 p. http://www.mapaq.gouv.qc.ca/Fr/Peche

Wani, S.H., Kumar, V. Varsha, S., Sah, K.S., 2016. Phytohormones and their metabolic engineering for abiotic stress tolerance in crop plants. The Crop Journal, 4:3:162-176.

2 responses to “Le vermicompostage, un allié prometteur des producteurs biologiques en serres”

  1. rosalieboutin says:

    Le sujet de l’article m’interpelle personnellement et j’ai trouvé que la description du vermipompost et de ses bienfaits est bien étoffée. De plus, le texte est bien structuré et un bon niveau de langage est utilisé. Le lecteur comprend bien pourquoi le vermicompostage devrait accroître et devenir pratique courante. Cette pratique correspond aux besoins de notre province tant au niveau environnemental que social. Or, le développement économique de cette pratique reste à être réalisé. Cette conclusion est évidement ce que le lecteur retient et c’est, selon moi, l’aspect le plus important de l’article. L’utilisation du vermicompost est bien évidemment incontestable puisque ses apports en nutriments sont connus et bien sûr, bénéfique sous plusieurs angles. Or, bien qu’il soit mentionné qu’aucuns incitatifs financiers n’est apportés pour la production industrielle de vermicompost, je pense qu’il aurait été intéressant de faire une analyse de coût pour la mise en place d’une usine, par example en comparant avec d’autres pays. De plus, bien que plusieurs maraîchers pratiquent cette activité sur leur site de culture, il aurait également été intéressant de savoir quel est le temps investi par les maraîchers pour l’entretien des verres et de la substance. Également, l’odeur émanant de la production de vermicompost n’est pas discutée dans le billet. Est-ce volontaire de la part de l’auteur de ne pas en parler puisque c’est négligeable?

  2. Krystel Marcil says:

    Cette publication fut très intéressante et m’a permis d’en apprendre encore plus sur le vermicompostage. Le titre nous permet rapidement le point de vue de l’auteur, il est donc pertinent et attire l’attention. J’ai trouvé que le texte était bien structuré avec une bonne explication pour commencer, puis les bénéfices, ensuite les raisons de l’intérêt de cette production et finalement les défis. J’ai trouvé convainquant cette publication quant aux bienfaits de ce type de compost, avec ce simple article j’ai eu envie, dans le futur, de suivre une formation pour pouvoir en produire moi-même. L’auteur a pu être convaincant en expliquant aux publics comment le processus de vermicompostage produisait un compost différent et en rappelant que la culture maraichère en serre au Québec est grandissant ce qui pourrait ouvrir un marché pour ce compost biologique. Cette publication ne nous présente pas seulement les avantages du vermicompost, mais également les défis dont il fait face, ce que j’ai trouvé attrayant. Un point à améliorer que je pourrais voir est seulement une clarification, d’où viennent les phytohormones exactement, des vers, des plantes ou du compost final ? Cependant, on comprend tout de même ce que les phytohormones vont apporter aux plantes. Le message que je ressors de ce texte est que le vermicompostage est une production avec du potentiel auquel le Québec devrait s’intéresser davantage pour que la production à plus grande échelle soit possible.

Leave a Reply

Blog authors are solely responsible for the content of the blogs listed in the directory. Neither the content of these blogs, nor the links to other web sites, are screened, approved, reviewed or endorsed by McGill University. The text and other material on these blogs are the opinion of the specific author and are not statements of advice, opinion, or information of McGill.