Lutte politique en agriculture!

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Ces derniers temps, un houleux débat, entourant les mécanismes du système de gestion de l’offre, fait rage (Voir l’article : « Deux modèles de ferme se confrontent » dans l’édition de La Terre du 4 février 2018). Il est bien incarné par : Dominic Lamontagne, auteur du livre La ferme impossible, et Marc Séguin, réalisateur du film La ferme et son état, pourfendant la gestion de l’offre d’un côté; et l’UPA, de l’autre côté, arguant les bienfaits de ce système de quota est représenté par son président Marcel Groleau. Toutefois, ce débat consiste plus à un dialogue de sourd entre deux factions chacune défendant un pôle opposé. Ici, j’aimerais répondre à certains des arguments et idées avancés par Dominic Lamontagne:

  1. Accepter de négocier avec un oppresseur revient à légitimer son caractère dominant. Militer pour l’augmentation du hors-quota implique qu’on accepte la validité du principe de contingentement développé par certaines Fédérations de l’UPA.

Définir l’UPA comme un oppresseur témoigne d’une ignorance et d’une incompréhension du monde agricole et de son passé. Historiquement, ces mouvements coopératifs, où plusieurs agriculteurs décidaient de se doter de structures fortes et solidaires pour résister au capitalisme mondial et la cruauté de ces prix, étaient incarnés par l’UPA et les plans conjoints de mise en marché.

  1. Le seul interlocuteur valide est celui qui est choisi et maintenu au pouvoir démocratiquement par le peuple tout entier. Il s’agit du gouvernement fédéral, provincial et municipal.

Un libertarien, qui parle du gouvernement fédéral, provincial et municipal maintenu « au pouvoir démocratiquement par le peuple tout entier » comme seul interlocuteur valide a besoin de faire ses devoirs en science politique du monde agricole.

  1. Au niveau municipal, il faut revoir les règlements de zonage et d’usage pour permettre l’émergence de la petite ferme artisanale écologique diversifiée ouverte au public (à l’opposé donc de la grosse ferme monocultrice fermée au public).

Encore une fois, ce dernier point témoigne d’une ignorance sur le contexte historique de la mise en place du règlement de zonage (Le Chatelier, 2017). Comment peut-on prouver hors de tout doute que si la règlementation est revue il ne va pas y avoir un phénomène de perte de terres agricoles par la création de domaines pour bourgeois-fermier et de petites fermes écologiques perdant leur fonction de production après échec (Richard et al., 2017). De plus, cette fameuse conception de monoculture n’est pas définie, c’est à se demander s’il y a nuance. Par exemple : Est-ce qu’une ferme de 120 hectares en céréales biologiques fait de la ‘’monoculture’’?

Maintenant, ceci est un billet d’opinion donc, il se trouve primordiale d’éclaircir le lecteur sur les positions de l’auteur qui sont les suivantes :

-La gestion de l’offre est basée sur des principes de solidarité et de responsabilité sociale transmis du producteur au consommateur.

-Toutefois, son système de fonctionnement est perverti par le capital pour plusieurs raisons présentes ou avenantes au moment de l’instauration de ce système.

-Les fermes de moyenne taille sont en déclin et les fermes de petites tailles de moins en moins présentes et la gestion de l’offre ne fait que ralentir le processus d’expansion et de remembrement sans toutefois l’arrêter.

-Une réforme doit être envisagée. Cette réforme doit être envisagée non pas dans un contexte individualiste de bourgeois-fermier qui veut l’embourgeoisement de sa région périphérique (Doyon et al., 2013). Plutôt dans une perspective où la ferme de moyenne taille et la démocratisation des productions artisanales sont des modèles inclusifs de toutes les classes (Sutherland, 2012).

-Favoriser un accès à la terre et démocratiser les moyens de production pour une relève agricole locale et prolétaire (Simard et Guimond, 2012). Les arguments avancés par ces libertariens semble toujours une attaque aux ‘’méchantes’’ règlementations du gouvernement le restreignant, mais jamais il n’est question de l’accès général au capital de production principal de l’agriculture c’est-à-dire : la terre (Kropotkine, 1892). De plus, il y a les populations, dîtes, invisibles qui ne font presque pas partie de tout ces débats sur le futur de l’agriculture québécoise comme les ouvriers agricoles, les travailleurs étrangers, les jeunes agriculteurs et la relève apparentée et non-apparentée locale (Bélanger et Candiz, 2014).

Finalement, il est important de faire preuve de sensibilité et de solidarité, car le monde agricole est impitoyable et s’attaquer aux modus operandi qui a permis à plusieurs agriculteurs de survivre n’est pas constructif. Il serait probablement plus pertinent de parler de la valorisation du métier et des denrées agricoles que de s’engager dans un simulacre d’une lutte des classes. Sur ce, je vous invite à lire l’article de Jean Pronovost qui expose une opinion modérée et réfléchie sur la question de la politique agricole québécoise.

Antoine Lemieux-Tremblay

Il Quarto Stato (« Le Quart-État »), peinture de Giuseppe Pellizza, 1901.

Bibliographie

Bélanger Danièle et Guillermo Candiz. 2014. Essentiels, fiables et invisibles : Les travailleurs agricoles migrants latino-américains au Québec vus par la population locale. Canadian Ethnic Studies. 46 (1) : 45-66.

Doyon M, Klein J-L, Veillette L, Bryant CR et C Yorn. 2013. La néoruralité au Québec : Facteur présentiel d’enrichissement collectif ou source d’embourgeoisement? Géographie, économie, société. 15 : 117-137.

Kropotkine P. 1892. La conquête du pain. Paris : Tresse & Stock.

Le Chatelier A. 2017. L’agriculture maraîchère sur petites surfaces au Québec : Portrait et impact environnemental. Maîtrise en environnement. Université de Sherbrooke.

Richard Frédéric, Tommasi Greta et Gabrielle Saumon. 2017. Le capital environnemental, nouvelle clé d’interprétation de la gentrification rurale? Environnement, amménagement, société. 243.

Simard Myriam et Laurie Guimond. 2012. Que penser de l’embourgeoisement rural au Québec? Visions différenciées d’acteurs locaux. Recherches sociographiques. 53 (3) : 527-553.

Sutherland L-A. 2012. Return of the gentleman farmer? Conceptualising gentrification in UK agriculture. Journal of Rural Studies. 28: 568-576.

One response to “Lutte politique en agriculture!”

  1. maximeleclerc says:

    Ces un texte intéressant et d’actualité, du sens qu’il dépeint les « écoles de pensées » du modèle de production agricole au Québec. Le message de l’article est clair, soit que le système actuellement en place n’est ni blanc ni noir, et que s’attaquer à celui-ci n’est qu’un bras de fer entre les deux clans. Utiliser cette énergie pour faire l’implémentation d’une valorisation accrue des produits et travailleurs agricole permettrait une amélioration plus significative. L’auteur affiche clairement ses positions face à la gestion de l’offre, l’UPA, la démocratisation des productions artisanales et l’accès aux terres agricoles pour la relève agricole locale sur le plan politique et social. Comme suggestion d’amélioration, il sera intéressé d’indiquer avec plus de précision les sources des arguments de Dominic Lamontagne discutés. Je crois qu’il serait plus facile pour le lecteur de mieux comprendre les propos de Dominic en sachant dans quel contexte ils ont été exprimés. Le texte nous permet d’en apprendre plus sur la perception du modèle d’agriculture québécois par Dominic Lamontagne et l’auteur. Cependant, le texte est introduit par un débat opposant les « libertins » de l’agriculture soit Marc Séguin et Dominic Lamontagne, ainsi que Marcel Groleau, président de l’UPA. Je crois qu’il aurait été intéressant de parler, du moins rapidement, des points importants apportés par le président de L’UPA sur le sujet.

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