Manger des insectes…pourquoi en faire tout un plat?

Depuis quelques années, les gens discutent de la possibilité d’avoir des insectes dans notre alimentation. En Afrique, en Asie, en Amérique Latine et même en Europe, ce genre de marché devient de plus en plus populaire et « normalisé ». Le problème de la société est l’inconnu et les préjugés du marché d’insectes comestibles (Van Huis et al., 2014). Ironiquement, il est socialement accepté de manger des crevettes, mais il n’en est pas de même pour les insectes qui sont pourtant des arthropodes eux aussi. Néanmoins, que l’on soit prêt ou non, les insectes sont la nourriture du futur! Il existe plus de 2000 espèces d’insectes comestibles, il serait temps de diversifier nos menus (Albors, 2017). Les insectes présentent plusieurs bénéfices pour notre santé et pour la planète. En effet, si l’on compare, 100 g de bœuf contient en moyenne entre 19% et 26% de protéines tandis que 100g de criquets en contient entre 35% et 48%(Laurin, 2017). Pour ce qui est des micronutriments,  100 g par jour de certains insectes peut couvrir les besoins en fer, en calcium, en magnésium, en sélénium et en phosphore d’un adulte moyen (Berthou, 2015). Cela représente une ressource intéressante en particulier pour les pays en développement. D’autre part,  la FAO (Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) a indiqué qu’il ne suffit que de 2kg d’aliments et de seulement 13 litres d’eau  pour produire 1 kg d’insectes tandis que les bovins ont besoin de 8 kg d’aliments et 13 500 litres d’eau pour produire une augmentation de 1kg de la masse corporelle. D’ailleurs, les insectes peuvent être alimentés par les sous-produits de l’alimentation ce qui  permet un recyclage complet des matières organiques. Ainsi, il n’est pas difficile de voir tous les avantages que cela peut offrir de consommer des insectes plutôt que les autres animaux qui nous sont perçus comme étant appétissants. Par contre, au Québec, les gens ne semblent pas prêts à intégrer les insectes à leur menu. La question suivante fut demandée à 100 personnes : mangeriez-vous des insectes? Trois choix de réponses possibles étaient proposés aux répondants :

  1. Oui je mangerais l’insecte en entier.
  2. Oui, je mangerais l’insecte s’il est sous forme de farine.
  3. Non, je ne mangerais pas d’insectes

La moitié du groupe était en dessous de 30 ans et l’autre moitié était au-dessus de 30 ans.  Les résultats furent les suivants pour les gens de 30 ans et moins : 37% ne veulent pas manger d’insectes, 41% vont en manger seulement s’ils sont sous forme de farine et 22%  vont manger l’insecte en entier. Les résultats pour les gens de 30 ans et plus furent plutôt différents : 60% ne veulent pas manger d’insectes, 27% vont en manger seulement s’ils sont sous forme de farine et 13% vont manger l’insecte en entier. Ces résultats nous démontrent que les répondants de moins de trente ans sont plus ouverts à cette alimentation et cela porte à croire qu’il y a espoir aux changements. En revanche, toutes catégories d’âge confondues, les gens sont moins réticents à manger des insectes s’ils sont sous forme de farine. Le fait de ne pas pouvoir percevoir l’insecte dans les aliments fait tomber les tabous. Parlant de farine, autre que pour la consommation humaine, les insectes peuvent être utilisés comme sources de protéines pour la nourriture animale. En effet, plusieurs produits sont déjà sur le marché pour la consommation canine, mais aussi pour les animaux d’élevage. Cette idée est révolutionnaire, elle permet de contourner le dégoût général de la population face à ce marché. Sans parler du fait qu’à peine 2% de la superficie du Québec est destinée à l’agriculture, donc en fournissant des insectes comme source de protéines aux animaux d’élevage nous pourrions conserver plus de terres agricoles pour la consommation humaine (Larivière, 2018).  Bref, les insectes présentent plusieurs bénéfices et il serait temps de leur donner une grande place dans notre alimentation malgré leur petite taille.

 

Références

Albors, M. 2017. Les insectes comestibles font partie du futur de notre alimentation. Disponible à :https://novae.ca/2017/07/insectes-comestibles-partie-futur-notre-alimentation/ (Consulté le 6 Février 2018).  Novae. Montréal. Canada

 

Berthou, A. 2015. Les protéines d’insectes, une alternative aux protéines animales?.  Disponible à : http://www.sante-et-nutrition.com/proteines-insectes/ (Consulté le 7 Février 2018). Article Santé. France

 

Larivière, T. 2018. Production d’insectes : le nouveau klondike. Disponible à : https://www.laterre.ca/actualites/alimentation/production-dinsectes-nouveau-klondike.php (Consulté le 6 Février 2018). La Terre de chez nous. Canada

 

Laurin, H. 2017. Quel est le meilleur insecte comestible?. Disponible à : http://www.journaldemontreal.com/2017/11/10/quel-est-le-meilleur-insecte-comestible (consulté le 6 Février 2018). Journal de Montréal. Montréal. Canada

 

Van Huis, A. Joost Van, I. Harmke, K.  Esther, M. Halloran, G.  Vantomme, P. 2014. Insectes comestibles, perspectives pour la sécurité alimentaire et l’alimentation animale. Disponible à : http://www.fao.org/3/a-i3253f.pdf (Consulté le 8 Février 2018). FAO. Rome

2 responses to “Manger des insectes…pourquoi en faire tout un plat?”

  1. valeriegirouard says:

    Très bon texte Véronique! Le jeu de mots du titre est efficace et accrocheur, car il m’a tout de suite incité à poursuivre ma lecture. Je crois que tu soulignes un point important en disant qu’il est temps d’élargir nos horizons par rapport à la consommation d’insectes. Je comprends que l’impact sur l’environnement sera majeur, car on peut produire plus de protéines avec moins de ressources.

    Par contre, pour convaincre le consommateur, il faudra probablement parler aussi d’argent et comparer les coûts pour les mêmes quantités de protéines de viande et d’insectes. Il aurait donc été intéressant d’en savoir plus sur la différence de prix pour mieux s’informer.

    Avec mon expérience dans le milieu avicole, ce qui m’a le plus interpellé dans ton texte c’est la partie sur la nutrition animale. L’utilisation de protéines d’insectes dans la moulée semble très prometteuse pour remplacer d’autres types de protéines actuellement utilisés. Cela pourrait fort probablement aider à réduire l’impact de l’élevage de poulets sur l’environnement et on ne sait pas, peut-être aussi diminuer les coûts d’alimentation.

    Finalement, je te félicite pour l’initiative d’avoir fait un sondage, c’est un point qui te différencie des autres articles et cela est fort pertinent pour traiter de ton sujet.

  2. christopheleblanc says:

    Cet article présente de façon efficace et bien centré sur la réalité québécoise les enjeux associés à l’intégration d’insectes à notre alimentation. Le texte nous apprend que la consommation d’insectes présente de nombreux avantages d’un point de vue environnemental, en limitant les besoins en intrants, et nutritionnel, en étant plus concentré en nutriments que la viande traditionnelle, mais que la perception du public pour ce type de produit ralenti l’adoption de l’entomophagie au Québec. L’utilisation d’un sondage maison pour prouver ce dernier point est intéressant, puisque cela démontre un engagement plus que simplement académique de la part de l’auteure et permet d’obtenir des conclusions qui peuvent s’appliquer plus directement à la population québécoise. Un point mineur, mais qui pourrait gagner à être modifié, est la mention du fait qu’il semble étrange qu’il soit considéré comme normal de manger des crevettes, mais que les insectes sont traités différemment alors que se sont aussi des arthropodes. Les arthropodes sont un gigantesque embranchement taxonomique qui regroupe toutes sortes d’organismes, la généralisation semble donc un peu faible, surtout considérant le traitement inégal des mammifères, qui sont pourtant génétiquement similaire. La distinction entre les insectes consommés entier et ceux consommés sous forme de farine en terme de perception du public est, à mon avis, le plus fort argument selon lequel l’adoption de l’enthomophagie sous une forme ou une autre est quelque chose qui pourrait devenir standard au Québec. Finalement, présenter les conséquences (en termes de baisse de coûts de production) et les opportunités économiques (en termes de développement de nouveaux secteurs de production) aurait pu être une ouverture intéressante puisque l’adoption de nouveaux produits dans nos habitudes de consommation dépend souvent de leur caractère abordable, et les insectes sont actuellement un produit plutôt cher au Québec en raison de la faible production locale.

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