Remplacer la relève…

par Joséanne Bélanger-Naud

La pénurie de main-d’œuvre est une réalité qui touche largement le secteur agricole; de moins en moins de relève s’intéresse à s’établir sur la ferme familiale obligeant donc les parents à chercher de l’aide de l’extérieur. Au Canada, la quantité d’entreprises sans relève a augmenté de 24% de 2006 à 2011 (MAPAQ, 2014). Avec ses horaires et tâches atypiques, des employés passionnés, assidus et compétents sont difficiles à trouver. Pour un nombre grandissant de fermes, l’automatisation semble la solution à cette pénurie. Dans le secteur laitier, plusieurs fermes s’équipent de robots pour la traite et l’alimentation. Selon une étude conduite par Valacta, un producteur gagnerait 5,8 minutes/vache/jour en transitionnant d’un système de lactoduc à une traite robotisée (Bisson et al., 2015). Bien sûr, ces robots représentent un investissement important, mais ils apportent une flexibilité d’horaire pour le producteur et une tranquillité d’esprit face à fiabilité de la main-d’œuvre; ils ne demanderont jamais de congés ni de meilleures conditions de travail!

Photo fournie par Joséanne Bélanger-Naud

Malheureusement, dans certains secteurs agricoles, l’automatisation n’est pas encore accessible par manque de technologie ou de ressources financières. Les propriétaires n’ont donc nul autre choix que d’engager des travailleurs s’ils veulent accomplir les nombreuses tâches quotidiennes qui permettent à leur entreprise de fonctionner. Bien qu’il soit favorable pour l’économie du pays d’engager des gens locaux, ceux-ci se font très rares. Avec un taux de chômage de seulement 5,4% au Québec présentement, il y a beaucoup de compétition entre les entreprises et celles-ci doivent mettre la main dans leur poche si elles veulent un employé compétant (Statistiques Canada, 2018). Depuis quelques années, les travailleurs étrangers suscitent un grand intérêt chez les producteurs, principalement pour leur ardeur au travail et leur fiabilité; selon la Fondation des Entreprises en Recrutement de Main-d’œuvre agricole Étrangère (FERME), 96% des travailleurs complètent la durée déterminée par leur contrat avant de quitter (2018). Pour les agriculteurs, cette statistique démontre qu’ils peuvent se fier sur ces travailleurs et planifier leur saison et projets en sachant plus précisément le nombre d’heures cumulées entre les ouvriers qui seront investies dans l’entreprise. De 2015 à 2016, 15% plus de travailleurs étrangers ont été engagés par le biais de FERME avec un taux de rappel de 86% des employeurs québécois démontrant leur satisfaction vis-à-vis cette main-d’œuvre (FERME, 2018).

Au Québec, beaucoup d’entreprises agricoles familiales peuvent encore n’être opérées que par une ou deux personnes au quotidien. Bien que les agriculteurs soient passionnés par leur métier, il leur arrive d’avoir besoin de remplacement. Considérant que la main-d’œuvre est difficile à trouver et qu’il est peu attirant pour quelqu’un de s’engager envers une ferme pour uniquement des remplacements, une coopérative d’utilisation de la main-d’œuvre (CUMO) a été mise sur pied par Monsieur Camille Morneau du MAPAQ (2011). Cette coopérative permet de gérer l’horaire d’un employé pour des remplacements sur plusieurs fermes. La coopérative est le seul employeur et s’assure que l’employé accumule environ 40 heures par semaine (MAPAQ, 2011). Ceci assure la stabilité monétaire de l’employé et permet de fournir une organisation de l’horaire de tous les partis impliqués dans ce partage de main-d’œuvre.

Malgré les efforts déployés vers des solutions personnalisées aux différents types et tailles d’entreprises agricoles, les emplois dans le secteur se libèrent plus rapidement qu’ils ne se comblent. D’ici 2025, le Conseil canadien pour les ressources humaines en agriculture estime qu’un travailleur sur quatre prendra sa retraite laissant près de 10 600 emplois agricoles vacants (Ménard, 2018). Si la situation ne change pas d’ici sept ans, de changements majeurs s’imposeront sur l’organisation des fermes du Canada.

Références:

Bisson, G., Moore, R., & Lefebvre, D. (2015). Portrait-robot des systèmes de traite (p. 18). Consulté le 7 février, sur http://lait.org/fichiers/Revue/PLQ-2015-10/valacta.pdf

FERME. (2018). Bilan statistique. Ferme Québec. Consulté le 7 février, sur http://www.fermequebec.ca/programme-de-travailleurs-etrangers-temporaires/#bilan

MAPAQ. (2014). Portrait de la relève agricole au Québec 2011 (p. 13). Québec. Consulté le 7 février sur https://www.mapaq.gouv.qc.ca/fr/Publications/Portrait_releveagricole.pdf

MAPAQ. (2011). Qu’est-ce qu’une CUMO ?. MAPAQ. Consulté le 7 février, sur http://www.mapaq.gouv.qc.ca/Fr/Regions/bassaintlaurent/CUMACUMO/CUMO/questcequunecumo/Pages/ques

Ménard, M. (2018). Manque criant de main-d’œuvre. La Terre De Chez-Nous, (89), 4-5.

Statistique Canada. (2018). Caractéristiques de la population active, données désaisonnalisées, par province (mensuel) (Québec, Ontario, Manitoba). Statistique Canada. Consulté le 7 Février 2018, sur http://www.statcan.gc.ca/tables-tableaux/sum-som/l02/cst01/lfss01b-fra.htm

4 responses to “Remplacer la relève…”

  1. Véronique Perron says:

    Cet article est très intéressant et le titre est court, mais intrigant. Il est évocateur de ce dont l’article parlera et les trois petits points donnent envie au lecteur de poursuivre sa lecture. Le message à retenir de cet article est le problème de la main-d’œuvre sur les fermes au Québec. Les producteurs avancent dans l’âge et n’ont pas tous de la relève pour les aider dans les tâches quotidiennes de la ferme. Ainsi, ils doivent engager des employés pour les aider et leur donner un petit peu de répit, mais la main-d’œuvre compétente et assidue est difficile à trouver et à garder. Par chance, il a été mention dans cet article qu’il existe des programmes d’aide pour la gestion et la recherche d’employés. L’aspect le plus fort de cet article fut toutes les statistiques présentées. Cela rend l’article plus crédible et amène beaucoup de crédibilité aux arguments de l’auteur. L’aspect le plus provocant dans cet article fut la mention du temps qu’un producteur peut gagner en allant vers un système robotisé par rapport à un système de lactoduc. Il a été mentionné qu’un producteur peut gagner 5.8 minutes par vache par jour ce qui est énorme. Pour améliorer cet article j’aurais aimé avoir l’opinion de l’auteur bien défini sur le fait de remplacer la relève par la main-d’œuvre ou encore les nouvelles technologies. L’article aborde plusieurs points différents sur les différentes possibilités de main-d’œuvre disponible pour les producteurs ce qui captive l’intérêt du lecteur jusqu’à la fin, car plusieurs nouvelles idées y sont abordées. Je ne crois pas qu’il y ait de manquement à l’article plusieurs avantages et inconvénients des différentes possibilités sont abordés ce qui permet au lecteur de faire sa propre idée sur le sujet.

  2. valeriegirouard says:

    Dans son texte, Joséanne aborde le problème de main-d’œuvre dans le milieu agricole et des embûches que doivent surmonter les producteurs qui n’ont pas nécessairement de relève.

    L’article apporte de l’information bien appuyée, ce qui est définitivement un point fort. Une autre force de ce texte, c’est qu’il pousse le lecteur à réfléchir par rapport aux causes de manque de main-d’œuvre dans le milieu agricole. Pour ma part, je me questionne s’il y a une pénurie de travailleur au Canada ou si c’est plutôt un désintéressement de la population face au travail manuel qu’est l’agriculture.

    Bien que le titre soit clair et concis, il aurait été possible de faire des liens directement au courant du texte avec la relève agricole et de faire un rappel dans la conclusion. Avec un tel titre, je m’attendais à un texte sur les problèmes de relève agricole, alors qu’il était en grande partie sur le déclin dans l’intérêt des travailleurs d’œuvrer dans le milieu.

    Même si ce sujet n’est pas très positif pour les agriculteurs canadiens, j’ai aimé que l’auteur lui donne une tournure plus optimiste en nommant des exemples de réussite qui donnent espoir de trouver une solution à la pénurie de travailleurs agricoles, telles les nouvelles technologies, les travailleurs étrangers et une coopérative d’utilisation de main-d’œuvre.

  3. Julie Major says:

    Je considère que la relève et la main-d’oeuvre sont des sujets distincts: on peut avoir la main d’oeuvre dont on a besoin mais ne pas avoir le relève, et vice-versa. Dans ton article tu mélanges les deux…ça porte à confusion!

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