Le Québec « allant vert » : L’agroforesterie

Par Ingrid Laplante

Agriculture et foresterie : deux univers parallèles qui se côtoient et qui tournent parfois les pieds un vers l’autre pour se toucher des orteils et partager la danse de la production.

Depuis quelques années, les pratiques culturales des plaines du St-Laurent se sont intensifiées alors que les cultures annuelles de mais et de soya ont pris la place des cultures pérennes et forestières. Selon la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois, cette intensification de la production a toutefois engendré une dégradation des sols ainsi que des effets négatif sur la qualité de l’air et de l’eau. En effet, c’est dans les bassins des rivières Châteauguay, Richelieu, Yamaska, L’Assomption, Nicolet, Boyer et Chaudière, où l’agriculture occupe une forte proportion du territoire, que la qualité de l’eau est la moins bonne (CAAAQ, 2008). Au même moment, près de 100 000 hectares de terre à potentiel agricole sont en friche au Québec (MAPAAQ, 2010?), avec près de 45000 hectares dans la région du bas St-Laurent seulement (Vouligny & Gariépy, 2008). Dans l’optique d’être revalorisé, ces terres sont généralement reboisées changeant alors de vocation. Pour une et l’autre des situations, l’agroforesterie pourrait faire partie des solutions envisagées permettant dans un cas de diminuer les problèmes liés à l’intensification des pratiques et dans l’autre de diversifier les revenus sans perdre la vocation agricole de ces terres. Mais qu’est ce que l’agroforesterie? Se résume-t-elle qu’à la mise en place de haie brise vent? Voici une description de la pratique et de différents systèmes.

L’agroforesterie, est un système d’exploitation qui, dans un même espace, lie la production d’arbres et arbustes à l’élevage et/ou l’agriculture. Dans ses parcelles forestières, l’agriculteur peut choisir des essences intéressantes et implanter des produits forestiers non ligneux pouvant être commercialisés, diversifiant ainsi ses revenus.

 

Pratiques Multifonctionnelles :

La haie brise vent est sans doute la pratique la plus connue au Québec. Sa mise en place permet de réduire l’impact des vents dominants, protégeant, les sols, les cultures et les pâturages. Elle permet aussi de réduire les problèmes de dérives de pesticides. À proximité des bâtiments les haies peuvent aussi réduire les coûts de chauffage et les problèmes d’odeurs.

Une seconde pratique consiste à instaurer des bandes riveraines agro-forestières. Elles aident à stabiliser les berges, à régulariser le débit des cours d’eau et à améliorer la qualité de l’eau. Les saules et peupliers peuvent entre autre capter et retenir le phosphore (Gouvernement du Canada, 2006?).

Cochons, poules et vaches en systèmes sylvopastorales. Libre de droits

Pratiques productives :

Le sylvopastoralisme combine la production d’arbres au pâturage. Les arbres, séquestreurs de carbone, améliorent les qualités des pâturages grâce à la matière organique qu’ils libèrent(Bennet, 2012?)  Les animaux quant à eux profitent autant des plantes fourragères qu’ils consomment que de l’ombre apportées par les arbres, réduisant du même coup leur besoin en eau. Par exemple, une vieille tradition sylvopastorale encore pratiquée en Italie consiste à laisser les cochons, en prairies clairsemées d’arbre à noix, se nourrir des glands tombés au sol (Mast Tree Network, 2009), produisant une des meilleurs viande de porc au monde. Ailleurs, des poules ou des oies en plein air sont intégrées au verger et se nourrissent des fruits trop mûres tombés aux sols tout en contrôlant les ravageurs et fertilisant directement le sol (Toensmeier, 2013).

Fétuque élevée- Libre de droits

Un autre exemple de système productif consiste à instaurer des cultures annuelles entres des rangées de plantations arbustives pérennes. C’est ce qu’on appel les cultures intercalaires. Les arbres profitent de l’activité microbienne et de la minéralisation de l’azote des cultures intercalaires. Les annuelles profitent quant à elle de l’effet brise-vent et parfois même de l’ombrage occasionné par les arbres. C’est entre autre le cas avec la fétuque élevée (Canada, 2010), une fourragère.

 

 

En somme, le producteur agro-forestier peut améliorer la qualité de ses sols et cours d’eau et diversifier ses revenus agricoles par l’élevage, la production de bois et de produits forestiers non ligneux le tout sur une même superficie productive.

 

Bibliographie

CAAAQ. (2008). Agriculture et agroalimentaire : assurer et bâtir l’avenir Propositions pour une agriculture durable et en santé. Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois.

Agriculture et Agroalimentaire Canada (2010). Les systèmes de culture intercalaires avec arbres feuillus- Jumeler production de bois et production agricole tout en protégeant l’environnement. À partir de Agri-Reseau: https://www.agrireseau.net/Agroforesterie/documents/Agroforesterie_cultures_intercalaires_FR(1Mo).pdf

Eric Toensmeier. (2013). Integrating livestock in the forest. Permaculture Research Institute. À partir de Permaculturenews:  https://permaculturenews.org/2013/01/24/integrating-livestock-in-the-food-forest/

Gouvernement du Canada. (2006?). L’agroforesterie au Québec. À partir de Agri-Reseau: https://www.agrireseau.net/agriculturebiologique/documents/Agroforesterie_au_Quebec_final_fr.pdf

MAPAAQ. (2010?). Pratiques agroforestières. Programme d’appuie à la multifonctionnalité de l’agricultureÀ partir de MAPAQ:  http://www.mapaq.gouv.qc.ca/SiteCollectionDocuments/DeveloppementRegional/Multifonctionnalite/Fiche_agroforesterie.pdf

Mast Tree Network. (2009, novembre). Restoring the bounty of North America’s native woodlands- Chestnut finished pork. Retrieved 2018, from Mast Producing Trees: http://www.mast-producing-trees.org/2009/11/chestnut-finished-pork/

Sabrenna Bennett. (2012?). Silvopasture the benefits of integrating trees with livestock. À partir de NRCS: https://www.nrcs.usda.gov/wps/portal/nrcs/detail/sc/newsroom/stories/?cid=nrcs142p2_015619

Vouligny, C., & Gariépy, S. (2008, July). Les friches agricoles au Québec : état des lieux et approches de valorisation. À partir de Agri Réseau: https://www.agrireseau.net/Agroforesterie/documents/Rapport_friches_agricoles_QC_2007_Fr_Final.pdf

 

 

One response to “Le Québec « allant vert » : L’agroforesterie”

  1. lpdessureault says:

    L’article est très informatif et me semble tout à fait complet, l’agroforesterie y est très bien expliquée et on comprend facilement son rôle en ce qui attrait à l’amélioration de l’écosystème agricole ainsi que ses bénéfices sur la qualité de l’eau et de l’air. L’aspect le plus fort de l’article est définitivement la clarté des explications et sa complétude sur le sujet d’un point de vue descriptif. Les nombreux exemples de la pratique mettent en valeur sa versatilité et son potentiel d’implantation dans diverses situations agricoles et constituent la partie la plus convaincante de l’article et de la pratique même. Par contre, l’article aurait bénéficié de statistiques ou de chiffres démontrant la faisabilité économique de la chose. Sans enlever de la portée et de l’importance environnementales de l’agriculture, celle-ci étant une activité commerciale avant tout, il aurait été intéressant à mon avis de mettre un peu d’accent sur des exemples où l’agroforesterie ou le sylvopastoralisme apporte des bénéfices monétaires réels à une entreprise agricole réelle ou hypothétique. Néanmoins, l’article était très complet, clair et plaisant à lire et je concède que de se lancer dans une étude économique d’une pratique n’est jamais chose simple étant donné la complexité des cultures et des marchés agricoles.

Leave a Reply

Blog authors are solely responsible for the content of the blogs listed in the directory. Neither the content of these blogs, nor the links to other web sites, are screened, approved, reviewed or endorsed by McGill University. The text and other material on these blogs are the opinion of the specific author and are not statements of advice, opinion, or information of McGill.