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Agriculture industrielle, produire à tout prix?

Par Reda Hansali

« L’agriculture ne sert plus à nourrir la population mais à produire des devises ». En 1980 déjà, Robert Linhart décrivait le virage capitaliste entrepris par l’agriculture mondiale, où rendements et productivités devenaient les leitmotivs d’un secteur conquis par la mondialisation. Pour être compétitive, l’agriculture se doit aujourd’hui d’être industrialisée, s’appuyant notamment sur l’intensification des intrants et la surexploitation des sols. Ce modèle agricole, calqué sur les théories libérales post-industrielles qui dessinent la production de biens et de richesses depuis 50 ans, est aujourd’hui à bout de souffle, et une prise de conscience mondiale s’opère désormais, appelant à un changement de paradigme vers une agriculture alternative.

Avec l’augmentation explosive de la population mondiale ces dernières décennies, nourrir l’humanité est rapidement devenu un problème majeur, dont la réponse était inexorablement « produire plus ». Avec 2.5 milliards d’humains en 1950 et 7.5 milliards en 2017 (UN, 2015), il parût évident que des gains de productivités agricoles à l’échelle mondiale allaient pouvoir absorber ces expansions démographiques. Ainsi, appuyés par les découvertes chimiques et la révolution industrielle, les rendements de blé ont par exemple augmenté de 350% en France entre 1950 et 1990 (Bourgeois and Demotes- Mainard, 2000). Cependant, un décalage entre production et consommation subsiste : aujourd’hui, la production mondiale agricole pourrait théoriquement permettre de nourrir 12 milliards de personnes, alors qu’en parallèle 900 millions d’humains sont touchés par la faim sous sa forme la plus sévère, ce qui témoigne du besoin criant d’une refonte totale du système (De Schutter, 2014).

Dans ce modèle, les agriculteurs se retrouvent quant à eux en partie dépossédés de leur bien de production principal : la terre. En effet, dans une optique productiviste où la rentabilité est la pierre angulaire du système, les intrants (fertilisants, pesticides) s’intensifient, et les exploitations s’agrandissent pour engranger davantage de bénéfices, capitalisme oblige. De fait, les agriculteurs s’endettent. Le niveau d’endettement en France des agriculteurs a augmenté de 175% entre 1980 et 2010 (Agreste, 2012). Face à de tels niveaux de dépenses, l’implacable chaîne alimentaire de nos économies n’épargne pas les agriculteurs : Les plus grands phagocytent les plus petits. Ainsi, en France, le nombre d’agriculteurs a été divisé par 4 entre 1955 et 2003 (Desriers, 2007). Autre moyen de dépossession des agriculteurs de leur terre : la spéculation, facilitée par la mondialisation et la libre circulation des flux financiers. La terre devient alors une produit financier dormant, passant d’investisseur a investisseur, loin du circuit classique de l’agriculture (Dale-Harris, 2015).

Autre aspect d’une agriculture qui s’intensifie : l’impact environnemental. Autrefois fondamentalement écologique et prévisionnelle, l’activité agricole est plus en plus court- termiste, à l’image des activités financières mondiales, privilégiant le rendement immédiat plutôt que l’intérêt a long terme. Cette approche est notamment transcrite par la gestion de plus en plus minière des sols et la systématisation du chimique. Les engrenages économiques répondent alors à un objectif unique : l’efficacité de la production et finalement l’efficacité de la productivité du capital, qu’importe si la pérennité des sols en est compromise. Par ailleurs, la standardisation de la monoculture comme moyen de production agricole privilégiée a eu aussi un lourd tribut sur la biodiversité, notamment végétale. Entre 1900 et 2000, la FAO estime que 75% de la diversité des cultures a été perdue (FAO, 2010). Le déclin de la diversité animale est quant à lui imputable en partie à l’intensification de l’usage des insecticides. Aux Etats-Unis, 35% des ruches d’abeilles disparaissent chaque année (INRA, 2014). Mais qu’importe, dans un tel système économique, la fin justifie toujours les moyens, et tant pis si 100 millions de litre de phosphore sont déversés chaque année dans les océans, ou si le secteur est responsable de 15% des émissions mondiales de CO2. (De Schutter, 2014). Face à de telles catastrophes tant écologiques que sociétales, la société civile s’organise afin de faire front à ces pratiques agricoles destructrices qui empoisonnent nos modèles de production. De nouvelles alternatives se dessinent, et il nous incombe maintenant la responsabilité de porter ces initiatives, d’être les instigateurs de changements profonds et vitaux de nos modes de productions.

 

Références :

Agreste. 2012. Résultats économiques de l’agriculture. Endettement. Available at http://agreste.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/Gaf12p062-065.pdf (accessed 11 Feb. 2017). Agreste : La statistique, l’évaluation et la prospective agricole. Ministère de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, Paris, France.

Bairoch, P. 1990. La productivité agricole dans le monde depuis la révolution néolithique: ruptures et stagnations. Economie Rurale. Vol. 200. Pp 69-73.

Bourgeois, L., and M. Demotes-Mainard. 2000. Les cinquante ans qui ont changé l’agriculture française. Économie rurale. Vol 255. Pp 14-20.

De Schutter, O. 2014. Le droit à l’alimentation, facteur de changement. Organisation des Nations Unis, Assemblée Générale. Conseil des droits de l’homme. Vingt-cinquième session, New York, USA.

Desriers, M. 2007. L’agriculture française depuis cinquante ans : des petites exploitations familiales aux droits à paiement unique. Agreste : La statistique, l’évaluation et la prospective agricole. Ministère de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, Paris, France.

Dale-Harris L. 2015. Dutch bank faces questions on Romania land-grab. Euobserver. Available at https://euobserver.com/investigations/130989 (accessed 10 Feb. 2017). Brussels, Belgium.

Institut National de Recherche Agronomique 2014. Abeilles: un déclin préoccupant. Available at http://is.gd/53Th4n (accessed 10 Feb 2017). Institut National de Recherche Agronomique, Paris, France.

Organisation des Nations Unies. 2010. FAO : la perte de biodiversité végétale menace la sécurité alimentaire globale. Available at https://is.gd/YOwd9Y (accessed 9 Feb. 2017). New York, NY.

Produire de l’énergie verte à partir de résidus agricoles au Québec ?

Au Québec, la production d’énergie à partir de résidus organiques agricoles est encore très marginale. La disponibilité de l’électricité à faible coût et son impact faible sur l’environnement causent le manque d’investissement dans ce domaine. Dans une société où le développement durable est énoncé dans le mandat de toutes les sphères gouvernementales, pourquoi ne pas investir dans une source d’énergie verte et durable ?

On définit la biométhanisation comme un « procédé de traitement des matières organiques par fermentation en absence d’oxygène. Le processus de dégradation biologique s’effectue dans un ou des digesteurs anaérobies. » (Burelle et al., 2011) Il est possible d’utiliser ce procédé afin de produire de l’énergie, que ce soit sous forme de chaleur ou bien en électricité.

La production de méthane à partir des résidus organiques s’effectue en quatre étapes. Tout d’abord, lors de l’hydrolyse, des enzymes permettent la dégradation des molécules complexes (glucides, lipides, protéines) en molécules simples (sucres, acides aminés, acides gras). La deuxième étape consiste en la fermentation de ces molécules simples, qui produiront des alcools, des acides organiques ainsi que de l’hydrogène et du dioxyde de carbone. Lors de l’acétogénèse, ces molécules seront transformées en acétate. Le processus se termine lors de la méthanogénèse, par la transformation en méthane sous forme gazeuse par l’acétate ou l’hydrogène et le dioxyde de carbone. (Catherine Brodeur, 2008) La matière solide générée représente un volume presque équivalent au volume initial et la même concentration en fertilisants, avec cependant des odeurs réduites.

Ainsi, la biométhanisation permet de produire de l’énergie à partir d’une ressource disponible à peu près partout en milieu agricole. En effet, le méthane est un gaz combustible, offrant une valeur énergétique approximative entre 35.3 et 40.6 MJ/m3, comparativement à 32.6 à 34.6 MJ/m3 pour l’essence ou 23.4 à 26.9 MJ/m3 pour le propane. (AFDA, 2014) Le méthane est donc un gaz plus efficace pour fournir de la chaleur, en plus de fournir du dioxyde de carbone, deux conditions très adaptées à la production en serres par exemple. Celui-ci peut aussi être utilisé pour faire fonctionner une génératrice, produisant l’électricité pouvant être utilisée sur les installations agricoles présentes ou carrément être vendue sur le réseau électrique.

Si la biométhanisation implique autant d’avantages, elle présente toutefois un désavantage net : son coût d’établissement énorme. En effet, pour une ferme de 100 vaches en lactation, on parle d’investissements de l’ordre de 300 000$, sans compter les coûts en main-d’œuvre et en entretien. Même chose pour une ferme de 5000 porcs, avec un coût d’investissement de 350 000 $.  (Catherine Brodeur, 2008) De plus, Hydro-Québec n’achète pas l’électricité autoproduite par ses clients, se contentant plutôt d’échanger celle-ci contre des crédits de kilowattheures, à condition d’en faire moins que 50 kW. (Hydro-Québec, 2017)

Ailleurs, il existe de nombreux programmes pour encourager les producteurs agricoles à utiliser cette ressource énergétique. En Ontario par exemple, on paie environs 19 cents par kWh. Aux Vermont, la Green Power Power Corporation offre le programme Cow Power aux producteurs agricoles, permettant d’accéder à des subventions pour l’implantation du système en plus des revenus de la vente d’électricité sur le réseau.

Bien que la majorité de l’électricité produite au Québec vienne des centrales hydro-électriques, présentant un impact faible sur l’environnement, on ne doit pas s’arrêter là dans la recherche de sources d’énergies renouvelables. À quoi bon créer de nouveaux barrages dans le nord québécois quand une technologie permet de créer de l’énergie à partir des déchets ? On se doit de faire une rétrospection sur la réelle signification du développement durable dans la production d’énergie au Québec.

Francis St-Aubin

Références :

AFDA. 2014. Fuel Properties Comparison  A. F. D. Center, ed.

Burelle, S., Québec, and d. l. e. e. d. p. Ministère du développement durable. 2011. Lignes directrices pour l’encadrement des activités de biométhanisation.

Catherine Brodeur, D. C., Xavier Desmeules, Sylvain Pigeon, Rosalie-Maude St-Arnaud 2008. La biométhanisation à la ferme. CRAAQ EVC 033.

DSIRE. 2016. GMP Cow Power. Disponible à: http://programs.dsireusa.org/system/program/detail/1106.

Hydro-Québec. 2017. Autoproduction. Disponible à: http://www.hydroquebec.com/autoproduction/.

MAPAQ. 2017. Traitement des fumiers. Disponible à: http://www.mapaq.gouv.qc.ca/fr/Productions/Agroenvironnement/fertilisants/Pages/traitement.aspx.

MDDELC. 2016. Lignes directrices pour l’encadrement des activités de biométhanisation. Disponible à : http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/bs2062404.

 

Toujours plus coûteux…

13 janvier 2017

Comme société canadienne, nous pouvons encore renverser la tendance et permettre une véritable aide à l’établissement dans le secteur agricole.  

Le terme agro-alimentaire est maintenant le terme utilisé pour désigner toute activité économique reliée à l’agriculture. Pour illustré l’évolution de notre langage, si nous revenons de quelque année, avant les année 1980, le ministère du gouvernement du Québec se nommait tout simplement le Ministère de l’agriculture. Nous avons jugé bon de changer son nom pour le Ministère de l’Agriculture, des Pêches et de l’Alimentation. Nous voyons plus simplement l’agriculture comme étant des agriculteurs et agricultrices qui produisent de la nourriture pour nourrir la population. Aujourd’hui, nous nommons le secteur agricole par un terme plus global qui est le secteur agro-alimentaire ce qui fait en sorte que nous tendons graduellement à oublier les acteurs principaux qui sont les producteurs agricoles eux-mêmes.

Par conséquent, comme la majorité des secteurs de l’économie aujourd’hui, la plupart des producteurs agricoles se sont industrialisés et ont passé de petite ferme familiale à de véritables entreprises agricoles. Un fait est qu’en moyenne, le nombre de ferme au Québec comme dans le reste du Canada à diminuer considérablement alors que leur taille ne cesse pas d’augmenter d’année en année. De 1991 à 2010, le nombre de ferme au Canada a diminué de 280 043 à 205 730 alors que leur taille a augmentée en moyenne de 598 à 778 acres par ferme. Cette tendance est accompagnée par une augmentation de l’âge moyen des producteurs agricoles passant de 47.5 à 54 ans durant la même période (Beaulieu, 2015). C’est certainement un constat auquel nous devons faire face mais la question reste à savoir si nous acceptons la tendance ou est-ce que nous devons essayer de la ralentir ou l’arrêter. Dans le cas où nous optons pour essayer de renverser la tendance, des choix de société important entre donc en ligne de compte.

La réalité est que comme jeune entrepreneur, débuter une entreprise en production agricole ou acheter une entreprise existante devient de plus en plus difficile financièrement étant donné que leur valeur augmente d’année en année. La majorité des petites entreprises développe une rentabilité par la vente de produits de souche mais construire son propre marché comprend certainement ces défis pour développer une clientèle solide et fidèle. Au Québec, une aide à la relève agricole est offerte aux jeune voulant débuter en agriculture. Une aide financière variant entre 20 000 $ et 50 000 $ est offerte aux jeunes prenant la relève d’une entreprise existante et entre 10 000 $ et 25 000 $ pour quelqu’un qui veut démarrer une entreprise (FAQ. 2017). Cette aide est offerte depuis plusieurs années maintenant alors que la diminution du nombre de ferme est toujours présente. L’efficacité de cette aide financière doit donc peut-être être remise en question.

La principale préoccupation est que comme société, il n’est peut-être pas à notre avantage d’obtenir un system agricole comme celui de l’Australie ou la taille moyenne de ses fermes est environ 11 fois supérieure à la moyenne du Canada (Stat. Canada, 2006). L’exode rural devient donc presque global dans un cas comme celui-là.  Sans faire une réforme à l’ampleur de la Chine en 1980 où leur réforme économique rurales a répartie les terres en fonction du nombre de ménages créant des millions de petites fermes familiales, Statistique Canada (2006), la société canadienne devrais peut-être envisager sérieusement la possibilité de créer un programme d’aide financière globale pour permettre véritablement au jeune de s’établir en agriculture et avoir les ressources nécessaires pour permettre sa rentabilité à court et moyen terme. Bien sûr que le coût d’une mesure comme celle-là serait très élevé pour le gouvernement et que son application demanderait des règles strictes mais pour des régions ou l’agriculture est en déclin, ce pourrait être une bonne mesure pour rendre vraiment possible l’établissement des jeunes en agriculture et garder nos régions occupées.

Mario Roy

 

Références :

Martin Beaulieu. 2015. Les Changements Démographique dans l’agriculture Canadienne. Disponible sur http://www.statcan.gc.ca/pub/96-325-x/2014001/article/11905-eng.htm (accédé au site internet le 9 février 2017). Statistique Canada. Canada

FAQ (La Financière Agricole du Québec). 2017.  Appui financier à la relève agricole. Disponible sur  http://www.fadq.qc.ca/appui-financier-a-la-releve-agricole/description/ (accédé au site internet le 10 février 2017). Gouvernement du Québec. Québec

Statistique Canada. 2006. Un portrait de d’agriculture canadienne. Disponible sur http://www.statcan.gc.ca/ca-ra2006/articles/snapshot-portrait-fra.htm (accédé au site internet le 10 février 2017). Gouvernement du Canada. Canada

Ensemble, pour la santé mentale

Chaque année, c’est un nouveau combat pour nos agriculteurs et agricultrices. La météo n’est pas toujours au rendez-vous et les ravageurs et les maladies font rapidement leur apparition. Les agriculteurs doivent prendre des décisions difficiles et sont confrontés à des soucis quotidiens liés à une charge de travail continue.

De plus, un poids économique, tel l’endettement, pèse sur les épaules des producteurs agricoles et les poussent à produire davantage (Dupuis, 2004). En augmentant le volume de production jusqu’à un certain seuil, l’efficience augmente et les coûts de production à l’unité sont réduits, ce qui mène à une économie d’échelle. Ceci est possible grâce aux nouvelles technologies améliorant les méthodes de production ainsi qu’à l’acquisition d’équipements plus modernes.

Les producteurs doivent également considérer les enjeux environnementaux lors de la prise de décision, s’ajuster aux normes d’hygiène et de salubrité en plus d’être en mesure de faire concurrence aux nouveaux compétiteurs et aux marchés émergents (Dupuis, 2004). Bref, pour nos agriculteurs, c’est un labyrinthe de défis et une pression constante avec si peu de reconnaissance au bout du compte.

À contrecoup, la santé mentale des producteurs est mise en péril et les dépressions ainsi que le suicide ne se font pas rares. Malheureusement, ils vivent souvent ces épreuves difficiles seuls puisque leur fierté et la peur du jugement les empêchent de s’ouvrir (Poirier et Tanguay, 2016). Selon la psychologue Pierrette Desrosiers, la détresse psychologique est présente chez un agriculteur sur deux au Québec (Bourdeau, 2015). Un chiffre surprenant et peu divulgué, puisque le sujet demeure tabou.

Évidemment, des solutions existent pour apporter du soutien aux producteurs.
En commençant par les nombreux services offrant leur écoute et leur soutien tels que Réseaux Agriconseils, Au cœur des familles agricoles et Tel-Aide (Poirier et Tanguay, 2016). En outre, joindre des associations et coopératives de producteurs peut contribuer à prévenir et réduire l’isolement social dont ils souffrent.

La France est un exemple à suivre en terme de prévention de détresse psychologique. Ils comptent près de 12 500 coopératives d’utilisation de matériel agricole (CUMA) comparé à seulement une soixantaine au Québec (Lebel, 2016). Ces coopératives permettent aux agriculteurs de partager de la machinerie, du savoir et même de la main d’œuvre. De ce fait, des coûts reliés à l’achat d’équipements et d’outils sont allégés et une plus grande flexibilité au travail peut s’installer.

Au delà du soutien économique, simplement avoir des contacts réguliers avec d’autres agriculteurs qui vivent des défis similaires peut contribuer à réduire les stress quotidiens. CUMA offre un lieu où les producteurs peuvent partager des expériences, des conseils et des points de vue. Le contact humain et la solidarité restent un des remèdes les plus précieux contre l’isolement.

Au Québec, une coopérative pour l’agriculture de proximité écologique (la CAPÉ) existe et plusieurs producteurs écologiques en font partie. Le but principal est de renforcer le pouvoir de ces producteurs auprès des instances gouvernementales. C’est également une plateforme pour apprendre, éduquer et faire du réseautage puis finalement un moyen de mettre en commun leurs produits pour la mise en marché (Jutras, 2013). Bien que la coopérative n’ait pas pour but premier la santé mentale des agriculteurs, elle y contribue en encourageant le soutien mutuel des producteurs et en créant un milieu social stable.

Manifestement, les intervenants comme les agronomes et vétérinaires ont aussi un rôle à jouer. Il suffit de rester attentif aux signaux de détresse qui peuvent se manifester par des changements dans leur façon de faire, un épuisement ou des idées noires, et les informer des différentes ressources disponibles (Bourdeau, 2015). En tant que citoyens, nous pouvons aussi soutenir nos producteurs en achetant local et en leur accordant le respect et la reconnaissance qu’ils méritent.

Par Florence Bieler

Références :

Bourdeau, L-P. 2015. Des problèmes de santé mentale menacent certains agriculteurs au bout du rouleau. Radio-Canada.ca. Disponible à http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/733197/agriculteurs-sante-mentale-coaticook (consulté le 11 février 2017).

Dupuis, J. 2004. La détresse des producteurs agricoles. Radio-Canada.ca. Disponible à http://archives.radio-canada.ca/economie_affaires/agriculture/clips/12121/ (consulté le 11 février 2017).

Jutras, G. 2013. Les agriculteurs de proximité écologiques s’organisent. Agriculture bio et agroécologie. Disponible à https://agroecogigi.com/category/ressources/rjme-reseau-des-joyeux-maraichers-ecologiques/ (consulté le 10 février 2017).

Lebel, C. 2016. Coup de déprime ? Joignez-vous à une CUMA ! Coopérateur. Disponible à http://www.cooperateur.coop/fr/pause-pensee/coup-de-deprime-joignez-vous-une-cuma (consulté le 11 février 2017).

Poirier, M. et Tanguay N. 2016. La détresse psychologique en agriculture: un mal méconnu! MAPAQ. Disponible à http://www.mapaq.gouv.qc.ca/fr/Regions/monteregie/articles/releve/Pages/La_detresse_psychologique_en_agriculture_un_mal_meconnu.aspx (consulté le 12 février 2017).

Vachon, S. 2016. Ensemble, on ne lâchera pas ! UPA. Disponible à http://www.abitibi-temiscamingue.upa.qc.ca/communication-et-documentation/textes-dopinion/ensemble-on-ne-lachera/ (consulté le 11 février 2017).

Animal Welfare in Canada – What animal activists don’t tell you on Facebook

February 13, 2017

By Krystal Coddington

Have you ever had a really bad teacher, one that made you detest going to class? What about a bad parent, have you ever seen someone that made you think that they shouldn’t be allowed to have kids? I’m sure the answer to the last couple questions have been yes. Now, have you ever seen a video or a photo on social media that made you think that farmers are cruel, heartless people? I have a feeling that the answer to that question is also yes. Yet, I’m also sure that you’ve had a good teacher, or even an amazing teacher, one who put in the extra time and made you feel special. We all know amazing parents, the ones who encourage and teach their children to be the best they can be every single day. Sadly, not everyone has had the chance to meet a good farmer, one who feeds their animals before they eat, and who braves the harsh Winter weather to do calf check in the middle of the night.

With only 1 in 50 Canadians registered as a Canadian farmer in 2011 (Statistics Canada, 2011), it’s understandable that there is a disconnect between agricultural consumers and producers. The Canadian government commissioned concerning the public’s perception of agriculture in Canada (Barefoot and D’Autremont, 2014). In this report, it was clear that there were many misconceptions about farms, farmers, and their practices in Canada. Some agricultural producers may say that this study was unnecessary as the misconceptions are quite evident and prominent on social media, with many videos circulating on the web showing undercover videos of farms. As a cow-calf producer in the Eastern Townships of Quebec, I would like to assure you that what you see in these videos is not a reality on the majority of livestock operations in Canada, or the situations are twisted and improperly explained.

The reach of social media is both a blessing and a curse for agricultural producers. It’s a good place to share farm machinery for sale, or to ask for advice on a particular situation. However, it is also the platform of choice for groups such as People for the Ethical Treatment of Animals (PETA) and Mercy for Animals, two animal rights activist groups who have over 6.6 million followers on Facebook combined. Picture and video ad campaigns posted by these groups show horrific images of neglect and abuse towards farm animals. These images, paired with sad music and heart-tearing descriptions of what the activist group says is going on behind closed farm doors have many believing that all farmers are bad – but they’re not.

Farming is a passion, it’s seldom said that a person goes into farming for the money. Nevertheless, for arguments sake, let’s say that someone is only farming to make money, they hate livestock. Abusing and neglecting their animals only makes them lose money, as animals will not produce optimally if they are not well taken care of and will therefore not make the most money possible for this fictional greedy farmer. There are also laws and regulations in place concerning farm animal welfare on both a provincial and federal level (NFACC, 2013). Fines, jail, and livestock confiscation are all very possible outcomes for farmers charged with animal abuse or neglect. In 2015, the Animal Welfare and Safety Act was passed, recognizing animals as sentient beings (CBC, 2015). This did not affect many farmers, as they truly do care for their animals as if they are a part of the family. Actually, I personally see my cows more often then I see many of my family members. Codes of Practice for the care and handling of farm animals have also been developed by the National Farm Animal Care Council which have recommended practices for all livestock farms in Canada (NFACC, 2017).

Sadly, there are bad farmers in Canada, just as there are bad teachers, and bad parents. That doesn’t mean all farmers, teachers, and parents are bad. Remember, just because there is one rotten apple in the bunch, doesn’t mean the whole orchard is bad.

 

References

Barefoot, C., and M. D’Autremont. 2014. Realities of Agriculture in Canada. Canadian Federation of Independent Business, Montreal, Qc.

CBC. 2015. Quebec bill calls animals ‘sentient beings’ and includes jail time for cruelty. Available at http://www.cbc.ca/news/canada/montreal/quebec-bill-calls-animals-sentient-beings-and-includes-jail-time-for-cruelty-1.3102399 (accessed 9 February 2017). CBC, Montreal, QC.

National Farm Animal Care Council. 2013. A Summary Report on Farm Animal Welfare Law in Canada. NFACC, Lacombe, AB.

National Farm Animal Care Council. 2017. Codes of Practice for the care and handling of farm animals. Available at http://www.nfacc.ca/codes-of-practice (accessed 9 February 2017). NFACC, Lacombe, AB.

Statistics Canada. 2011. 2011 Census of Agriculture. Available at http://www.statcan.gc.ca/eng/ca2011/ha (accessed 9 February 2017). Statistics Canada, Ottawa, Ont.

Les vaches fortes productrices sont-elles vraiment rentables?

13 Février 2017

Céline Aeschlimann

 

De nos jours, plusieurs outils sont offerts aux producteurs laitiers afin d’augmenter l’efficacité de leur ferme. Entre autres, la génétique est un outil indispensable. Plusieurs l’utilisent pour augmenter la production de lait par vache et omettent l’importance de la fertilité et la santé des vaches. En considérant tous les facteurs affectant la rentabilité d’une ferme, est-ce qu’une vache excellente en production laitière est toujours plus avantageuse économiquement parlant?

 C’est seulement après la 3e lactation qu’une vache couvre tous ses coûts d’élevage. Après la première lactation, la vache a coûté 1382$ et 28$ après la deuxième lactation. C’est à la troisième lactation que la vache rapporte une économie soit de 1419$ (Pellerin et al., 2014). Ainsi, les lactations suivantes sont les plus rentable.  Malheureusement, au Québec, la moyenne se tient environ à deux lactations. Améliorer la longévité des vaches est donc une solution rentable. En 2006, « les vaches Holstein du Québec inscrites chez Valacta avaient un âge moyen au dernier vêlage de quatre ans et un mois et à peine 40.3% d’entre elles étaient en troisième lactation et plus (Valacta, 2008) ». Chez les troupeaux à forte production, la longévité est plus difficile à atteindre. En effet, l’âge moyen au dernier vêlage se trouve à être de 3 ans et 11 mois et 38.8% d’entre elles sont en troisième lactation et plus. Les raisons pour lesquelles la rentabilité se fait à partir de la troisième lactation est tout d’abord l’efficience alimentaire. Une vache en troisième lactation produit davantage de lait par kilogramme d’aliments consommés. Cela s’explique par le fait qu’elle n’a plus besoin autant d’énergie pour subvenir à sa croissance. Ainsi, le coût d’alimentation est réduit et par le fait même le coût de production à l’hectolitre. De plus, augmenter la longévité permet de diminuer le nombre de vache de remplacement. Quel que soit la productivité d’une vache, la longévité augmente le profit par jour de vie. Par contre, une vache ayant une production supérieure aura une courbe de profit par jour de vie plus importante.

 

 profit jour vie

Valacta, 2008

 

Bien que la longévité soit importante, la fertilité ainsi que la santé des vaches jouent un rôle majeur en ce qui concerne la rentabilité d’une vache. En effet, une vache ayant plusieurs problèmes de santé tel les mammites, nécessite d’importantes dépenses et frais vétérinaire, ce qui nuit à sa rentabilité. De même que pour une vache ayant une faible performance en matière de reproduction n’atteindra pas facilement sa troisième lactation. En effet, une vache forte productrice présente moins de signe de chaleurs en raison d’une baisse de la concentration d’hormone dans la circulation sanguine (LeBlanc et al., 2010). Puisqu’une vache forte productrice doit consommer davantage d’aliment afin de combler son besoin en énergie, cela entraine une hausse du flux sanguin dans le foie et augmente ainsi le catabolisme des stéroïdes. De plus, les facteurs entrainant du stress chez la vache tel la maladie, la chaleur, le manque de confort, ont un plus gros impact sur les vaches fortes productrices. Toutefois, une bonne gestion du troupeau permet de minimiser l’impact sur celles-ci.

Malgré la fragilité de la vache forte productrice, il en vient au producteur de prendre les meilleures décisions afin de minimiser le coût de production. Que ce soit sur l’alimentation, la santé ou la fertilité, il est primordial d’être minutieux afin de permettre d’améliorer la longévité de ces vaches.

 

 

LeBlanc, S. et al., 2010. Est-ce qu’un niveau élevé de production laitière est compatible avec une bonne performance en reproduction? Disponible à https://www.agrireseau.net/bovinslaitiers/documents/Leblanc.pdf (consulté le 9 février 2017). CRAAQ. Drummondville, Qc.

Levallois, R. 1997. L’augmentation de la production par vache est-elle rentable? Disponible à https://www.agrireseau.net/bovinslaitiers/documents/bov57.pdf (consulté le 9 février 2017). CPAQ

Pellerin, D. 2014. Pour une vache, l’âge d’or c’est la 4e lactation! Disponible à https://www.agrireseau.net/documents/Document_91654.pdf (consulté le 9 février 2017). CRAAQ. Centre BMO, Saint-Hyacinthe, Qc.

Novakovic, Z. et al. 2014. Lifetime Production of High-yielding Dairy Cows. Disponible à http://www.doiserbia.nb.rs/img/doi/1450-9156/2014/1450-91561403399N.pdf (consulté le 9 février 2017). Institute for Science Application in Agriculture. Serbia.

Michalickova, M. et al. 2014. Determinants of Economic Efficiency in Dairy Cattle and Sheep. Disponible à http://www.cvzv.sk/slju/14_1/7_michalickova.pdf (consulté le 9 février 2017). National Agricultural and Food Centre. Slovak Republic.

Production hors-quota : Il faut cesser de mettre tous les œufs dans le même panier

Les régulations entourant la production et la commercialisation des œufs de consommation nuisent aux petits producteurs qui voudraient diversifier leurs opérations en faisant l’élevage de poules pondeuses. Deux projets pilotes explorent des pistes de solution.

Premièrement, il faut savoir que les œufs de poules font partie des productions agricoles régies par le système de gestion de l’offre; il est donc interdit de posséder plus de 99 pondeuses sans avoir fait l’acquisition de quotas, au cout d’environ 245$ par poule (FPOQ, 2017a). Bien que cela soit certainement une opportunité d’affaire, le nombre de poules autorisées hors-quotas est trop bas pour représenter une véritable source de revenu. Dans des conditions optimales, 99 poules pondent 56 douzaines d’œufs par semaine, ce qui est largement insuffisant pour satisfaire la demande pour plusieurs producteurs, notamment les fermiers de famille en ASC. Évidemment, encadrer le nombre de poules sans quota est nécessaire pour éviter la compétition injuste. Deux arguments suggèrent que 99 est trop peu. Pour commencer, l’industrie des œufs au Québec est concentrée ; 25% des entreprises possèdent 60% des quotas, avec un nombre moyen de pondeuses par entreprise de 38 000 oiseaux (FPOQ, 2016a). Sachant cela, il est impossible qu’un producteur qui en possède 99, ou 200 ou 300 comme dans d’autres provinces (UP, 2016), ne représente une réelle menace. Ensuite, les œufs fermiers sont un produit de niche, qui diffère suffisamment des œufs conventionnels pour être considéré à part. Une douzaine d’œufs fermiers peut se vendre 7$, alors qu’on peut se procurer l’équivalent en provenance de fermes industrielle pour moins de 3$ (FPOQ, 2016). La compétition entre les deux serait donc indirecte.

Deuxièmement, les normes de production des œufs, qui sont encadrées par la Fédération des producteurs d’œufs du Québec, s’adressent à la production industrielle. Il est donc difficile, voire physiquement impossible et financièrement insensé pour les producteurs artisanaux de s’y conformer. En effet, les œufs produits et vendus au Québec doivent être calibrés, mirés, et lavés, dans un des 16 postes de classement accrédités (RMAAQ,2016). Cela constitue une barrière importante au marché pour les petits producteurs. À ce stade les œufs sont tous mélangés, impossible donc pour un producteur en particulier de faire la promotion de ses œufs ou pour un consommateur d’acheter les œufs d’un producteur en particulier. La seule exception est la vente directe à l’intérieur des limites physiques de la ferme. L’argument est le suivant : la vente directe constitue un contrat entre le fermier et le client, qui prend consciemment le risque de consommer un œuf qui n’a pas été lavé, miré, ni calibré. Ce type de mise en marché limite les possibilités de commercialisation pour les œufs fermiers, notamment la vente aux institutions, restaurateurs, épiceries et pour la revente.

Cet enjeu préoccupe de plus en plus les producteurs qui aimeraient se lancer dans la production artisanale d’œufs et a récemment attiré l’attention des médias (Lortie, M-C, 2016 ; Giguère, M, 2015). En réponse, la Fédération des producteurs d’œufs du Québec, en association avec différents acteurs du milieu, a lancé deux projet pilotes. Depuis 2016, 5 fermes par an peuvent avoir 500 poules sans quota (FPOQ,2017b). Parallèlement, 50 producteurs possédant moins de 99 poules ont été autorisés à vendre leurs œufs fermiers en circuit court (FPOQ, 2016b), soit dans les marchés publics et aux points de distribution de leur paniers bio. Ces changements dénotent une ouverture d’esprit de la part de l’industrie, ainsi que l’intérêt renouvelé pour la production artisanale, la vente en circuit court, l’agriculture locale et le bien-être animal. On ne peut qu’espérer que les changements continueront dans ce sens afin de répondre à la demande grandissante et à l’impatience des producteurs. En effet, le programme d’aide au démarrage des nouveaux producteurs qui a débuté en 2006 et qui octroie maintenant 6000 quotas de production (MAPAQ, 2014) à un nouveau producteur par année, reçoit une trentaine de demandes par année (Gosselin, E. 2009).

[FPOQ] Fédératio des producteurs d’œufs du Qébec. (2016a). 15-16 Rapport annuel, gérer la croissance, Disponible à:http://oeuf.ca/wp-content/uploads/2015/04/rapport-annuel-fpoq-2015-2016.pdf

[FPOQ] Fédération des producteurs d’œufs du Québec. (2016b) . Projet pilote visant la vente directe d’œufs non classés en circuit court

[FPOQ] Fédération des producteurs d’oeufs du Québec. (2017a). Système centralisé de vente de quota.Disponible à: http://oeuf.ca/zone-producteurs/systeme-centralise-de-vente-de-quota-scvq/

[FPOQ] Fédération des producteurs d’œufs du Québec. (2017b). Programme d’aide au démarage de producterus d’œufs dédi.s èa la vente directe : un opportunité à votre portée! Disponible à :http://oeuf.ca/wp-content/uploads/2016/12/depliant-2017-programme-vente-directe.pdf

Giguère, M. (2015, 2 février). Les fermiers de famille demandent plus de poules hors quotas. La terre de chez nous. Disponible à http://www.laterre.ca/actualites/alimentation/fermier-de-famille-demande-plus-de-poules-hors-quotas.php

Gosselin, E. (2009). Un quota de 500 poules? small is beautiful! Le coopérateur. Disponible à: http://www.lacoop.coop/cooperateur/articles/2009/10/p33.asp

Lortie, M-C. (2016, 6 octobre). Chronique : comment tuer l’entreupreunariat dans l’œuf en sept points. La presse plus. Disponible à : http://plus.lapresse.ca/screens/ee3306fb-cf4b-470e-94b1-81aa90478868%7C_0.html

[MAPAQ] Ministère de l’agriculture, des pêcheries et de l’alimentation du québec. (2014). L’aide accordée passe à 6000 poules! Disponible à: http://www.mapaq.gouv.qc.ca/fr/Regions/chaudiereappalaches/journalvisionagricole/avril2014/Pages/Aidepoule.aspx

[RMAAQ] Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec. (2016).  Liste de permis d’exploitation d’un poste de classification d’œufs de consommation 2016-2017. Disponible à : http://www.rmaaq.gouv.qc.ca/index.php?id=1245

[UP] Union Paysanne. (2016). Une alliance pour augmenter la production hors-quota. Disponible à : https://unionpaysanne.com/wp-content/uploads/2016/05/hors-quota.pdf

Se créer l’opportunité pour mieux gérer le marché sucré

Il y a déjà un an, M. Florent Gagné déposait un rapport en février 2016 à la demande de l’ex-ministre de l’agriculture, M. Pierre Paradis. Le rapport Gagné avait pour but d’évaluer le système économique acéricole du Québec dans la situation actuelle en ce qui a trait aux parts de marchés internationaux grandissantes (Gagné, F., 2015). Les grandes lignes de ce rapport recommandaient la libéralisation de la production et la mise en marché du sirop d’érable québécois. Les mesures proposées du rapport et fortement recommandées par Paradis à l’époque ne sont toujours pas appliquées et le système actuel de contingent est toujours en place (Service Québec, 2016). Devrait-on s’inquiéter de l’immobilité de la situation et cela place-t-il l’économie de l’acériculture québécoise dans une mauvaise posture ?

De façon à répondre à cette question, déterminons d’abord l’enjeu économique. Le sirop d’érable est un produit dont la popularité ne cesse d’accroitre et a un potentiel grandissant pour les prochaines années selon les prédictions économiques (Agriculture et Agroalimentaire Canada, 2013). Il est donc primordial pour notre économie que le Québec, actuel leader mondial en production et exportation de sirop d’érable, conserve cette position et tire avantage de cette ouverture des marchés. Cependant, selon le rapport Gagné, les proportions d’exportations mondiales de sirop d’érable québécois ont longtemps représentés des parts de l’ordre de 80 % alors qu’elles ont diminués au cours des dix dernières années pour se situer tout juste au-dessus de 70% (Gagné, F., 2015). Bien que la fédération des producteurs acéricoles du Québec (FPAQ) jugent que cet écart est surestimé, il est tout de même indéniable d’affirmer que les parts d’exportations du Québec subissent une décroissance significative (L’Union des producteurs agricoles, 2016).

Unique à la province du Québec, le plan conjoint peut possiblement expliquer ces pertes des parts de marchés internationaux. En effet, nos voisins acériculteurs de l’Ontario, Nouveau-Brunswick et États-Unis ne sont pas sujets aux restrictions de production que nous nous sommes nous-mêmes infligées par le biais du plan conjoint et leurs influences sur l’échelle mondiale ne cessent d’accroitre. Ce plan fut suggéré et adopté en 1990 par la majorité des producteurs et par la FPAQ (Fédération des producteurs acéricoles du Québec, 2017). Ce regroupement a pour but de favoriser la mise en marché du sirop d’érable québécois et de négocier collectivement toutes les conditions de vente. Ceci a contribué grandement à accroitre les exportations de sirop d’érable québécois. Cependant, le contingentement de la production de sirop d’érable est entré en vigueur en 2004 suite à un vote dont ont pris part plus de 2000 producteurs acéricoles du Québec (Association des Érablières-Transformateurs des Produits de l’Érable, 2005). Le contingentement est un système de quota qui a pour but de contenir l’offre et maintenir une stabilité des prix du sirop.

Il est certain que le système de contingentement procure beaucoup d’avantages aux acériculteurs puisque la stabilité des prix permet les investissements dans l’entreprise et entraine une confiance des institutions financières accordant des prêts. De plus, le système de gestion de surplus de sirop d’érable de la FPAQ peut aussi servir d’assurance en cas de mauvaises années de récoltes. Cependant, les quotas peuvent agir de freins à l’expansion de la production acéricole dans certains cas. Je suis donc d’avis que des risquent doivent être pris pour assurer la pérennité de la croissance des proportions d’exportation de sirop d’érable québécois mondialement.

Afin de demeurer un leader mondial, le Québec doit revoir la façon dont le système de contingentement et la mise en marché du plan conjoint fonctionnent afin d’offrir le plus d’opportunité possible aux Québécois d’exploiter et de vendre le sirop d’érable de leurs érablières. Le gouvernement québécois, la FPAQ et les producteurs doivent tous mettre la main à la pâte afin que le Québec demeure en tête mondialement de l’industrie du sirop d’érable, et ce à long terme.

Dominic Provencher

Référence :

Gagné, F. (2015). Pour une industrie acéricole forte et compétitive. [online] MAPAQ. Available at: http://www.mapaq.gouv.qc.ca/fr/md/Publications/Pages/Details-Publication [Accessed 12 Feb. 2017].

Service Québec. (2016). Pour une industrie acéricole forte et compétitive – Le ministre Pierre Paradis dévoile le rapport Gagné sur l’industrie acéricole québécoise – Portail Québec. [online] Available at: http://www.fil-information.gouv.qc.ca/Pages/Article.aspx?idArticle=2402112051 [Accessed 12 Feb. 2017].

Agriculture et Agroalimentaire Canada. (2013). Analyse de nouveaux produits et ingrédients de l’érable – Europe – Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). [online] Available at: http://www.agr.gc.ca/fra/industrie-marches-et-commerce/statistiques-et-information-sur-les-marches/information-sur-les-marches-agricoles-et-alimentaires-par-region/europe/information-sur-les-marches/analyse-de-nouveaux-produits-et-ingredients-de-l-erable-europe/?id=1410083148644 [Accessed 12 Feb. 2017].

Fédération des producteurs acéricoles du Québec. (2017). Le contingentement – Fédération des producteurs acéricoles du Québec. [online] Available at: http://fpaq.ca/la-federation/mise-en-marche/outils-de-mise-en-marche/le-contingentement/ [Accessed 12 Feb. 2017].

Association des Érablières-Transformateurs des Produits de l’Érable. (AETPE). (2005). Règlement sur le contingentement de la production et de la mise en marché du produit visé par le Plan conjoint des producteurs acéricoles du Québec. [online] Available at: http://www.siropderablequebec.ca/down/28168. pdf [Accessed 12 Feb. 2017].

Beaulieu, S. (2015). Rétablissons les faits : mise en marché du sirop d’érable québécois. [online] L’Union des producteurs agricoles – UPA. Available at: https://www.upa.qc.ca/fr/textes-dopinion/2015/04/retablissons-les-faits-mise-en-marche-du-sirop-derable-quebecois/ [Accessed 12 Feb. 2017].

L’Union des producteurs agricoles. (2016). Rapport Gagné : une présentation biaisée de la réalité. [online] Available at: https://www.upa.qc.ca/en/press-releases/2016/02/rapport-gagne-une-presentation-biaisee-de-la-realite/ [Accessed 12 Feb. 2017].

Agriculture et faune sauvage, peuvent-elles cohabiter?

Le 13 Février 2017

Par Anna-Marie Devin

Le déclin continuel des hamsters sauvages d’Alsace, en France, malgré leur protection depuis 1993, serait causé par la monoculture de mais de la région. Mathilde Tissier et son équipe de l’institut Pluridisciplinaire Hubert Curien (IPHC) de Strasbourg, mettent en cause la carence en vitamines B3 qu’apporte l’alimentation exclusive de cette graminée. Cela a un impact majeur sur la reproduction et le comportement des hamsters. Les chercheurs travaillent  maintenant avec les agriculteurs pour trouver des combinaisons de cultures qui augmenteraient la diversité des plaines agricoles; sans toutefois la rétablir (Sciama, 2017).

Ce fait, qui peut paraître divers, m’a amené à me demander quel est le statut des animaux sauvages au Québec? Comment l’agriculture les influence-t-ils? Accordons-nous assez d’importance aux agroécosystèmes dans leur ensemble?

Au Québec, le plus grand nombre d’espèces animales et végétales se trouve au sud, la zone agricole la plus productive. C’est aussi l’habitat de 88 des 153 espèces désignées menacées ou vulnérables ou en voie de le devenir (58%). L’agriculture est associée à leur statut de manière exclusive ou facultative comme source de menace (MFFP, 2016). Il existe donc une corrélation entre les exploitations agricoles et l’état de la faune sauvage.

Des études canadiennes ont démontré que les animaux sauvages changent leurs habitudes alimentaires et comportementales en fonction de la source de nourriture. Par exemple, Washburn (2000 in Washburn 2007) a observé que le lapin à queue blanche évitait volontairement de se nourrir dans les prairies composées majoritairement (environ 95%) de fétuque élevé. Le même comportement a pu être observé chez les bernaches du Canada lors d’un essai en captivité. Après trois ans, les oiseaux se nourrissaient surtout dans les prairies composées d’un mélange de pâturin et de légume plutôt que ceux dominé par la fétuque. Ils passaient exactement 75% de leur temps à l’éviter (Washburn, 2007). Cela augmente la pression sur ces écosystèmes et a un impact sur les habitudes de vie des autres animaux.

En fait, l’agriculture peut soutenir la faune et la flore sauvage, mais seulement avec un niveau de biodiversité réduit. C’est encore plus réduit lorsqu’on parle de monoculture (MFFP, 2016), sois la culture végétale d’une seule espèce dans un champ, voir même une région complète (Larousse, 2017), comme c’est le cas en Alsace. L’habitat artificiel qui est créé ne loge qu’un petit nombre d’espèces différentes (MFFP, 2016), mais avec beaucoup de représentants de chaque espèce, telles les bernaches dans les prairies.

Pour maintenir la biodiversité de la flore et de la faune, il est possible et nécessaire de faire cohabiter l’agriculture avec les habitats naturels. Le Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec (MFFP), en 2010, a produit un document renfermant des lignes directrices pour favoriser la conservation des écosystèmes sauvages. L’accent est mis sur la création d’un milieu agricole qui constitue des habitats diversifiés. Le tout peut être atteint en diversifiant la production en utilisant des techniques tel que la rotation de cultures, la culture intercalaire et l’utilisation de machinerie qui réduit le taux de mortalité et de mutilation. Ainsi qu’en préservant les milieux naturels tels que les forêts, les tourbières, les étangs et les zones riveraines. L’adoption de ces « Pratique de conservation » en milieu agricole améliore aussi l’état des sols, mène à une bonne gestion des cultures et des intrants, de l’eau de ruissellement et protège les milieu aquatique (MFFP, 2010).

En conclusion le déclin de la faune sauvage en raison de l’agriculture est un phénomène que l’on peut observer au Québec, mais aussi dans le reste du Canada. L’agriculture, qui est de plus en plus intensive, mène à l’uniformisation des cultures et à l’agrandissement des surfaces cultivées au détriment des milieux naturels (MFFP, 2016). Toutefois, je crois qu’avec un peu d’effort tous pourraient cohabiter en équilibre.

Références

État de la biodiversité en milieu agricole [internet]. 2016. Québec: Ministère des Forêts, Faune et des Parcs Québec; [Cité le 8 février 2017]; Disponible : https://www.mffp.gouv.qc.ca/faune/habitats-fauniques/biodiversite/agricole-etat.jsp

Larousse [internet]. 2017. monoculture; [Cité le 8 février 2017]; Disponible : http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/monoculture/52292?q=monoculture#52165

[MFFP] Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec[internet]. 2010. La biodiversité en milieu agricole au Québec: État des connaissances et approches de conservation [Cité 8 février 2017]; Disponible : https://www.mffp.gouv.qc.ca/faune/habitats-fauniques/pdf//biodiversite-milieu-agricole.pdf

Sciama, Y. 2017. La monoculture de maïs rend les hamster fous. Science et vie [internet]. [Mise à jour 6 février 2017; Cité 8 février 2017]; Disponible : http://www.science-et-vie.com/article/la-monoculture-du-mais-rend-les-hamsters-fous-7666

Washburn, B. E., Barras, S. C., & Seamans, T. W. 2007. Foraging preferences of captive Canada geese related to turfgrass mixtures. USDA National Wildlife Research Center-Staff Publications, 725.

L’importance des micro-organismes pour la santé des sols

Le 13 Février 2017

Par Maude Gaudet

L’agriculture moderne, comme nous la connaissons aujourd’hui, à tendance à considérer le sol comme une masse inerte, alors qu’il devrait être considéré comme un élément vivant de notre écosystème. Le sol est une ressource essentielle à la production d’aliments. Il s’agit d’une ressource limitée qui exige une attention et une gestion particulière pour assurer la viabilité de l’agriculture. Malheureusement, il a été estimé par les Nations Unis que plus du tiers des sols arabes de la planète sont dans un état de dégradation moyenne ou avancée. (FAO. 2016) Des changements dans les pratiques agricoles devront être appliqués par les producteurs et les gouvernements afin de voir des améliorations rapides et à long-terme.

Les scientifiques qui étudient la formation des sols nous disent que la seule façon durable d’utiliser le sol est d’imiter la nature (Don Lobb, 2016). Bien entendu, la nature ne pratique aucune opération mécanique sur le sol, mais elle n’a pas non plus comme objectif d’avoir plus de rendement chaque année. Un juste milieu doit être atteint pour permettre une productivité à court-terme et surtout à long-terme, ce qui n’est pas le cas dans les pratiques actuelles. Les habitudes et les façons de faire traditionnelles persistent, indépendamment des coûts et des conséquences connues. Le labour, par exemple, a comme conséquence de tuer la faune de surface en enterrant la couverture végétale et en étouffant les mécanismes naturels de formation d’humus qui nécessitent la présence d’air. L’humus et la couverture végétale protègent le sol de l’érosion contre l’eau, la déshydratation et le vent. Pour lutter contre cette érosion, il convient avant tout de relancer les mécanismes biologiques du sol en le rééquilibrant et en lui redonnant de quoi créer sa matière organique. Les plantes, les bactéries et certains micro-organismes sont des éléments qui peuvent être utilisés pour réduire la dégradation des sols.

Pour survivre, les plantes ne peuvent pas se déplacer comme les animaux. Leurs stratégies est donc de changer leur environnement, en attirant les organismes bénéfiques avec lesquels elles établissent des partenariats biologiques. Les plantes captent le carbone de l’air pour produire du sucre par la photosynthèse et ce sucre est utilisé sous forme d’énergie par certains champignons et bactéries installés aux racines des plantes. En échange de cette énergie, les micro-organismes fournissent aux plantes certains minéraux notamment l’azote qu’ils puisent à même le sol. L’azote fournit par les micro-organismes ne coûte rien alors qu’il est très coûteux de mettre industriellement l’azote de l’air sous forme assimilable par les plantes. De plus, lorsque des engrais azotés ou du phosphore sont appliqués, la symbiose entre les plantes, les champignons et les bactéries se développe très peu. La plante perd donc les bénéfices de cette association et les micro-organismes bénéfiques du sol ne se développent pas et risquent de disparaître. Cette symbiose est donc essentielle à la production agricole, où les plantes se nourrissent le plus naturellement possible avec le moins de déséquilibres écologiques possible engendrés par l’application des engrais de synthèse.

Chantal Hamel, une microbiologiste du sol diplômé de l’université McGill, travaille présentement sur un concept visant à développer des pratiques culturales basées sur les propriétés et les activités des micro-organismes du sol pour permettre aux plantes de se nourrir efficacement (Boudrea, 2012). Ce genre de pratique mérite d’être étudié en profondeur car cela semble être une solution efficace pour réhabilité nos sols et prévoir la prospérité future de l’agriculture. Les agriculteurs peuvent donc contribuer au développement durable de leurs sols en adoptant des pratiques qui contribuent à leur santé. Des sols sains sont le fondement de sociétés et d’économies saines car un sol en santé produit des aliments peu coûteux et en abondance de façon fiable et durable.

 

Références

Don Lobb. 2016. Des sols en santé pour un avenir durable. Disponible au: www.soilcc.ca/editorials/2016/SCCC_editorial_apr2016-B_web_f.pdf (Consulté le 9 Février 2017) Conseil canadien de conservation des sols. Est du Canada.

Boudrea, Nicole. 2012. Les microorganismes du sol au cœur de la nouvelle révolution verte. Disponible au: www.oacc.info/NewspaperArticles/na_chantal_hamel_nb_f.asp (Consulté le 10 Février 2017). Centre d’agriculture biologique du Canada.

FAO. 2016. La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture. Disponible au: www.fao.org/3/a-i6030f.pdf. (Consulté le 10 Février 2017). Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. Rome

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