La suprématie des certifications et des prix et leurs effets sur le développement agricole durable

Remplir son panier d’épicerie peut être rapide ou long dépendamment de la personne. Il vous faut une pomme de laitue. Bon. Allez-vous choisir celle certifié bio plutôt que la conventionnelle? La « bio » à 3,99 ou la conventionnelle à 1,99? La « bio » californienne ou la conventionnelle de Napierville? Multipliez par le nombre d’items sur votre liste, et ça peut devenir long. Certains vont faire ça simple alors que pour les autres, chaque aliment frais déclenchera une guerre idéologique dans leur tête. Pour beaucoup d’entre nous, « voter avec nos dollars » repose sur le jugement et l’impulsion.

Le cas du prix

C’est toujours beau de paraître écolo, mais dans les faits, 47% des Québécois prévoient leur repas en fonction des prix (Charlebois et al., 2017). Alors qu’un consommateur n’aura rien à dire sur le goût d’une salade (« Une salade, ct’une salade! »), d’autre se feront un malin plaisir de dire que les agriculteurs sont non pas des pourvoyeurs de nourriture, mais bien des meurtriers. Qu’ils nous empoissonnent avec leurs herbicides inhibiteurs de photosynthèse et leurs insecticides anti-mue. Seulement ces gens là vont souvent préférer acheter la laitue la moins cher, la plus « mortelle ». Difficile pour un producteur qui ignore s’il finira dans le rouge – son salaire devant être financé par le gouvernement -, ou s’il fera un maigre profit de ses grands champs, d’arrêter l’utilisation de tous ses pesticides, et ensuite essayer de vendre à son épicier de belles laitues « naturelles » remplies d’insectes, maigrichonnes et à 9,99 la pomme. Un producteur limitera son application de pesticide seulement si les consommateurs mettent fin à la suprématie du prix lors de leurs choix et décideront de leur donner du lousse en montrant aux épiciers que les produits internationaux, souvent issues de mégafermes, n’ont plus la cote.

Le cas du « bio »

On nous présente alors l’alternative du « bio », cette étiquette sensée acheter la paix de l’âme en justifiant un prix plus élevé par une liste de pesticides bannis. Le précepte de la certification est en fait de remplacer les armes synthétiques (produites en laboratoire) par les armes « naturelles » (produites par des êtres vivants ou des matières « naturelles »). Bien que je sois pour l’utilisation des biopesticides (ex. : Bt, Spinosad, Bioceres…) qui sont souvent inoffensifs sur nous, un pesticide « naturel » reste un pesticide. Par example, concentrer la molécule active du chrysanthème, la pyréthrine, ou encore du margousier, l’azadirachtine, pour ensuite les pulvériser à raison de litres à l’hectare n’a rien de « naturel » à proprement dit. Encore, la pulvérisation de Spinosad, un insecticide généraliste dérivé de bactéries, va bien tuer vos « bébittes à patate », mais il tuera aussi tous les insectes qui s’assuraient que ce dernier ne prenne pas trop de place. En somme, une étiquette qui dit « naturel » justifie peut-être pour vous un prix plus fort, mais n’est pas particulièrement plus éco-logique que le choix conventionnel. De plus, si beaucoup diront que les engrais synthétiques se retrouvent dans les cours d’eau, il est bon de savoir que les engrais organiques (fumiers) ont le même sort…

Le cas du local

Dans le fond, la seule qualité d’un produit revient, selon moi, à son lieu de production. Toute chose égale, une laitue de Napierville prendra moins de transport et sera donc plus fraîche, moins chère et aura contribué à moins d’émissions des transports. Une laitue de Napierville encouragera l’économie locale, et bien souvent, une PME plutôt qu’une mégaferme Californienne, Mexicaine ou Espagnole. Ces dernières sont d’ailleurs souvent moins enviro-consciencieuses et exercent un plus fort lobbying gouvernemental afin de continuer de faire leurs affaires comme cela les avantage.

En conclusion, un aliment local cache souvent un plus grand souci environnemental qu’un aliment international, prouvant que le meilleur atout qu’un produit alimentaire peut avoir est celui de la souveraineté alimentaire.

 

Référence :

Charlebois, S., Harris, J., Tyedmers, P., Bailey, M., Keselj, V., Conrad, C., Somogyi, S., Grant, G. and S. Chamberlain. 2017. Rapport sur les prix alimentaires à la consommation. U. Dalhousie.

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