L’arbre à pain

On associe surtout la châtaigne aux cultures européennes, notamment la Corse, où elle constitue une partie importante de l’alimentation. Notre culture nord-américaine, quant à elle, a oublié que le châtaigner américain (Castanea dentata) était un arbre dominant des forêts décidues de l’est et une source de nourriture pour les Autochtones. On estime qu’un décidue sur quatre était un châtaigner avant la décimation de l’arbre par le chancre du châtaignier, le champignon Cryphonectria parasitica. Les fameuses paroles « Chestnuts roasting on an open fire » nous rappellent l’importance de ces noix à une autre époque.

Gros plan d’un châtaigner américain Source: https://www.flickr.com/photos/rachidh/23879459930/in/photostream/

 

C. dentata a énormément de valeur, produisant une récolte annuelle de noix (qui peut servir d’aliment important pour une diète humaine ou animale) et du bois d’œuvre de très grande qualité, résistant à la pourriture. Mondialement, le rendement des châtaigniers est de 3,7 tonnes à l’hectare et dans un système agroforestier, l’utilisation de l’espace dans les rangées en pâturages ou en production de fourrage accroîtrait d’autant plus le rendement du système (Toensmeier, 2016).

Malheureusement, en 1904, le chancre du châtaignier fut observé à New York, importé sur des châtaigniers asiatiques (ces derniers y étant résistants). Quatre milliards d’arbres avaient succombé dans les années 60 (Jacobs et al., 2015). Bien plus tard, dans les années 80, « The American Chestnut Foundation » (TACF) fut fondé pour sauver C. dentata. Plusieurs méthodes ont été et sont toujours étudiées dans le but de développer un châtaignier américain résistant au chancre. Parmi les méthodes étudiées, le rétrocroisement est une des plus importantes. La résistance génétique du châtaigner asiatique est utilisée, par hybridation, pour conférer la résistance à l’américain. Ainsi, le rétrocroisement consiste à croiser un châtaigner américain à un asiatique puis le recroiser plusieurs fois avec un américain de sorte qu’un arbre du type américain soit résistant. Cet arbre sera génétiquement presque entièrement américain, sauf une toute petite partie lui conférant sa résistance. Par contre, cette méthode est imparfaite, entre autres car le châtaigner asiatique n’est que très peu résistant au froid, limitant l’étendue de l’habitat de l’hybride au nord (Jacobs et al., 2015).

Par ailleurs, la modification génétique est un moyen controversé de régler ce problème. La production de C. dentata transgénique résistant au chancre a été réussie, et le but serait de croiser l’arbre transgénique d’origine à plusieurs autres arbres, question d’avoir une population diversifiée génétiquement, mais résistante. Ce serait le premier cas de naturalisation d’une espèce transgénique et cela nécessiterait donc l’approbation du FDA. Les OGM sont extrêmement critiqués et ceux qui sont utilisés à grande échelle permettent l’utilisation d’herbicides sans affecter la culture choisie. La réhabilitation d’une espèce d’arbre par modification génétique constitue un enjeu complètement différent. Par contre, il est important d’évaluer les risques de naturaliser une espèce transgénique, d’autant plus qu’un précédent pourrait être créé.

À McGill, la chercheuse Christie Lovat utilise la culture in vitro pour provoquer des mutations dans le châtaigner et favoriser sa résistance tout en préservant l’intégrité de l’espèce.

Châtaignes d’amérique Source: https://www.flickr.com/photos/rachidh/23807298529/in/photostream/

La perspective d’intégrer ce productif « arbre à pain », appelé ainsi dû à sa noix riche en glucides (nutritionnellement similaire au riz brun), dans des systèmes agroforestiers est enthousiasmante. Ces systèmes ont la capacité d’agir comme puits de carbone et de stocker du CO2 atmosphérique en molécules organiques, réduisant la quantité et les effets sur le climat (De Stefano et al, 2017). L’utilisation de terres marginales, ayant un faible potentiel de production

conventionnelle, ne ferait qu’ajouter aux bienfaits de cet hypothétique système (Dixon, 1995). Le retour du châtaignier américain aura fort probablement lieu d’ici quelques années, mais son utilisation massive comme source de nourriture, tel qu’autrefois, est plus incertaine. Le châtaigner américain en agroforesterie pourrait être un des éléments d’une nouvelle révolution agricole qui aurait des impacts positifs sur l’environnement. La séquestration du carbone est nécessaire pour l’atténuation des changements climatiques et des systèmes agricoles vivaces, productifs et diversifiés doivent être mis en place.

 

Références

Toensmeier, E. (2016). The carbon farming solution. White River Junction, Vermont: Chelsea Green Publishing.

Jacobs, Douglass & Dalgleish, Harmony & Nelson, Charles. (2018). Synthesis of American chestnut (Castanea dentata) biological, ecological, and genetic attributes with application to forest restoration. Available at: http://foresthealthinitiative.org/resources/chestnutdossier.pdf

De Stefano, Andrea & G. Jacobson, Michael. (2017). Soil carbon sequestration in agroforestry systems: a meta-analysis. Agroforestry Systems. 10.1007/s10457-017-0147-9.

Dixon, R.K. (1995) Agroforestry systems: sources of sinks of greenhouse gases? Agroforestery Systems 31: 99. https://doi.org/10.1007/BF00711719

Agriculture et faune sauvage, peuvent-elles cohabiter?

Le 13 Février 2017

Par Anna-Marie Devin

Le déclin continuel des hamsters sauvages d’Alsace, en France, malgré leur protection depuis 1993, serait causé par la monoculture de mais de la région. Mathilde Tissier et son équipe de l’institut Pluridisciplinaire Hubert Curien (IPHC) de Strasbourg, mettent en cause la carence en vitamines B3 qu’apporte l’alimentation exclusive de cette graminée. Cela a un impact majeur sur la reproduction et le comportement des hamsters. Les chercheurs travaillent  maintenant avec les agriculteurs pour trouver des combinaisons de cultures qui augmenteraient la diversité des plaines agricoles; sans toutefois la rétablir (Sciama, 2017).

Ce fait, qui peut paraître divers, m’a amené à me demander quel est le statut des animaux sauvages au Québec? Comment l’agriculture les influence-t-ils? Accordons-nous assez d’importance aux agroécosystèmes dans leur ensemble?

Au Québec, le plus grand nombre d’espèces animales et végétales se trouve au sud, la zone agricole la plus productive. C’est aussi l’habitat de 88 des 153 espèces désignées menacées ou vulnérables ou en voie de le devenir (58%). L’agriculture est associée à leur statut de manière exclusive ou facultative comme source de menace (MFFP, 2016). Il existe donc une corrélation entre les exploitations agricoles et l’état de la faune sauvage.

Des études canadiennes ont démontré que les animaux sauvages changent leurs habitudes alimentaires et comportementales en fonction de la source de nourriture. Par exemple, Washburn (2000 in Washburn 2007) a observé que le lapin à queue blanche évitait volontairement de se nourrir dans les prairies composées majoritairement (environ 95%) de fétuque élevé. Le même comportement a pu être observé chez les bernaches du Canada lors d’un essai en captivité. Après trois ans, les oiseaux se nourrissaient surtout dans les prairies composées d’un mélange de pâturin et de légume plutôt que ceux dominé par la fétuque. Ils passaient exactement 75% de leur temps à l’éviter (Washburn, 2007). Cela augmente la pression sur ces écosystèmes et a un impact sur les habitudes de vie des autres animaux.

En fait, l’agriculture peut soutenir la faune et la flore sauvage, mais seulement avec un niveau de biodiversité réduit. C’est encore plus réduit lorsqu’on parle de monoculture (MFFP, 2016), sois la culture végétale d’une seule espèce dans un champ, voir même une région complète (Larousse, 2017), comme c’est le cas en Alsace. L’habitat artificiel qui est créé ne loge qu’un petit nombre d’espèces différentes (MFFP, 2016), mais avec beaucoup de représentants de chaque espèce, telles les bernaches dans les prairies.

Pour maintenir la biodiversité de la flore et de la faune, il est possible et nécessaire de faire cohabiter l’agriculture avec les habitats naturels. Le Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec (MFFP), en 2010, a produit un document renfermant des lignes directrices pour favoriser la conservation des écosystèmes sauvages. L’accent est mis sur la création d’un milieu agricole qui constitue des habitats diversifiés. Le tout peut être atteint en diversifiant la production en utilisant des techniques tel que la rotation de cultures, la culture intercalaire et l’utilisation de machinerie qui réduit le taux de mortalité et de mutilation. Ainsi qu’en préservant les milieux naturels tels que les forêts, les tourbières, les étangs et les zones riveraines. L’adoption de ces « Pratique de conservation » en milieu agricole améliore aussi l’état des sols, mène à une bonne gestion des cultures et des intrants, de l’eau de ruissellement et protège les milieu aquatique (MFFP, 2010).

En conclusion le déclin de la faune sauvage en raison de l’agriculture est un phénomène que l’on peut observer au Québec, mais aussi dans le reste du Canada. L’agriculture, qui est de plus en plus intensive, mène à l’uniformisation des cultures et à l’agrandissement des surfaces cultivées au détriment des milieux naturels (MFFP, 2016). Toutefois, je crois qu’avec un peu d’effort tous pourraient cohabiter en équilibre.

Références

État de la biodiversité en milieu agricole [internet]. 2016. Québec: Ministère des Forêts, Faune et des Parcs Québec; [Cité le 8 février 2017]; Disponible : https://www.mffp.gouv.qc.ca/faune/habitats-fauniques/biodiversite/agricole-etat.jsp

Larousse [internet]. 2017. monoculture; [Cité le 8 février 2017]; Disponible : http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/monoculture/52292?q=monoculture#52165

[MFFP] Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec[internet]. 2010. La biodiversité en milieu agricole au Québec: État des connaissances et approches de conservation [Cité 8 février 2017]; Disponible : https://www.mffp.gouv.qc.ca/faune/habitats-fauniques/pdf//biodiversite-milieu-agricole.pdf

Sciama, Y. 2017. La monoculture de maïs rend les hamster fous. Science et vie [internet]. [Mise à jour 6 février 2017; Cité 8 février 2017]; Disponible : http://www.science-et-vie.com/article/la-monoculture-du-mais-rend-les-hamsters-fous-7666

Washburn, B. E., Barras, S. C., & Seamans, T. W. 2007. Foraging preferences of captive Canada geese related to turfgrass mixtures. USDA National Wildlife Research Center-Staff Publications, 725.

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