Publier son mémoire, c’est possible!

Camille Robert // Academia

L’automne dernier, j’ai fait la connaissance de Camille Robert, historienne et étudiante en pédagogie de l’enseignement supérieur à l’UQAM. Quand j’ai appris qu’elle faisait des démarches pour publier son mémoire – «Toutes les femmes sont d’abord ménagères » : Discours et mobilisations des féministes québécoises autour du travail ménager (1968-1985) – j’ai été vraiment impressionnée! Comment publie-t-on le fruit de ses recherches?

Quel est le sujet de ton mémoire?

Mon mémoire porte sur les discours et les mobilisations des féministes québécoises autour du travail ménager. Par travail ménager, on entend généralement toutes les tâches d’entretien du logis et de soin des personnes formant l’unité familiale.

Dans mes recherches, j’ai voulu expliquer comment les féministes se sont appuyées sur le travail invisible exécuté par les femmes pour formuler de nouvelles revendications. Au début du XXe siècle, le travail des mères et épouses au sein du foyer a servi de levier pour obtenir certains droits, par exemple le droit de vote. Mais c’est surtout à partir des années 1970 que l’enjeu du travail ménager devient central dans le mouvement féministe. Plusieurs féministes y voient la source de l’infériorité des femmes dans plusieurs sphères de la société… Par exemple, le fait que les professions traditionnellement féminines (enseignante, éducatrice, secrétaire, infirmière, etc.), qui sont en quelque sorte des prolongements du travail ménager, soient sous-rémunérées et dévalorisées. Dans mon mémoire, j’examine également les différentes avenues de reconnaissance du travail ménager proposées par les féministes : salaire au travail ménager, socialisation du travail ménager et réformes gouvernementales.

Pourquoi as-tu décidé d’en faire un livre?

C’est certain que de publier un mémoire est une opportunité unique de diffuser ses recherches à un plus grand public. Lorsqu’on est en rédaction, on nous dit souvent que notre mémoire ou notre thèse ne sera lue par personne, sauf notre direction, notre comité d’évaluation et deux ou trois autres personnes… Je trouve ce raisonnement un peu défaitiste et au contraire, je crois qu’on devrait faire de la recherche pour toucher à des enjeux d’actualité, rejoindre des gens ou contribuer aux débats de société. Si ce n’est pas le cas, on fait ça juste pour avoir un diplôme et ça devient assez démotivant…

Tu vises la communauté universitaire ou le grand public?

Je pense que le travail ménager est un sujet qui touche tout le monde, car il est à la base des rapports familiaux et affectifs. Même si je l’aborde à travers le mouvement féministe, les questions soulevées dépassent ce cadre. J’espère donc rejoindre un grand public, et le format de mon livre sera adapté en fonction de cet objectif.

Est-ce beaucoup de travail de passer du format mémoire au format livre?

Je n’ai pas encore terminé de travailler sur le manuscrit, mais dans mon cas, c’est surtout l’introduction et la conclusion du livre qui seront moins académiques et plus percutantes. C’est possible que certains passages soient légèrement modifiés, mais ce sera assez mineur. Sinon, mon chapitre d’historiographie – ce qu’on nomme revue de littérature, dans d’autres domaines – sera coupé et le contenu sera réintégré autrement. Mais c’est souvent le cas avec les mémoires ou thèses qui sont publiées, je m’y attendais un peu.

Aurais-tu des conseils pour des étudiants qui veulent aussi faire publier leur mémoire ou leur thèse?

 D’abord au niveau du choix de sujet, c’est certain qu’avec un sujet accrocheur qui est d’actualité ou qui peut toucher beaucoup de personnes, le mémoire ou la thèse aura plus de chances d’être publié. Il est également possible de cibler d’avance certaines maisons d’édition par sujets et type de publications, et d’avoir en tête qu’on pourrait y publier, pour orienter un peu notre sujet, notre question de recherche ou notre analyse. Avoir une plume accessible et agréable à lire rendra le mémoire ou la thèse beaucoup plus attrayant pour un éditeur. Il est toujours possible d’envoyer le mémoire ou la thèse à différentes maisons d’édition pour vérifier leur intérêt. Enfin, je conseille de faire relire les différents chapitres du mémoire ou de la thèse par plusieurs personnes, autant que possible, pendant la rédaction.

Si le travail de Camille vous intéresse, elle est collaboratrice pour HistoireEngagée.ca, anime Action en direct à CHOQ, est chroniqueuse pour Le Retour à CIBL et son livre sera publié aux Éditions Somme Toute à l’automne 2017.

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