What is access to justice when the legal and the political are tightly intertwined?

 By Éloïse Ouellet-Décoste

When I was still in Cambodia, I was not sure how I could draw on my experience to discuss access to justice and  legal empowerment. With a partial judiciary controlled by the executive and no effective law enforcement, the  majority of Cambodians do not only feel disillusioned by formal institutions or distrust the legal system; they  fear the law.

With a bit of distance from the field, I now realize that I too quickly equated access to justice with courts. But  beyond the ability to use courts to further one’s interest or resolve conflicts, access to justice is ultimately about overcoming injustices. So how did the victims of human rights violations LICAHO works with understand justice?

In a country were injustices (forced eviction, land grabbing, extortion, exploitation etc) are widespread and often perpetrated by the authorities, justice means at the least respect for people’s basic rights. Cambodia’s law and its Constitution are quite progressive, especially if compared to other countries in the region. The problem is that the judiciary interprets very liberally the laws to suit the interests of those in power, while ignoring the rights drafted to protect the interests of the poor. For example, the 2001 Land Law comprises a series of provision protecting landowners from forced eviction, requiring compensation for expropriation for public interest purposes and provides for mechanisms to acquire property rights via non-violent occupation. But these provisions are not applied. Meanwhile, the penal provisions of the 2001 Land Law, notably illegal occupation of private property or destruction of private property, are repeatedly deployed against communities using non-violent resistances against land grabbing and/or forced evictions.

In such a context, legal empowerment is necessary in order for these communities to know the rights they have and understand the recourses that exist. But awareness to the law and to one’s rights has its limits. Reducing one’s understanding of legal empowerment and access to justice to the use of formal law and processes (as suggested by Eisenberg et al. in their study of litigation and well-being in India) is inevitably counter-productive, because it fails to take into account corruption and elite capture of state institutions. The danger of focusing on legal approaches is the depoliticization of social injustices. When there is no political will to strengthen legal institutions and uphold people’s rights, then the legal avenue soon comes to a dead end.

For example, during my internship, a community activist representing villagers in a land dispute was charged with incitement under the new Penal Code after filing a complaint against the corporation that was illegal clearing their farm lands. What can legal empowerment achieve when those who seek to defend their rights are meet with violence and threat perpetuated through the judiciary?

The partiality of the judicial system is a significant barrier to legal empowerment and access to justice, especially where the court system becomes a political tool for the government to pursue its agenda and repress opposition and human rights activism. In his article, Banik talks about the perception of legal empowerment as a zero-sum game. Redressing imbalances is often perceived as undermining the dominance of the elite. Perhaps it does not have to be so, but, in Cambodia, I definitively experienced this perception. The elites are pursuing a campaign to undermine the work of human rights defenders. By controlling mass media, the ruling party (in power for over 20 years now) actively seeks to maintain ignorance in the population. Human rights defenders presenting alternative narratives and highlighting the abuses perpetrated or concealed by the authorities are perceived as threats to the dominance of the elites. Consequently, the authorities not only violate human rights, but also actively go after those who seek to promote and protect them.

Therefore, citizens find themselves at the mercy of the justice system, rather than feeling that it is a viable avenue through which to claim their rights and resolve disputes. Faundez rejects the idea that poverty is the consequence of the absence of legal protective mechanisms. In a place like Cambodia, I do not think it is either realistic or desirable to expect that improving people’s knowledge of the law and strengthening the law and legal processes is sufficient to truly foster justice. Without tackling the structural causes of poverty and socio-economic disparity and fully taking into account prevailing political, social and economic conditions, I doubt social transformation can occur in places like Cambodia were corruption is endemic and political and economic power tightly intertwined. The legal cannot be addressed in isolation from the political. Consequently, legal approaches can only be an effective tool of social transformation if complemented by extralegal activism and self-help initiatives.

Droit foncier et Développement: Un mélange Explosif

 Par: Éloïse Ouellet-Décoste

Je dois avouer que je n’ai jamais été passionné des questions foncières. Que ce soit le cours de Droit des Biens ou de  Common Law Property, je n’y trouvais pas d’intérêt particulier. Pourtant, depuis que je suis au Cambodge, j’ai  l’impression de ne m’intéresser qu’à ça, la terre et les enjeux fonciers. J’imagine que c’est du au fait qu’ici il n’y a pas  vraiment de régime de propriété ou du moins, celui qui existe est très imparfait, ce qui ouvre la porte à beaucoup d’abus  et offre très peu de sécurité à ceux qui sont propriétaires. On est donc loin des questions du fond servant et des droits  des copropriétaires…et autres « technicalités » existants dans un régime de propriété bien établit.

Pour réellement comprendre le bordel foncier qui existe aujourd’hui au Cambodge, il faut remonter dans le temps  jusqu’au année 1970, durant le régime des Khmer Rouge. Comme l’explique si bien le Père Ponchaud dans son percutant livre « Cambodge Année Zéro », les Khmers Rouge ont mis en pratique à la sauce Khmer les idéologies communistes Soviet et Maoïste dans leur version la plus extrême. C’est-à-dire qu’ils ont poussé à bout ses idéologies dans leur logique interne. Ainsi, puisque la ville était considérée comme corrompue, Phnom Penh et les autres villes du Cambodge ont été évacués dans les jours suivants la victoire des Khmers Rouge en 1975. Des milliers de personnes ont été forcé de quitter leur maison  et leurs biens et de partir, à pied, vers la campagne pour y travailler la terre. En campagne, la propriété privé a été complétement abolit et rendu illégale pour faire place à la production collective, dirigé par l’Angkar, l’organisation centrale. Bref, entre 1975 et 1979, le Régime des Khmer Rouge a complétement anéanti le régime de propriété. Et depuis cette époque, le Cambodge tente en vain de ressusciter son système d’enregistrement des propriétés foncières.

En 1992, une première loi est entrée en vigueur, reconnaissant le droit de tous les Cambodgiens de posséder et vendre leur terre. Puis en 2001, une nouvelle Land Law a vue le jour. Cette loi devait encadrée les droits de propriétés fonciers au Cambodge, tant la propriété privé que public, résidentielle, commerciale et agriculturale, les droits de propriétés collectifs des communautés autochtones et des sites religieux. De plus,  à l’article 5, la 2001 Land Law garantie que nul ne peut être privé de ses droits de propriété, sauf si une telle expropriation est nécessaire pour l’intérêt publique et qu’une compensation juste et équitable a été préalablement accordée. Sur papier, les lois foncières sont bien établit, cohérente et en accord avec les droits de la personne. Par contre, la réalité est toute autre.

Le défi principal était de faciliter l’enregistrement des droits fonciers de ceux occupant et utilisant la terre depuis des années sans aucun titre officiel. En 2002, le Land Management and Administration Project (LMAP) a été mis sur pied par le Gouvernement du Cambodge avec le support financier et technique de la Banque Mondiale et des gouvernements Allemand, Finlandais et Canadien. L’objectif premier du LMAP était d’assister le gouvernement dans l’implantation des provisions de la nouvelle loi visant à réduire la pauvreté, promouvoir la stabilité sociale et stimuler le développement économique. Pour y parvenir, le LMAP visait à améliorer la sécurité des droits fonciers et à promouvoir le développement d’un marché immobilier dynamique. Cela dit, 10 ans ont passé depuis que LMAP a vue le jour et, pourtant, l’élite Cambodgien continue à s’enrichir en vendant la terre et les ressources naturelles du pays, alors que les pauvres sont du plus en plus exclus des bénéfices de la propriété. Les familles sans titre foncier ne parviennent pas à en obtenir, même après 10 ou même 20 ans d’occupation, demeurant ainsi extrêmement vulnérable aux expropriations. De plus, mêmes les familles possédant des titres fonciers sont victimes d’évictions forcés et d’appropriation de leur terre, sans compensation et sous pressions et menaces incessantes. Les riches ont mis le Cambodge en vente et en profitent pendant que les pauvres en subissent brutalement les conséquences.

Suite à l’entrée en vigueur de la loi de 2001, deux nouveaux mécanismes visant à promouvoir le développement du pays et à réduire la pauvreté ont été élaboré. D’abord, pour les régions urbaines, les Social Land Concession (SLC), un mécanisme légal permettant le transfert des propriétés étatiques aux communautés pauvres pour des fins sociales, soit résidentielle ou agraire. Ensuite, les Economic Land Concession (ELC), pour les zones rurales. Ce deuxième mécanisme légal fut mis sur pied pour permettre le transfert des propriétés foncières étatiques à des compagnies privées pour l’exploitation agro-industriel.

Cela dit, les dernières années ont su démontrer que ces deux mécanismes ont plutôt été conçus pour faciliter l’expropriation des pauvres occupant des terres potentiellement lucratives au profit des compagnies privés, et tout ça au nom du « développement ». Suite à l’établissement des SLCs, le gouvernement annonça son intention d’en établir 4 là où habitaient déjà des communautés urbaines. Et les années qui suivirent témoignèrent des vrais intentions du gouvernement : démanteler les bidonvilles et déplacer les communautés pauvres en périphéries de la ville (là où les sites de relocations sont dépourvus de tout service et les conditions de vies déplorables) pour ensuite transférer les droits de propriétés à des compagnies privés pour des projets lucratifs. De plus, dans les campagnes, de nombreuses ELCs ont été accordés dans des aires protégées. Ainsi, non seulement les ELCs privent des communautés rurales pauvres des terres dont ils dépendent pour survivre depuis des générations, mais en plus, elles accélèrent la déforestation, facilitant la transformation des riches forêts cambodgiennes en monoculture intensive de caoutchouc et de sucre.

Voici quelques statistiques pas mal épouvantables. Entre 2003 et 2008, LICADHO estime que 53,758 familles ont été victime d’abus de droit de la personne liés à la terre, soit éviction forcé, appropriation de leur terre ou destruction de leur propriété. Et le nombre de famille nouvellement affecté ne fait qu’accélérer à chaque année. Déjà 2 millions d’hectares ont été transféré à des compagnies privées sous les mécanismes de concessions foncières et, de ce nombre, 700,000 hectares ont été transférés en 2011. En d’autres mots, la moitié des concessions ont eu lieu en un an ! Ceci laisse présager le pire pour les années à venir. Déjà, des rumeurs cours que le terrain sur lequel repose le stage olympique de Phnom Penh sera concédé à une compagnie privée de développement immobilier. Cet énorme stade est non seulement un lieu hautement fréquenté par tous les résidents de la ville pour y faire leurs activités physiques quotidiennes, mais il s’agit aussi d’un des seuls lieux publics  encore accessible sans frais. Phnom Penh n’a pas de parcs et très peu d’espace où relaxer et s’amuser entre amis ou en famille. La disparition du stage Olympique aurait des répercussions importantes sur la vie collective des citadins.

Suite  à la violence résultant des évictions forcés des premiers mois de 2012, notamment la mort par balle d’une jeune adolescente de 14 ans dans la province de Kratie durant une éviction forcées, le Premier Ministre Hun Sen annonça, au mois de Mai dernier, un moratoire sur les concessions foncières. Pourtant, à peine 1 mois et demi plus tard, déjà 4 nouvelles ECLs avaient été accordés, chacune d’entres elles dans une zone protégée : 8,200 hectares dans le Kulen Promtep Wildlife Sanctuary; 9,688 hectares dans le Parc National de Kirirom; 9,068 hectares dans le Phnom Prich Wildlife Sanctuary; et 9,000 hectares dans le Lumphat Wildlife Sanctuary, pour un total de 35,000 hectares. Et bien sur, le gouvernement nie avoir violé son propre moratoire.

Comme si tout ceci n’était pas assez, le gouvernement a présenté récemment le brouillon d’une nouvelle loi sur la gestion et l’utilisation des terres agricoles. Deux aspects de ce nouveau projet de loi sont particulièrement troublant compte tenu du contexte actuel au Cambodge où la violence et les abus des droits de la personne reliés aux enjeux fonciers sont à la hausse. D’une part, si adoptée, cette nouvelle loi créera des « Agricultural Development Areas », i.e. la collectivisation de tous les terres d’une certaine région si une majorité (non-définit dans la loi) de propriétaire foncier votent pour. Par conséquence, tous les propriétaires de la région, tant ceux pour que ceux contre, seront forcés de participer au plan de développement imposé par le gouvernement, à défaut de quoi ils risqueront la prison. De plus, aucune provision de la loi ne prévoit un mécanisme pour mettre fin au ADAs. D’autres part, la loi établira des sanctions pénales allant jusqu’à 1 an d’emprisonnement pour ceux qui ne respecteront pas la loi, ou quelques sous-décrets promulguer sous cette loi. De plus, une autre provision prévoit que tout acte visant à faire obstruction à un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions sous cette loi sera considéré une offense criminelle passible d’une sanction pénale. Ainsi, un fermier voulant s’opposer à la création d’un ADA afin de protéger son droit de propriété privée s’exposerait aux risques d’être reconnu coupable d’entrave à la loi et d’emprisonnement.

Ce projet de loi comporte un bon nombre d’autres provisions troublant qui risqueront de compromettre les droits de propriétés des fermiers et d’élargir la marge de manœuvre pour ceux qui souhaitent s’approprier par la force les terres d’autrui . Je vous en épargne les détails, mais si vous souhaitez en savoir davantage, voici un excellent rapport de LICADHO sur ce nouveau projet de loi : http://www.licadho-cambodia.org/reports/files/169LICADHOBriefingDraftAgriculturalLaw-English.pdf. Cependant, ce qui est le plus choquant est de constater à quel point le gouvernement n’a aucune intention réel de mettre en application les provisions du 2001 Land Law qui visent à faciliter l’accès aux droits de propriétés des pauvres et ré-établir un régime de propriété foncière favorisant la sécurité d’occupation des terres aux populations les plus vulnérables. Jusqu’à date, le LMAP (financé en partie par le gouvernement Canadien), visant à enregistrer les titres de propriétés, n’a fait que formaliser les inégalités.  Et c’est bien entendu la rhétorique du développement qui est constamment utilisée pour justifier ces abus.

L’état de la justice au Cambodge: Quand l’appareil judiciaire devient une arme politique

Par Éloïse Ouellet-Décoste

J`ai débuté ma journée en feuilletant le Code Criminel du Cambodge. Bon matin! Au premier coup d`œil, ce Code  Criminel n`a rien d`exceptionnel, il contient des crimes, des défenses, des circonstances aggravantes et atténuantes,  et la plupart des crimes et des sentences semblent raisonnables, comparable a ce que nous avons au Canada. Bien sur,  certaines nouveautés me sautent aux yeux, tel “Article 433: Régicide”…je n`ai jamais entendu parler de Régicide…et  lorsque je tourne les pages, je comprends pourquoi, il s`agit de l`assassinat d`un Roi…Cela dit, une fois que je regarde  un peu plus en profondeur son contenu, un nombres d`articles me font sourciller.

Le but de cette lecture matinale est de répertorier les articles les plus souvent utilisés contre les défenseurs des droits de  la personne. Au Cambodge, malgré le fait que l’indépendance et l’impartialité du système judiciaire sont garanties par la Constitution, les tribunaux demeurent une arme de choix contre ceux qui dérangent le gouvernement. Activistes et militants se portant à la défense des droits de la personne se retrouvent donc fréquemment devant la justice et, un certains nombres d’articles du Code Criminel à teneur assez vague sont déployés contre eux afin de les dissuader de continuer leurs travails. Les accusations les plus communes : incitation à commettre un acte criminel, diffamation, insulte, attaque aux travail des autorités, destruction de propriété. Et ces provisions du Code Criminel, qui sont à prime abord questionnable compte tenu leur définition vague, sont appliqué de façon très libérale par la Cour qui se permet de redéfinir les provisions pénales à sa guise afin de mettre des bâtons judiciaires dans les roues de ceux qui dérangent les intérêts personnels et commerciales du Gouvernement et des Compagnies privés proche du régime.

Pourtant, alors que l’appareille judiciaire est très efficace contre les défenseurs des droits de la personne, celui-ci est complètement inadéquat lorsque ce sont les victimes qui demandent justice. Compte tenu du manque d’Indépendance des tribunaux, ce n’est pas surprenant, mais ça reste excessivement dérangeant, surtout vue la violence perpétuée par la police et l’armée ces derniers temps. Depuis le début de l’année 2012, la police et l’armée ont ouvert le feu à plusieurs reprises contre des manifestants pacifiques, sans qu’aucune investigation indépendant s’en suive. En Mai dernier, une adolescente de 14 ans a été tué par balle alors que l’armée a ouvert le feu contre des villageois durant une opération d’éviction. Plutôt que de chercher à éclairer la situation et amener en justice les responsables de cette tragédie, le gouvernement a plutôt cherché à justifier l’incident en expliquant que cette force létale était nécessaire pour freiner le plan sécessionniste des villageois…pourtant rien ne prouve qu’en tel plan existe, et même s’il existait, je doute que les coups de feu amélioreraient la situation.

L’impunité ne protège pas uniquement les forces armées, les personnes influentes aussi n’ont pas trop à craindre la justice. En Janvier dernier, alors que plus de 1,000 employés des manufactures du Manhattan Special Economic Zone manifestaient pour de meilleures conditions de travail, un homme a ouvert le feu sur la foule avant de s’enfuir en moto. L’homme, qui est en fait l’ancien gouverneur du district, a été accusé d’avoir causé des blessures non-intentionnelles, sans pourtant être arrêté. Trois jeunes ouvrières ont été grièvement blessé au haut du corps…L’impunité s’est ça aussi, être accusé d’un crime moindre que celui réellement perpétué.

Donc, voilà l’état de la justice au Cambodge. Les victimes n’y ont pas droit et les innocents en sont victimes. Bien que le Cambodge soit une démocratie en théorie, ou du moins, considérer comme un pays en transition vers la démocratie, mon expérience jusqu’à date me révèle tout à fait le contraire. Et il semblerait que la situation s’empire depuis quelques temps. En fait, les élections approchent et le Premier Ministre travaille très fort pour consolider son pouvoir. La répression des libertés fondamentales d’expression et d’association est une de ses stratégies préférées. Et tout ceux qui de proche ou de loin semble s’opposer au gouvernement écope.

Par exemple, la fin de semaine dernière, le propriétaire de la seule radio indépendante du Cambodge, Beehive Radio, a été arrêté deux jours après son retour au pays. Il est accusé, entre autres, de complot sécessionniste et risque jusqu’à 30 ans de prison. Étrangement,  cette arrestation survient un mois après que Radio Beehive ait diffusé sur ses ondes un reportage sur la poursuite pour crime contre l’humanité menée au Tribunal Pénale Internationale par le Khmer People Power Movement contre le gouvernement Cambodgien. Bien que le Cambodge possède une Loi sur la Presse qui contient des provisions pénales spécifiques pour les journalistes ayant enfreint à leur devoir, le gouvernement préfère ignorer la liberté de presse et promouvoir l’autocensure en envoyant un message très puissant à tous ceux qui croient encore en le devoir des journalistes dans une société démocratique.

En fait, en plus de la répression violente et de l’utilisation des tribunaux, le gouvernement utilise aussi la législature comme arme contre les critiques. Au courant des dernières années, le gouvernement a développé plusieurs nouvelles lois qui enfreignent les libertés fondamentales des Cambodgiens. En plus du nouveau Code Pénal, le gouvernement a mis sur pied une loi sur les Démonstrations Pacifiques qui entrave à la tenue de manifestation et rend très vulnérable leurs organisateurs. La nouvelle loi anti-corruption met les dénonciateurs dans une position très précaire si leurs accusations s’avèrent fausse, mais compte tenu de la partialité des tribunaux, on peut prévoir que les accusations incommodes seront soudainement déclarées fausses…De plus, trois lois sont actuellement en route, une loi sur les ONGs, une loi sur les syndicats et une « cyberlaw ». Bien qu’encore au stage préliminaire, les derniers brouillons de ces lois laissent présager le pire.

Tous ces développements récents sont assez curieux, compte tenu de l’approche des élections l’an prochain. Plusieurs spéculent sur la santé du Premier Ministre Hun Sen et y voient une dernière tentative de consolider son pouvoir avant de mourir…Le Cambodge n’est pas un pays très connu, et figure rarement à la une des journaux. Pourtant, un niveau politique, le Cambodge est d’une certaine façon comparable au monde arabe. Hun Sen est reconnu pour son langage incendiaire. À titre d’exemple, voici quelques charmants mots qu’il a prononcé récemment “I not only weaken the opposition, I’m going to make them dead … and if anyone is strong enough to try to hold a demonstration, I will beat all those dogs and put them in a cage.” Démocratique dit-on…Hun Sen fait aussi partie du club des dirigeants qui sont au pouvoir depuis plus de 10,000 jours. Faites le calcul…10,000 divisé par 365, ça fait beaucoup d’année ! Suite au printemps arabe, de nombreux dictateurs ont été déchus, réduisant la liste des membres du club des 10,000 jours à moins de 10 et Hun Sen en fait partie. Démocratique dit-on…Hun Sen possède aussi une fortune personnelle estimé à plus de $500 millions. Je doute qu’un simple salaire de Premier Ministre soit suffisant pour amasser une simple fortune, même pour les plus économes, et à voir les propriétés de Hun Sen, je doute que celui-ci soit très économe. Démocratique dit-on…

Bref, on oublie trop souvent le Cambodge, on ignore trop souvent ce qui se passe au Cambodge et pourtant, la situation se détériore et le gouvernement se raffermie, au détriment de la population, au détriment des droits de la personne. Malgré une des Constitutions les plus progressistes en Asie du Sud Est, le Cambodge est loin d’être un exemple d’un pays où règne la primauté du droit. Bien au contraire, au Cambodge l’État de droit se résume ainsi, tel que décrit par Phil Robertson, Directeur du Bureau d’Asie de Human Rights Watch, « The laws in Cambodia are what Hun Sen says they are, not what’s written down ».

 

 

Répression et impunité: l’État contre les défenseurs des droit de la personne au Cambodge

  par Éloïse Ouellet-Décoste

Wow, quelle journée! On est déjà samedi, et après une semaine assez intense au travail, à lire des centaines de cas d’abus de droits de la personne ayant eut lieu au Cambodge au courant de la dernière année, j’ai décidé, pour me relaxer, d’aller faire un petit tour au Musée Tuol Seng sur le crime génocidaire et ensuite d’aller voir le film « The Lady » sur la vie de Aung San Suu kyi…Répression, brutalité étatique, détention arbitraire, torture… pas trop de quoi me déconnecter de mon travail finalement.

Travailler pour une NGO qui se spécialise dans la défense des droits de la personne me pousse à avoir une perception un peu schizophrénique de la société cambodgienne. D’un côté, je suis complétement charmée par ce peuple sympathique, rieur et posé, alors que d’un autre côté, je suis confrontée, de par mon travail, à une violence inimaginable, physique et psychologique, perpétré à la fois par l’État, par l’armée, par les compagnies privés domestiques et étrangères, et par les Cambodgiens entre eux. C’est pas trop rose quoi !

LICADHO  est une ONG Cambodgienne, spécialisée, depuis 1992, dans la défense et la promotion des droits de la personne. Plus spécifiquement, LICADHO travaille directement avec les victimes répertoriant les abus et en s’assurant que ceux qui se retrouvent devant la justice aient une représentation légale adéquate. LICADHO travaille aussi de concert avec ses partenaires nationales et internationales afin de suivre l’évolution des droits civiques, politiques, économies et sociaux au Cambodge et de surveiller les actions du gouvernement. Et moi dans tout ça, je travaille à préparer un report sur la situation des défenseurs des droits de la personne au Cambodge. Mon travail consiste à amasser le plus d’information possible sur les abus subis par ceux et celles qui se portent volontairement à la défense des droits des membres de leur communauté.

Très réfractaire aux critiques, le gouvernement du Cambodge se tourne trop souvent vers la violence physique, l’intimidation, et les arrestations et détentions arbitraires afin de faire taire ceux  qui osent parler trop fort. Leaders communautaires, journalistes, avocats spécialisés en droits de la personne, militants environnementalistes et employés d’ONG sont régulièrement victimes d’abus de la part du gouvernement qui a choisi la voie de la répression et du contrôle de la société civile, plutôt que celle de l’engagement réelle envers la population pour améliorer les conditions de vie de tous les Cambodgiens.

De plus en plus, le développement économique au Cambodge se fait au détriment de la population, surtout la majorité plus pauvre. Et qui dit développement économique, dit concessions foncières. Par conséquent, les  conflits reliés à la terre sont à la source de la plus part des abus de droit de la personne, et ceux qui se portent à la défense des communautés victimes d’éviction forcée et/ou d’appropriation de terrain (« land-grabbing ») se trouvent rapidement dans la mire du gouvernement. Notamment, le 26 Avril dernier, Chhut Vuthy, un éminent militant environnementaliste Cambodgien ayant dédié sa vie à la protection des forets et des populations sylvestres, a été brutalement assassiné par la police militaire Cambodgienne alors qu’il recensait des coupes de bois illégales.

Le gouvernement Cambodgien est entrain d’émettre des concessions foncières au travers du pays à un rythme alarmant. Il y a actuellement plus de 2 millions d’hectare (la superficie totale du pays de environ 18 millions d’hectare) de terre sous concession privé et, de ce nombre, 700 000 hectares ont été concédés l’an dernier! Bien que l’article 44 de la Constitution restreint le droit de confiscation des biens des citoyens  à l’intérêt publique et prévoit que toute confiscation sera compensée antérieurement de façon juste et équitable, la plupart des propriétaires découvre la vente de leur terre par le gouvernement à une compagnie privé lorsque les bulldozers arrivent pour détruire leur maison. Et côté compensation, lorsqu’il y en a, elles sont plus souvent qu’autrement inadéquate. Ainsi, de plus en plus de famille cambodgienne sont victime d’éviction forcée ou/et d’appropriation de terrain (« land-grabbing). Et lorsqu’il s’organise pour résister à ces injustices, la police et l’armée sont déployées pour réprimander leurs manifestations et arrêter les leaders sous de fausses accusations.

Le cas de Boeung Kak Lake exemplifie bien cette réalité.  Boeung Kak était un lac dans le nord de Phnom Penh jusqu’à ce que le gouvernement le concède à une compagnie privé pour y développer un quartier résidentiel et commercial de luxe. Le lac a été remplit de lac  et, pendant ce temps, les 4,000 familles habitant le secteur ont été expulsées et leurs maisons détruites ou inondées de sable. La communauté se bat début 2007 pour protéger leurs terres et empêcher un développement irresponsable sur un point d’eau essentiel à l’absorption des pluies durant la mousson. Le mois dernier, 15 militants (14 femmes et 1 homme) ont été arrêtés durant une manifestation pacifique et font actuellement face à la justice sous une série de fausses accusations, tel que menace de mort, insulte, diffamation et obstruction face à des fonctionnaires. Elles ont été condamnées en cour municipale à 2.5 ans de prison. Leur appel aura lieu mercredi prochain, le 27 juin. Inutile de dire que ça grouille actuellement dans les bureaux de LICADHO pour préparer leur défense et apporter le support nécessaire à leurs familles. J’espère pour le mieux, mais on m’a dit de m’attendre au pire. Semblerait-il que je vais avoir la « chance » de voir en action un système judiciaire profondément corrompu dans un pays où le principe de « l’État de droit » est au mieux une illusion, sinon simplement une insulte au concept même de la démocratie.

P.s. Voici un excellent vidéo qui fait état de la violence dont font face les communautés victimes d’éviction forcée et de « land-grabbing »

http://www.licadho-cambodia.org/video.php?perm=33

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