Travailler de concert

Par Michel Bélanger-Roy

Liste de choses que je ne m’attendais pas à faire lors d’un stage en droits humains au Cameroun :

#1 – Organiser un concert

Oh, je vois que vous froncez déjà les sourcils. Pas de problème, je prends les questions.

@FanDuCameroun : Mais Michel, pourquoi un concert? Je croyais que tu travaillais avec une organisation pour les droits des femmes.

#Action2015

#action2015

–       Bonne question, @FanDuCameroun. Mon organisation participe à une campagne mondiale intitulée Action/2015. Dans le but d’attirer l’attention sur une importante conférence de l’ONU, différents événements étaient organisés partout à travers le monde le 11 juillet dernier. L’idée était d’exposer le soutien populaire à un meilleur financement pour le développement international. Un concert avec des artistes « engagés » était une façon pour nous de rejoindre un large public de façon agréable tout en faisant passer notre message. En effet, il y avait aussi une portion du concert dédiée à discuter avec le public de thèmes chers à Women for a Change, comme la santé sexuelle et reproductive des femmes.

@PetitMalin : Le titre du billet est un jeu de mots?

–       Oui, @PetitMalin. Mes excuses.

@jaimelamusique : Comment on fait pour organiser un concert quand on est dans un nouveau pays et que notre organisation n’a jamais tenu un tel événement?

–       Tu vois juste @jaimelamusique : c’est un défi! Il faut trouver des artistes, des musiciens, une salle de spectacle, de l’équipement de scène, un technicien de son, des bénévoles. Et en quelques semaines seulement. On trouve peu d’information sur internet, alors on utilise le bon vieux « bouche à oreille ». On dit à tous ceux qu’on connaît qu’on veut faire un concert, puis par contacts interposés on fait beaucoup de rencontres jusqu’à trouver les bons partenaires.

@SRHR237 : Et pour la promotion?

–       Même chose! On a été très actifs sur les médias sociaux, mais on est aussi allé rencontrer les gens directement : sur le campus universitaire et même à la messe du dimanche!

@Africaincoquin : Épatant! Et vous aviez de bons artistes?

Dr Sley et Mr Leo interprètent "We Must Survive"

Dr Sley et Mr Leo interprètent “We Must Survive”

–       Oui, excellents! Tiens, @Africaincoquin, écoutes par toi-même leurs vidéoclips:

Dr Sley & The Green Soljas

Mr Leo

Ils sont bien connus dans la région pour leurs chansons qui dénoncent la guerre ou la corruption. C’était donc des choix naturels pour nous. Ils ont même écrit une chanson thème spécialement pour l’événement! Ça s’appelle « We Must Survive ».
(AJOUT : Cliquez sur le lien pour voir un extrait filmé lors du spectacle)

@Junglegirl8 : La soirée a été un succès?

–       Tout à fait! @Junglegirl8, tu peux imaginer qu’avec de tels artistes,  la salle s’est vite réchauffée et le public a beaucoup apprécié. La portion « séminaire » a provoqué de fructueux échanges sur le développement du Cameroun. Je crois que mon organisation a pu rejoindre un nouveau public et passer son message. Et on a terminé la soirée en dansant sur scène avec les musiciens!

@Fascinee : Fascinant! Et quelle a été la clef de ce succès, selon toi?

Musiciens, bénévoles et organisateurs réunis sur scène

Musiciens, bénévoles et organisateurs réunis sur scène

–       Le travail d’équipe! Même si Women For A Change n’avait jamais organisé de concert, mes collègues se sont lancées dans l’aventure et ont fait un travail formidable. Les artistes, les musiciens et l’animateur ont été d’une grande générosité. De nombreux partenaires nous ont aidé à faire la promotion du spectacle. Les déléguées régionales du ministère de la promotion de la femme et de la culture ont assisté et soutenu l’événement. Nous avions une superbe équipe de jeunes bénévoles, les « Iam15 ambassadors » et le public a participé activement au succès de la soirée.

@PetitMalin : Bon, au moins ton jeu de mots avait un véritable double sens alors.

–       Ce n’est pas une question @PetitMalin. Mais merci pour le commentaire. Je travaille fort sur mes jeux de mots, ça fait chaud au cœur.

C’est ce qui clôt la période de questions. Merci et à bientôt!

Cameroun : Parmi les inégalités

2015 Belanger Roy MichelBy Michel Bélanger-Roy

Bien sûr, la différence frappe. Avant même d’atterrir, en voyant par le hublot les banlieues délabrées de Douala, on comprend qu’on n’est plus en Occident. Puis, une fois au sol, le choc s’amplifie. La saleté. Le bruit incessant des klaxons. Chaque première expérience est une surprise : s’entasser avec 6 inconnus dans un taxi collectif (Ah, le siège prend 2 passagers? Bien sûr, assoyez-vous sur mes genoux); faire son marché (Les œufs ne sont pas au froid? Ah tiens, la viande non plus); chercher un appartement (Il n’y a pas d’adresses? Ah bon, les rues n’ont pas de nom). Parlant de rue, la traverser entre taxis et motos qui ne s’arrêtent pas demeure une frayeur quotidienne

Mais on s’habitue. Un peu. Et on découvre les différences qu’on apprécie : la nourriture de rue délicieuse et abordable; la musique africaine; les fruits savoureux; les paysages verdoyants; l’attitude décontractée; la générosité. Je me suis même surpris à souhaiter voir des taxis collectifs à Montréal.

Et au fil des jours, c’est autre chose qui m’a frappé : l’ampleur des inégalités. Il faut dire que mes rencontres sont variées. Entre un repas cuit sur le feu d’une femme de campagne et un scotch versé sur le minibar d’un riche avocat, je fais connaissance avec des gens qui eux ne se côtoient pas. Le mur encadrant la villa de l’avocat y est peut-être pour quelque chose.

Inégalités socio-économiques donc, d’abord. Ici, les Mercedes roulent en bordure des bidonvilles. Comme ailleurs, on affiche sa richesse comme gage de réussite. Mais dans un pays du tiers-monde, le contraste impressionne particulièrement.

Atelier sur les droits des femmes à Mudeka

Atelier sur les droits des femmes à Mudeka

Inégalités de genre ou condition féminine, le thème de mon stage avec Women for a Change Cameroon. Au Cameroun, la loi limite encore l’égalité, notamment en criminalisant l’avortement (Code pénal du Cameroun, Article 337). Plus encore, ce sont des normes culturelles qui perpétuent les inégalités. Le harcèlement de rue demeure pratique courante. Et le passage aux toilettes d’un bar ou d’un restaurant (souvent 3 simples panneaux de tôle dans une cour) rappelle que ces lieux sont conçus pour les hommes. Par ailleurs, inégalités sexuelles et économiques restent intimement liées, les femmes ne possédant que 2% des terres au Cameroun (Cameroon Gender Equality Network, 2011).

Inégalités linguistiques, ensuite. Pour un Québécois, il est fascinant de se retrouver en région anglophone au Cameroun. En effet, la minorité anglophone camerounaise défend fermement ses droits linguistiques face à une parfois oppressante majorité…francophone. Elle revendique même la protection de son système juridique distinct (de Common Law). À part l’inversion des rôles, rien de très dépaysant. Cependant, avec plus de 250 langues locales et dialectes parlés au pays, le portrait linguistique demeure autrement complexe.

Parmi les autres vecteurs d’inégalités, quelques uns sont plus encourageants. Malgré une diversité impressionnante, le Cameroun connaît peu de tensions ethniques ou religieuses et reste très tolérant à ces égards. En revanche, l’état des droits LGBT demeure déplorable.

Finalement, inégalité… internationale. Celle qu’illustre ma présence. Étant l’un des rares « blancs » (mon bronzage impressionne peu) en ville, j’attire forcément les regards. Outre quelques rares remarques moqueuses et des prix parfois gonflés, je n’ai vraiment pas à m’en plaindre. Mais en parlant du Canada avec des Camerounais, je sens bien leur envie. Légitime. Et je constate que même si on les déplore, notre système de santé, nos infrastructures et notre système d’éducation sont autant d’immenses privilèges.

Ce « privilège occidental », facile à oublier à Montréal, est ici exposé aux regards par la couleur de ma peau. Et forcément, ça confronte. Quoi faire avec ce privilège?

À cet égard, une femme demandait récemment à ma collègue ce que je faisais ici.

–       « A human rights internship »

–       « How long? »

–       « 3 months »

–       « And after that…? »

Bonne question, Madame. Bonne question. And after that…?

 

L’autre 50%

Suzanne Zaccour

Lorsque j’ai décidé d’appliquer pour un stage à la CONGEH (Cameroun), plusieurs facteurs sont entrés en ligne de compte. Certains n’étaient que de simples préférences, mais une chose était certaine : je voulais travailler pour promouvoir les droits des femmes. Heureusement pour moi, le stage qui était à la fois le plus accessible, le seul en français et situé dans un pays où ma famille a déjà vécu concernait également les droits des femmes. Plus spécifiquement, les droits fonciers et successoraux des femmes, en particulier celles infectées ou affectées par le VIH/sida. Après presque deux mois de stage, j’en suis venue à la conclusion que ma volonté de travailler pour les femmes n’était pas qu’une simple question de préférences. En réalité, tenir compte du genre dans le contexte du développement est tout simplement incontournable. Comme je le disais hier à un collègue à la recherche de financement, les bailleurs de fonds sont nombreux à exiger que les projets ciblent les femmes. L’industrie du développement a, semblerait-il, enfin découvert cet autre 50% de la population mise de côté depuis… toujours? Quoiqu’il en soit, deux anecdotes vécues cette semaine dans le cadre de mon stage m’ont confirmé l’importance des questions de genre même dans les domaines les plus apparemment « neutres ».

Je suis en train de compléter une (imposante) demande de financement pour un organisme qui appuie des projets visant l’autonomisation économique des femmes et la promotion de leurs droits. La CONGEH (Coalition des ONG et OCB du Cameroun œuvrant dans le domaine des Établissements Humains) conduit justement depuis plusieurs années le projet de Cliniques de Consultation Foncière (CCF) pour la réduction des inégalités envers les femmes infectées ou affectées par le VIH/sida. Ces cliniques offrent des services gratuits d’information, de consultation et d’accompagnement pour les femmes victimes de violations de leurs droits fonciers ou successoraux ou désireuses de mieux les protéger. Dans les communautés où elles sont implantées, les CCF permettent donc aux femmes de connaitre et de faire reconnaître leurs droits, en particulier dans un contexte de VIH/sida. Elles organisent également différentes activités de sensibilisation communautaire et de plaidoyer auprès des autorités locales et traditionnelles.

La CONGEH étant un réseau d’organisations, de nombreux projets sont élaborés par ses membres avec plus ou moins de centralisation. L’un de ces projets « périphériques » consiste en l’assainissement et l’installation de latrines dans une communauté, l’objectif étant de favoriser une meilleure hygiène et notamment de limiter les maladies opportunistes au VIH/sida. Préoccupée par mon application, je constate qu’il ne cible pas spécifiquement les femmes. Mon superviseur me détrompe : ce sont les femmes qui portent le fardeau des soins aux enfants et aux malades. Ce sont elles également qui entretiennent le foyer familial. Ainsi, tout changement dans la sphère dite privée les affecte directement. Une hygiène décente améliore grandement leur qualité de vie, tandis que des enfants ou un mari malade représente un défi supplémentaire à relever dans leur quotidien déjà surchargé. Si elles sont commerçantes ou agricultrices, leurs revenus fluctuent selon l’état de santé de leur famille.

Pour moi qui ai cette préoccupation à cœur, c’est un plaisir de constater que la situation des femmes est prise en compte dans la planification des activités de la CONGEH. Négliger les questions de genre peut faire d’une bonne idée un échec. Cela m’amène à ma deuxième anecdote.

S’immerger dans un pays en voie de développement permet de constater de nombreux problèmes qu’on n’a jamais vécus. D’un autre côté, les pays dits développés ont beaucoup à gagner en prenant pour exemple leurs voisins du Sud relativement à certains enjeux. Les préoccupations environnementales, notamment, semblent intégrées dans le quotidien des Camerounais-e-s. Cela n’est guère surprenant quand on sait que le gaspillage des ressources renvoie à des pertes financières et que les pays du Sud souffrent davantage de l’impact des changements climatiques. Ainsi, l’élimination des emballages en plastique s’est récemment ajoutée à des pratiques respectueuses de l’environnement telles l’alimentation sans gaspillage et la réutilisation des contenants en verre. Plus précisément, « la fabrication, l’importation et la commercialisation des emballages non biodégradables (plastiques) sont interdites sur l’ensemble du territoire camerounais » depuis le 1er avril – mais certain-e-s ne l’ont pas trouvée drôle. L’interdiction s’accompagne de systèmes de surveillance et de sanctions; ainsi, même si les sacs de plastique sont encore parfois utilisés « en dessous de la table », la plupart des commerçant-e-s ont usé d’inventivité pour trouver des moyens alternatifs d’emballer leur marchandise. Les résultats sont parfois assez surprenants. Par exemple, on a empaqueté mon marché dans des boîtes – on aurait dit que je déménageais. Le vendeur que je visite tous les matins « emballe » mon pain dans une feuille manifestement arrachée d’un cahier de rédaction. Il est également populaire d’enrouler d’une bande de papier les tablettes de chocolat : sans attaches, c’est à mon humble avis totalement inutile, mais les vieilles habitudes sont résilientes.

Un pays qui bannit totalement les emballages en plastique, quand on sait le désastre qu’ils représentent pour l’environnement, ça ne peut résonner que comme une bonne nouvelle. Or, il y a bien un hic. C’est la responsable d’une des organisations membres de la CONGEH qui me l’a fait découvrir. Son organisme vise le renforcement des capacités économiques des femmes, dont des veuves et des femmes atteintes du VIH/sida (des personnes vulnérables, donc), par la production et la vente de chips de plantains. Vous savez, celles qui se vendent dans de petits paquets transparents… en plastique? Cette activité, dont dépendaient de nombreuses femmes démunies, a donc dû être interrompue. En raison de la crainte de visites d’inspecteurs environnementaux, les magasins ont interrompu les commandes. Le plus choquant, c’est qu’il n’existe aucune production d’emballages conformes (biodégradables) au Cameroun. Les femmes qui bénéficient des actions de cette ONG sont réellement prises au piège, et elles ne sont pas les seules. Ce sont les femmes qui préparent et vendent la plupart des aliments, et la santé de leurs enfants dépend de leurs revenus. Il semblerait que le gouvernement camerounais ait négligé de tenir compte des femmes dans son plan à la rescousse de l’environnement.

Les gouvernements du monde résistent à l’ADS (Analyse Différenciée selon les sexes), « un processus d’analyse favorisant l’atteinte de l’égalité [en discernant] de façon préventive les effets distincts sur les femmes et les hommes que pourra avoir l’adoption d’un projet ». De leur côté, les mouvements sociaux (socialiste, nationaliste, environnementaliste…) ont tous un jour où l’autre laissé tomber les femmes. On ne peut pas sacrifier les femmes au développement; le développement doit être réalisé par et pour les femmes. « L’avenir de l’homme est la femme » disait Aragon. Je n’ai aucun mal à le croire, quand je vois ces commerçantes déterminées saisir l’ambassade des États-Unis en vue d’organiser l’importation d’emballages biodégradables. Je n’ai aucun mal à le croire quand j’entends parler des initiatives que les femmes prennent au sein des communautés et des sommets qu’elles peuvent atteindre, à condition qu’on croit et qu’on investisse en elles.

Aider les femmes à réaliser leur potentiel n’est définitivement pas une préférence. C’est une obligation.

Criminalization of HIV status non-disclosure: what’s the issue?

by Jihyun Rosel Kim 

When people hear the question “should non-disclosure of HIV status be a criminal offence?” their usual response is, “well of course! We shouldn’t hurt people.” When all we see and hear about HIV in the news is so sensationalized to the point that we equate HIV with death and people with HIV with predators, that response is understandable.

The landmark case involving HIV status disclosure was R. v. Cuerrier.[1] In the case, the Supreme Court established that failure to disclose one’s HIV status could lead to a charge of aggravated sexual assault, which can lead to a maximum of a life sentence in prison. Justice Cory for the majority stated that non-disclosure of HIV status that would lead to a “significant risk of harm” would constitute an aggravated sexual assault. However, he never clarified what exactly would amount to “significant risk,” despite the differing levels of risk of transmission in diverse sexual activities. Justice Cory did, however, stated in an obiter that certain actions such as wearing a condom might be seen as mitigating the “significant risk.”

Since the Cuerrier decision in 1998, science has come a long way for HIV/AIDS. Moreover, research has shown that transmission risks for HIV are generally low, and differ significantly depending on the activity. Generally, the transmission rate of HIV during unprotected vaginal intercourse is 0.1% per act (with recent analysis suggesting a more accurate rate would be 0.08% per act).[2] If a person has an undetectable viral load (below 50 copies of HIV virus per mililitre of blood), the risk of infection is about 1 in 10,000 for unprotected sex acts.[3] Recent studies also suggest that antiretroviral therapy can reduce transmission up to 96% in heterosexual couples, where one partner is HIV-positive and the other is HIV-negative.[4]

Yet, Canadian courts have not kept up with scientific evidence. Due to the unclear guidelines regarding what exactly constitutes “significant risk,” courts have continued to send mixed messages regarding legal duty to disclose one’s status. Some courts have held that a person who did not disclose to a partner but wore a condom is not criminally liable. Other courts have held the opposite view by charging a defendant with sexual assault for non-disclosure without considering the kind of sexual activities.

The conflicting messages from the courts seriously undermine and threaten the rights of people living with HIV/AIDS (PLHs). How can PLHs truly prove that they disclosed to a partner – should they require witnesses or signatures? Should activities such as oral sex and mutual masturbation, which bears almost zero risk of transmission, bear the possibility of a criminal charge, when almost no activity in our lives are truly risk-free? What about the issue of partners, who can blackmail and even abuse their HIV-positive partners by threatening to charge them?

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