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La petite histoire des calories

caloriesAujourd’hui la calorie fait partie du langage courant, surtout pour ceux qui cherchent à contrôler leur poids. Mais à la fin du 19 ème siècle la calorie était si peu connue, que dans un article où  le terme était mentionné,  on expliquait comment prononcer le mot ka-lo-ri. 

C’est surtout au chimiste américain Wilbur Atwater (1844-1907) que l’on doit que la calorie soit passée d’un terme de laboratoire, associé aux réactions chimiques, à une des constantes de la nutrition.  Atwater, après avoir obtenu son doctorat en agronomie en 1869 de l’université Yale, avait passé deux ans en Allemagne. C’est là-bas qu’il a commencé à s’intéresser aux valeurs énergétiques de divers aliments. À l’époque la calorie (écrite avec un c minuscule) était surtout associée à l’étude des machines à vapeur. Elle représentait la quantité de chaleur (comme forme d’énergie) requise pour élever la température de 1g d’eau de 0oC à 1oC. Comme l’unité est très petite elle était surtout exprimée en kcal (1 000 calories), qui se définissait alors comme la quantité de chaleur requise pour élever la température de 1kg d’eau de 0oC à 1oC. La calorie nutritionnelle, avec un C  majuscule, elle est l’équivalent d’une  kcal. Ce qui veut dire qu’une part de gâteau à 400 Calories est l’équivalent de 400 000 calories !

Pour Atwater il n’était pas suffisant de déterminer les valeurs en calories des aliments, il voulait aussi connaitre les besoins du corps humain pour différentes activités physiques. Un intérêt associé aux théories de Winslow Taylor (1856-1915) pour améliorer l’efficacité industrielle. Atwater développa un  aspect de cette approche qu’il appela “Nutrition scientifique”. Il s’agissait de déterminer les quantités de nourriture requises par les ouvriers pour accomplir leur tâche. Des mesures qui étaient faites dans des pièces parfaitement isolées, qui agissaient comme des calorimètres géants (ci-contre). Atwater dans ses publications révélait, entre autre, combien de calories, et de grammes de nourriture  étaient requis “par brique” par un maçon pour compléter son travail. Pour les adeptes du Taylorisme les études d’Atwater devaient  permettre aux patrons de “promouvoir la production optimale de briques par employé au moindre coût pour l’employeur.”

Mais ce n’est qu’avec la première guerre mondiale que la calorie quitta les pages des journaux scientifiques pour se retrouver dans le langage courant. Il était important pour l’effort de guerre de ne pas gaspiller la nourriture et on rappelait constamment à la population combien elle se devait “d’économiser les calories. ” Des brochures étaient distribuées décrivant les besoins en calories en fonction de l’âge et du sexe ainsi que le contenu en calories de différents plats.  Manger plus que nécessaire était “antipatriotique”. D’ailleurs beaucoup de restaurants, pour montrer qu’ils participaient à l’effort général, affichaient à côté du prix la teneur calorique de chaque plat.

Jusqu’au début du siècle dernier les canons de la beauté féminine impliquaient, en général, une apparence “ample.”  Il suffit de regarder des tableaux de Rubens pour se rendre compte combien les choses ont changé.  A l’époque, il était commun pour les femmes qui se jugeaient trop minces de dissimuler des coussins sous leurs vêtements pour augmenter leur tour de taille. Mais à partir des années 1920, la silhouette féminine changea complètement. La mode passa de l’ample au filiforme avec une taille inexistante et une poitrine complètement plate (les soutiens-gorge de l’époque étaient plus conçus pour aplatir la poitrine que pour la soutenir).  Un idéal qui demandait des efforts constants de massages, d’exercices, de traitements médicaux mais surtout de contrôle de l’alimentation.

Si le nom de Wilbur Atwater est associé aux principes scientifiques de la calorie, c’est une  femme, Lulu Hunt Peters (1873-1930) qui l’a popularisé dans le cadre de régimes alimentaires. Dans son livre “Diet and Health – With Key to the Calories”, publié  en 1918,  elle explique comment restreindre les calories est le meilleur moyen de se conformer à l’image du jour. Pour elle, ce n’était pas si important ce que l’on mangeait mais le nombre de calories que cela représentait. Une personne de sa taille pouvait manger n’importe quoi dans la mesure où cela se limitait à 1200 calories par jour. Pour elle, maintenir un régime alimentaire, était une forme de maitrise de soi, ce qui cadrait bien avec l’image de la femme libérée des années 1920.

Le livre, qui à l’époque s’est vendu à plus de deux millions d’exemplaires, contient de nombreuses recommandations qui sont toujours valables. Elle suggère de s’abstenir de boire des boissons riches en sucre et surtout de ne pas utiliser de médicaments pour perdre du poids. Un conseil judicieux car beaucoup d’entre eux étaient à base de mercure et d’arsenic. Le livre est disponible sur le web et cela vaut la peine d’y jeter un coup d’œil pour se rendre compte que les choses n’ont pas tellement changé  depuis 1918.

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L’Eglise catholique et la science

Screen Shot 2014-11-14 at 2.15.12 PMQuand le pape François a déclaré récemment dans un discours à l’Académie pontificale des sciences que l’évolution et le modèle du “Big Bang” ne sont pas contraires aux croyances catholiques, il a créé tout un émoi. Après-tout, nombreux sont ceux qui considèrent que l’Eglise est antiscience. Et ils peuvent citer de nombreux exemples pour étayer leur opinion. Galilée a été condamné par l’Inquisition pour avoir soutenu que le Soleil, et non la Terre, était le centre de notre système planétaire. Giordano Bruno, qui a été brûlé sur le bûcher pour ses idées iconoclastes, est considéré comme un martyr de la science.

Pourtant aujourd’hui, la position de l’Eglise catholique sur différents aspects scientifiques est beaucoup plus en ligne avec le consensus scientifique. Nombreux fondamentalistes protestants croient en un monde créé par Dieu dans sa forme actuelle, il y a moins de 10.000 ans (une opinion partagée par 40% des Américains). En revanche, l’Eglise catholique, elle, a eu une attitude beaucoup plus ouverte vis-à-vis de la théorie de l’évolution. Lorsque Charles Darwin a publié en 1859, De l’origine des espèces l’Église n’a pas condamné ses thèses, mais elle n’a simplement pas pris position sur le sujet (bien que le clergé local ait eu tendance à y être hostile). Après plus de cent ans, en 1950 le Pape Pie XII, dans son encyclique Humani Generis accepta l’évolution comme une “possibilité” (par opposition à une “probabilité”) qui justifie d’être étudié plus en profondeur. En 1996 le Pape Jean-Paul II a déclaré dans une déclaration à l’Académie pontificale des sciences que l’évolution est “plus qu’une hypothèse”. Il est intéressant de noter dans ce contexte qu’avant Darwin, Jean-Baptiste Lamarck (1744-1829), éduqué chez les jésuites, fut le premier à postuler que les espèces pouvaient développer de nouveaux traits nécessaires à leur survie et que ces traits pouvaient être transférés à leur descendance. Quant à la théorie du “Big Bang”, elle fut d’abord proposée par le prêtre belge Georges Lemaître qui plus tard devint président de l’Académie pontificale des sciences.
L’Académie pontificale des sciences a été justement créée en 1936 par le pape Pie XI pour conseiller le pape sur les questions scientifiques d’actualité. Elle est composée de 80 membres, tous scientifiques éminents avec de nombreux détenteurs de prix Nobel. Cela va du Canadien John Polanyi à l’Israélien Aaron Ciechanover. Le président est Werner Arber, prix Nobel 1978, pour son travail sur la technologie de l’ADN recombinant. Werner Arber est le premier protestant à occuper ce poste.

L’Académie n’a pas peur d’aborder des sujets controversés. En 2009, un groupe de ses membres, dirigé par Werner Arber, prit position sur les OGM en déclarant qu’ils étaient utiles pour combattre la faim et la pauvreté dans le monde. De plus, le groupe attaque les critiques de la technologie en indiquant que leur opposition est non fondée sur la science et qu’elle empêche ou ralentit, le développement de cultures qui pourraient profiter aux pays du Tiers-Monde.

Le pape François, qui a une formation scientifique avec un master en chimie, est un fervent partisan du “développement durable”. Dans un récent discours, il a plaidé pour le «respect de la beauté de la nature ». Il a souligné la nécessité de « sauvegarder la Création, parce que si nous détruisons la Création, la Création va nous détruire.”

L’ouverture de l’Eglise est beaucoup plus limitée sur ce qu’elle considère comme des questions de morale ou d’éthique. Il est largement admis que l’usage du préservatif est le moyen le plus fiable, en dehors de la méthode de l’abstinence irréaliste promue par l’Eglise, pour prévenir la propagation du sida. Pourtant, lorsque le pape Jean Paul II a visité la Tanzanie, un pays où le sida est endémique, il a déclaré que les préservatifs étaient “en toutes circonstances” un péché. Il sera intéressant de voir si l’Eglise catholique sous le Pape François va aussi évoluer sur cette question.

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La première guerre mondiale et le tabagisme

guerre«Si vous me demandez ce dont nous avons besoin pour gagner cette guerre; je réponds, du tabac autant que des balles “. C’est ainsi que le général John Pershing, commandant du corps expéditionnaire américain répond en 1917 à Washington. Une illustration du rôle que jouait le tabac dans la vie du soldat pour lui permettre de supporter l’enfer des tranchées

Lorsqu’on parle des millions de morts de la première guerre mondiale cela ne tient  pas compte de tous ceux qui sont décédées subséquemment à cause du tabagisme acquis justement dans les tranchés. Tabagisme associé entre autre au développement de l’usage de la  cigarette.

La cigarette a été découverte par les soldats français et anglais pendant a guerre de Crimée (1853-1856). Ils  y combattaient, aux côté des Turcs , les Russes. Les Turcs  avait l’habitude fumer leur tabac enroulé dans du papier et en transmirent le gout à leurs alliés*. Pourtant au début de la première guerre mondiale la plupart des soldats, surtout le “poilus” français, continuaient à fumer la pipe, moins chère d’utilisation que la cigarette.

Très rapidement la vie dans les tranchées changea la situation et amena au remplacement de la pipe par les cigarettes. Le fumeur de pipe devait  garder sa ration de tabac au sec ce qui n’était pas évident  dans les tranchées humides des Flandres. La pipe doit souvent être rallumée, pas très pratique et potentiellement dangereux, surtout la nuit lorsque cela peut attirer l’attention de l’ennemi en face. Finalement cela prend moins de temps de fumer une cigarette, un aspect important pour un soldat qui peut être amené à se déplacer très rapidement sous le feu ennemi.

Non seulement  les cigarettes faisait partie de la ration des soldats mais les compagnies de tabac encourageaient les familles, et les organismes sociaux, à envoyer des cigarettes aux soldats**.  Les compagnes de tabac se faisaient une lutte acharnée pour avoir une part de ce marché lucratif développant des techniques de marketing qui leur rendirent grand service par la suite.

Non seulement la guerre amena une augmentation dans la consommation de tabac mais aussi dans la manière de le fumer. Alors que le tabac pour pipe était trop irritant pour inhaler, ce  n’était pas le cas du tabac à cigarette beaucoup plus doux. Il pouvait être aspiré dans les poumons avec les effets nocifs en conséquence. Avant la première guerre mondiale le cancer du poumon était une maladie extrêmement rare en Amérique du Nord. Elle touchait moins de 400 personnes par an (surtout des ramoneurs). Aujourd’hui c’est de l’ordre de 150,000.

La première guerre mondiale encouragea aussi les femmes à fumer. De fumer la pipe aurait été  trop “macho” pour une femme à l’époque.  Mais les femmes voyant leur mari fumer des cigarettes à leur retour du front  décidèrent que cela leur convenait aussi. Les compagnies de tabac accélérèrent le mouvement  en lançant des campagnes de publicité ciblant les femmes en particulier. Phillip Morris en particulier fit la promotion de leur marque “Marlboro” comme des “cigarettes pour les femmes”.

Les chiffres soulignent l’impact de la première guerre mondiale sur le tabagisme. Avant le conflit la consommation de cigarettes aux États-Unis étaient de 151 cigarettes par an et par personne. Après la guerre elle a plus que triplé pour passer 477.

Pour terminer je voudrais commenter la photo qui illustre cette manchette. Il s’agit d’un soldat allemand donnant tu feu à un soldat britannique. La photo a été prise le 25 décembre 1914 durant la fameuse “trêve de Noël”***. Pendant  quelques heures les soldats des deux bords ont arrêté de se battre et on fraternisé. Malheureusement cela n’est arrivé qu’une fois pendant tout la guerre, mais sur cette photo cela s’est fait autour d’une cigarette.

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*C’est de la guerre de Crimée que vient l’idée que cela porte malchance d’allumer trois cigarettes avec la même flamme. La guerre de Crimée était déjà une guerre ou les ennemis se faisaient face dans des tranchées. A la première cigarette le soldat en face vous remarquait, à la deuxième il visait et à la troisième…

** Étrange  mais vrai,  le YMCA avait engagé un chien, surnommé “Dobut”, pour parcourir les tranchées  avec  des paquets cigarettes attachées au corps  pour les distribuer aux soldats. http://www.freewebs.com/cigpack/cigarettesmokingwwi.htm

*** Le très beau film “Joyeux Noël” est basé sur cette histoire.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Joyeux_No%C3%ABl_(film)

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La formation de l’ammoniac

HaberL’équation détaillant la formation de l’ammoniac à partir de l’azote et de l’hydrogène est souvent utilisée par les professeurs de chimie pour enseigner les calculs stoechiométriques. Mais il y a une toute une histoire derrière cette équation, celle d’un chimiste allemand, Fritz Haber, pour qui la dévotion à la mère patrie passait avant toute autre considération.

Né de religion juive, il se convertit au christianisme par ambition et pour être davantage perçu comme un vrai Allemand. Lorsque la
première guerre mondiale éclate, l’impression générale est qu’elle sera de courte durée. À l’époque, les produits azotés indispensables à la fabrication d’explosifs étaient produits principalement à partir de dépôts naturels de nitrate du Chili. Comme la marine britannique contrôlait les voies maritimes, on estimait que les Allemands manqueraient très rapidement d’explosifs. Mais Fritz Haber avait mis au point, juste avant que la guerre n’éclate, un système de production d’ammoniac à partir d’azote, et d’hydrogène, deux composés faciles à obtenir. Une des conséquences de la découverte de Fritz Haber est qu’au lieu de ne durer que quelques mois, la première guerre mondiale s’étendra sur quatre ans, entraînant la mort de plus de 20 millions de personnes.

equationDurant la guerre, la loyauté inébranlable de Fritz Haber à la patrie l’amène à travailler en tant que directeur de l’Institut Kaiser Wilhelm pour développement d’armes chimiques. Un de ses premiers projets sera le développement du chlore comme gaz utilisé en tant qu’arme de combat. Il supervise lui-même la première attaque au gaz, à Ypres, le 22 avril 1915, qui, en l’espace de 10 minutes, tuera plus de 10 000 soldats alliés. Sa femme, Claire Immerwahr, aussi chimiste, est opposée à ces applications de la science. En forme de protestation, après l’attaque d’Ypres, elle se suicide, le 15 mai 1915, en se tirant une balle au cœur. Le même jour, Fritz Haber quitte Berlin pour superviser une attaque au gaz sur le front russe.

Après la guerre, Fritz Haber est accusé en tant que criminel de guerre (il ne sera jamais inculpé). Malgré son passé controversé, Haber reçoit (avec Carl Bosch) en 1918 le prix Nobel de Chimie pour sa méthode de synthèse de l’ammoniac. Une décision qui fut très controversée mais qui illustre bien combien la science peut avoir un impact terriblement négatif et extrêmement positif à la fois. La méthode Haber-Bosch est souvent mentionnée comme étant la plus importante découverte du XXe siècle. Il est vrai qu’elle permet de produire des explosifs mais elle a aussi permis la mise au point d’engrais synthétiques. Cela permit le développement d’une agriculture à grands rendements capable de nourrir une population mondiale qui allait passer de moins de deux milliard en 1900 à plus de six milliards aujourd’hui. C’est en se basant sur cette avancée que l’on décernera le prix Nobel à Fritz Haber.

Il y a une fin tragique et ironique à la vie de Fritz Haber. Lorsque les Nazis prennent le pouvoir, Fritz Haber est obligé de s’enfuir de l’Allemagne. Bien qu’il se soit converti, et malgré son patriotisme sans faille, pour les Nazis, il est toujours juif. Il trouve refuge en Angleterre, un des pays qu’il avait combattus en tant que patriote allemand. Il meurt en 1934, alors qu’il est en vacances en Suisse. Heureusement pour lui, il meurt sans savoir l’utilisation qui sera faite d’une autre technologie développée à l’Institut Kaiser Wilhelm alors qu’il en était le directeur. Le Zyklon B à base d’acide cyanhydrique, introduit dans les années 1920 comme insecticide, remplacera le monoxyde de carbone, à partir de 1942, dans les chambres à gaz des camps d’extermination.

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Cold-fX: La science derrière le marketing

Screen Shot 2014-01-16 at 9.44.05 PMNous espérons tous que nos athlètes vont faire exceptionnellement bonne figure aux Jeux de Vancouver. Ce qui est déjà certain, c’est que Cold-fX ®, « le remède officiel » contre le rhume et la grippe aux Jeux olympiques d’hiver de Vancouver 2010 est en train de battre tous les records de marketing (Cold-fX marketing). Mais on peut se demander si, au-delà du battage publicitaire, Cold-fX, le médicament contre le rhume le plus vendu au Canada, est aussi efficace que la publicité le prétend?

Cold-fX est fabriqué à base de ginseng américain (Panax quinquefolium), une plante qui, au fil du temps, a été utilisée pour traiter divers problèmes médicaux. D’ailleurs, panax, en latin, signifie « guérit tout », ce qui nous a donné le terme panacée. Mais aujourd’hui, ses partisans en font souvent la promotion comme stimulant du système immunitaire. Il s’agit d’une prétention qui est n’est pas soutenue par des études scientifiques rigoureuses. De telles études sont difficiles à réaliser car même si les scientifiques ont une bonne idée des principes actifs du ginseng, leur concentration peut varier d’un échantillon à un autre, ce qui rend difficile toute forme de standardisation et d’étude.

C’est justement pour cela que le travail de recherche de CV Technologies, la compagnie qui a développé Cold-FX, mérite d’être souligné. CV Technologies aurait pu tout simplement demander l’approbation de Cold-fX par Santé Canada à titre de produit de santé naturel. Sous cette rubrique, le fabriquant n’a pas besoin de prouver l’efficacité du produit mais simplement qu’il a des antécédents dans la pharmacopée traditionnelle et qu’il ne présente pas de danger pour le public. CV Technologies a toutefois développé une méthode afin de standardiser son produit au niveau des polysaccharides et ginsenosides, qui en seraient les principes actifs. Cela, afin d’obtenir la constance nécessaire aux études scientifiques que le fabriquant a réalisées par la suite. Les publicités de Cold-fX mentionnent plusieurs études mais une seule d’entre elles mérite que l’on s’y attache, celle publiée en 2005 dans le Canadian Medical Journal. Cette étude, réalisée en double aveugle et avec placebo, a permis à la compagnie d’obtenir l’autorisation de Santé Canada pour déclarer que le produit “…aide à diminuer la fréquence, la gravité ainsi que la durée des symptômes du rhume et de la grippe en stimulant le système immunitaire”. Or, bien que l’affirmation ne soit pas fausse, sa portée est exagérée.

Les chercheurs de l’étude en question ont eu recours à 279 volontaires en bonne santé qu’ils ont suivis pendant quatre mois. Environ la moitié d’entre eux, soit 130, ont pris deux capsules de Cold-fX (400 mg) par jour alors que les autres, 149 personnes, recevaient un placebo. La seule conclusion significative de l’étude est que les personnes du groupe prenant Cold-fX ont moins souffert de rhumes de façon récurrente. De façon absolue, ce même groupe a moins souffert de rhumes mais la différence n’a été que de 0,25 rhume de moins par personne, et cela, sur une période de 4 mois. Le groupe prenant Cold-fX disait avoir moins de symptômes et jugeait que leurs rhumes duraient moins longtemps. Mais là encore, les différences sont statistiquement minimes, de l’ordre de 1,3 et 1,6 pour cent. On peut trouver une très bonne analyse des études de Cold-fX à: www.ottawaskeptics.org

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Après les saumons modifiés génétiquement, du bacon « vert » ?

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On connaît déjà le maïs, le soja et le canola génétiquement modifiés. Si la tendance se poursuit, ce sont des animaux dérivés de la science génétique qui risquent de se retrouver bientôt dans nos assiettes. Deux espèces en particulier pourraient bientôt apparaître sur le marché.

Dans le cas du saumon, il a été modifié génétiquement pour accélérer sa croissance. Développés par la firme américaine AquaBounty, ces saumons de l’Atlantique* – baptisés AquAdvantage – ont reçu des gènes d’autres espèces de poisson. Ce procédé leur permet d’atteindre l’âge adulte deux fois plus rapidement que les saumons ordinaires. L’automne dernier, la Food and Drug Administration (FDA) a tenu des audiences au sujet de la pertinence d’introduire ces saumons sur le marché. Mais avant même d’émettre une décision finale, la FDA a indiqué par voie de communiqué qu’elle ne voyait aucune objection à cette idée. D’après elle, la consommation de saumons génétiquement modifiés « …n’est pas préjudiciable à la santé. » Or, ce n’est pas l’avis de Mark Begich et Lisa Murkowski, deux sénateurs américains qui viennent de présenter un projet de loi qui empêcherait l’introduction sur le marché des saumons AquAdvantage, même dans le cas d’une approbation par la FDA. On peut penser que leur démarche n’est pas complètement désintéressée car il s’agit de deux sénateurs de l’Alaska. La mise sur le marché de ces saumons d’élevage, dont la production est moins dispendieuse, risque d’avoir un impact négatif important sur l’industrie de la pêche de cet État.

Pour le producteur AquaBounty, l’avantage de mettre en marché les saumons AquAdvantage est surtout économique. Or, la modification génétique peut aussi avoir un objectif environnemental, comme c’est le cas de l’Enviropig, un porc génétiquement modifié développé à l’Université de Guelph afin de réduire le rejet de phosphore de l’animal. Le phosphore que consomme le porc – et qui représente un élément essentiel à sa croissance – provient des céréales qu’il ingère. Les céréales contiennent ce qu’on appelle des phytates qui, une fois ingérés par l’animal, libèrent le phosphore présent. Un processus rendu possible grâce à une enzyme appelée « phytase ». Malheureusement, les quantités de phytase présentes sont insuffisantes pour que le porc absorbe tout le phosphore. Ce dernier se retrouve ainsi dans ses excréments et donc dans l’environnement. Ensuite il s’introduit dans les cours d’eau où il stimule la croissance d’algues. Quand celles-ci se dégradent, cela demande de grandes quantités d’oxygène ce qui nuit à la survie des autres espèces.

Pour contrer ce problème, des scientifiques de l’Université de Guelph ont modifié les gènes de l’Enviropig avec des gènes de souris. Ceci a eu pour effet d’accroitre la production de phytase par les glandes salivaires du porc. Il en résulte une augmentation significative de l’absorption du phosphore, réduisant ainsi son rejet dans l’environnement. D’après les données des chercheurs, cette diminution est de l’ordre de 30 à 65 % par rapport aux variétés de porc conventionnelles. Il existe aussi un argument économique à recourir à ces porcs « bons pour l’environnement » puisque les producteurs de porc ajoutent actuellement des phytates, supplémenté de phytase à la nourriture des animaux. Dans le cas du porc modifié génétiquement, cette pratique devient inutile ce qui réduit les couts de production.

Environnement Canada a déjà autorisé la production des ces porcs « verts » en concluant que le processus ne représentait pas de danger pour l’environnement. Il reste à savoir si Santé Canada va aussi émettre l’avis favorable nécessaire avant que l’on retrouve l’Enviropig dans nos assiettes.

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Barbecue: des grillades sécuritaires

barbecueLa grillade sur le barbecue transforme des composés inoffensifs présents dans la viande, tels que des acides aminés et des sucres, en amines hétérocycliques (AH), des composés pouvant causer le cancer chez des animaux de laboratoire. Mais il existe un moyen de minimiser ce risque. En effet, plusieurs études ont mis en évidence que faire mariner la viande réduit la production d’AH de façon significative.

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Maigrir à tout prix à ses risques

Screen Shot 2013-12-03 at 9.23.15 PMLa compagnie française Sanofi-Aventis vient d’annoncer qu’elle suspend son programme de recherche sur Acomplia (rimonabant), son médicament pour perdre du poids. Disponible dans les 18 pays d’Europe depuis 2006, Acomplia avait déjà été retiré du marché le 23 octobre 2008 après que l’Agence européenne d’évaluation des médicaments (EMEA) ait suspendu l’autorisation de commercialisation. L’EMAE avait jugé que les bénéfices d’Acomplia en perte de poids ne valaient pas les risques encourus – troubles dépressifs et idées suicidaires. À l’époque, Sanofi-Aventis avait dit vouloir poursuivre son programme de développement en cours afin d’évaluer le rapport bénéfices/risques d’Acomplia chez les personnes diabétiques ou atteintes de maladies cardiovasculaires.

Cette décision d’arrêter toute recherche sur le médicament survient après que l’entreprise ait investi plusieurs millions de dollars dans ce qui devait représenter une approche innovatrice dans le traitement de l’obésité. En effet, Acomplia agit au niveau des récepteurs endocannabinoïdes, présents au niveau du cerveau, du foie, du tube digestif, des muscles et des cellules adipeuses abdominales, ces mêmes récepteurs qui sont activés par le tétrahydrocannabinol (THC), la molécule psychotrope dans le cannabis. On sait que l’un des effets associés à la consommation de cannabis est une augmentation de l’appétit; les « munchies », comme les fumeurs de cannabis décrivent cet état. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on a recours au cannabis pour traiter les personnes souffrant du sida. La maladie empêche ceux-ci d’apprécier leur nourriture. En bloquant les récepteurs endocannabinoïdes, Acomplia réduit l’appétit et donc, l’apport calorique. Mais ces récepteurs jouent aussi un rôle au niveau psychique. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les gens fument le cannabis; ils en retirent du plaisir. Donc, il n’est pas étonnant que le fait de bloquer les récepteurs cannabinoïdes engendre des troubles dépressifs allant jusqu’aux idées suicidaires. La compagnie Sanofi-Aventis était bien sûr consciente de ces effets secondaires mais espérait que le rapport bénéfices-risques serait favorable à l’utilisation d’Acomplia.

Or, le sort d’Acomplia a été décidé lorsque la FDA a refusé son autorisation de vente aux États-Unis, en raison des effets secondaires du médicament. Le marché américain est essentiel à la commercialisation d’un médicament pour la perte de poids. Aux États-Unis, plus de 65 % de la population souffre de surpoids, défini par un indice de masse corporelle (IMC)* entre 25 et 29. Le pourcentage de personnes obèses – IMC au dessus de 30 – est de 35 %. En comparaison, au Canada, ces proportions sont de 30 % et 15 % respectivement.

La saga d’Acomplia ressemble à ce qui c’est passé il y a quelques années avec Redux (dexfenfluramine), un autre médicament d’origine française (Laboratoires Servier). Ce produit coupe-faim, qui fait augmenter le niveau de sérotonine, un neurotransmetteur, avait été introduit en Amérique du Nord en 1996, accompagné d’une campagne publicitaire sans précédent. En très peu de temps, le Redux était prescrit à plus de 100 000 personnes par semaine. Mais comme on pouvait s’y attendre, avec une consommation si répandue, les effets secondaires – qui se sont révélés graves – ont rapidement fait leur apparition. Tout d’abord, des cas d’hypertension pulmonaire primaire (HPP), une affection rare mais souvent mortelle, se sont développés. Ensuite – et surtout –, des études ont mis en évidence que Redux (dexfenfluramine) et un autre médicament semblable, Ponderal (fenfluramine), étaient susceptibles d’attaquer et de détruire les valves cardiaques. Les deux médicaments, retirés du marché en 1997, sont soupçonnés d’avoir causé la mort de 123 personnes. Au sommet de leur popularité, plus de 5 millions de Nord-Américains prenaient ces médicaments.

À la suite du retrait du Redux, beaucoup d’Américains se sont tournés vers des produits naturels, que l’on a tendance à percevoir comme moins dangereux. Les plus populaires étaient composés à base d’éphédrine, un alcaloïde dérivé de plantes. Ces préparations, qui étaient en vente libre dans les commerces de produits naturels ou « de santé », furent interdites par la Food and Drug Administration (É.-U.) en 2004 après que l’on ait déterminé qu’elles avaient causé la mort de 155 personnes. Heureusement, la vente de ces produits n’était pas autorisée au Canada.

Il n’existe pas de médicaments miracle pour perdre du poids. Mais pour ceux qui ont cet objectif, la solution n’est pas compliquée : manger moins et faire plus d’exercice physique. C’est d’appliquer ce simple principe qui est difficile!

* L’indice de masse corporelle (IMC) est une mesure utilisée pour déterminer les risques pour la santé associés au poids d’une personne. Il se calcule en divisant le poids (en kg) par la taille (en cm) au carré; i.e. kg/cm2.. Pour la population en général, il est recommandé de maintenir un IMC se situant entre 18 et 24. Pour lutter contre les dangers liés à la maigreur excessive, l’Espagne autorise à défiler seulement les mannequins dont l’indice de masse corporelle est supérieur à 18 (plus de 56 kg pour 1m75).

Ariel Fenster

L’Académie pontificale des sciences bénit les OGM

Screen Shot 2013-12-03 at 9.19.13 PML’Académie pontificale des sciences, bien que peu connue du public, n’en est pas moins prestigieuse. Fondée en 1603, il s’agit de la plus ancienne académie scientifique et celle qui compte, parmi ses 80 membres, le plus grand nombre de Prix Nobel. Elle a pour mandat de conseiller le pontife sur les questions scientifiques d’actualité. Étant donné la notoriété de ses membres, ses prises de position ont un certain impact. C’est pourquoi j’ai appris avec intérêt que le groupe s’est récemment prononcé en faveur du recours aux OGM dans le cadre de la lutte contre la faim dans le monde. À la suite d’une réunion au Vatican, le mois dernier, de plus de 40 experts en la matière , les participants ont publié un document (http://www.AcadémiePontéficalesSciencesOGM.pdf) dans lequel ils soutiennent que les aliments issus de la biotechnologie sont non seulement sécuritaires et salubres mais sont aussi bénéfiques pour l’environnement. Comme on pouvait s’y attendre, cette sortie a soulevé la controverse. Des commentaires publiés dans le dernier numéro du New Scientist (http://www.newscientist.html) à ce sujet sont particulièrement intéressants. Comme c’est souvent le cas, les critiques s’attaquent à la crédibilité des chercheurs et à leurs motivations. De plus, bien qu’il n’ait pas participé aux discussions, le pape lui-même est mis en cause. Il est accusé d’avoir donné sa bénédiction aux OGM parce que les multinationales qui en produisent l’ont « acheté ». C’est un peu exagéré, il me semble.

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Les PBDE et l’environnement

environmentLes PBDE (PolyBromoDiphénylÉthers) font beaucoup parler d’eux. Ces produits ignifuges sont ajoutés à une grande variété de produits de consommation pour les rendre moins inflammables et donc plus sécuritaires. Objectif louable, s’il en est un. Malheureusement, l’utilisation des PBDE soulève l’inquiétude car ils se retrouvent en quantités grandissantes dans le corps humain et dans l’environnement. Jusqu’à présent, il n’y a aucune indication que les PBDE soient associés à des problèmes de santé chez l’humain. Certaines études ont noté des changements au niveau du foie et de la thyroïde et du développement du foetus chez des animaux de laboratoires exposés aux PBDE. Toutefois, les doses auxquels ces animaux étaient soumis étaient beaucoup plus élevées que celles auxquelles les humains risquent d’être exposés. À titre de précaution, toutes les variétés de PBDE sont interdites en Europe. En Amérique du Nord, l’industrie à cessé de fabriquer les deux formes de PBDE, le pentaBDE et l’octaBDE, qui sont les plus persistantes dans l’environnement.

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