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L’argent ne fait pas le bonheur…

l'argentC’est ainsi que commence un dicton français, avec en seconde partie… mais il y contribue. Ce qui est certain c’est que l’argent joue un rôle primordial dans notre vie et cela depuis les temps immémoriaux. Mais l’argent a pris différentes formes au cours de l’histoire. Au départ, la monnaie d’échange était basée sur le troc. On payait avec des commodités qui avaient une valeur intrinsèque; le sel par exemple. Les légionnaires romains recevaient régulièrement leur ration de sel (salarium). Ce qui nous a donné le “salaire”. Une personne riche qui avait beaucoup de bétail avait un cheptel ou un “capital”. Les deux termes viennent de la même racine latine. En hébreu l’argent se dit “kessef” qui serait dérivé de “kew” ou mouton.
Aux alentours de 3,000 av. J.-C., en Mésopotamie l’avoine était la monnaie d’échange la plus couramment utilisée pour les échanges commerciaux. Ce qui convenait bien à la société agraire de l’époque. Mais quand les villes comme Babylone commencèrent à se développer, stocker de l’avoine dans son appartement n’était pas tellement pratique ! C’est pourquoi l’avoine a été remplacée par de l’argent, un métal rare. Les paiements se faisaient avec des anneaux d’argent d’à peu près 20 g que l’on appelait “shekel” (qui est d’ailleurs aujourd’hui le nom de la monnaie israélienne). Le problème avec cette approche c’est que cela rendait nécessaire pour chaque achat de peser le métal pour être certain du poids. Pour échapper à cette contrainte, un certain poids d’argent prédéterminé était placé dans une bourse de cuir qui était ensuite scellée avec un sceau de cire. Le sceau représentant une personne de confiance qui se portait garante de la quantité d’argent dans la pochette.

Crésus, le roi de Lydie en Asie Mineure, établit l’étape suivante. L’électrum, un alliage rare d’argent et d’or servait de monnaie pour le commerce. Le roi de Lydie eu l’idée d’appliquer son sceau, non sur la cire à l’extérieur de la bourse, mais directement sur le métal. C’est ainsi que furent créées les premières pièces de monnaie en 600 av. J-C (ci-contre). Une invention qui facilita le commerce et fit que le roi de Lydie devint immensément riche comme…Crésus. L’unité de monnaie lydienne était le “Stater”. Mais éventuellement chaque pays frappa sa propre monnaie avec des noms reflétant son origine, le florin pour la ville de Florence, la livre tournois qui était frappée dans la ville de Tours. Mais c’est l’Allemagne qui est à l’origine de l’unité monétaire la plus utilisée, le dollar. On retrouve cette dénomination dans plus de de 35 pays aujourd’hui.

Au 16ième siècle l’empire germanique produisait ses pièces de monnaie à partir de l’argent provenant d’une mine appelée Joachimthal (la vallée de Joachim). Le nom de la monnaie étant le “groshen”, en conséquence les prix étaient étiquetés en “joachimthalergroshen”. Comme vous pouvez l’imaginer ceci rendait le marchandage difficile. C’est combien? “Cent joachimthalergroshen! Accepteriez-vous quatre-vingt joachimthalergroshen? Non mais je vous le laisse pour quatre-vingt-dix joachimthalergroshen”. Finalement avec l’usage, la première et la dernière partie furent éliminées pour donner le “thaler” ce qui avec le temps se transforma en “dollar”. Un terme générique utilisé pour décrire une pièce de monnaie en argent pesant 28 grammes. Comme l’Espagne, avec ses mines en Amérique, était la plus importante source d’argent, le dollar espagnol devint la monnaie courante pour les échanges commerciaux à travers le continent.

Mais aujourd’hui la base de la monnaie repose sur les billets de banque. Leur introduction mériterait une manchette séparée…

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La graphologie: Une spécifité française

graphologieAlors que dans le reste du monde l’utilisation de la graphologie pour évaluer un candidat à l’emploi est marginale, elle est restée très populaire en France. Les chiffres varient d’une étude à l’autre mais il semble qu’en France entre 30% et 50% des entreprises font encore appel à cette technique dans le recrutement de personnel. Et quand il s’agit de cabinets d’embauche, les chiffres sont de l’ordre de 95%. Ces chiffres sont particulièrement frappants si on les compare à ceux obtenus pour les pays voisins de l’Union Européenne où ils  varient entre 2% et 8% pour les entreprises. La pratique est essentiellement inexistante en Amérique du Nord. En particulier à cause des poursuites engagées, et gagnées, par des candidats écartés sur la base de cette soi-disant technologie.

En France il existe de nombreuses écoles offrant  une formation en graphologie d’une durée variant entre 120 heures et 240 heures. Par contre les diplômes qu’elles décernent ne sont reconnus, ni par l’Éducation Nationale ni par  le Ministère du Travail. D’ailleurs un comité d’évaluation de ce dernier a clairement statué que “…la graphologie n’est établie sur aucune base scientifique ou technique.” Malgré cela, plus 1,000 personnes en France se présentent comme “graphologue”, et il est intéressant de noter qu’à plus de 90% ce sont des femmes.

Comment expliquer l’attrait des Français pour la graphologie? Une explication est que les bases de la graphologie ont été établies par des Français ! C’est le prêtre Jean-Hyppolyte Michon qui en 1872 inventa le terme graphologie. Il fut le premier à établir une relation entre certains signes graphologiques et des traits de caractère. Mais c’est un autre français, Jules Crépieux-Jamin (1859-1940) qui codifia la pratique en établissant une série de lois et une classification des signes graphologiques en fonction de genres tels que la dimension, la direction ou la continuité des lettres.

C’est sur la base de ces genres que les graphologues font leur analyse. Le problème est qu’il existe plusieurs théories de graphologie qui chacune peut avoir des interprétations différentes pour un même texte. En France chaque lettre est examinée séparément pour déterminer le caractère alors qu’en Allemagne cela demande l’analyse du texte en entier. Dans tous les systèmes par contre, l’inclinaison des lettres est très importante. Une inclinaison à droite est généralement associée à l’extroversion, à gauche à l’introversion. La position du point sur le i est aussi supposée être une réflexion de la personnalité. Si le point est à la gauche du i, la personne a tendance à procrastiner alors que s’il est juste au-dessus de la lettre cela reflète un esprit organisé. De plus, un point placé très haut au-dessus de la lettre est un signe d’imagination.   Un autre signe qui fait l’objet de l’attention des graphologues est la lettre t et en particulier la barre du t. Placée vers le haut elle implique une personne ambitieuse et optimiste. Si la barre est longue, la personne est en plus enthousiaste. Par contre une barre courte est un signe de paresse. Il faut aussi considérer l’inclinaison et l’apparence de la barre. Une barre inclinée suggèrerait un sentiment d’impuissance, alors qu’une ligne sinueuse est associée à l’indécision ou …la séduction.

Le manque de fiabilité de la graphologie a été établi à la suite nombreuses études . Le verdict est sans appel. Aucune étude menée avec la rigueur scientifique nécessaire n’a  trouvé de corrélation entre l’écriture et la personnalité,  ou la prédiction de réussite professionnelle. Certains suggèrent que l’engouement constant des Français pour la graphologie viendrait en réaction (spécificité française encore?) aux tests de personnalité d’origine américaine basés sur des questionnaires. Ceux-ci sont de plus de plus utilisés pour l’embauche bien que leur fiabilité soit aussi en question.

Jules Crépieux-Jamin fut en 1897 l’un des experts amené à analyser le fameux “bordereau” associé à l’affaire Dreyfus.  Le test de personnalité n’a pas apporté grand-chose mais, tout à son honneur, Jules Crépieux-Jasmin, face à une opinion publique hostile et aux avis d’autres experts a insisté que le capitaine Dreyfus n’était pas l’auteur du bordereau. Un exemple qui illustre bien la différence entre graphologie et “analyse de documents.”  Ce dernier processus, qui cherche à déterminer l’authenticité d’un document, est une science exacte qui ne doit pas être confondue à la graphologie, une pseudo-science.

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L’arsenic: poison ou potion?

arsenicUn recours collectif a été intenté aux  États-Unis contre des  producteurs de vin californiens suite à la découverte d’arsenic dans certains de leurs produits, y compris certains populaires au Québec  comme le  “Ménage à trois”. Malheureusement, la nouvelle a été reprise par les médias, sans la soumettre à l’examen critique qu’elle mérite. Les concentrations observées étaient de l’ordre de 10 à 50 parties par milliard qui, d’après les plaignants,  représente jusqu’à cinq fois la dose maximale admise de 10 parties par milliard. Mais cette dose maximale est émise sur la base de la concentration dans l’eau car les États-Unis n’ont pas de normes pour le vin.  Au Canada où il existe une norme pour l’arsenic dans le vin la dose maximale admise est de 100 parties par milliard.  Cette valeur inclut une marge  de sécurité établie à 100 fois la concentration pour laquelle aucun effet toxique n’est  observé. Lorsque les vins californiens  impliqués dans le recours collectif ont été testés par la Société des alcools du Québec (SAQ), les valeurs trouvées étaient toutes dans les normes et, dans certains cas, en dessous des niveaux  de détection, de 10 parties par milliard.  On peut aussi noter que la poursuite a été initiée par un laboratoire, BeverageGrades, qui se spécialise dans l’analyse chimique de boissons alcooliques.  Est-ce que leur motif était uniquement une question de santé publique?  Je dirais que cette affaire est une tempête dans un verre….de vin.

Mais revenons au titre de cette manchette; arsenic poison ou potion? Les deux termes viennent du latin potio boire. La réputation de l’arsenic comme poison n’est plus à démontrer mais des solutions d’arsenic ont aussi été utilisées  comme potions thérapeutiques.

 Il existe deux formes d’arsenic, inorganique et organique. Dans  l’arsenic inorganique ou minéral, qui est particulièrement toxique, les atomes d’arsenic sont combinés à des atomes d’oxygène, de soufre ou de chlore. C’est sous cette forme qu’il était présent dans les vins californiens. Dans  le cas de composés organiques, l’arsenic est attaché à des atomes de carbone. La plupart des composés thérapeutiques à base d’arsenic sont de ce type, y compris le Salvarsan 606,  la première “potion”  efficace contre la syphilis. Son histoire vaut la peine d’être contée.

Paul Ehrlich (1854-1915), le fondateur de la chimiothérapie, savait que des colorants synthétiques avaient la propriété de se fixer de manière préférentielle sur certains agents infectieux.  Cela lui donna l’idée de développer le concept de la ” balle magique”,  une molécule qui pourrait attaquer, et détruire, des bactéries nuisibles  sans affecter le reste de l’organisme.  Il fit appel au Rouge Trypan, un colorant qu’il savait interagir avec la bactérie responsable de la syphilis. La  molécule du Rouge Trypan est caractérisée par la présence d’atomes d’azote dans la structure. Considérant que l’azote et l’arsenic se trouvent dans  la même famille chimique (ci-contre), et que l’arsenic est toxique, Paul  Ehrlich postula  qu’un composé dérivé du Rouge Trypan, mais contenant des atomes d’arsenic à la place de ceux d’azote, devrait causer la destruction des bactéries responsables de la maladie.  Après avoir testé 606 échantillons, Paul Ehrlich tomba sur la bonne structure. Quant au nom, Salvarsan, il vient du latin salva (sécuritaire), arsan pour arsenic,  se traduisant comme arsenic sécuritaire. Le Salvarsan 606 et d’autres dérivés d’arsenic organiques similaires furent jusqu’à l’introduction de la pénicilline dans les années 1940, les seuls traitements disponibles contre les maladies vénériennes.

Ces exemples illustrent, ce que je dis souvent à mes étudiants. Il n’y a pas de composés chimiques toxiques ou non toxiques. Ce qui compte, c’est comment ces composés sont utilisés, et à quelle concentration.

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Santé Canada: Une licence pour tromper

marketplaceMarketplace, l’émission pour consommateurs de télévision de langue anglaise CBC, a vraiment marqué un coup avec son émission de la semaine dernière. Intitulée “A licence to deceive” cette émission avait pour but de démontrer que l’obtention d’un permis de mise sur le marché d’un médicament homéopathique auprès de Santé Canada, était essentiellement une formalité vide de sens. Dans ce but l’animatrice Erica Johnson, et son équipe, ont créé de toutes pièces un produit pour enfant, Nighton (ci-contre). Le produit a été soumis à un groupe de discussion dont les membres, des parents, ont particulièrement apprécié l’idée qu’il était “efficace contre la fièvre, la douleur et l’inflammation” et de plus ne causait aucun effet secondaire et, de surcroit, était sans colorants.

Ensuite pour la mise en vente, et pour valider les recommandations inscrites sur l’emballage, il s’est agi d’obtenir de Santé Canada un numéro de médicament homéopathique DIN-HM. La seule chose que Markeplace a eu à faire pour cela a été de se rendre dans une bibliothèque locale, y photocopier deux pages d’une encyclopédie homéopathique publiée en 1902, et de les intégrer au dossier. Cinq mois plus tard Marketplace a reçu l’approbation de Santé Canada. C’est tout: pas besoin de prouver l’efficacité par des essais cliniques, pas besoin de suivi, pas besoin de recherches pour mettre en évidence des interactions possibles. Rien de plus n’était demandé de Nighton avant qu’il puisse se retrouver sur les tablettes d’une pharmacie, parmi d’autre médicaments qui eux, ont eu à se soumettre à des essais rigoureux.

Marketplace n’a pas mis Nighton sur le marché. L’exercice était de simplement démontrer à quel point le système de Santé Canada était inadéquat. Lorsque Marketplace a demandé des explications à Santé Canada pour son laxisme, la défense de l’organisme a été que la législation a pour but de donner des choix aux Canadiens. Je suis tout à fait d’accord d’avoir des choix est important mais ce dont on a besoin c’est d’avoir des choix éclairés. Les acheteurs potentiels de Nighton n’auraient pas été informés que le produit ne contenait aucun ingrédient actif. D’ailleurs lorsque vous réassemblez les lettres de Nighton cela devient Nothing!
Pour sa défense Santé Canada a aussi indiqué que de toute façon les produits homéopathiques sont normalement utilisés pour des affections bénignes. Mais une fièvre d’enfant peut ne pas être bénigne et conduire à des complications si elle est traitée avec un “médicament” qui ne contient “rien”.

Que Santé Canada puisse homologuer des produits qui n’ont aucune efficacité porte atteinte aux consommateurs. Récemment le juge Louis Lacoursière de la Cour supérieure du Québec a rejeté un recours collectif contre le fabricant de produits homéopathiques Boiron Canada, par la firme REO Law et le Center for Inquiry of Canada. Le médicament visé était l’oscillococcinum, qui prétend soigner la grippe avec des extraits dilués de cœur et de foie de canard. La dilution est 200CH, c’est-à-dire 200 dilutions successives par un facteur de cent. La poursuite n’était pas basée sur l’inefficacité du produit, mais le fait qu’il était vendu avec des informations trompeuses. À ces niveaux de dilution il avait peu de chance d’y trouver quelconque reste de foie ou de cœur de canard. Le juge a basé sa décision uniquement sur le fait que Boiron avait obtenu l’approbation de Santé Canada pour la mise sur le marché de leur produit et cela suffisait pour leur défense.

Pour en finir avec l’homéopathie pour cette semaine, je me dois de mentionner cette étude qui devrait, “une fois pour toutes”, clore le débat sur son efficacité. Le Conseil national australien de la recherche en santé et en médecine (NHMRC) a examiné 225 études avec pour seule condition qu’elles aient été menées de manière rigoureuse contre placébo. Les chercheurs, pour ne pas être accusés de biais, ont aussi bien utilisé des études favorables à l’homéopathie que des études défavorables. Le verdict: il n’y aucune indication que l’homéopathie apporte quelconque avantage pour quelconque pathologie que ce soit, en dehors de l’effet placébo. ” Clore le débat une fois pour toutes “…malheureusement j’en doute.
————————————————————————————————————————-Dans le cadre de l’émission, Erica Johnson a fait le test de Mozi-Q, un insectifuge homéopathique offert sous forme de capsule à croquer. Pour les besoins de la cause, l’animatrice a courageusement, introduit successivement son bras droit et son bras gauche dans une cage remplie de moustiques affamés. Cela respectivement avec, et sans ingestion, d’un comprimé de Mozi-Q. Résultat, pas de différence statistique entre les nombre de piqures, en moyenne 77, dans les deux situations. Mozi-Q est approuvé par Santé Canada pour “réduire la fréquence et la sévérité des piqûres d’insecte”. Mozi-Q est en bonne compagnie, parmi les autres produits approuvés par Santé Canada comme étant “efficace et sécuritaire”: eau de mer homéopathique, insuline homéopathique, chloroforme homéopathique et sel de table homéopathique.

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Le BPA fait de nouveau les manchettes

BPADans ma manchette de la semaine dernière, je vous mentionnais que des études, faisant appel au poisson zèbre, ont été utilisées pour établir un lien entre l’exposition au bisphénol A (BPA), un perturbateur endocrinien, et l’autisme chez les enfants. Mais, comme je l’indiquais dans ma manchette, rien dans les résultats ne justifiait de s’inquiéter outre mesure. Car contrairement aux poissons zèbres de l’étude nous n’évoluons pas dans une eau chargée de BPA. Cette semaine, le BPA, revient à l’avant de la scène mais cette fois d’une manière plus positive. Il s’agit d’un document de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) qui souligne, dans un rapport de plusieurs centaines de pages, l’innocuité du BPA. Après avoir examiné plus de 450 études, l’EFSA conclut que le BPA, aux niveaux actuels d’exposition, ne présente pas de risques, pour la santé des consommateurs de tous les groupes d’âges, y compris les nourrissons, les adolescents ainsi que les embryons d’enfants à naitre. Une conclusion qui est partagée par la FDA (Food and Drug Administration) aux États-Unis. Malgré tout, l’EFSA préconise de réduire la dose journalière tolérable (DJT) de 50 mg par kg de poids corporel (mg/kpc) à 4 mg/kpc. Cela pour prévenir des dangers hypothétiques à venir. Le BPA est utilisé dans la fabrication d’une multitude de produits de consommation quotidienne allant des plastiques durs des bouteilles d’eau réutilisables aux revêtements internes des boites de conserve et des cannettes de boisson. L’inquiétude provient du fait que des résidus de BPA peuvent migrer dans les aliments puis être ingérés par le consommateur. Le BPA se trouve également sur les tickets de caisse d’où il peut être absorbé par contact à travers la peau ou par inhalation de poussières. Il est à noter que dans son étude l’EFSA met le BPA hors de cause quelle qu’en soit sa source au regard des quantités infinitésimales rencontrées dans les usages courants de la vie quotidienne Il est intéressant de contraster le titre accompagnant le communiqué de presse de l’EFSA, “L’exposition au bisphénol A ne présente pas de risque pour la santé des consommateurs” avec celui d’une publication à tendance écologique, Gentside. Cette dernière, sur la base du même rapport, titre “Bisphénol A : l’EFSA confirme les dangers du BPA pour la santé.” Ce que l’EFSA mentionne dans son rapport c’est que sur la base des données actuelles le BPA, à des doses plusieurs centaines de fois la DJT, est susceptible d’avoir des effets indésirables sur les reins, le foie et les glandes mammaires. Mais il est important de noter que l’exposition humaine moyenne journalière au BPA est plusieurs milliers de fois inférieure à la DJT. Comme vous pouvez vous l’imaginer la publication de l’étude de l’EFSA a soulevé un tollé chez les opposants au BPA. En particulier en France où le BPA vient juste d’être banni des contenants alimentaires et cela sur recommandation de l’Agence nationale de sécurité alimentaire (ANSES). L’EFSA elle, a estimé que le poids de la preuve ne justifiait pas cette recommandation de l’ANSES étant donné qu’aucune relation de cause à effet entre l’exposition au BPA et la santé n’a été mise à jour chez l’humain et que les résultats des études animales, ne sont pas convaincants. L’avis de l’EFSA isole la France qui est le seul pays au monde à avoir mis en place une interdiction aussi large du BPA. Pour certains experts français, comme le toxicologue Jean-François Narbonne, une interdiction politique qui ne repose sur aucun argument sanitaire. À ce sujet je trouve navrant que dès qu’une étude ne conforte pas le point de vue des alarmistes, comme celle de de l’EFSA, les experts sont accusés d’être à la solde des lobbys industriels. Au-delà de la controverse je suis frappé que sur le plus de 60 000 composés chimiques connus, un en particulier, le BPA, est la cible de tant d’attention. Il est certain que le BPA est un perturbateur endocrinien mais n’oublions pas que le lait ou le soja ont des propriétés similaires mais ne soulèvent pas le même intérêt. Je pense que si les mêmes critères leur étaient appliqués on interdirait la crème glacée et le tofu. Tout en gardant un œil sur le BPA il est peut-être temps de tourner plus de nos ressources et nos efforts vers des dangers plus conséquents comme le cancer et les maladies cardiaques, les deux premières causes de décès au Canada.

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Le poisson zèbre fait encore parler de lui

poissonVous l’avez certainement déjà rencontré au détour d’un aquarium.  Originaire de l’Inde, le poisson zèbre est très prisé des aquariophiles.  De nature pacifique et de petite taille, il peut être élevé en compagnie d’autres espèces dans des aquariums à population diversifiée. De plus, il est capable de supporter une plage de températures et de qualité d’eau assez large, ce qui rend son élevage relativement facile. L’espèce est ovipare, c’est-à-dire que les œufs de la femelle sont fécondés  par le mâle en dehors de l’organisme maternel et c’est également dans ces conditions que se fait le développement embryonnaire. C’est cette particularité, plus le fait que près de 80% des gènes du poisson zèbre se retrouvent chez l’humain qui  explique l’utilisation de l’espèce comme modèle pour la recherche scientifique et médicale.

L’année dernière une équipe de chercheurs français a fait appel au poisson zèbre pour tester un traitement possible de la maladie d’Alzheimer. Ainsi, des modifications transgéniques ont été faites au cerveau de poissons zèbres pour y introduire des formations anormales de protéines, dites protéine tau, que l’on retrouve chez les malades Alzheimer. Grâce à l’injection subséquente d’une protéine baptisée FKBP52,  naturellement présente dans le cerveau, les poissons zèbres qui étaient inertes, ont retrouvé leur vivacité. Les chercheurs espèrent qu’en modulant cette protéine FKBP52, les effets négatifs des protéines tau pourraient être mitigés.

Avant cela, en 2013, Edor Kabashi,  chercheur de l’Université de Montréal, a créé, grâce au poisson zèbre, le premier modèle animal pour étudier le rôle du principal gène responsable de la sclérose latérale amyotrophique (SLA) mieux connue sous le nom de maladie de Lou Gehrig, d’après le joueur de baseball qui en est mort. La SLA est causée par la destruction des neurones moteurs  qui acheminent les signaux du cerveau vers les muscles. Edor Kabashi a identifié, sur le poisson zèbre, le gène mutant C90RF72 associé à la maladie, ouvrant ainsi la voie à un traitement possible.

Plus récemment, en fait la semaine dernière, des chercheurs de l’Université de Calgary, ont publié une  étude sur les effets du BPA, et de son substitut potentiel, le BPS, sur les cellules du cerveau. Le BPA, que l’on  trouve dans les plastiques rigides, les tickets de caisses, les enduits de boîtes de conserve et les résines dentaires, est ciblé comme perturbateur endocrinien. Il a été remplacé dans certaines applications par le BPS dans l’espoir de réduire les effets nocifs. Après que d’autres chercheurs aient fait appel aux souris, aux rats, aux cobayes et aux singes,  les spécialistes de Calgary, eux se sont tournés vers les poissons zèbres pour déterminer les effets   du BPA et du BPS sur la santé.  Pour les besoins de l’étude, des embryons de poissons zèbres ont été exposés à des concentrations de BPA et BPS semblables à celles présentes dans les rivières autour de Calgary.  Une analyse des résultats montre une augmentation significative du nombre de neurones du cerveau généré après exposition; plus 180% dans les cas du BPA et 240% pour le BPS. Les chercheurs disent aussi avoir remarqué que les poissons zèbres exposés au BPA et BPS étaient plus “hyperactifs”.

Vous ne serez pas surpris d’apprendre que les chercheurs albertains ont utilisé ces résultats pour suggérer que l’exposition des femmes enceintes aux BPA et BPS serait un facteur possible dans le nombre accru d’enfants diagnostiqués comme souffrant d’hyperactivité. Ils recommandent  aux femmes enceintes de limiter leur exposition aux plastiques et aux reçus de caisses. Un bel exemple d’alarmisme injustifié. Notre exposition au BPA et BPS n’est en rien comparable à celle des poissons zèbres immergés dans de l’eau contenant ces produits chimiques. Je ne suis pas non plus convaincu sur le diagnostic d’hyperactivité attribué par les chercheurs aux poissons zèbre.

GloFishEn terminant cette chronique sur le poisson zèbre je me dois de mentionner le GloFish. Ce poisson zèbre fluorescent a été créée en 1999 en introduisant un gène provenant d’une anémone qui produit une fluorescence  verte en réponse à une lumière bleue ou ultraviolette. Le GloFish est ainsi devenu le premier animal de compagnie transgénique.  Depuis d’autres variétés de poissons zèbres fluorescents ont été mis sur le marché des aquariophiles. Bien qu’ils aient des noms évocateurs allant d’Electric GreenTM  à  Moonrise PinkTM, j’ai une certaine réticence à voir la nature ainsi manipulée pour des utilisations superficielles.

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Les nosodes-vous connaissez?

E.coliRécemment l’émission de consommateurs de la  chaine anglophone de Radio Canada, “Marketplace” a révélé que certains praticiens de “médecine alternative” suggèrent aux parents  d’utiliser des nosodes à la place de vaccins pour des maladies infantiles telles que la rougeole, la coqueluche  ou la polio.  
Pour ceux d’entre vous pour qui le terme est nouveau,  les nosodes  sont des concoctions homéopathiques préparées à partir de  tissus ou de secrétions d’individus souffrant d’une pathologie que le nosode est sensé prévenir.  Par exemple, le nosode pour se protéger de la polio nécessite  le  liquide céphalorachidien obtenu par ponction lombaire sur des patients atteints de la maladie.  Comme les principes de de l’homéopathie l’exigent  ces extraits sont dilués; dans ce cas particulier  une dilution de 12 CH. C’est-à-dire que chaque dilution se fait par un facteur de cent et que l’opération est répétée 12 fois. Après chaque dilution la solution est “dynamisée”   en la secouant vigoureusement. Heureusement à ces niveaux de dilution, la possibilité qu’il reste dans la solution finale une quantité mesurable de pathogène est essentiellement nulle. 
Mais comme l’a révélé l’émission  “Marketplace”, le danger n’est pas là. En caméra cachée on peut voir les homéopathes recommander les nosodes comme substituts  aux vaccins en affirmant qu’ils offrent un niveau de protection comparable. D’autre part, certains d’entre eux minimisent les dangers de maladies contagieuses comme la rougeole qui pourtant tue plus de 1 000 enfants chaque année à travers le monde. La raison pour laquelle maladies infantiles sont rares aujourd’hui au Canada provient du fait que suffisamment d’enfants sont immunisés pour prévenir la contamination chez ceux qui ne le sont pas. Malheureusement, les craintes injustifiées au sujet d’un lien entre le vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole) et  l’autisme ont provoqué  un déclin du taux de vaccination.  Au Canada, dans  certaines communautés jusqu’à 40% des enfants n’ont pas les vaccins requis pour leur âge. D’autre part, les vaccins sont tellement efficaces pour prévenir de sérieuses maladies, comme la polio, que le public a tendance à relativiser les dangers que ces  maladies posent. Lorsque j’étais enfant en France les épidémies de polio étaient courantes et je me souviens combien nous étions pétrifiés à l’idée que nous pourrions en être victime. 
Plus de 150 nosodes sont approuvés à la vente au Canada en tant que préparations homéopathiques. On peut se demander comment il est possible que des produits qui n’ont pas prouvé leur efficacité puissent être approuvés par une instance gouvernementale. Tout simplement parce que contrairement aux médicaments “classiques” les préparations homéopathiques n’ont pas à prouver qu’ils sont efficaces; il est suffisant d’indiquer  qu’ils ont été déjà utilisés en homéopathie.
Santé Canada insiste que les nosodes ne sont pas approuvés comme substituts  et que ceci doit être indiqué par une étiquette d’avertissement sur le produit.  Cela n’a pas l’air d’avoir un grand effet chez les tenants de médecine alternative qui font la promotion de “vaccins homéopathiques, sans produits chimiques”. 

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Koch, Pasteur, une rivalité avec des microbes comme figurants

 Koch & PasteurLes antagonismes entre scientifiques n’est pas quelque chose de rare mais dans le cas de Louis Pasteur (1822-1895) et Robert Koch (1843-1910) cela a été particulièrement virulent.  Il y a plusieurs raisons qui pourraient expliquer l’animosité féroce qui s’est développée entre ces deux fondateurs de la microbiologie. Pasteur était un fervent patriote et ne pardonnait pas aux Allemands d’avoir arraché à la France l’Alsace-Lorraine après la guerre de 1870. Pasteur retourna, en 1871, le doctorat honorifique qu’il avait reçu de l’Université de Bonn. Koch, qui était vingt ans plus jeune que Pasteur, avait servi dans l’armée allemande en tant que médecin, ce qui n’aidait pas.  Pasteur, un fervent de la chimie appliquée n’avait pas la même approche que celle de Koch qui elle, était plus théorique. Mais surtout aucun des deux ne parlait le langage de l’autre ce qui rendait les communications difficiles.

L’intérêt de Louis Pasteur pour les maladies infectieuses découla naturellement de ses travaux démontrant que  la “génération spontanée” n’existe pas si  les germes sont exclus du médium étudié.  Une observation impliquant que la présence de germes est la cause de contamination, et de maladie, et non la conséquence comme on le pensait. Cette découverte, en fin de compte  changea complètement les pratiques médicales de l’époque avec l’introduction de la stérilisation et de l’asepsie.

À partir de 1860 Pasteur étendit son champ d’action pour étudier les liens qui existeraient entre différentes maladies infectieuses et certains microbes. C’est à cette occasion que son parcours croisa celui de Koch. En 1873 ce dernier, grâce des techniques de microscopie innovantes qu’il avait développées, avait observé des structures en forme de bâtonnets dans le sang de moutons qui étaient morts de la maladie du charbon (anthrax en anglais). Après avoir obtenu des cultures pures de bactérie “bacillus anthracis” il les injecta dans des souris saines qui développèrent ensuite malade; la preuve de la relation de cause à effet entre la bactérie et la maladie fut ainsi établie.

Entre 1878 et 1880 Pasteur publia plusieurs articles sur la maladie du charbon en particulier sur le concept d’immunisation. Il démontra qu’il était possible de protéger des moutons de la maladie du charbon en les injectant avec des formes “atténuées” de la bactérie. Un concept développé cent ans plus tôt par Edward Jenner avec son “vaccin” contre la variole. Mais l’idée que l’on pouvait changer la nature d’une bactérie était complètement inacceptable pour Koch. En 1881 lui et ses étudiants publièrent plusieurs articles attaquant violemment Pasteur. Ils l’accusèrent d’avoir utilisé des cultures bactériennes impures et, n’étant pas médecin, d’avoir improprement inoculé les animaux. Entre autre ils y déclarèrent “…au sujet des causes de la maladie du charbon il y a peu de nouveau dans les travaux de Pasteur et ce qui est nouveau est erroné … on peut dire que jusqu’à présent les travaux de Pasteur sur  la maladie du charbon ne valent absolument rien. “

Pasteur répondit en détail aux critiques de Koch au 4ième Congrès international d’hygiène et de démographie qui s’est tenu à Genève en septembre 1882. Koch, auréolé de sa découverte récente du bacille de la tuberculose était au premier rang lorsque Pasteur présenta son discours sur l’atténuation des bactéries. La réaction de Koch fut particulièrement agressive mais cette fois il y avait une raison supplémentaire. Le professeur Lichtheim qui était assis à côté de Koch traduisait au fur et à mesure le discours de Pasteur. Dans son discours Pasteur  avait décrit l’ensemble des travaux de Koch en les présentant comme un “recueil allemand”.  Ce que Lichtheim, ayant mal compris, avait traduit comme “orgueil allemand”!

Pasteur et Koch avaient deux visions différentes sur les moyens nécessaires pour protéger les populations des maladies infectieuses.  Pour Koch cela passait par des mesures d’hygiène rigoureuses alors que Pasteur lui préconisait surtout la vaccination. Avec le recul du temps on peut voir que les deux scientifiques avaient raison. La vaccination a permis de contrôler de multiples maladies comme la variole et la polio; la situation avec l’épidémie d’Ébola qui fait rage en Afrique Occidentale souligne l’importance de l’hygiène…en attendant qu’un vaccin soit développé.

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Popeye et les épinards

popeyeQui ne connait pas l’histoire de Popeye le marin qui doit sa force aux épinards, un aliment riche en fer. Ce qui est fascinant dans cette histoire c’est qu’en fait elle est basée sur pas une, mais plusieurs idées fausses. Tout d’abord lorsque Elzie Cryler Segar a créé le personnage de bande dessinée dans les années1930 il a choisi les épinards, non par pour son contenu en fer, mais à la demande du gouvernement, pour promouvoir la consommation de légumes en général. Dans aucune des bandes dessinées de l’époque Segar ne fait mention du fer comme étant la source de la force herculéenne de Popeye. Par contre dans plusieurs épisodes Popeye parle de la vitamine A (ci-contre) Les épinards sont riches en béta carotène, le précurseur de la vitamine A.

La réponse est plus mitigée quant à la teneur des épinards en fer. Il est vrai qu’une tasse d’épinards contient 6,5 mg de fer, ce qui est appréciable. Mais les épinards contiennent aussi de l’acide oxalique, un composé qui neutralise le fer et l’empêche d’être absorbé par le corps.

Mais alors d’où vient donc cette idée fausse sur le contenu élevé en fer des épinards? Elle viendrait d’une autre idée fausse qui, elle, serait associée à une faute de frappe. En 1870 le chercheur Allemand Emil von Wolff, dans un article publié sur le contenu en fer des épinards, aurait mal placé la virgule, créditant ainsi les épinards de dix fois plus de fer qu’ils n’en contiennent en réalité. C’est une bonne histoire que l’on retrouve partout sur le web et qui est citée pour illustrer l’importance de vérifier les sources. Le problème c’est qu’il n’y a pas de sources fiables qui supportent la véracité de cette histoire de virgule mal placée !

En 2010, le Dr Mike Sutton, un chercheur de de l’université de Nottingham en Angleterre, frustré du manque d’informations décida d’aller au fond des choses. Le fruit de ses recherches se retrouve dans un article de 34 pages publié dans Internet Journal of Criminology , article qui est un plaisir .à lire. Il nous apprend, entre autre, que malgré tous ses efforts il n’a jamais pu retrouver de traces de l’article en question. De plus, la preuve que cette histoire de virgule mal placée est sans fondement est que pour ses travaux Wolff n’a jamais eu à mesurer le contenu en fer des épinards et donc n’aurait pas pu publier un article à ce sujet. Malgré tout, l’histoire de la virgule mal placée comme étant responsable de l’explosion de la consommation d’épinards, continue à circuler. Mais vous au moins vous connaissez la vérité …grâce aux Manchettes d’Ariel Fenster!

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La petite histoire des calories

caloriesAujourd’hui la calorie fait partie du langage courant, surtout pour ceux qui cherchent à contrôler leur poids. Mais à la fin du 19 ème siècle la calorie était si peu connue, que dans un article où  le terme était mentionné,  on expliquait comment prononcer le mot ka-lo-ri. 

C’est surtout au chimiste américain Wilbur Atwater (1844-1907) que l’on doit que la calorie soit passée d’un terme de laboratoire, associé aux réactions chimiques, à une des constantes de la nutrition.  Atwater, après avoir obtenu son doctorat en agronomie en 1869 de l’université Yale, avait passé deux ans en Allemagne. C’est là-bas qu’il a commencé à s’intéresser aux valeurs énergétiques de divers aliments. À l’époque la calorie (écrite avec un c minuscule) était surtout associée à l’étude des machines à vapeur. Elle représentait la quantité de chaleur (comme forme d’énergie) requise pour élever la température de 1g d’eau de 0oC à 1oC. Comme l’unité est très petite elle était surtout exprimée en kcal (1 000 calories), qui se définissait alors comme la quantité de chaleur requise pour élever la température de 1kg d’eau de 0oC à 1oC. La calorie nutritionnelle, avec un C  majuscule, elle est l’équivalent d’une  kcal. Ce qui veut dire qu’une part de gâteau à 400 Calories est l’équivalent de 400 000 calories !

Pour Atwater il n’était pas suffisant de déterminer les valeurs en calories des aliments, il voulait aussi connaitre les besoins du corps humain pour différentes activités physiques. Un intérêt associé aux théories de Winslow Taylor (1856-1915) pour améliorer l’efficacité industrielle. Atwater développa un  aspect de cette approche qu’il appela “Nutrition scientifique”. Il s’agissait de déterminer les quantités de nourriture requises par les ouvriers pour accomplir leur tâche. Des mesures qui étaient faites dans des pièces parfaitement isolées, qui agissaient comme des calorimètres géants (ci-contre). Atwater dans ses publications révélait, entre autre, combien de calories, et de grammes de nourriture  étaient requis “par brique” par un maçon pour compléter son travail. Pour les adeptes du Taylorisme les études d’Atwater devaient  permettre aux patrons de “promouvoir la production optimale de briques par employé au moindre coût pour l’employeur.”

Mais ce n’est qu’avec la première guerre mondiale que la calorie quitta les pages des journaux scientifiques pour se retrouver dans le langage courant. Il était important pour l’effort de guerre de ne pas gaspiller la nourriture et on rappelait constamment à la population combien elle se devait “d’économiser les calories. ” Des brochures étaient distribuées décrivant les besoins en calories en fonction de l’âge et du sexe ainsi que le contenu en calories de différents plats.  Manger plus que nécessaire était “antipatriotique”. D’ailleurs beaucoup de restaurants, pour montrer qu’ils participaient à l’effort général, affichaient à côté du prix la teneur calorique de chaque plat.

Jusqu’au début du siècle dernier les canons de la beauté féminine impliquaient, en général, une apparence “ample.”  Il suffit de regarder des tableaux de Rubens pour se rendre compte combien les choses ont changé.  A l’époque, il était commun pour les femmes qui se jugeaient trop minces de dissimuler des coussins sous leurs vêtements pour augmenter leur tour de taille. Mais à partir des années 1920, la silhouette féminine changea complètement. La mode passa de l’ample au filiforme avec une taille inexistante et une poitrine complètement plate (les soutiens-gorge de l’époque étaient plus conçus pour aplatir la poitrine que pour la soutenir).  Un idéal qui demandait des efforts constants de massages, d’exercices, de traitements médicaux mais surtout de contrôle de l’alimentation.

Si le nom de Wilbur Atwater est associé aux principes scientifiques de la calorie, c’est une  femme, Lulu Hunt Peters (1873-1930) qui l’a popularisé dans le cadre de régimes alimentaires. Dans son livre “Diet and Health – With Key to the Calories”, publié  en 1918,  elle explique comment restreindre les calories est le meilleur moyen de se conformer à l’image du jour. Pour elle, ce n’était pas si important ce que l’on mangeait mais le nombre de calories que cela représentait. Une personne de sa taille pouvait manger n’importe quoi dans la mesure où cela se limitait à 1200 calories par jour. Pour elle, maintenir un régime alimentaire, était une forme de maitrise de soi, ce qui cadrait bien avec l’image de la femme libérée des années 1920.

Le livre, qui à l’époque s’est vendu à plus de deux millions d’exemplaires, contient de nombreuses recommandations qui sont toujours valables. Elle suggère de s’abstenir de boire des boissons riches en sucre et surtout de ne pas utiliser de médicaments pour perdre du poids. Un conseil judicieux car beaucoup d’entre eux étaient à base de mercure et d’arsenic. Le livre est disponible sur le web et cela vaut la peine d’y jeter un coup d’œil pour se rendre compte que les choses n’ont pas tellement changé  depuis 1918.

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