Les enseignes néon

Las Vegas neon signOn ne les voit plus autant que dans le passé, mais pour moi elles représentent quelque chose de magique. Quoi de mieux qu’une enseigne néon pour vous souhaiter la bienvenue à Las Vegas? En fait, ces signes néon ne sont pas que du néon, mais c’est ce gaz que l’inventeur et homme d’affaires français Georges Claude a d’abord utilisé pour créer ces enseignes qui, depuis plus d’un siècle, illuminent le ciel.

Le néon est un des gaz rares naturellement présents dans l’air. Il en est extrait par un processus de liquéfaction suivi de distillation. La liquéfaction de l’air se fait par l’application de l’effet Joule-Thomson. Un effet que vous avez peut être remarqué quand vous relâchez le gaz d’une cannette sous pression, par exemple, celle utilisée pour enlever la poussière d’un ordinateur. Lorsque le gaz se détend à la sortie de la canette, la température tombe. Dans le cas de l’air, il est comprimé, refroidi et détendu de manière répétitive jusqu’à ce qu’il atteigne sa température de liquéfaction. Une fois liquides, les différents composés de l’air, y compris le néon, peuvent être séparés par distillation fractionnée.

Georges Claude avait perfectionné ce système, ce qui lui permettait de produire de l’air liquide à grande échelle, soit 10 000 mètres cubes par jour*. Georges Claude voulait utiliser les grandes quantités de néon associées au processus. Il se tourna vers les tubes à décharge. À l’époque, les chercheurs voulaient développer un substitut à la lampe à incandescence de Thomas Edison. Le tube à décharge consiste en un tube rempli d’un gaz dans lequel des décharges électriques produisent de la lumière par fluorescence. Dans le cas du néon toutefois, il s’agit d’une lumière rouge-orangée, ce qui n’est pas idéal pour un éclairage intérieur. Le génie de Georges Claude a été de reconnaître que cette particularité en faisait un outil parfait pour la publicité extérieure. En 1910, il déposa un brevet et, à la fin de cette même année, au Salon de l’Auto de Paris, deux tubes de néon de 12 m de haut accueillaient les visiteurs.

Ne s’arrentant pas là, Roger Claude fonda la compagnie Claude Néon, pour commercialiser son invention. Il introduisit différentes couleurs en variant les gaz utilisés et les revêtements des tubes et fit appel aux meilleurs techniciens en verre pour créer une variété de formes. Malgré le succès des signes néon en Europe, cela prit un certain temps avant qu’ils fussent adoptés en Amérique du Nord. Ce n’est qu’en 1923 que le premier signe néon fut installé à Los Angeles pour mettre en valeur un concessionnaire automobile. Deux signes, chacun avec « Packard » en lettres bleues, décoraient les vitrines. Ces signes n’étaient pas bon marché. Le coût de l’installation, 1 250 dollars, était du même ordre que celui d’une des voitures en vente à l’intérieur! Quoi qu’il en soit, les signes firent sensation, et la publicité générée profita au concessionnaire. Après cela, les signes néon se répandirent partout comme symbole du commerce moderne.

Roger Claude lui, eut une triste fin de carrière. Militant d’extrême droite avant la guerre, il était membre de l’Action Française, mouvement nationaliste en faveur du retour de la royauté. Après la défaite de la France en 1940 – et l’établissement du régime de Vichy –, Roger Claude prône par ses écrits et ses actions la collaboration avec les Allemands. Ce qui lui vaut à la libération d’être exclu de l’Académie des Sciences. Jugé pour fait de collaboration, il fut condamné en 1945 à la prison à perpétuité. Une perpétuité bien courte; il fut libéré en 1950.

*La compagnie Air Liquide, fondée par Roger Claude en 1902, est aujourd’hui le plus important fournisseur de gaz industriels au monde.

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