À la recherche d’un bleu parfait

Bleu parfaitAu 12e siècle, l’Église était divisée en deux clans : les chromophiles et les chromophobes. Pour les premiers, la couleur représentait la lumière et était une manifestation de Dieu sur terre. Les chromophobes, pour leur part, jugeaient que la couleur illustrait la vanité humaine et devait être évitée. Heureusement pour l’art, les chromophiles prirent le dessus et les peintres purent se laisser aller et expérimenter avec toutes les couleurs de la nature. Mais l’une d’elles était particulièrement prisée, la couleur bleue, plus particulièrement le bleu outremer. Ce dernier doit son nom à son origine. Extrait d’une pierre semi-précieuse, le lapis-lazuli, il était importé d’Afghanistan, soit « d’au-delà des mers ».  Rare et difficile à préparer, le bleu outremer coûtait plus cher que son poids en or. C’est pourquoi il était réservé aux sections les plus importantes d’une œuvre et, en particulier, aux représentations de la vierge (ci-contre). En variant la taille des grains durant la préparation, il était possible d’obtenir différentes intensités de couleur.

La couleur bleue a toujours représenté un défi pour les peintres. Les Égyptiens avaient créé un bleu préparé à partir de sels de cuivre et de calcium. Ce « bleu égyptien » avait le désavantage de produire une couleur très pâle. L’azurite, un carbonate de cuivre aussi utilisé par les peintres anciens, n’est pas très stable et a tendance à virer au vert avec le temps. Le bleu de Prusse, introduit en 1704, a lui aussi tendance à se décolorer. Le bleu de cobalt (1802), qui donne une couleur intense, est malheureusement toxique. La découverte en 1826 d’une méthode synthétique pour préparer le bleu outremer en réduit le coût, mais il lui reste quand même le défaut de ne pas être très opaque. Cela demande au peintre d’appliquer de multiples couches pour obtenir l’effet désiré. C’est pourquoi l’annonce par des chercheurs de l’Université de l’Oregon de la découverte d’une nouvelle source de bleu est particulièrement intéressante.

La découverte est survenue de manière accidentelle. Les chercheurs, sous la direction du professeur Subramanian, étudiaient les propriétés électroniques d’oxydes de manganèse. Durant leur investigation, ils ont eu à chauffer un échantillon à des températures de l’ordre de 1000 0C.  À leur grande surprise, celui-ci changea de couleur et donna un bleu aussi intense que l’ultramarine, mais sans ses inconvénients ni ceux des autres sources de bleu. Ce bleu a aussi l’avantage de refléter la lumière dans l’infrarouge. Les autres pigments, comme le bleu de cobalt, absorbent dans ces régions. Cela signifie qu’ils deviennent très chauds quand ils sont exposés à la lumière solaire; un défaut qui limite leur utilisation. Grâce à ce nouveau pigment, on peut s’attendre à voir de plus en plus de bleu autour de nous!!

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