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Yasser Arafat empoisonné au Polonium-210?

Cette semaine, le corps de Yasser Arafat sera exhumé pour qu’on tente de déterminer la cause de sa mort. Une théorie court voulant qu’il ait été empoisonné par une substance radioactive, le polonium-210, le même poison qui a causé la mort de l’ex-espion russe réfugié à Londres, Alexandre Litvinenko, il y a six ans. Ce dernier cas constituait une première de l’utilisation d’une substance radioactive comme poison.
Le polonium-210, découvert par Marie Curie en 1898 et baptisé en l’honneur de son pays d’origine, est toxique en quantités infimes, mais seulement s’il est absorbé ou inhalé, car les particules alpha émises sont très peu pénétrantes et facilement bloquées par la peau. Par contre, quand le polonium-210 est ingéré, une quantité aussi faible qu’un millionième de millionième de gramme (1×10-12 gramme) est suffisante pour causer des dommages irréparables aux tissus internes.
La piste du polonium-210 comme cause du décès de Yasser Arafat découle d’une analyse de ses effets personnels remis à sa famille après son décès. Les tests réalisés par des spécialistes suisses à la demande de la chaîne de télévision Al Jazeera pour un documentaire sur la mort du leader palestinien démontreraient la présence de quantités significatives de polonium-210 dans les échantillons testés.
Le problème avec la théorie de l’empoisonnement au polonium-210 est qu’elle ne correspond pas à ce que l’on sait sur les examens effectués par les médecins de l’hôpital français où Arafat était hospitalisé. Bien que la recherche spécifique de polonium-210 n’ait pas été effectuée, une analyse radiologique n’a pas mis en évidence la présence de rayonnements radioactifs alpha dans les échantillons d’urine. Rayonnement qui aurait dû être présent si Arafat avait été empoisonné avec du polonium-210. D’autre part, il n’y a pas eu d’indication de pertes de cheveux chez Arafat, ce qui aurait aussi été un signe d’exposition au polonium-210.
L’origine de telles quantités de polonium-210 dans les effets d’Arafat huit ans après sa mort est aussi suspecte. On ne se sait pas dans quelles conditions ces effets ont été conservés et sous quelle surveillance, ce qui ouvre la possibilité que le polonium-210 ait pu être ajouté après coup. La demi-vie du polonium-210 est de 138 jours, ce qui veut dire qu’à peu près 20 demi-vies se sont écoulées depuis sa mort. Si on extrapole en se fondant sur la radioactivité présente dans les échantillons testés par les experts suisses, les quantités de polonium présentes au moment de sa mort auraient été un million de fois plus élevées. Il est difficile de croire que cela n’ait pas été remarqué par les médecins français. Autant de questions qui, on l’espère, seront éclaircies par l’exhumation.

Ariel Fenster

GFAJ-1, une bactérie qui fait parler d’elle

bacteria1Tout a commencé le 29 novembre par un communiqué de la NASA. L’agence y annonçait qu’elle allait tenir une conférence de presse, le 2 décembre, sur « une découverte astrobiologique qui va avoir un impact sur les recherches au sujet des possibilités de vie extra-terrestre ». L’annonce allait être accompagnée de la publication simultanée d’un article dans le prestigieux magazine scientifique Science. L’astrobiologie est l’étude de l’origine, de l’évolution, de la répartition et de l’avenir de la vie dans l’univers. La nouvelle a causé tout un émoi, plusieurs spéculant que la NASA avait finalement découvert des signes de vie sur d’autres planètes. Malheureusement, lorsque le 2 décembre est arrivé, et que la fameuse nouvelle a été révélée, beaucoup de scientifiques ont accusé la NASA de battage médiatique. Pour ces sceptiques, la NASA, comme elle a déjà été accusée de le faire dans le passé, révélait dans cet article bien moins que ce qu’elle avait promis.

En fait, il ne s’agissait pas de la découverte d’une nouvelle forme de vie sur une autre planète mais celle d’une bactérie baptisée GFAJ-1 vivant dans les sédiments du lac Mono, en Californie. La découverte est intéressante en raison du milieu « hostile » dans lequel cette bactérie est capable de survivre. En effet, les sédiments du lac Mono sont alcalins et surtout très riches en arsenic. Ceci n’est pas en soi quelque chose d’extraordinaire car les bactéries ont un grand pouvoir d’adaptation. Mais là où les scientifiques de la NASA se sont particulièrement exposés aux critiques de beaucoup de leurs pairs, c’est en annonçant que la bactérie était capable de remplacer le phosphore de son ADN par de l’arsenic, et malgré cela, de continuer à se développer. Pour justifier cette hypothèse, les chercheurs se sont appuyés sur le fait que l’arsenic appartient à la même famille chimique que le phosphore (ils sont l’un en-dessous de l’autre et dans la même colonne du tableau périodique), et serait donc capable de former les mêmes types de liaisons chimiques.

Selon les chercheurs de la NASA, ce processus de substitution signifierait qu’il existe différentes formes d’ADN ne reposant pas sur des atomes considérés essentiels à la vie, comme c’est le cas du phosphore. Donc, d’après cette logique, l’absence de ces atomes, phosphore ou autres, sur d’autres planètes, n’empêcherait pas l’existence de vie même s’il pourrait s’agir d’une vie différente de celle que nous connaissons sur Terre.

Le problème, selon les critiques de l’étude de la NASA – et ils sont nombreux -, c’est que l’article n’offre aucune preuve concluante que l’arsenic est incorporé dans l’ADN de la bactérie. Cette preuve aurait pu être obtenue relativement facilement par des techniques telles que la spectrométrie de masse ciblée. Selon l’article de Nature, l’étude démontrerait que la bactérie est capable d’absorber et d’isoler l’arsenic de son système de reproduction tout en continuant à survivre, et cela, grâce aux traces de phosphore qui restent présentes dans son environnement. Bon, ce n’est pas E.T. mais tout de même une preuve de plus de l’adaptabilité de l’être aux conditions auxquelles il doit faire face et une belle expérience en soi. À suivre….

 

Ariel Fenster

L’inflation du FPS

FPSAvec le retour des beaux jours, les crèmes solaires se retrouvent à l’avant des rayons de cosmétiques. Et cette année, encore plus qu’avant, on peut remarquer une inflation dans le FPS, ou facteur de protection solaire. Alors qu’auparavant, un FPS de 30, ou tout au plus 45, était la norme, aujourd’hui les compagnies de cosmétiques font de la surenchère avec des FPS atteignant 70 ou 85. Récemment, Neutrogena a même franchi la barre du 100 avec son écran solaire Ultra Sheer – Dry touch. Pour beaucoup de dermatologues, ces valeurs « stratosphériques » créent de la confusion chez le consommateur et peuvent éventuellement avoir un effet négatif en lui donnant un faux sentiment de sécurité.

Le FPS d’un écran solaire établit combien de temps une personne peut s’exposer au soleil avant de subir un coup de soleil. Si la peau d’une personne brûle après une heure au soleil, l’utilisation d’une crème avec un FPS de 15 devrait en théorie lui permettre de passer 15 heures au soleil avant d’en subir les effets. Précisons « en théorie » car une crème solaire, même avec un FPS de 100, ne protège pas à 100 % si elle n’est pas correctement utilisée. Plutôt que de s’inquiéter du niveau du FPS d’un écran solaire, le consommateur doit plutôt se concentrer à bien l’appliquer. Les FPS annoncés sont seulement valables si la crème est appliquée plus abondamment que le font couramment les utilisateurs. De plus, comme les effets de la crème ont tendance à s’estomper assez rapidement, les dermatologues conseillent de la réappliquer toutes les deux heures, ainsi qu’après s’être baigné ou avoir beaucoup transpiré. Le coût des écrans solaires à FPS élevé fait souvent en sorte que les consommateurs ont tendance à vouloir l’« économiser » lors de l’application. Dans la plupart des cas, un écran solaire avec un FPS de 15 ou 30 est plus que suffisant s’il est appliqué correctement et régulièrement. Les différences dans les degrés de protection sont marginales. Un FPS de 30 protège à 97 % alors qu’un FPS de 100 offre seulement 2 points de plus, soit 99 %. Même un FPS de 15 fournit un écran tout à fait adéquat, avec un niveau de protection de 93 %.

Il est aussi important de savoir que le FPS ne mesure que le degré de protection contre les UVB, les rayons solaires davantage associés aux brûlures. Bien que la plupart des écrans solaires contiennent également des composés qui filtrent les rayons UVA, l’information présentée sur les contenants n’indique pas leur niveau d’efficacité à cet égard. Les UVA pénètrent plus profondément dans la peau et sont les principaux responsables environnementaux de son vieillissement.

On pourrait espérer que l’utilisation régulière de crèmes solaires protège contre les cancers de la peau. Cependant, aussi surprenant que cela puisse être, il n’existe aucune étude prouvant que c’est effectivement le cas. La seule chose ayant été scientifiquement établie est que les personnes utilisant des crèmes solaires sont moins sujettes au développement de kératoses solaires, des liaisons de la peau associées au carcinome squameux. Bien que l’on puisse supposer que cela soit le cas, il n’a pas été prouvé que les personnes qui ont recours aux écrans solaires sont moins à risque de développer la forme de cancer la plus courante, le carcinome baso-cellulaire, ou la plus dangereuse, le mélanome. Dans les deux cas, les facteurs de risques n’ont pas été clairement établis.

De plus, certaines études ont établi un lien entre l’utilisation d’écrans solaires et le cancer de la peau. Selon toute vraisemblance, ces données résulteraient du fait que les personnes qui utilisent ces crèmes se sentent protégés et s’exposent plus qu’elles ne le devraient. Et voilà le message de bien des dermatologues. Le meilleur moyen de se protéger du soleil et de s’y exposer le moins possible, crème solaire ou pas.

 

Ariel Fenster

Les multiples visages de la bactérie Escherichia coli

bacteriaEn 1885 Le docteur Theodore Escherich ne pouvait pas s’imaginer que la bactérie qu’il avait isolé dans les selles d’un nourrisson allait une connaitre une telle célébrité. Malheureusement ces jours-ci, avec les intoxications alimentaires qui ont déjà fait 20 mortes en Europe, cette célébrité est surtout négative. Ce sont surtout des termes comme “bactérie tueuse” qui lui sont associés. Le fait est que ce sont seulement les mauvais éléments de cette très grande famille, de bactéries qui comptent des centaines de membres, qui font les manchettes. La grande majorité d’entre elles, sont non seulement inoffensives mais au contraire souvent bénéfique. Sans essayer de la réhabiliter je veux vous présenter ci-dessous les autres visages de l’Escherichia coli.

L’Escherichia coli, ou E. coli est une bactérie présente chez les mammifères y compris l’humain où elle est l’organisme dominant de la flore intestinale. La colonisation se fait dès les premiers moments après l’accouchement. La bactérie s’y multiple rapidement, ce qui empêche d’autres espèces pathogéniques de s’y installer. La bactérie E. coli joue un rôle dans la production de la Vitamine K qui aide à la coagulation du sang. C’est pourquoi il est souvent nécessaire de fournir de la vitamine K aux nourrissons après la naissance. Comme leur flore intestinale n’est pas complètement développée, elle ne produit pas de Vitamine K des quantités suffisantes pour prévenir des hémorragies. La bactérie E. coli, du fait de sa présence dans les selles, bien qu’inoffensives est utilisée, avec d’autres coliformes, comme marqueur pour indiquer la présence de bactérie pathogènes dans l’eau.

L’ E. coli, a été un des premiers organismes dont le code génétique a été élucidé. Ce qui nous a donné une meilleure compréhension du mode de fonctionnement de l’humain et de tous les organismes vivants. À ce sujet le prix Nobel Français Jacques Monod à eu cette belle phrase : “Ce qui est vrai pour l’E. coli est aussi vrai pour l’éléphant”. Mais c’est dans ses modifications que la bactérie a apporté le plus d’avantages à l’être humain. Armée des instructions nécessaires elle peut être transformée en micro-usine capable de produire rapidement et avec un minimum d’énergie une grande variété de composés utiles, et cela sans jamais se mettre en grève.

Le premier succès de la bactérie dans ce rôle a été la production de l’insuline humaine. Depuis la découverte, en 1912, du rôle de l’insuline dans le traitement du diabète par Banting et Best (deux Canadiens!), les patients étaient traités avec de l’insuline provenant d’animaux d’abattoirs. Bien que la protéine soit similaire à l’insuline humaine il y a quelques différences. En conséquence, chez certains individus, le système immunitaire la traite comme un corps étranger à rejeter. Une interaction qui peut causer des réactions inflammatoires au site de l’injection. Dans les années 1970 les scientifiques sont arrivés à identifier le gène qui codifie la production de l’insuline chez l’humain et à le transférer dans une bactérie du type E. coli (illustrée ci-contre). L’insuline produite par la bactérie, en tout pont semblable à l’insuline humaine a été mise sur le marché sous le nom d’Humuline (Eli Lily). Cela fut la première application de la technique de l’ADN recombinant et cela a donné le coup d’envoi aux multiples applications de la biotechnologie. Aujourd’hui cette dernière, entre autre grâce l’E. coli, produit des antibiotiques, des vaccins et une multitude d’autres thérapies.

C’est aussi grâce l’ADN recombinant, et à l’E. coli, que sont produits la plupart des fromages dans le monde. Le fromage dans son terme le plus général est le résultat de la coagulation de protéines de lait. Le lait de vache principalement, mais aussi de brebis de chèvres ou d’autres mammifères (ceux qui ont vu le film “Borat” sauront qu’il est aussi possible de produire du fromage avec du lait maternel). Cette coagulation se fait généralement par l’ajout de présure, une substance présente dans le suc gastrique de veaux ou d’agneaux (sa présence dans l’estomac favorise chez l’animal la digestion du lait de sa mère). Malheureusement les quantités de présure provenant de ces animaux n’arrivaient pas à suffire à la demande. Encore une fois c’est la bactérie E. coli qui a sauvé la situation. Le principe actif de la présure est une enzyme nommée chymosine. Comme pour l’insuline, les scientifiques sont arrivés à isolés le gène nécessaire à la production de l’enzyme. Ce gène a été ensuite incorporé dans une bactérie E. coli qui s’est transformée en usine de production de chymosine tout en point identique celle d’origine animale. Avec en plus l’avantage pour les végétariens (ovo-lacto) de ne pas avoir à utiliser un produit provenant de l’abatage d’animaux. La chymosine a l’honneur d’être le premier produit issu de la biotechnologie à avoir été approuvé pour l’alimentation humaine en 1990. Il est amusant de penser que les Français, pour qui le terme OGM est anathème, utilisent le procédé, sans état d’âme dans la production de leurs fromages.

La bactérie E. coli, sous différentes formes, jouent aussi un rôle important dans l’amélioration de notre environnement. Elle fait partie des bactéries qui dégradent les rejets humains dans les fosses septiques. Ces mêmes bactéries produisent du biogaz à partir de déchets organiques. Une innovation particulièrement intéressante dans ce domaine est la possibilité de produire directement des hydrocarbures à partir de la bactérie. Les chercheurs de la compagnie LS9 (LS9 Inc.) en Californie sont arrivés modifier des E. coli pour les rendre capables de convertir des sources naturelles de carbone, comme les sucres ou la cellulose, en biocarburants. Ces derniers peuvent utilisés dans les moteurs sans traitement supplémentaire. Imaginez d’avoir un digesteur à bactérie E. coli dans votre appartement. Vous lui donnez du sucre avant de vous coucher et le matin vous avez assez d’essence pour aller au travail. Non, je ne pense pas que c’est pour demain!

C’est justement la grande facilité avec laquelle la bactérie E. coli peut être modifiée, et sa grande vitesse de reproduction, qui sont la cause de ces espèces pathogènes qui lui donne mauvaise réputation. Dans le cas de l’intoxication alimentaire présente, qui a fait au moins 20 morts en Europe, il s’agit d’une nouvelle variante de la bactérie Escherichia coli entérohémorragique (ECEH). Celle-ci doit son nom aux symptômes de sang dans les selles qu’elle occasionne. La plupart des patients guérissent en une dizaine de jours mais certains sont sujets à une complication grave. Le syndrome hémolytique et urémique (SHU) qui affecte les reins, touche à peu près 10% des personnes infectée et est potentiellement mortel. Ce nouveau sérotype de la bactérie, baptisée O104, est de la même famille que celui (O157) qui a tué 7 personnes et rendu plus de 2,000 malades à Walkerton (ON) il y a quelques années. Et la théorie est que, comme à Walkerton, la bactérie proviendrait d’eau contaminé par du purin de bétail et qui aurait été en contact avec des légumes. Mais il semble que ce qui rend la bactérie O104 particulièrement virulente et qu’elle aurait emprunté des gènes d’une autre bactérie. Un phénomène, auquel E. coli sont adeptes, et qui non seulement la rend plus toxique mais également plus résistante aux antibiotiques. Ce qui explique que dans le cas de la variante O104 de l’ECEH ce n’est pas chez 5% mais près de 50% des patients que l’on observe le SHU. Au moment où j’écris ceci la source de la contamination semble être des germes de haricots provenant d’une ferme bio. Mais on en aura probablement jamais la confirmation.

Ariel Fenster

Le 5-chloro-2-(2,4-dichlorophenoxy)phénol – vous connaissez?

soapVous ne connaissez peut-être pas le 5-chloro-2-(2,4-dichlorophenoxy)phénol, mais vous y êtes certainement exposé. Mieux connu sous son nom technique de triclosan, cet agent antibactérien sert à la fabrication d’une multitude de produits. Dans la salle de bain, cela va du savon au dentifrice en passant par le déodorant, la crème à raser et le rince-bouche. Dans la cuisine, on l’utilise pour imprégner les planches à découper et les sacs-poubelle. Il peut également infuser la literie, les chaussettes et même les jouets.

Introduit dans les années 1960 par la compagnie suisse Ciba pour le brossage chirurgical, le triclosan est, selon ses opposants, surtout utilisé comme outil de marketing. Les fabricants ont beau claironner que leur produit est efficace contre les microbes et sans danger, mais de plus en plus de voix dans la communauté scientifique, de même que les agences gouvernementales et les associations de consommateurs, s’élèvent contre son utilisation, qu’ils jugent abusive. L’ampleur de cette utilisation est illustrée par une étude du Center for Disease Control, aux États-Unis, selon laquelle le triclosan est présent dans l’urine de 75 pour cent des Américains de plus de 5 ans.

Il ne fait pas de doute que des produits comme le triclosan ont leur place dans le milieu hospitalier, notamment dans le contrôle des infections nosocomiales. Par contre, ce n’est pas le cas des produits de consommation courante. De plus, certaines études suggèrent que, dans le contrôle des bactéries, le savon antibactérien n’est pas plus efficace que le savon ordinaire. Il suffit de 15 secondes pour chaque côté; soit le temps de fredonner la mélodie Bonne fête! Pourtant, environ la moitié des savons liquides contiennent du triclosan.

Parmi les craintes associées à l’utilisation massive du triclosan, mentionnons celle du développement de bactéries résistantes aux antibiotiques. Une étude en ce sens a notamment été publiée dans la revue médicale Nature en 1998. Néanmoins, des études subséquentes n’ont pas réussi à confirmer cette hypothèse. Ces craintes ont par ailleurs été remplacées par d’autres, particulièrement liées à l’environnement. Certaines études indiquent que le triclosan peut réagir avec le chlore, utilisée pour former du chloroforme : une substance potentiellement cancérigène. Il y a aussi la possibilité de formation de dioxines, sous l’influence des rayons UV du soleil. Finalement, des essais menés auprès d’animaux indiquent que le triclosan peut agir comme perturbateur endocrinien; une donnée qui vient renforcer les préoccupations à son sujet.

Au-delà de toutes ces considérations, de plus en plus d’indications tendent à démontrer que tenter d’éliminer les microbes sous toutes leurs formes contribue au développement de certaines maladies. C’est dans les sociétés dites « les plus propres » que le taux d’allergies, d’asthme et de maladies auto-immunes est le plus élevé. Notre organisme a besoin d’être exposé, à un certain niveau, à une variété de microorganismes pour apprendre à se défendre adéquatement. Il s’agit en fait de la théorie de l’hygiène, dont j’ai fait mention à plusieurs reprises dans mes chroniques.

Les organismes de réglementation sont à évaluer la pertinence de l’utilisation du triclosan dans les produits d’hygiène. Mais étant donné que rien ne porte à croire que les avantages du triclosan vaillent les risques – même s’ils sont minimes – liés à son emploi, il n’est pas nécessaire d’attendre avant de l’éliminer de sa liste d’achats.

 

Ariel Fenster

Vivre au-delà de 100 ans?

boyD’après une étude de chercheurs danois parue dans le journal médical britannique The Lancet, la majorité des enfants qui naissent aujourd’hui dans les pays riches devrait franchir la barre des 100 ans. Or, pour beaucoup de spécialistes, cette nouvelle, qui a fait les manchettes récemment, repose sur des hypothèses pour le moins discutables. En particulier, le fait que les chercheurs soient arrivés à leur conclusion en extrapolant les données sur l’augmentation de l’espérance de vie qui a marqué le siècle dernier.

Il est vrai qu’en 1900, l’espérance de vie à la naissance dans les pays

développés était de l’ordre de 50 ans alors qu’aujourd’hui, elle surpasse les 80 ans. Toutefois, la majeure partie de cette hausse spectaculaire a eu lieu dans la première moitié du 20e siècle. Elle était essentiellement le résultat de mesures qui ont permis de lutter contre les maladies infectieuses, les principales causes de décès à l’époque. Aujourd’hui, notre société fait face à d’autres enjeux médicaux, tels que l’obésité et le cancer, des problèmes bien plus difficiles à contrôler. Au Canada, plus de 20 pour cent de la population fume, 30 pour cent souffre de surpoids et 15 pour cent est obèse. À moins que les enfants nés aujourd’hui n’adoptent des habitudes remarquablement plus saines, il est clair que le nombre de centenaires ne va pas augmenter de la manière prédite par les chercheurs danois.

 

Ariel Fenster

Le chocolat comme poison

Depuis quelques temps, on parle beaucoup des vertus du chocolat. Riche en antioxydants, il fait les manchettes pour la prévention des maladies cardiaques. Si le chocolat peut être bénéfique pour l’humain, il n’en est pas de même pour certains animaux, pour lesquels il est peut être mortel. En effet, le chocolat contient une classe de composés chimiques appartenant à la même famille que la caféine, soit les méthylxanthines. Ceux-ci sont de légers stimulants pour l’être l’humain mais des poisons pour une variété d’animaux. Une simple barre de chocolat noir non sucré contient assez de méthylxanthines pour tuer un chien de taille moyenne. Les chiens sont particulièrement susceptibles parce que, contrairement à l’humain, ils n’ont pas la capacité de métaboliser, c’est-à-dire de détoxifier, très rapidement les méthylxanthines et ceux-ci atteignent très rapidement des niveaux toxiques. Cet effet a donné l’idée à des chercheurs américains d’examiner l’utilisation du chocolat pour le contrôler la population de coyotes. Ces derniers font de sérieux ravages dans l’Ouest du pays. Non seulement ils tuent près de 50 millions $ en bétail chaque année, mais ils sont aussi capables d’attaquer les humains et les animaux domestiques. L’érection de barrières n’est pas très efficace et c’est la raison pour laquelle dans certaines régions on pratique l’élimination systématique des coyotes. Un choix écologiquement discutable mais ce qui est certain c’est que le poison normalement utilisé, le cyanure présente de nombreux problèmes. En particulier dû au fait qu’il soit également très toxique pour l’humain et la plupart des animaux. D’après les premiers résultats obtenus, un mélange de méthylxanthines similaire à ce que l’on retrouve dans le chocolat est aussi efficace que le cyanure sans en présenter les dangers.

Ariel Fenster

Le chocolat contre la fatigue chronique

chocolateLes résultats d’une étude menée par des chercheurs britanniques chez des personnes souffrant de fatigue chronique suggèrent qu’une dose quotidienne de chocolat noir améliore leurs symptômes de manière appréciable. L’étude à double insu comparait l’effet du chocolat noir à celui d’un placebo, dans ce cas du chocolat blanc teint en noir. Les patients ont reçu des doses de 15 grammes de chocolat noir trois fois par jour. Après 8 semaines de traitement, ils ont été soumis à deux tests standardisés qui sont normalement utilisés pour déterminer de manière objective le niveau de fatigue. Dans les deux cas l’amélioration a été statistiquement significative. De manière anecdotique, deux patients qui continuent toujours leur traitement, ont pu reprendre leur travail après plus de deux ans d’incapacité. D’après les chercheurs, la présence de polyphénols dans le chocolat noir améliorerait les niveaux de sérotonine au niveau du cerveau, un neurotransmetteur dont les fluctuations ont été liées aux symptômes de fatigue chronique. Ce sont ces mêmes polyphénols qui sont associés aux aspects bénéfiques du chocolat dans la prévention des maladies cardiaques. Si vous êtes intéressés à en savoir plus sur le chocolat, j’ai donné une conférence intitulée “L’histoire et la science du chocolat” au congrès annuel de l’Association pour l’enseignement de la science et de la technologie au Québec (APSQ). Grâce au système audiovisuel “COOL” (COurses On Line) développé à l’université McGill, cette conférence a été captée « en direct » avec son et image et a été mise en ligne sur notre site www.cool.mcgill.ca. Vous pouvez accéder directement à la conférence en cliquant sur:

http://bcool.mcgill.ca/COOLLectureListing.aspx?Semester=SpecialLectures&Course=Confere ncesFrancais

Ariel Fenster

La Cravate de Mike Babcock

babcockPlusieurs médias ont souligné que l’entraîneur de l’équipe de hockey masculine canadienne Mike Babcock (B. Éd. 1986) portait sa cravate fétiche de McGill lors de la victoire sur les États-Unis. McGill a d’ailleurs brillé sur plusieurs fronts lors de ces jeux. Vous avez peut- être remarqué que lors de la remise de la médaille d’or à l’équipe de hockey féminine canadienne, Dick Pound (ancien chancelier de McGill) a félicité les joueuses et a embrassé les trois d’entre elles liées à McGill. Il s’agit de Charline Labonté, étudiante en éducation, de Catherine Ward (B. Com. 2009) et de Kim St-Pierre (B.

Éd. 2005). C’était la troisième médaille d’or olympique pour Kim St-Pierre qui, et j’en suis très fier, a suivi un de mes cours de chimie. Comme je le dis toujours la chimie, science centrale, ouvre la voie à tous les débouchés. En tout et pour tout, depuis le début des Olympiades – été et hiver combinées – 112 étudiants ou diplômés de McGill ont pris part aux épreuves olympiques, récoltant globalement huit médailles d’or, neuf d’argent et onze de bronze.

Ariel Fenster

L’Organisme de Weizmann

WEIZMANNLa production de biocombustibles cellulosiques intéresse de plus en plus les scientifiques. D’une part, leurs profils en termes de réduction de gaz à effet de serre et de rendement énergétique sont beaucoup plus avantageux que ceux des carburants, comme l’éthanol, obtenus à partir des processus de fermentation du maïs ou de la canne à sucre. D’autre part, comme ils peuvent être produits à partir de déchets végétaux, ils n’ont pas d’impact sur la production alimentaire. Le problème est que, jusqu’à présent, les techniques de production des biocombustibles cellulosiques ne sont pas encore très efficaces et les quantités disponibles ne suffisent pas à la demande. Mais les choses sont susceptibles de changer grâce à un processus basé sur une bactérie, l’organisme de Weizmann. La nature du processus et l’origine du nom donné à la bactérie valent la peine d’être racontées.

Nous sommes en Angleterre, en 1915, et la Première Guerre mondiale fait rage. À l’époque, la cordite était l’explosif utilisé par les Britanniques. Ce mélange de nitrocellulose et de nitroglycérine présentait un avantage sur la poudre noire, puisqu’il était plus puissant et qu’il ne produisait aucune fumée quand il explosait. Cela permettait aux tireurs d’agir sans révéler leur position. Dans la fabrication de l’explosif, les composants, la nitrocellulose et la nitroglycérine, étaient dissous dans de l’acétone avant d’être extrudés à travers une filière. Une fois l’acétone évaporée, l’explosif apparaissait sous forme de longs filaments, d’où le nom de « cordite ». À l’époque, l’acétone était produite à partir de distillats provenant de bois chauffé à haute température; un processus inefficace et qui ne répondait pas aux besoins grandissants en acétone. Face à ce problème, le ministre des Munitions, Lloyd George, se tourna vers le chimiste Haim Weizmann.

Weizmann était né en Biélorussie, en 1874. En 1904, après avoir étudié la chimie en Suisse, il s’était installé en Grande-Bretagne où il était professeur à l’Université de Manchester. Dès 1914, comme nombre de scientifiques de l’époque, il s’était investi dans l’effort de guerre. Pour sa part, il cherchait un substitut synthétique au caoutchouc, la Grande-Bretagne craignant de se voir coupée de ses sources d’Amérique du Sud. Comme on savait que l’isoprène était le bloc constituant du caoutchouc, Weizmann se mit naturellement à chercher une méthode pour produire cette molécule. Par son beau-frère qui travaillait à l’Institut Pasteur, il avait appris que certaines bactéries étaient capables de convertir des hydrates de carbone, comme l’amidon ou la cellulose, en une variété de simples molécules. Weizmann se demanda si l’une de ces bactéries pourrait produire l’isoprène dont il avait besoin. Mais à sa grande déception, aucune d’entre elles n’était capable de remplir ce rôle. Il y avait bien le microbe Clostridium acetobutylicum (photo ci-contre), mais il produisait un mélange d’acétone, de butanol et d’éthanol, des molécules sans intérêt pour Weizmann dans la synthèse du caoutchouc. Par contre, les travaux de Weizmann, comme on se l’imagine, présentaient un grand intérêt pour Lloyd George, qui y voyait un moyen d’obtenir l’acétone nécessaire à la production de la cordite. À la demande de Lloyd George, Weizmann développa les conditions pour obtenir les meilleurs rendements en acétone, grâce au microbe Clostridium acetobutylicum qui, depuis, est connu sous le nom d’organisme de Weizmann*.

À l’époque, les Britanniques n’avaient besoin que de l’acétone, facilement séparée des autres composants du mélange par distillation. Aujourd’hui, par contre, les scientifiques s’intéressent surtout au butanol dans la production de biocombustibles cellulosiques. Le butanol est le composé prédominant du processus développé par Weizmann. Les proportions en butanol, acétone et éthanol sont 6:2:1. Dans l’optique « écologique », le biobutanol est beaucoup plus intéressant comme carburant que le bioéthanol. Tout d’abord, son rendement énergétique est 50 pour cent plus important et comparable à celui de l’essence. Ensuite, du fait de sa structure, le butanol tolère beaucoup mieux la contamination par l’eau et est moins corrosif que l’éthanol, ce qui lui permet d’être plus facilement utilisé, sans modification, dans les moteurs d’automobiles, et d’être distribué par pipeline. Il est réconfortant de constater qu’après avoir été utilisé à des fins destructives, l’organisme de Weizmann a maintenant le potentiel de jouer un rôle important dans la protection de l’environnement.

—————————————————————————————————– * Après qu’il soit devenu premier ministre, Lloyd George demanda à Weizmann comment il aimerait être récompensé pour son travail. Weizmann, un sioniste convaincu, demanda son aide pour établir une patrie pour les Juifs dispersés à travers le monde. Ceci amena les Britanniques à émettre en 1917 la Déclaration Balfour qui mena, en 1948, à la création de l’État d’Israël. Weizman devint le premier président de l’État qu’il contribua à faire naitre.

 

Ariel Fenster

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