Une nouvelle arme contre les super microbes?

On estime que plus de 100 000 personnes meurent chaque année en Amérique du Nord à la suite d’infections causée par des bactéries résistantes à la plupart des antibiotiques. Parmi celles-ci, le SARM (staphylococcus aureus résistant à la méthicilline) est particulièrement problématique. Contrairement aux infections nosocomiales, des infections acquises dans des centres de soins et qui frappent surtout des personnes déjà à risque, le SARM, lui, se retrouve dans l’environnement et peut frapper des personnes en parfaite santé.

Un groupe de chercheurs pourrait avoir identifié une solution. On avait déjà remarqué que lorsqu’un antibiotique attaque la bactérie SARM, celle-ci produit de l’oxyde nitrique, une molécule qui joue un double rôle de protection. Non seulement est-elle capable d’agir sur l’antibiotique afin de réduire sa toxicité mais elle stimule également le système de défense de la bactérie afin de la rendre plus résistante. Dans le cadre d’une étude dont les résultats viennent d’être publiés dans Science, des chercheurs de l’Université de New York ont démontré qu’il est possible de neutraliser l’enzyme qui produit l’oxyde nitrique. Cette découverte ouvre la voie à la possibilité d’utiliser de nouveau les antibiotiques qui avaient cessé d’être efficaces et de pouvoir les utiliser à des doses plus faibles et donc, produisant moins d’effets secondaires.

Cette étude démontre, encore une fois, les rôles variés que joue l’oxyde nitrique, une petite molécule composée d’un atome d’oxygène et d’un atome d’azote. D’abord connu comme agent de pollution – l’oxyde nitrique attaque la couche d’ozone -, les scientifiques ont ensuite découvert, à leur grande surprise, qu’il est aussi produit dans le corps humain. Il a plusieurs effets physiologiques, notamment au niveau de la vasodilatation… une découverte qui nous a donné le Viagra.

 

Ariel Fenster

L’Affaire Stallings

Les techniques analytiques sont telles qu’il est désormais possible de détecter et d’identifier des quantités infimes d’une substance. Malgré cela, le résultat d’une investigation demeure à la merci du facteur humain. L’Affaire Stallings démontre que cela peut avoir des conséquences tragiques.

Le 7 juillet 1989, la vie de Patricia Stallings prend un tournant tragique. Après avoir donné le biberon à son bébé de trois mois, Ryan, ce dernier en vomit immédiatement le contenu. Pendant deux jours, il est incapable de garder toute nourriture. Léthargique, le bambin respire difficilement. Admis d’urgence à l’hôpital, il est soumis à des tests à l’issue desquels on dénote la présence sanguine de glycol d’éthylène, principale composante de l’antigel. Incapable d’expliquer l’origine du poison, Patricia Stallings est alors soupçonnée de souffrir du syndrome de Munchausen et d’avoir empoisonné son fils. Ce dernier lui est alors retiré et confié à une famille d’accueil. La mère est autorisée à nourrir son fils, sous supervision.

Huit semaines plus tard, après que Patricia Stallings ait donné le biberon à son fils, l’état de ce dernier, qui s’était jusqu’alors amélioré, se dégrade de nouveau. Ryan est amené d’urgence à l’hôpital, mais, en dépit de tous les efforts déployés pour le sauver, il meurt. Les tests de deux laboratoires révèlent la présence de glycol d’éthylène dans le sang du bambin et dans le biberon ayant servi à le nourrir. Patricia Stallings est arrêtée et accusée du meurtre de son fils.

Enceinte au moment de son arrestation, Patricia Stallings donne naissance à un deuxième fils, David. Alors emprisonnée, elle est forcée de confier l’enfant à une famille d’accueil. Très rapidement, ce dernier développe les mêmes symptômes que ceux affligeant son frère. David est alors soumis à des examens plus approfondis. Au lieu d’empoisonnement au glycol d’éthylène, les tests démontrent que David souffre d’une rare maladie génétique, l’acidémie méthylmalonique (AMM).

Touchant environ un nouveau-né sur 50 000, l’AMM découle d’une carence au niveau de l’enzyme qui dégrade l’acide méthylmalonique, un métabolite de différents acides aminés. L’accumulation d’acide qui en résulte donne lieu à une variété de symptômes similaires à ceux de l’empoisonnement au glycol d’éthylène. Malgré cela, le juge au procès de Patricia Stallings refuse que son avocat justifie le décès de Ryan par l’AMM. Selon lui, même s’il est possible que l’enfant ait été atteint de maladie, les tests ont néanmoins détecté la présence d’antigel. En janvier 1991, Patricia Stallings est condamnée à la prison à vie pour le meurtre de son enfant.

La série télévisée américaine Unsolved Mysteries en fait le sujet de l’une de ses émissions, que visionnent deux chercheurs du Département de génétique de l’Université de St Louis, les professeurs Shoemaker et Sky. Ces derniers s’étonnent que Patricia Stallings donne naissance à un deuxième enfant présentant les mêmes symptômes. Après avoir communiqué avec les autorités, on leur accorde la permission d’offrir une contre-expertise sur un échantillon du sang de Ryan.

Coup de théâtre! Les analystes ayant mené les tests sanguins permettant de croire à la « culpabilité » de Patricia Stallings avaient commis une erreur impardonnable en n’utilisant pour seule technique celle de la séparation de chromatographie en phase gazeuse, et assignant au glycol d’éthylène les pics observés sur les graphes obtenus. En fait, ceux-ci étaient causés par l’acide propionique, un des produits de dégradation de l’acide méthylmalonique. Les professeurs Shoemaker et Sly ont quant à eux utilisé la technique recommandée, soit la spectrométrie de masse. À l’issue de ce test, qui précise la composition exacte d’un mélange, on confirma l’absence d’éthylène glycol et, du même coup, la présence d’acide propionique.

Le 20 septembre 1991, les accusations portées contre Patricia Stallings sont retirées dans leur totalité. Le calvaire de la jeune femme aura donc duré plus de deux ans. Bien que son séjour en prison ait indiscutablement été une véritable injustice, la plus grande tragédie que cette femme ait dû endurer est le décès de son fils, lequel aurait pu être évité si les laboratoires n’avaient pas commis cette erreur impardonnable. Diagnostiquée à temps, l’AMM peut être contrôlée grâce à un régime alimentaire qui limite l’apport de certains acides aminés. Dès sa sortie de prison, Patricia Stallings a poursuivi les deux laboratoires ainsi que l’hôpital. L’on rapporte que l’entente à l’amiable lui donna droit à une compensation de six millions de dollars. S’il est vrai que la justice a triomphé, la chance et le hasard, dans ce cas, ont tous deux joué un rôle important. Patricia Stallings donna naissance à un deuxième enfant à son tour atteint d’AMM; au sein d’une même famille, les probabilités que deux enfants soient atteints de la maladie s’élèvent à une sur quatre. Et deux experts en dépistage génétique ont regardé la télévision au bon moment.

Ariel Fenster

Faut-il avoir peur de Shrek?

shrekLa chaîne McDonald’s a récemment rappelé 12 millions de verres promotionnels au Canada et aux États-Unis. C’est que les illustrations des personnages du film Shrek qui les décoraient étaient contaminées par du cadmium. Il est vrai que le cadmium peut être toxique et que par précaution, il était plus prudent pour McDonald’s de rappeler ces verres. Il faut quand même noter que les verres ne présentaient pas vraiment de risque pour ceux qui s’en étaient procurés. Les quantités de cadmium étaient inférieures à celles permises par les normes de sécurité tant canadiennes qu’américaines. Par contre, elles étaient légèrement supérieures aux nouvelles normes proposées pour le métal aux États-Unis. On pourrait tout de même souligner que les boissons à haute teneur en sucre servies dans ces verres sont potentiellement plus néfastes pour la santé que les verres eux-mêmes.

 

Ariel Fenster

Le bronzage au bout d’une aiguille?

tanLe melanotan, un composé qui, lorsqu’injecté sous la peau, stimule le bronzage, est en vente sur de nombreux sites Web. Un forum dédié à son usage, melanotan.org, compte des milliers de participants, ce qui est inquiétant étant donné que l’innocuité et l’efficacité de melanotan n’ont pas été proprement évaluées et que son usage n’est approuvé dans aucun pays.

Les abus observés avec le melanotan démontrent les dangers associés à la mise en marché de médicaments qui ont du potentiel au point de vue esthétique. Le melanotan existe sous deux formes: le melanotan I et le melanotan II. Toutes deux sont des analogues synthétiques de l’hormone naturelle qui stimule la production de mélanine, la molécule responsable du bronzage. Des études préliminaires effectuées à partir du melanotan I suggèrent qu’il offre la possibilité de réduire les dommages causés par les rayons UV du soleil et de prévenir les cancers de la peau. Le melanotan I offre de l’espoir aux personnes souffrant de déficiences du système photo-protecteur. Clinuvel, la compagnie australienne qui développe le melanotan I, a obtenu des résultats encourageants dans le traitement de la protoporphyrie erythropoietique, une maladie génétique qui cause des douleurs atroces quand la peau est exposée au soleil. Le melanotan I aurait probablement aidé Hannelore Kohl, la femme de l’ancien chancelier allemand. Après avoir souffert pendant des années d’une allergie aigue au soleil, causée par une réaction à la pénicilline, elle a fini par se suicider, en 2001.

Les études cliniques sur le melanotan II ne sont pas aussi avancées. Mais cela ne saurait tarder. En plus du bronzage, le produit semble avoir un effet sur la fonction érectile et la libido.

Ariel Fenster
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