La maladie pulmonaire du maïs soufflé

Des enquêteurs fédéraux américains accusent la Food and Drug Administration (FDA) de manquer de diligence à l’égard de la salubrité de milliers d’additifs utilisés par l’industrie alimentaire. Les agents se questionnent particulièrement au sujet de la désignation GRAS (Generally Recognized As Safe) que la FDA accorde à de nombreuses substances. Quand un additif est reconnu comme GRAS, les manufacturiers n’ont pas à effectuer les examens rigoureux de salubrité qui seraient normalement exigés. Ils économisent ainsi des centaines de milliers de dollars en analyses et sont aussi en mesure de mettre leur produit sur le marché plus rapidement. L’avantage pour le consommateur est qu’en théorie, cela peut signifier un prix moins élevé. Or, les enquêteurs s’inquiètent du fait que ce sont les manufacturiers eux-mêmes qui déterminent si un additif répond aux normes permettant de le désigner GRAS. La FDA, qui doit donner son accord, ne supervise pas le processus d’évaluation et les compagnies ne sont pas contraintes de lui fournir des détails à ce sujet. Le débat au sujet de cette désignation a un impact au Canada. Quand un additif obtient la mention GRAS aux États-Unis, c’est un des facteurs qui favorisent son approbation au Canada.

L’une des raisons pour laquelle la FDA est sur la sellette est la controverse entourant l’utilisation du diacétyle. Cette saveur artificielle de beurre, désignée GRAS, a longtemps été utilisée – elle l’est moins aujourd’hui- dans la préparation du maïs soufflé. D’après les critiques, cet additif serait à l’origine du développement d’une maladie pulmonaire, rare mais extrêmement dangereuse, la bronchiolite oblitérante (aussi appelée maladie pulmonaire du maïs soufflé ou popcorn lung disease). Aux États-Unis, plus de 300 poursuites ont été déposées contre des compagnies alimentaires et des fabricants de saveurs. La vaste majorité des plaignants sont des travailleurs d’usine où le maïs soufflé était fabriqué et qui étaient exposés à de grandes concentrations de vapeurs de diacétyle. Ces poursuites ont entraîné des jugements ou règlements hors cour accordant aux victimes des indemnités totalisant plus de 100 millions de dollars.

Il ne fait pas de doute que la bronchiolite oblitérante est un risque réel pour ces travailleurs mais le diacétyle présente-t-il un danger pour le consommateur de maïs soufflé? Selon moi, cela est peu probable. Il faut dire que le diacétyle est un élément naturel de nombreux aliments. On le retrouve dans le beurre, à qui il procure son goût, mais aussi dans la crème fraîche et les autres produits laitiers. Il est également présent dans les boissons alcoolisées, en particulier les bières au goût prononcé telles que les Porter ou Pilsner, et le Chardonnay, qui ne serait pas un Chardonnay sans la présence de diacétyle. Dans tous ces cas, notre exposition aux vapeurs de diacétyle est trop faible pour entraîner un problème de santé. Il y a toutefois des exceptions, comme le cas de Wayne Watson. Cet homme a consommé jusqu’à trois paquets de maïs soufflé par jour pendant 10 ans. De plus, comme il en aimait l’odeur, il la humait profondément à l’ouverture de chaque paquet. Après avoir reçu un diagnostic de bronchiolite oblitérante, il a poursuivi plusieurs compagnies de maïs soufflé et de saveurs artificielles. Aux dernières nouvelles, il a obtenu un montant qui demeure confidentiel dans le cadre d’un règlement hors cour avec l’une des compagnies.

Ariel Fenster

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