PAP, ACPF, PFOS et APFO

Screen Shot 2013-08-09 at 8.17.29 PMDerrière ces acronymes se cache une nouvelle qui vient de faire les manchettes. Elle s’adresse surtout à ceux et celles qui aiment le popcorn et, en particulier, le popcorn préparé au four à micro- ondes. Malheureusement, ces manchettes alarmantes – « Produits toxiques dans le popcorn! » – ne reflètent pas exactement les résultats d’une étude tout de même intéressante réalisée sous la direction du Dr Scott Mabury de l’Université de Toronto et publiée dans la revue Environmental Health Perspectives.

Essayons de faire le point en commençant par les PAP. Ces composés (des esters de phosphate d’alkyl polyfluorés) à la fois imperméables à l’eau et à la graisse, se retrouvent dans une myriade d’emballages alimentaires. On les retrouve dans les boîtes à pizza, le papier autour des hamburgers ainsi que les sacs à popcorn. Les PAP ne représentent pas un danger en eux-mêmes car après tout, nous ne mangeons pas les emballages. Or, des analyses sanguines révélant la présence de PAP dans le sang de certains sujets nous indiquent que les PAP sont capables de migrer de l’emballage à la nourriture. Toutefois, on ne peut présumer que la présence de PAP dans le sang est nécessairement nocive. En fait, aucune donnée scientifique n’a permis de le prétendre jusqu’à présent. Ce qui est inquiétant, c’est la transformation qui survient lorsque les PAP sont métabolisés par le corps.

Les travaux du Dr Mabury indiquent que, chez les rongeurs du moins, les PAP peuvent se transformer en ACPF (ou acides carboxyliques perfluorés), des composés qui, eux, sont potentiellement toxiques. L’un d’entre eux, l’APFO (ou acide perfluorooctanoïque) est particulièrement préoccupant. Ce composé était utilisé dans les années 1970 comme agent émulsifiant dans la préparation de fluoropolymères comme le Téflon. A cette époque, on avait démontré que l’APFO demeure dans l’environnement et se retrouve dans le sang humain. De plus, les chercheurs avaient établi, chez des animaux de laboratoire, des liens entre l’exposition aux APFO et des problèmes de métabolisme ou l’apparition de certaines formes de cancer.

Les craintes associées à l’utilisation de l’APFO amenèrent l’industrie à le remplacer dans la fabrication du Téflon par d’autre composés, comme le PFOS (ou acide perfluorooctane sulfonique). Malgré cela, les niveaux sanguins d’APFO dans la population ne baissèrent pas, ce qui amena les scientifiques à postuler que l’APFO dans le sang provenait d’autres sources. Et c’est là que les travaux du Dr Mabury deviennent particulièrement intéressants. Son équipe est arrivée à démontrer que les PAP administrés aux rats peuvent se convertir en APFO. De plus, et c’est ce qui est particulièrement important, ses calculs ont démontré que les niveaux de APFO dans le sang humain s’expliqueraient en grande partie par la présence de PAP dans les emballages alimentaires.

Que faut-il conclure de tout cela? Voilà la grande interrogation! Car les données obtenues pour l’APFO l’ont été avec des animaux de laboratoires auxquels on a donné des doses énormes d’APFO. Ces doses sont sans commune mesure avec celles auxquelles l’humain est exposé. Il n’y a pas de raison de paniquer mais les résultats nous laissent tout de même penser que l’utilisation des PAP et ses conséquences méritent d’être étudiées davantage.

Ariel Fenster

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