« Soap story »

Screen Shot 2013-08-14 at 10.14.03 PM« Soap operas » est le terme anglais utilisé pour décrire ces feuilletons qui font la joie de millions de personnes à travers le monde. La désignation découle du fait que les feuilletons diffusés aux États-Unis étaient autrefois produits et commandités par les fabricants de savon comme Procter& Gamble ou Colgate-Palmolive. Or, selon moi, l’histoire et la science du savon lui-même sont bien plus fascinants que les scénarios de As the World Turns ou All My Children.

La fabrication du savon relève de l’un des plus vieux procédés. Des documents datant de l’ancienne Babylone – 3 000 ans avant notre ère – mentionnent l’existence déjà à cette époque de composés aux propriétés nettoyantes préparés à partir de cendres et d’huiles végétales. Il est intéressant de noter qu’un seul autre procédé a une plus longue histoire que celle du savon. Il s’agit de la production du vin, dont les premières traces remontent à 8 000 ans avant notre ère. Cela voudrait-il dire que le besoin d’alcool est venu avant le besoin de se laver ?

Le terme sapo est mentionné par l’historien Romain Pline le Vieux comme étant un composé fait à partir de suif (graisse de bœuf) et de cendres. Il relate aussi que ce sapo* était utilisé par les Gaulois comme pommade pour les cheveux. Jusqu’au 19e siècle, le savon était un produit de luxe, d’abord en raison du procédé de production, long et compliqué et qui consistait à chauffer à haute température pendant de longues heures un mélange fait de cendres et de graisse. Ensuite venait toute une série d’étapes de purification visant à éliminer l’alcalinité restante et rendre le savon moins irritant.

C’est sans oublier que l’Église considérait que se laver impliquait d’exposer sa chair, ce qui n’était pas « très catholique ». En conséquence, la production de savon était soumise à de fortes taxes, ce qui en limitait son utilisation aux classes les plus riches. Pourtant, la reine Elizabeth d’Angleterre mentionne dans ses mémoires qu’elle prenait un bain tous les trois mois, « … qu’elle en ait besoin ou non ».

Si aujourd’hui le savon est bon marché, c’est grâce à Nicolas Leblanc, celui qui développa, en 1879, une méthode simple pour fabriquer de l’hydroxyde de sodium (NaOH) à partir du sel. L’hydroxyde de sodium remplaça les cendres comme composé alcalin dans la fabrication du savon Rendant le processus plus rapide et meilleur marché. Pour ce qui est des molécules de graisse ou d’huile, elles sont composées de glycérol auquel sont attachés trois acides à longues chaines (appelés acides gras). C’est d’ailleurs de là que vient le terme triglycérides pour décrire ces composés. Dans la fabrication du savon, le NaOH brise les liaisons entre le glycérol et les trois acides gras, libérant ses derniers sous la forme de longues molécules… de savon.

Screen Shot 2013-08-14 at 10.13.52 PMC’est la nature de ces molécules – un long enchaînement de 8 à 12 atomes de carbone – la queue si on veut – et une tête composée de deux atomes d’oxygène porteurs d’une charge négative – qui explique les propriétés nettoyantes du savon. Sur notre peau, les particules de saleté sont emprisonnées dans du sébum, l’huile naturelle de notre corps. Comme on le sait, l’huile et l’eau ne se mélangent pas donc il est difficile pour l’eau de pénétrer dans le sébum pour libérer la saleté. C’est là que la double personnalité des molécules de savon entre en action. La queue, faite d’atomes de carbone, est hydrophobe, elle déteste l’eau. Par conséquent, elle est lipophile, elle adore le gras. Quant à la tête, c’est l’opposé. Elle est hydrophile et lipophobe. Quand les molécules de savon sont en contact avec des globules de graisse, elles y enfoncent leur queue, laissant la tête à l’extérieur dans l’eau (voir l’image ci-contre). Ceci a pour effet de diviser les globules en petits fragments et ainsi libérer la saleté. Ensuite les particules de saleté s’accrochent aux queues de savon (et sont emportées avec l’eau dans le drain du lavabo). Et là, une autre propriété des molécules de savon entre en jeu. Elles augmentent la mouillabilité de l’eau, un terme étrange mais qui essentiellement signifie que l’eau devient plus apte à s’étaler, un phénomène qui lui permet de ramasser plus facilement la saleté.

Un examen de la liste des ingrédients confirme que tous les savons sont faits de graisses ou d’huiles. Encore aujourd’hui, le suif est le gras le plus communément utilisé mais on retrouve des huiles dans certains savons. Le savon Palmolive dévoile dans son nom l’origine de ses matières grasses : huile de palme et huile d’olive. Il est aussi possible d’incorporer de l’air pendant la fabrication. Cela réduit la densité du savon et vous obtenez un savon qui flotte (comme Ivory). Les savons transparents (Neutrogena) sont quant à eux faits à partir d’alcool et contiennent du glycérol. Attention, ils fondent très vite si vous les laissez trop longtemps dans l’eau.

Les savons déodorants, pour leur part, sont censés contrôler les odeurs corporelles, des odeurs qui ne sont pas directement causées par la sueur mais par l’action de bactéries présentes à la surface de la peau. Ces bactéries agissent sur certaines des molécules produites avec la sueur et les rendent odorifères! Beaucoup de savons déodorants contenaient autrefois des agents antibactériens comme le triclosan mais ce composé est rarement utilisé aujourd’hui et cela pour plusieurs raisons. Tout d’abord, on craint que l’utilisation massive d’antibactériens favorise le développement d’une résistance. Aussi, le triclosan, qui demeure dans l’environnement, pourrait être, quoique cela n’ait pas été démontré, un perturbateur endocrinien. De toute façon, plusieurs études ont démontré que le savon régulier en lui-même est aussi efficace pour éliminer les bactéries que le savon déodorant. La seule différence entre les deux est peut-être une plus importante quantité de parfum dans le savon déodorant.

En conclusion, il faut savoir que quelle que soit la marque, tous les savons se ressemblent. Ils lavent tous très bien et contrôlent tous très bien les odeurs corporelles… si on les utilise.

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*Le mot anglais soap vient directement du latin sapo alors que le terme français savon provient du nom de la ville italienne Savonna, qui était un centre réputé de production de savon.

Ariel Fenster

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