Maigrir à tout prix à ses risques

Screen Shot 2013-12-03 at 9.23.15 PMLa compagnie française Sanofi-Aventis vient d’annoncer qu’elle suspend son programme de recherche sur Acomplia (rimonabant), son médicament pour perdre du poids. Disponible dans les 18 pays d’Europe depuis 2006, Acomplia avait déjà été retiré du marché le 23 octobre 2008 après que l’Agence européenne d’évaluation des médicaments (EMEA) ait suspendu l’autorisation de commercialisation. L’EMAE avait jugé que les bénéfices d’Acomplia en perte de poids ne valaient pas les risques encourus – troubles dépressifs et idées suicidaires. À l’époque, Sanofi-Aventis avait dit vouloir poursuivre son programme de développement en cours afin d’évaluer le rapport bénéfices/risques d’Acomplia chez les personnes diabétiques ou atteintes de maladies cardiovasculaires.

Cette décision d’arrêter toute recherche sur le médicament survient après que l’entreprise ait investi plusieurs millions de dollars dans ce qui devait représenter une approche innovatrice dans le traitement de l’obésité. En effet, Acomplia agit au niveau des récepteurs endocannabinoïdes, présents au niveau du cerveau, du foie, du tube digestif, des muscles et des cellules adipeuses abdominales, ces mêmes récepteurs qui sont activés par le tétrahydrocannabinol (THC), la molécule psychotrope dans le cannabis. On sait que l’un des effets associés à la consommation de cannabis est une augmentation de l’appétit; les « munchies », comme les fumeurs de cannabis décrivent cet état. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on a recours au cannabis pour traiter les personnes souffrant du sida. La maladie empêche ceux-ci d’apprécier leur nourriture. En bloquant les récepteurs endocannabinoïdes, Acomplia réduit l’appétit et donc, l’apport calorique. Mais ces récepteurs jouent aussi un rôle au niveau psychique. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les gens fument le cannabis; ils en retirent du plaisir. Donc, il n’est pas étonnant que le fait de bloquer les récepteurs cannabinoïdes engendre des troubles dépressifs allant jusqu’aux idées suicidaires. La compagnie Sanofi-Aventis était bien sûr consciente de ces effets secondaires mais espérait que le rapport bénéfices-risques serait favorable à l’utilisation d’Acomplia.

Or, le sort d’Acomplia a été décidé lorsque la FDA a refusé son autorisation de vente aux États-Unis, en raison des effets secondaires du médicament. Le marché américain est essentiel à la commercialisation d’un médicament pour la perte de poids. Aux États-Unis, plus de 65 % de la population souffre de surpoids, défini par un indice de masse corporelle (IMC)* entre 25 et 29. Le pourcentage de personnes obèses – IMC au dessus de 30 – est de 35 %. En comparaison, au Canada, ces proportions sont de 30 % et 15 % respectivement.

La saga d’Acomplia ressemble à ce qui c’est passé il y a quelques années avec Redux (dexfenfluramine), un autre médicament d’origine française (Laboratoires Servier). Ce produit coupe-faim, qui fait augmenter le niveau de sérotonine, un neurotransmetteur, avait été introduit en Amérique du Nord en 1996, accompagné d’une campagne publicitaire sans précédent. En très peu de temps, le Redux était prescrit à plus de 100 000 personnes par semaine. Mais comme on pouvait s’y attendre, avec une consommation si répandue, les effets secondaires – qui se sont révélés graves – ont rapidement fait leur apparition. Tout d’abord, des cas d’hypertension pulmonaire primaire (HPP), une affection rare mais souvent mortelle, se sont développés. Ensuite – et surtout –, des études ont mis en évidence que Redux (dexfenfluramine) et un autre médicament semblable, Ponderal (fenfluramine), étaient susceptibles d’attaquer et de détruire les valves cardiaques. Les deux médicaments, retirés du marché en 1997, sont soupçonnés d’avoir causé la mort de 123 personnes. Au sommet de leur popularité, plus de 5 millions de Nord-Américains prenaient ces médicaments.

À la suite du retrait du Redux, beaucoup d’Américains se sont tournés vers des produits naturels, que l’on a tendance à percevoir comme moins dangereux. Les plus populaires étaient composés à base d’éphédrine, un alcaloïde dérivé de plantes. Ces préparations, qui étaient en vente libre dans les commerces de produits naturels ou « de santé », furent interdites par la Food and Drug Administration (É.-U.) en 2004 après que l’on ait déterminé qu’elles avaient causé la mort de 155 personnes. Heureusement, la vente de ces produits n’était pas autorisée au Canada.

Il n’existe pas de médicaments miracle pour perdre du poids. Mais pour ceux qui ont cet objectif, la solution n’est pas compliquée : manger moins et faire plus d’exercice physique. C’est d’appliquer ce simple principe qui est difficile!

* L’indice de masse corporelle (IMC) est une mesure utilisée pour déterminer les risques pour la santé associés au poids d’une personne. Il se calcule en divisant le poids (en kg) par la taille (en cm) au carré; i.e. kg/cm2.. Pour la population en général, il est recommandé de maintenir un IMC se situant entre 18 et 24. Pour lutter contre les dangers liés à la maigreur excessive, l’Espagne autorise à défiler seulement les mannequins dont l’indice de masse corporelle est supérieur à 18 (plus de 56 kg pour 1m75).

Ariel Fenster

One Response to “Maigrir à tout prix à ses risques”

  1. Erard Pierre says:

    La meilleure façon de maigrir durablement, est de modifier ses habitudes alimentaire!
    Si vous aimez les pâtes, ce modèle d’alimentation va vous comblez de bonheur!
    Evitez le chimique, la cosmétique et rabattez-vous sur l’alimenation naturelle! Votre corps et votre esprit vous en seront reconnaissant

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