Cold-fX: La science derrière le marketing

Screen Shot 2014-01-16 at 9.44.05 PMNous espérons tous que nos athlètes vont faire exceptionnellement bonne figure aux Jeux de Vancouver. Ce qui est déjà certain, c’est que Cold-fX ®, « le remède officiel » contre le rhume et la grippe aux Jeux olympiques d’hiver de Vancouver 2010 est en train de battre tous les records de marketing (Cold-fX marketing). Mais on peut se demander si, au-delà du battage publicitaire, Cold-fX, le médicament contre le rhume le plus vendu au Canada, est aussi efficace que la publicité le prétend?

Cold-fX est fabriqué à base de ginseng américain (Panax quinquefolium), une plante qui, au fil du temps, a été utilisée pour traiter divers problèmes médicaux. D’ailleurs, panax, en latin, signifie « guérit tout », ce qui nous a donné le terme panacée. Mais aujourd’hui, ses partisans en font souvent la promotion comme stimulant du système immunitaire. Il s’agit d’une prétention qui est n’est pas soutenue par des études scientifiques rigoureuses. De telles études sont difficiles à réaliser car même si les scientifiques ont une bonne idée des principes actifs du ginseng, leur concentration peut varier d’un échantillon à un autre, ce qui rend difficile toute forme de standardisation et d’étude.

C’est justement pour cela que le travail de recherche de CV Technologies, la compagnie qui a développé Cold-FX, mérite d’être souligné. CV Technologies aurait pu tout simplement demander l’approbation de Cold-fX par Santé Canada à titre de produit de santé naturel. Sous cette rubrique, le fabriquant n’a pas besoin de prouver l’efficacité du produit mais simplement qu’il a des antécédents dans la pharmacopée traditionnelle et qu’il ne présente pas de danger pour le public. CV Technologies a toutefois développé une méthode afin de standardiser son produit au niveau des polysaccharides et ginsenosides, qui en seraient les principes actifs. Cela, afin d’obtenir la constance nécessaire aux études scientifiques que le fabriquant a réalisées par la suite. Les publicités de Cold-fX mentionnent plusieurs études mais une seule d’entre elles mérite que l’on s’y attache, celle publiée en 2005 dans le Canadian Medical Journal. Cette étude, réalisée en double aveugle et avec placebo, a permis à la compagnie d’obtenir l’autorisation de Santé Canada pour déclarer que le produit “…aide à diminuer la fréquence, la gravité ainsi que la durée des symptômes du rhume et de la grippe en stimulant le système immunitaire”. Or, bien que l’affirmation ne soit pas fausse, sa portée est exagérée.

Les chercheurs de l’étude en question ont eu recours à 279 volontaires en bonne santé qu’ils ont suivis pendant quatre mois. Environ la moitié d’entre eux, soit 130, ont pris deux capsules de Cold-fX (400 mg) par jour alors que les autres, 149 personnes, recevaient un placebo. La seule conclusion significative de l’étude est que les personnes du groupe prenant Cold-fX ont moins souffert de rhumes de façon récurrente. De façon absolue, ce même groupe a moins souffert de rhumes mais la différence n’a été que de 0,25 rhume de moins par personne, et cela, sur une période de 4 mois. Le groupe prenant Cold-fX disait avoir moins de symptômes et jugeait que leurs rhumes duraient moins longtemps. Mais là encore, les différences sont statistiquement minimes, de l’ordre de 1,3 et 1,6 pour cent. On peut trouver une très bonne analyse des études de Cold-fX à: www.ottawaskeptics.org

Il reste que Cold-fX ne cause aucun effet secondaire, même lorsque l’on consomme le produit pendant quatre mois d’affilée. Du point de vue de son efficacité, Cold-fX à des effets positifs mais relativement minimes au niveau de la prévention du rhume. Aucune étude ne permet de conclure que Cold-fX peut arrêter le développement d’un rhume une fois qu’il s’est déclaré. Mais il y a un prix à payer pour cet effet préventif. Si Cold-fX permet de diminuer le risque de développer un rhume de 0,25, une personne devrait prendre le produit pendant quatre saisons pour éviter un seul rhume. À deux capsules par jour, le coût approximatif de cette mesure de prévention s’élève à…400 dollars.

Il existe une méthode que l’on sait être très efficace, qui ne coûte presque rien et qui n’a aucun effet secondaire connu…se laver les mains régulièrement.

Ariel Fenster

Après les saumons modifiés génétiquement, du bacon « vert » ?

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On connaît déjà le maïs, le soja et le canola génétiquement modifiés. Si la tendance se poursuit, ce sont des animaux dérivés de la science génétique qui risquent de se retrouver bientôt dans nos assiettes. Deux espèces en particulier pourraient bientôt apparaître sur le marché.

Dans le cas du saumon, il a été modifié génétiquement pour accélérer sa croissance. Développés par la firme américaine AquaBounty, ces saumons de l’Atlantique* – baptisés AquAdvantage – ont reçu des gènes d’autres espèces de poisson. Ce procédé leur permet d’atteindre l’âge adulte deux fois plus rapidement que les saumons ordinaires. L’automne dernier, la Food and Drug Administration (FDA) a tenu des audiences au sujet de la pertinence d’introduire ces saumons sur le marché. Mais avant même d’émettre une décision finale, la FDA a indiqué par voie de communiqué qu’elle ne voyait aucune objection à cette idée. D’après elle, la consommation de saumons génétiquement modifiés « …n’est pas préjudiciable à la santé. » Or, ce n’est pas l’avis de Mark Begich et Lisa Murkowski, deux sénateurs américains qui viennent de présenter un projet de loi qui empêcherait l’introduction sur le marché des saumons AquAdvantage, même dans le cas d’une approbation par la FDA. On peut penser que leur démarche n’est pas complètement désintéressée car il s’agit de deux sénateurs de l’Alaska. La mise sur le marché de ces saumons d’élevage, dont la production est moins dispendieuse, risque d’avoir un impact négatif important sur l’industrie de la pêche de cet État.

Pour le producteur AquaBounty, l’avantage de mettre en marché les saumons AquAdvantage est surtout économique. Or, la modification génétique peut aussi avoir un objectif environnemental, comme c’est le cas de l’Enviropig, un porc génétiquement modifié développé à l’Université de Guelph afin de réduire le rejet de phosphore de l’animal. Le phosphore que consomme le porc – et qui représente un élément essentiel à sa croissance – provient des céréales qu’il ingère. Les céréales contiennent ce qu’on appelle des phytates qui, une fois ingérés par l’animal, libèrent le phosphore présent. Un processus rendu possible grâce à une enzyme appelée « phytase ». Malheureusement, les quantités de phytase présentes sont insuffisantes pour que le porc absorbe tout le phosphore. Ce dernier se retrouve ainsi dans ses excréments et donc dans l’environnement. Ensuite il s’introduit dans les cours d’eau où il stimule la croissance d’algues. Quand celles-ci se dégradent, cela demande de grandes quantités d’oxygène ce qui nuit à la survie des autres espèces.

Pour contrer ce problème, des scientifiques de l’Université de Guelph ont modifié les gènes de l’Enviropig avec des gènes de souris. Ceci a eu pour effet d’accroitre la production de phytase par les glandes salivaires du porc. Il en résulte une augmentation significative de l’absorption du phosphore, réduisant ainsi son rejet dans l’environnement. D’après les données des chercheurs, cette diminution est de l’ordre de 30 à 65 % par rapport aux variétés de porc conventionnelles. Il existe aussi un argument économique à recourir à ces porcs « bons pour l’environnement » puisque les producteurs de porc ajoutent actuellement des phytates, supplémenté de phytase à la nourriture des animaux. Dans le cas du porc modifié génétiquement, cette pratique devient inutile ce qui réduit les couts de production.

Environnement Canada a déjà autorisé la production des ces porcs « verts » en concluant que le processus ne représentait pas de danger pour l’environnement. Il reste à savoir si Santé Canada va aussi émettre l’avis favorable nécessaire avant que l’on retrouve l’Enviropig dans nos assiettes. Le cas échéant, il sera intéressant de voir si les consommateurs seront prêts à adopter la consommation de porcs « écologiques » avec autant d’enthousiasme que les voitures hybrides, par exemple.

——————————————————————————————————- * Il est intéressant de noter que la plupart des saumons, dits de l’Atlantique, qui se retrouvent dans nos assiettes ne proviennent pas de l’Atlantique. Le terme décrit la variété plutôt que l’origine géographique. Les populations de saumons sauvages de l’Atlantique ont été complètement décimées. Ils représentent moins de 0,5 % du “Saumon de l’Atlantique” disponible sur le marché Canadien. La grande majorité provient des côtes du Pacifique; principalement de la Colombie-Britannique et du Chili…. et des vaches « vertes » ?

Les Enviropigs ne représentent pas le premier exemple de recherche cherchant à minimiser l’impact environnemental de certains élevages. Les vaches produisent par leur haleine de grandes quantités de méthane, un gaz à effet de serre 25 fois plus puissant que le gaz carbonique. Une vache émet en moyenne 100 kilos de méthane par année, ce qui est relativement peu, mais avec plus d’un milliard de vaches et autres bovins similaires dans le monde, ces quantités sont énormes au niveau planétaire. Les kangourous, qui sont eux aussi des ruminants, ont la particularité d’émettre d’autres gaz qui n’ont pas le même impact négatif sur l’environnement. Des chercheurs australiens essaient actuellement de trouver un moyen de transférer les bactéries écologiques à l’œuvre chez les kangourous pour qu’elles fassent leur travail dans l’estomac des vaches. Comme ces bactéries n’ont même pas encore été identifiées, on peut imaginer que cela sera un programme… de longue haleine!

Ariel Fenster

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