La formation de l’ammoniac

HaberL’équation détaillant la formation de l’ammoniac à partir de l’azote et de l’hydrogène est souvent utilisée par les professeurs de chimie pour enseigner les calculs stoechiométriques. Mais il y a une toute une histoire derrière cette équation, celle d’un chimiste allemand, Fritz Haber, pour qui la dévotion à la mère patrie passait avant toute autre considération.

Né de religion juive, il se convertit au christianisme par ambition et pour être davantage perçu comme un vrai Allemand. Lorsque la
première guerre mondiale éclate, l’impression générale est qu’elle sera de courte durée. À l’époque, les produits azotés indispensables à la fabrication d’explosifs étaient produits principalement à partir de dépôts naturels de nitrate du Chili. Comme la marine britannique contrôlait les voies maritimes, on estimait que les Allemands manqueraient très rapidement d’explosifs. Mais Fritz Haber avait mis au point, juste avant que la guerre n’éclate, un système de production d’ammoniac à partir d’azote, et d’hydrogène, deux composés faciles à obtenir. Une des conséquences de la découverte de Fritz Haber est qu’au lieu de ne durer que quelques mois, la première guerre mondiale s’étendra sur quatre ans, entraînant la mort de plus de 20 millions de personnes.

equationDurant la guerre, la loyauté inébranlable de Fritz Haber à la patrie l’amène à travailler en tant que directeur de l’Institut Kaiser Wilhelm pour développement d’armes chimiques. Un de ses premiers projets sera le développement du chlore comme gaz utilisé en tant qu’arme de combat. Il supervise lui-même la première attaque au gaz, à Ypres, le 22 avril 1915, qui, en l’espace de 10 minutes, tuera plus de 10 000 soldats alliés. Sa femme, Claire Immerwahr, aussi chimiste, est opposée à ces applications de la science. En forme de protestation, après l’attaque d’Ypres, elle se suicide, le 15 mai 1915, en se tirant une balle au cœur. Le même jour, Fritz Haber quitte Berlin pour superviser une attaque au gaz sur le front russe.

Après la guerre, Fritz Haber est accusé en tant que criminel de guerre (il ne sera jamais inculpé). Malgré son passé controversé, Haber reçoit (avec Carl Bosch) en 1918 le prix Nobel de Chimie pour sa méthode de synthèse de l’ammoniac. Une décision qui fut très controversée mais qui illustre bien combien la science peut avoir un impact terriblement négatif et extrêmement positif à la fois. La méthode Haber-Bosch est souvent mentionnée comme étant la plus importante découverte du XXe siècle. Il est vrai qu’elle permet de produire des explosifs mais elle a aussi permis la mise au point d’engrais synthétiques. Cela permit le développement d’une agriculture à grands rendements capable de nourrir une population mondiale qui allait passer de moins de deux milliard en 1900 à plus de six milliards aujourd’hui. C’est en se basant sur cette avancée que l’on décernera le prix Nobel à Fritz Haber.

Il y a une fin tragique et ironique à la vie de Fritz Haber. Lorsque les Nazis prennent le pouvoir, Fritz Haber est obligé de s’enfuir de l’Allemagne. Bien qu’il se soit converti, et malgré son patriotisme sans faille, pour les Nazis, il est toujours juif. Il trouve refuge en Angleterre, un des pays qu’il avait combattus en tant que patriote allemand. Il meurt en 1934, alors qu’il est en vacances en Suisse. Heureusement pour lui, il meurt sans savoir l’utilisation qui sera faite d’une autre technologie développée à l’Institut Kaiser Wilhelm alors qu’il en était le directeur. Le Zyklon B à base d’acide cyanhydrique, introduit dans les années 1920 comme insecticide, remplacera le monoxyde de carbone, à partir de 1942, dans les chambres à gaz des camps d’extermination.

Ariel Fenster

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