L’argent ne fait pas le bonheur…

l'argentC’est ainsi que commence un dicton français, avec en seconde partie… mais il y contribue. Ce qui est certain c’est que l’argent joue un rôle primordial dans notre vie et cela depuis les temps immémoriaux. Mais l’argent a pris différentes formes au cours de l’histoire. Au départ, la monnaie d’échange était basée sur le troc. On payait avec des commodités qui avaient une valeur intrinsèque; le sel par exemple. Les légionnaires romains recevaient régulièrement leur ration de sel (salarium). Ce qui nous a donné le “salaire”. Une personne riche qui avait beaucoup de bétail avait un cheptel ou un “capital”. Les deux termes viennent de la même racine latine. En hébreu l’argent se dit “kessef” qui serait dérivé de “kew” ou mouton.
Aux alentours de 3,000 av. J.-C., en Mésopotamie l’avoine était la monnaie d’échange la plus couramment utilisée pour les échanges commerciaux. Ce qui convenait bien à la société agraire de l’époque. Mais quand les villes comme Babylone commencèrent à se développer, stocker de l’avoine dans son appartement n’était pas tellement pratique ! C’est pourquoi l’avoine a été remplacée par de l’argent, un métal rare. Les paiements se faisaient avec des anneaux d’argent d’à peu près 20 g que l’on appelait “shekel” (qui est d’ailleurs aujourd’hui le nom de la monnaie israélienne). Le problème avec cette approche c’est que cela rendait nécessaire pour chaque achat de peser le métal pour être certain du poids. Pour échapper à cette contrainte, un certain poids d’argent prédéterminé était placé dans une bourse de cuir qui était ensuite scellée avec un sceau de cire. Le sceau représentant une personne de confiance qui se portait garante de la quantité d’argent dans la pochette.

Crésus, le roi de Lydie en Asie Mineure, établit l’étape suivante. L’électrum, un alliage rare d’argent et d’or servait de monnaie pour le commerce. Le roi de Lydie eu l’idée d’appliquer son sceau, non sur la cire à l’extérieur de la bourse, mais directement sur le métal. C’est ainsi que furent créées les premières pièces de monnaie en 600 av. J-C (ci-contre). Une invention qui facilita le commerce et fit que le roi de Lydie devint immensément riche comme…Crésus. L’unité de monnaie lydienne était le “Stater”. Mais éventuellement chaque pays frappa sa propre monnaie avec des noms reflétant son origine, le florin pour la ville de Florence, la livre tournois qui était frappée dans la ville de Tours. Mais c’est l’Allemagne qui est à l’origine de l’unité monétaire la plus utilisée, le dollar. On retrouve cette dénomination dans plus de de 35 pays aujourd’hui.

Au 16ième siècle l’empire germanique produisait ses pièces de monnaie à partir de l’argent provenant d’une mine appelée Joachimthal (la vallée de Joachim). Le nom de la monnaie étant le “groshen”, en conséquence les prix étaient étiquetés en “joachimthalergroshen”. Comme vous pouvez l’imaginer ceci rendait le marchandage difficile. C’est combien? “Cent joachimthalergroshen! Accepteriez-vous quatre-vingt joachimthalergroshen? Non mais je vous le laisse pour quatre-vingt-dix joachimthalergroshen”. Finalement avec l’usage, la première et la dernière partie furent éliminées pour donner le “thaler” ce qui avec le temps se transforma en “dollar”. Un terme générique utilisé pour décrire une pièce de monnaie en argent pesant 28 grammes. Comme l’Espagne, avec ses mines en Amérique, était la plus importante source d’argent, le dollar espagnol devint la monnaie courante pour les échanges commerciaux à travers le continent.

Mais aujourd’hui la base de la monnaie repose sur les billets de banque. Leur introduction mériterait une manchette séparée…

Professeur Ariel Fenster
Organisation pour la science et la société de l’Université McGill
Montréal, Canada (514) 398-2618
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La graphologie: Une spécifité française

graphologieAlors que dans le reste du monde l’utilisation de la graphologie pour évaluer un candidat à l’emploi est marginale, elle est restée très populaire en France. Les chiffres varient d’une étude à l’autre mais il semble qu’en France entre 30% et 50% des entreprises font encore appel à cette technique dans le recrutement de personnel. Et quand il s’agit de cabinets d’embauche, les chiffres sont de l’ordre de 95%. Ces chiffres sont particulièrement frappants si on les compare à ceux obtenus pour les pays voisins de l’Union Européenne où ils  varient entre 2% et 8% pour les entreprises. La pratique est essentiellement inexistante en Amérique du Nord. En particulier à cause des poursuites engagées, et gagnées, par des candidats écartés sur la base de cette soi-disant technologie.

En France il existe de nombreuses écoles offrant  une formation en graphologie d’une durée variant entre 120 heures et 240 heures. Par contre les diplômes qu’elles décernent ne sont reconnus, ni par l’Éducation Nationale ni par  le Ministère du Travail. D’ailleurs un comité d’évaluation de ce dernier a clairement statué que “…la graphologie n’est établie sur aucune base scientifique ou technique.” Malgré cela, plus 1,000 personnes en France se présentent comme “graphologue”, et il est intéressant de noter qu’à plus de 90% ce sont des femmes.

Comment expliquer l’attrait des Français pour la graphologie? Une explication est que les bases de la graphologie ont été établies par des Français ! C’est le prêtre Jean-Hyppolyte Michon qui en 1872 inventa le terme graphologie. Il fut le premier à établir une relation entre certains signes graphologiques et des traits de caractère. Mais c’est un autre français, Jules Crépieux-Jamin (1859-1940) qui codifia la pratique en établissant une série de lois et une classification des signes graphologiques en fonction de genres tels que la dimension, la direction ou la continuité des lettres.

C’est sur la base de ces genres que les graphologues font leur analyse. Le problème est qu’il existe plusieurs théories de graphologie qui chacune peut avoir des interprétations différentes pour un même texte. En France chaque lettre est examinée séparément pour déterminer le caractère alors qu’en Allemagne cela demande l’analyse du texte en entier. Dans tous les systèmes par contre, l’inclinaison des lettres est très importante. Une inclinaison à droite est généralement associée à l’extroversion, à gauche à l’introversion. La position du point sur le i est aussi supposée être une réflexion de la personnalité. Si le point est à la gauche du i, la personne a tendance à procrastiner alors que s’il est juste au-dessus de la lettre cela reflète un esprit organisé. De plus, un point placé très haut au-dessus de la lettre est un signe d’imagination.   Un autre signe qui fait l’objet de l’attention des graphologues est la lettre t et en particulier la barre du t. Placée vers le haut elle implique une personne ambitieuse et optimiste. Si la barre est longue, la personne est en plus enthousiaste. Par contre une barre courte est un signe de paresse. Il faut aussi considérer l’inclinaison et l’apparence de la barre. Une barre inclinée suggèrerait un sentiment d’impuissance, alors qu’une ligne sinueuse est associée à l’indécision ou …la séduction.

Le manque de fiabilité de la graphologie a été établi à la suite nombreuses études . Le verdict est sans appel. Aucune étude menée avec la rigueur scientifique nécessaire n’a  trouvé de corrélation entre l’écriture et la personnalité,  ou la prédiction de réussite professionnelle. Certains suggèrent que l’engouement constant des Français pour la graphologie viendrait en réaction (spécificité française encore?) aux tests de personnalité d’origine américaine basés sur des questionnaires. Ceux-ci sont de plus de plus utilisés pour l’embauche bien que leur fiabilité soit aussi en question.

Jules Crépieux-Jamin fut en 1897 l’un des experts amené à analyser le fameux “bordereau” associé à l’affaire Dreyfus.  Le test de personnalité n’a pas apporté grand-chose mais, tout à son honneur, Jules Crépieux-Jasmin, face à une opinion publique hostile et aux avis d’autres experts a insisté que le capitaine Dreyfus n’était pas l’auteur du bordereau. Un exemple qui illustre bien la différence entre graphologie et “analyse de documents.”  Ce dernier processus, qui cherche à déterminer l’authenticité d’un document, est une science exacte qui ne doit pas être confondue à la graphologie, une pseudo-science.

Professeur Ariel Fenster
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L’arsenic: poison ou potion?

arsenicUn recours collectif a été intenté aux  États-Unis contre des  producteurs de vin californiens suite à la découverte d’arsenic dans certains de leurs produits, y compris certains populaires au Québec  comme le  “Ménage à trois”. Malheureusement, la nouvelle a été reprise par les médias, sans la soumettre à l’examen critique qu’elle mérite. Les concentrations observées étaient de l’ordre de 10 à 50 parties par milliard qui, d’après les plaignants,  représente jusqu’à cinq fois la dose maximale admise de 10 parties par milliard. Mais cette dose maximale est émise sur la base de la concentration dans l’eau car les États-Unis n’ont pas de normes pour le vin.  Au Canada où il existe une norme pour l’arsenic dans le vin la dose maximale admise est de 100 parties par milliard.  Cette valeur inclut une marge  de sécurité établie à 100 fois la concentration pour laquelle aucun effet toxique n’est  observé. Lorsque les vins californiens  impliqués dans le recours collectif ont été testés par la Société des alcools du Québec (SAQ), les valeurs trouvées étaient toutes dans les normes et, dans certains cas, en dessous des niveaux  de détection, de 10 parties par milliard.  On peut aussi noter que la poursuite a été initiée par un laboratoire, BeverageGrades, qui se spécialise dans l’analyse chimique de boissons alcooliques.  Est-ce que leur motif était uniquement une question de santé publique?  Je dirais que cette affaire est une tempête dans un verre….de vin.

Mais revenons au titre de cette manchette; arsenic poison ou potion? Les deux termes viennent du latin potio boire. La réputation de l’arsenic comme poison n’est plus à démontrer mais des solutions d’arsenic ont aussi été utilisées  comme potions thérapeutiques.

 Il existe deux formes d’arsenic, inorganique et organique. Dans  l’arsenic inorganique ou minéral, qui est particulièrement toxique, les atomes d’arsenic sont combinés à des atomes d’oxygène, de soufre ou de chlore. C’est sous cette forme qu’il était présent dans les vins californiens. Dans  le cas de composés organiques, l’arsenic est attaché à des atomes de carbone. La plupart des composés thérapeutiques à base d’arsenic sont de ce type, y compris le Salvarsan 606,  la première “potion”  efficace contre la syphilis. Son histoire vaut la peine d’être contée.

Paul Ehrlich (1854-1915), le fondateur de la chimiothérapie, savait que des colorants synthétiques avaient la propriété de se fixer de manière préférentielle sur certains agents infectieux.  Cela lui donna l’idée de développer le concept de la ” balle magique”,  une molécule qui pourrait attaquer, et détruire, des bactéries nuisibles  sans affecter le reste de l’organisme.  Il fit appel au Rouge Trypan, un colorant qu’il savait interagir avec la bactérie responsable de la syphilis. La  molécule du Rouge Trypan est caractérisée par la présence d’atomes d’azote dans la structure. Considérant que l’azote et l’arsenic se trouvent dans  la même famille chimique (ci-contre), et que l’arsenic est toxique, Paul  Ehrlich postula  qu’un composé dérivé du Rouge Trypan, mais contenant des atomes d’arsenic à la place de ceux d’azote, devrait causer la destruction des bactéries responsables de la maladie.  Après avoir testé 606 échantillons, Paul Ehrlich tomba sur la bonne structure. Quant au nom, Salvarsan, il vient du latin salva (sécuritaire), arsan pour arsenic,  se traduisant comme arsenic sécuritaire. Le Salvarsan 606 et d’autres dérivés d’arsenic organiques similaires furent jusqu’à l’introduction de la pénicilline dans les années 1940, les seuls traitements disponibles contre les maladies vénériennes.

Ces exemples illustrent, ce que je dis souvent à mes étudiants. Il n’y a pas de composés chimiques toxiques ou non toxiques. Ce qui compte, c’est comment ces composés sont utilisés, et à quelle concentration.

Professeur Ariel Fenster
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