La graphologie: Une spécifité française

graphologieAlors que dans le reste du monde l’utilisation de la graphologie pour évaluer un candidat à l’emploi est marginale, elle est restée très populaire en France. Les chiffres varient d’une étude à l’autre mais il semble qu’en France entre 30% et 50% des entreprises font encore appel à cette technique dans le recrutement de personnel. Et quand il s’agit de cabinets d’embauche, les chiffres sont de l’ordre de 95%. Ces chiffres sont particulièrement frappants si on les compare à ceux obtenus pour les pays voisins de l’Union Européenne où ils  varient entre 2% et 8% pour les entreprises. La pratique est essentiellement inexistante en Amérique du Nord. En particulier à cause des poursuites engagées, et gagnées, par des candidats écartés sur la base de cette soi-disant technologie.

En France il existe de nombreuses écoles offrant  une formation en graphologie d’une durée variant entre 120 heures et 240 heures. Par contre les diplômes qu’elles décernent ne sont reconnus, ni par l’Éducation Nationale ni par  le Ministère du Travail. D’ailleurs un comité d’évaluation de ce dernier a clairement statué que “…la graphologie n’est établie sur aucune base scientifique ou technique.” Malgré cela, plus 1,000 personnes en France se présentent comme “graphologue”, et il est intéressant de noter qu’à plus de 90% ce sont des femmes.

Comment expliquer l’attrait des Français pour la graphologie? Une explication est que les bases de la graphologie ont été établies par des Français ! C’est le prêtre Jean-Hyppolyte Michon qui en 1872 inventa le terme graphologie. Il fut le premier à établir une relation entre certains signes graphologiques et des traits de caractère. Mais c’est un autre français, Jules Crépieux-Jamin (1859-1940) qui codifia la pratique en établissant une série de lois et une classification des signes graphologiques en fonction de genres tels que la dimension, la direction ou la continuité des lettres.

C’est sur la base de ces genres que les graphologues font leur analyse. Le problème est qu’il existe plusieurs théories de graphologie qui chacune peut avoir des interprétations différentes pour un même texte. En France chaque lettre est examinée séparément pour déterminer le caractère alors qu’en Allemagne cela demande l’analyse du texte en entier. Dans tous les systèmes par contre, l’inclinaison des lettres est très importante. Une inclinaison à droite est généralement associée à l’extroversion, à gauche à l’introversion. La position du point sur le i est aussi supposée être une réflexion de la personnalité. Si le point est à la gauche du i, la personne a tendance à procrastiner alors que s’il est juste au-dessus de la lettre cela reflète un esprit organisé. De plus, un point placé très haut au-dessus de la lettre est un signe d’imagination.   Un autre signe qui fait l’objet de l’attention des graphologues est la lettre t et en particulier la barre du t. Placée vers le haut elle implique une personne ambitieuse et optimiste. Si la barre est longue, la personne est en plus enthousiaste. Par contre une barre courte est un signe de paresse. Il faut aussi considérer l’inclinaison et l’apparence de la barre. Une barre inclinée suggèrerait un sentiment d’impuissance, alors qu’une ligne sinueuse est associée à l’indécision ou …la séduction.

Le manque de fiabilité de la graphologie a été établi à la suite nombreuses études . Le verdict est sans appel. Aucune étude menée avec la rigueur scientifique nécessaire n’a  trouvé de corrélation entre l’écriture et la personnalité,  ou la prédiction de réussite professionnelle. Certains suggèrent que l’engouement constant des Français pour la graphologie viendrait en réaction (spécificité française encore?) aux tests de personnalité d’origine américaine basés sur des questionnaires. Ceux-ci sont de plus de plus utilisés pour l’embauche bien que leur fiabilité soit aussi en question.

Jules Crépieux-Jamin fut en 1897 l’un des experts amené à analyser le fameux “bordereau” associé à l’affaire Dreyfus.  Le test de personnalité n’a pas apporté grand-chose mais, tout à son honneur, Jules Crépieux-Jasmin, face à une opinion publique hostile et aux avis d’autres experts a insisté que le capitaine Dreyfus n’était pas l’auteur du bordereau. Un exemple qui illustre bien la différence entre graphologie et “analyse de documents.”  Ce dernier processus, qui cherche à déterminer l’authenticité d’un document, est une science exacte qui ne doit pas être confondue à la graphologie, une pseudo-science.

Professeur Ariel Fenster
Organisation pour la science et la société de l’Université McGill
Montréal, Canada (514) 398-2618
http://www.mcgill.ca/oss/

 

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