L’Eglise catholique et la science

Screen Shot 2014-11-14 at 2.15.12 PMQuand le pape François a déclaré récemment dans un discours à l’Académie pontificale des sciences que l’évolution et le modèle du “Big Bang” ne sont pas contraires aux croyances catholiques, il a créé tout un émoi. Après-tout, nombreux sont ceux qui considèrent que l’Eglise est antiscience. Et ils peuvent citer de nombreux exemples pour étayer leur opinion. Galilée a été condamné par l’Inquisition pour avoir soutenu que le Soleil, et non la Terre, était le centre de notre système planétaire. Giordano Bruno, qui a été brûlé sur le bûcher pour ses idées iconoclastes, est considéré comme un martyr de la science.

Pourtant aujourd’hui, la position de l’Eglise catholique sur différents aspects scientifiques est beaucoup plus en ligne avec le consensus scientifique. Nombreux fondamentalistes protestants croient en un monde créé par Dieu dans sa forme actuelle, il y a moins de 10.000 ans (une opinion partagée par 40% des Américains). En revanche, l’Eglise catholique, elle, a eu une attitude beaucoup plus ouverte vis-à-vis de la théorie de l’évolution. Lorsque Charles Darwin a publié en 1859, De l’origine des espèces l’Église n’a pas condamné ses thèses, mais elle n’a simplement pas pris position sur le sujet (bien que le clergé local ait eu tendance à y être hostile). Après plus de cent ans, en 1950 le Pape Pie XII, dans son encyclique Humani Generis accepta l’évolution comme une “possibilité” (par opposition à une “probabilité”) qui justifie d’être étudié plus en profondeur. En 1996 le Pape Jean-Paul II a déclaré dans une déclaration à l’Académie pontificale des sciences que l’évolution est “plus qu’une hypothèse”. Il est intéressant de noter dans ce contexte qu’avant Darwin, Jean-Baptiste Lamarck (1744-1829), éduqué chez les jésuites, fut le premier à postuler que les espèces pouvaient développer de nouveaux traits nécessaires à leur survie et que ces traits pouvaient être transférés à leur descendance. Quant à la théorie du “Big Bang”, elle fut d’abord proposée par le prêtre belge Georges Lemaître qui plus tard devint président de l’Académie pontificale des sciences.
L’Académie pontificale des sciences a été justement créée en 1936 par le pape Pie XI pour conseiller le pape sur les questions scientifiques d’actualité. Elle est composée de 80 membres, tous scientifiques éminents avec de nombreux détenteurs de prix Nobel. Cela va du Canadien John Polanyi à l’Israélien Aaron Ciechanover. Le président est Werner Arber, prix Nobel 1978, pour son travail sur la technologie de l’ADN recombinant. Werner Arber est le premier protestant à occuper ce poste.

L’Académie n’a pas peur d’aborder des sujets controversés. En 2009, un groupe de ses membres, dirigé par Werner Arber, prit position sur les OGM en déclarant qu’ils étaient utiles pour combattre la faim et la pauvreté dans le monde. De plus, le groupe attaque les critiques de la technologie en indiquant que leur opposition est non fondée sur la science et qu’elle empêche ou ralentit, le développement de cultures qui pourraient profiter aux pays du Tiers-Monde.

Le pape François, qui a une formation scientifique avec un master en chimie, est un fervent partisan du “développement durable”. Dans un récent discours, il a plaidé pour le «respect de la beauté de la nature ». Il a souligné la nécessité de « sauvegarder la Création, parce que si nous détruisons la Création, la Création va nous détruire.”

L’ouverture de l’Eglise est beaucoup plus limitée sur ce qu’elle considère comme des questions de morale ou d’éthique. Il est largement admis que l’usage du préservatif est le moyen le plus fiable, en dehors de la méthode de l’abstinence irréaliste promue par l’Eglise, pour prévenir la propagation du sida. Pourtant, lorsque le pape Jean Paul II a visité la Tanzanie, un pays où le sida est endémique, il a déclaré que les préservatifs étaient “en toutes circonstances” un péché. Il sera intéressant de voir si l’Eglise catholique sous le Pape François va aussi évoluer sur cette question.

Professeur Ariel Fenster
Organisation pour la science et la société de l’Université McGill
514 398-2618
http://www.mcgill.ca/oss/

Le mystère de la rose-thé élucidé

roseLa rose-thé originaire de Chine doit son nom au fait qu’elle sent … le thé. C’est en contraste avec les roses originaires d’Europe qui, elles, ont des arômes floraux. Jusqu’à récemment, la science n’avait pas d’explication pour cette différence entre les deux espèces. Mais récemment, grâce au travail collaboratif de deux groupes de chercheurs, le mystère a finalement été résolu. Tout d’abord, un groupe israélien a démontré que la production de 3,5 dimethoxytolene (DMT), un des composés responsables de l’arome du thé et qui se retrouve dans la rose-thé, est catalysé par deux enzymes du type orcinol O-methyltransférase et connues sous les acronymes de OOMT1 et OOMT2. Ces enzymes sont capables de convertir efficacement, en deux étapes successives, l’orcinol, un composé non-aromatique, en DMT. À la suite de cette étude, un groupe de chercheurs français a mis en évidence que c’est une variation du code génétique des deux variétés qui explique pourquoi les roses européennes ne sentent pas le thé comme leur cousine de Chine. Les deux espèces de roses contiennent le gène qui exprime l’enzyme OOMT2. Par contre, le gène qui code pour l’enzyme OOMT1, présent dans les roses-thé, est absent des roses européennes. En conséquence, ces dernières sont incapables de synthétiser le DMT qui caractérise les rose-thé. Un des aspects fascinants de cette découverte est que les deux enzymes se distinguent l’une de l’autre seulement par l’absence d’un seul acide aminé dans l’enzyme OOMT1. Comme quoi une variation génétique relativement minime peut avoir un impact significatif au niveau de la nature.

Ariel Fenster

Comment réutiliser le papier collant? Demandez aux grenouilles

Quand vous détachez un papier collant, des petites fissures se développent à partir du point d’attache et se propagent à travers l’adhésif. Ceci permet au papier de se détacher mais la présence de ces fissures réduit l’adhésion et fait en sorte qu’il soit difficile de réutiliser le papier. Pour résoudre ce problème, des chercheurs indiens ont étudié les disques adhésifs que les rainettes, une espèce de grenouille, ont aux extrémités des doigts et qui leur permettent de grimper aux arbres. La présence sous les disques d’un réseau de fins canaux augmente l’adhésion et empêche la propagation des fissures. En utilisant cette information, les chercheurs ont créé des couches adhésives avec des réseaux similaires à ceux présents chez les grenouilles. Résultat : l’adhésion est trente fois plus forte et le matériel peut être décollé et réutilisé plusieurs fois.

Ariel Fenster

Vers un noir parfait

Des scientifiques américains viennent d’annoncer qu’ils sont arrivés à créer la substance la plus noire jamais produite. Celle-ci consiste en une couche de nanotubes de carbone d’un atome d’épaisseur. D’après les chercheurs c’est le plus près que l’on soit arrivé à un objet noir parfait le terme scientifique est: “idéal”. Un objet noir “idéal” comme un “trou noir” de l’espace, absorbe toutes les fréquences de la lumière. Ce genre de recherche devrait mener à d’intéressantes applications où la “récolte” d’un maximum de lumière est important; par exemple dans la construction de cellules solaires super-efficaces. Mais si l’on arrive justement à créer un tel objet noir “idéal” j’imagine un problème. Comment le localiser; un tel objet par définition, avec zéro réflexion, serait totalement invisible puisque c’est la réflexion de la lumière d’un objet vers nos yeux qui le rend visible.

Ariel Fenster

Du bienfait des bains de soleil…pour les insectes

InsectesUn groupe de chercheurs dirigé par Joseph Schwarz, de l’Université Simon Fraser, a découvert pourquoi les insectes Boisea rubrolineata, une variété de punaises qu’on retrouve à l’ouest des Rocheuses, aiment se prélasser au soleil. C’est pour se garder en santé.

Les insectes Boisea rubrolineata sont considérés par beaucoup comme des nuisances, en particulier à l’automne, quand ils envahissent des maisons par milliers pour y hiverner au chaud. On les retrouve surtout groupés sur les surfaces ensoleillées. C’est cet aspect de leur comportement qui vient d’être élucidé par les scientifiques de Simon Fraser dans un article publié dans Entomologia Experimentalis et Applicata.

Les insectes Boisea rubrolineata émettent des produits chimiques très odorants. L’hypothèse était que ces composés, de la famille des monoterpènes, étaient produits comme moyen de défense ou bien pour la reproduction. Dans ce dernier cas, ces produits servent de phéromone pour attirer le sexe opposé. En fait, l’article révèle que ces molécules, émises pas des glandes situées à l’arrière de l’insecte, ne jouent aucun de ces deux rôles. Il semblerait qu’elles aient un rôle prophylactique. En frottant leurs pattes contre les glandes productrices, les punaises libèrent les monoterpènes. Grâce à leurs propriétés antimicrobiennes, les molécules détruisent les pathogènes fongiques présents à la surface des feuilles dont se nourrissent les insectes.

Ce que cette étude révèle de particulièrement remarquable, c’est que ces monoterpènes sont seulement produits lorsque les insectes s’exposent au soleil. Il semblerait que l’énergie solaire soit nécessaire à la biosynthèse des monoterpènes. Il s’agit d’un exemple parmi tant d’autres du rôle essentiel du soleil sur notre planète.

Quand un chien se sèche, il perd, en se secouant, 70 % de l’eau de sa fourrure en 4 secondes

wet dogNous avons certainement tous vécu cette expérience. Fido sort de la baignoire, ou d’un plongeon dans le lac, et se secoue pour se sécher. Vous vous êtes certainement demandé, surtout si vous êtes sur la trajectoire, comment un chien peut faire pour projeter tant d’eau en si peu de temps. Des chercheurs de Georgia Tech ont cherché à résoudre la question à l’aide de vidéographie à haute vitesse du mouvement oscillatoire chez plusieurs espèces de chiens, mais aussi pour d’autres animaux allant de la souris à l’ours. Ils viennent de publier leurs résultats dans le Royal Society Journal Interface. Les vidéos, qui illustrent le phénomène au ralenti, elles, sont disponibles sur le site de Georgia Tech.

Les expériences des chercheurs ont tout d’abord démontré que les fréquences d’oscillation varient d’une espèce à l’autre et que celles-ci sont inversement proportionnelles à la masse de l’animal. Alors qu’un chien labrador se secoue à une fréquence de 4 oscillations par seconde, pour un chat, cela monte à 9 oscillations et, pour un rat, à 18 oscillations par seconde. Pour les souris, du fait de leur petite taille, la fréquence observée est de l’ordre de 30 oscillations par seconde. D’après les calculs des chercheurs, le fait de se secouer est plus efficace, énergiquement, pour l’animal, que de simplement laisser l’eau s’évaporer d’elle-même. Par exemple, cela prendrait, pour un chien de 15 kilogrammes dont la fourrure est saturée de 500 grammes d’eau, 20 % de son apport calorique quotidien pour se sécher sans les oscillations.

Mais surtout, ce qui est particulièrement fascinant, c’est que chaque espèce s’ajuste et maintient exactement la bonne fréquence d’oscillations. D’ailleurs, dans leur publication, les chercheurs ont établi une loi qui, sur la base des forces capillaires et centrifuges, prédit la fréquence d’oscillation f en fonction de la masse M de l’animal. Les résultats expérimentaux donnent une valeur de  f ≈ M-0.22  qui est proche de leur valeur théorique f ≈ M-0.19.

Le fait que la peau de ces animaux soit relativement lâche est aussi un facteur important pour les chercheurs. Le mouvement de l’épine dorsale est limité par rapport à sa position d’équilibre, de l’ordre de 300 dans chaque direction. Mais pour la peau, à cause de son élasticité, le mouvement est beaucoup plus prononcé. D’après les calculs des chercheurs, la peau, à laquelle les poils sont attachés, voyage à trois fois la vitesse de l’épine dorsale. En conséquence, la force générée est multipliée par un facteur de neuf, facilitant ainsi l’éjection des gouttes.

Les chercheurs suggèrent que ces animaux ont développé cette technique pour se sécher à la suite d’un mécanisme d’adaptation. Si on s’imagine que les ancêtres de ces animaux tombaient dans un cours d’eau à une époque glaciaire, il était important pour leur survie qu’ils se sèchent le plus rapidement possible. Les chercheurs font remarquer que ni les éléphants, ni les kangourous ne se secouent pour se sécher. Le climat de leur habitat fait que l’opération n’est pas énergiquement favorable.

Quant à moi, je vous écris cette manchette de Paris. Il fait plus de 38 0C dans l’appartement où je me trouve et il n’y a pas de climatisation. Je n’ai pas à me secouer en sortant de la douche!

 

Blog authors are solely responsible for the content of the blogs listed in the directory. Neither the content of these blogs, nor the links to other web sites, are screened, approved, reviewed or endorsed by McGill University. The text and other material on these blogs are the opinion of the specific author and are not statements of advice, opinion, or information of McGill.