La graphologie: Une spécifité française

graphologieAlors que dans le reste du monde l’utilisation de la graphologie pour évaluer un candidat à l’emploi est marginale, elle est restée très populaire en France. Les chiffres varient d’une étude à l’autre mais il semble qu’en France entre 30% et 50% des entreprises font encore appel à cette technique dans le recrutement de personnel. Et quand il s’agit de cabinets d’embauche, les chiffres sont de l’ordre de 95%. Ces chiffres sont particulièrement frappants si on les compare à ceux obtenus pour les pays voisins de l’Union Européenne où ils  varient entre 2% et 8% pour les entreprises. La pratique est essentiellement inexistante en Amérique du Nord. En particulier à cause des poursuites engagées, et gagnées, par des candidats écartés sur la base de cette soi-disant technologie.

En France il existe de nombreuses écoles offrant  une formation en graphologie d’une durée variant entre 120 heures et 240 heures. Par contre les diplômes qu’elles décernent ne sont reconnus, ni par l’Éducation Nationale ni par  le Ministère du Travail. D’ailleurs un comité d’évaluation de ce dernier a clairement statué que “…la graphologie n’est établie sur aucune base scientifique ou technique.” Malgré cela, plus 1,000 personnes en France se présentent comme “graphologue”, et il est intéressant de noter qu’à plus de 90% ce sont des femmes.

Comment expliquer l’attrait des Français pour la graphologie? Une explication est que les bases de la graphologie ont été établies par des Français ! C’est le prêtre Jean-Hyppolyte Michon qui en 1872 inventa le terme graphologie. Il fut le premier à établir une relation entre certains signes graphologiques et des traits de caractère. Mais c’est un autre français, Jules Crépieux-Jamin (1859-1940) qui codifia la pratique en établissant une série de lois et une classification des signes graphologiques en fonction de genres tels que la dimension, la direction ou la continuité des lettres.

C’est sur la base de ces genres que les graphologues font leur analyse. Le problème est qu’il existe plusieurs théories de graphologie qui chacune peut avoir des interprétations différentes pour un même texte. En France chaque lettre est examinée séparément pour déterminer le caractère alors qu’en Allemagne cela demande l’analyse du texte en entier. Dans tous les systèmes par contre, l’inclinaison des lettres est très importante. Une inclinaison à droite est généralement associée à l’extroversion, à gauche à l’introversion. La position du point sur le i est aussi supposée être une réflexion de la personnalité. Si le point est à la gauche du i, la personne a tendance à procrastiner alors que s’il est juste au-dessus de la lettre cela reflète un esprit organisé. De plus, un point placé très haut au-dessus de la lettre est un signe d’imagination.   Un autre signe qui fait l’objet de l’attention des graphologues est la lettre t et en particulier la barre du t. Placée vers le haut elle implique une personne ambitieuse et optimiste. Si la barre est longue, la personne est en plus enthousiaste. Par contre une barre courte est un signe de paresse. Il faut aussi considérer l’inclinaison et l’apparence de la barre. Une barre inclinée suggèrerait un sentiment d’impuissance, alors qu’une ligne sinueuse est associée à l’indécision ou …la séduction.

Le manque de fiabilité de la graphologie a été établi à la suite nombreuses études . Le verdict est sans appel. Aucune étude menée avec la rigueur scientifique nécessaire n’a  trouvé de corrélation entre l’écriture et la personnalité,  ou la prédiction de réussite professionnelle. Certains suggèrent que l’engouement constant des Français pour la graphologie viendrait en réaction (spécificité française encore?) aux tests de personnalité d’origine américaine basés sur des questionnaires. Ceux-ci sont de plus de plus utilisés pour l’embauche bien que leur fiabilité soit aussi en question.

Jules Crépieux-Jamin fut en 1897 l’un des experts amené à analyser le fameux “bordereau” associé à l’affaire Dreyfus.  Le test de personnalité n’a pas apporté grand-chose mais, tout à son honneur, Jules Crépieux-Jasmin, face à une opinion publique hostile et aux avis d’autres experts a insisté que le capitaine Dreyfus n’était pas l’auteur du bordereau. Un exemple qui illustre bien la différence entre graphologie et “analyse de documents.”  Ce dernier processus, qui cherche à déterminer l’authenticité d’un document, est une science exacte qui ne doit pas être confondue à la graphologie, une pseudo-science.

Professeur Ariel Fenster
Organisation pour la science et la société de l’Université McGill
Montréal, Canada (514) 398-2618
http://www.mcgill.ca/oss/

 

La saga de l’ADE 651

ADEJames McCormick vient d’être condamné à 10 ans de prison pour fraude, une condamnation qui vient trop tard pour tous ceux qui ont perdu leur vie à cause de l’ADE 651, un faux détecteur de bombes vendu par cet homme d’affaires britannique.

C’est au début des années 2000 que James McCormick commence à faire la promotion d’appareils de détection d’explosifs sous l’acronyme ADE (Advanced Detection Equipment). L’ADE 651 est le plus « perfectionné»  de la série. Il consiste en une antenne orientable attachée par une articulation à une poignée en plastique. L’ADE 651 ne nécessitait aucune source d’électricité extérieure, car, d’après McCormick, le système est alimenté par l’électricité statique de l’opérateur. C’est pourquoi il était nécessaire pour ce dernier de « charger » l’appareil avant de l’utiliser. Une opération très simple qui consistait à se frotter les pieds au sol. Ensuite, après qu’une « carte programmée » ait été insérée dans l’appareil, le dispositif était censé pivoter dans la main de l’utilisateur pour pointer l’antenne dans la direction de la substance cible. Il y avait des cartes pour détecter différents types d’explosifs, mais également de la drogue, des billets de banque, de l’ivoire et même des truffes. La programmation se faisait en plaçant la carte pendant une semaine dans un bocal avec la substance ciblée, ce qui permettait soi-disant à la carte de « capter » les fréquences émises par ces différentes substances. D’après le matériel promotionnel qui accompagnait l’ADE 651, le système était si efficace que la détection pouvait se faire à des distances allant jusqu’à mille mètres, cela même si la substance était protégée par du béton ou des parois de plomb. À partir d’un avion, la portée montait à 5 000 mètres, mais n’était que de 30 mètres sous l’eau.

En fait, au procès de McCormick, il a été révélé qu’il n’y avait aucune composante électronique à l’intérieur de l’ADE 651. Les douilles des câbles attachées au boitier n’étaient pas connectées et les « cartes programmées » n’étaient reliées à rien. James McCormick avait simplement utilisé le coffret d’un détecteur de balles de golf perdues, que l’on peut se procurer pour une vingtaine de dollars aux États-Unis. Il y avait simplement ajouté une antenne et une étiquette affichant ADE 651.

L’ADE 651 a rapporté une fortune à James McCormick. Avec des détecteurs, qu’il vendait jusqu’à 6 000 dollars l’unité, on estime qu’il a amassé des sommes de l’ordre de 85 millions de dollars. En Irak, son plus gros client, uniquement entre 2008 et 2010, James McCormick a vendu 6 000 détecteurs, pour un total de 40 millions de dollars. C’est aussi à cette époque que la fraude y a eu les conséquences les plus désastreuses pour ce pays. L’ADE 651 équipait les forces de sécurité postées aux points de contrôle pour empêcher les attentats-suicides et les attaques à la voiture piégée et, rien qu’à Bagdad, les explosions ont couté la vie à plus de 1 000 personnes.

Bien qu’il soit rapidement devenu évident que les détecteurs étaient inefficaces, les soldats irakiens ont continué à les utiliser. D’admettre leur inutilité aurait révélé l’existence de tout un système de pots de vin associé à leur adoption. Dans une déclaration rapportée par l’AFP, un soldat avait indiqué : « Le dispositif est un échec à 100 pour cent et nous savons cela, mais il nous est imposé, nous ne pouvons pas désobéir aux ordres directs. »

Malheureusement, la saga de l’ADE 651 continue. Paraît-il qu’en dépit de la condamnation de James McCormick, le gouvernement irakien n’a pas pris la peine de retirer ces faux détecteurs de bombe de la circulation.

Ariel Fenster

Le retour du guano

seabird guanoL’autre jour, au centre de jardinage, mon œil s’est attardé sur une boîte d’engrais qui annonçait qu’elle contenait un engrais « naturel », le guano. En fait, avant les engrais synthétiques, comme le nitrate d’ammonium – qui malheureusement vient de faire les manchettes avec l’accident à West, au Texas – tous les engrais étaient « naturels ». Mais parmi ceux-ci, peu ont une histoire aussi chargée que celle du guano. Il est difficile de s’imaginer que ce qui n’est en fait que des excréments d’oiseaux ait pu causer autant de conflits politiques, économiques et même militaires.

Le terme « guano » vient du quechua, une des langues parlées des Andes.  Il se traduit littéralement comme « fiente d’oiseau de mer ». Des objets archéologiques suggèrent que les peuples andins récoltaient le guano depuis les temps les plus anciens, pour améliorer la qualité de leurs cultures. Ils le trouvaient sur les îles et les rivages sauvages de la côte du Pérou où les conditions climatiques favorisaient sa production.  Un courant froid, le Humboldt, y génère des eaux extrêmement poissonneuses, ce qui favorise le développement de nombreuses colonies d’oiseaux qui, bien nourris, font d’abondants « besoins ». De plus, un climat désertique, en limitant les précipitations, contribue à préserver le guano, ce qui explique que, quand les premiers explorateurs européens visitèrent les Îles Chincha, au large du Pérou, ils rapportèrent que la couche de guano était de l’ordre de 50 mètres!

Le guano est aussi présent dans d’autres pays, au Chili et en Namibie notamment. Les chauves-souris en fournissent elles aussi, mais c’est le guano du Pérou qui a la meilleure réputation. Il provient surtout d’une espèce d’oiseaux, le cormoran Guanay, dont les excréments sont particulièrement riches en azote.

Dans la première partie du 19e siècle, le commerce du guano créa un boum économique au Pérou. Malheureusement, il finit par être aussi la source de nombreux conflits. Pendant la première guerre du Pacifique (1864-1866), aussi connue sous le nom de « Guerre du Guano », le Pérou s’allia au Chili et, dans une moindre mesure, à la Bolivie et à l’Équateur, pour expulser les Espagnols des Îles Chincha, riches en guano, qu’ils avaient occupées. La deuxième guerre du Pacifique (1879-1883), pour sa part, opposa le Pérou et la Bolivie au Chili. Le commerce du guano était l’un des enjeux, mais la guerre concernait aussi le contrôle de la production de salpêtre. Ce dernier, en plus de ses propriétés d’engrais, pouvait aussi être utilisé pour la fabrication d’explosifs, d’où son importance.  Cette guerre a mal tourné pour le Pérou qui a perdu ses provinces méridionales au profit du Chili. Le résultat a encore été pire pour la Bolivie qui, elle, a perdu son accès à la mer. Une situation qu’elle n’accepte toujours pas. Bien que le pays soit enclavé, la Bolivie a toujours un ministère de la Marine!

En 1913, le processus Haber-Bosch est introduit. Ce dernier, qui permet la production industrielle de composés azotés à partir de l’azote de l’air et de l’hydrogène, porte un coup fatal au guano qui ne s’en remettra jamais. Cela est tout aussi bien, car les réserves de guano n’auraient jamais pu produire les quantités d’engrais que l’agriculture moderne demande.

Toutefois, l’engouement pour l’agriculture biologique a fait que ce qu’il reste des ressources en guano est particulièrement apprécié, ressources que le Pérou gère maintenant avec précaution. Les 21 îles et les 11 caps à guano du pays ont été déclarés zones protégées. Celles-ci sont exploitées à tour de rôle pour permettre au guano de se renouveler. Et pour ne pas perturber les oiseaux, aucun engin à moteur n’est permis; c’est donc avec pelles et pioches qu’une armée d’ouvriers récolte le guano. C’est un travail de forçat qui a été traité dans une des émissions de Thalassa, l’émission de la mer de la télévision française.

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Le guano est aussi associé au  « Guano Island Act ». Cette loi, votée par le Congrès américain en 1856, autorise n’importe quel citoyen américain à prendre possession d’une île contenant du guano, quelle que soit sa situation géographique. Cela dans la mesure qu’à ce moment elle soit inoccupée et non soumise à la juridiction d’un autre pays. En tout et pour tout, plus de 100 îles ont été ainsi « réclamées » au nom des États-Unis. Soit disant l’île Fox dans le golfe du Saint-Laurent au Québec aurait été ainsi « réclamée » par les États-Unis en 1899… à vérifier!

Comment réutiliser le papier collant? Demandez aux grenouilles

Quand vous détachez un papier collant, des petites fissures se développent à partir du point d’attache et se propagent à travers l’adhésif. Ceci permet au papier de se détacher mais la présence de ces fissures réduit l’adhésion et fait en sorte qu’il soit difficile de réutiliser le papier. Pour résoudre ce problème, des chercheurs indiens ont étudié les disques adhésifs que les rainettes, une espèce de grenouille, ont aux extrémités des doigts et qui leur permettent de grimper aux arbres. La présence sous les disques d’un réseau de fins canaux augmente l’adhésion et empêche la propagation des fissures. En utilisant cette information, les chercheurs ont créé des couches adhésives avec des réseaux similaires à ceux présents chez les grenouilles. Résultat : l’adhésion est trente fois plus forte et le matériel peut être décollé et réutilisé plusieurs fois.

Ariel Fenster

Vers un noir parfait

Des scientifiques américains viennent d’annoncer qu’ils sont arrivés à créer la substance la plus noire jamais produite. Celle-ci consiste en une couche de nanotubes de carbone d’un atome d’épaisseur. D’après les chercheurs c’est le plus près que l’on soit arrivé à un objet noir parfait le terme scientifique est: “idéal”. Un objet noir “idéal” comme un “trou noir” de l’espace, absorbe toutes les fréquences de la lumière. Ce genre de recherche devrait mener à d’intéressantes applications où la “récolte” d’un maximum de lumière est important; par exemple dans la construction de cellules solaires super-efficaces. Mais si l’on arrive justement à créer un tel objet noir “idéal” j’imagine un problème. Comment le localiser; un tel objet par définition, avec zéro réflexion, serait totalement invisible puisque c’est la réflexion de la lumière d’un objet vers nos yeux qui le rend visible.

Ariel Fenster

Le Cas de “Saltair Sally”

Saltair SallyEn octobre 2000, deux chasseurs ont fait une découverte macabre alors qu’ils marchaient le long des rives du « Grand lac salé », près de Salt Lake City. Dans un sac en plastique, ils ont trouvé une chaussette blanche, un tee-shirt, quelques os ainsi qu’un crâne humain auquel étaient attachés des cheveux. Malgré tous ses efforts, la police s’est révélée incapable d’identifier la victime, surnommée « Saltair Sally” », du nom d’un hôtel situé à proximité de l’endroit où les restes ont été retrouvés.  L’examen du registre des personnes disparues, la description des effets personnels, la diffusion des fiches dentaires n’ont rien donné. Finalement, les autorités ont abandonné leur recherche et l’affaire « Saltair Sally » fut classée.

Sept ans plus tard, les autorités ont eu vent d’une nouvelle technique d’identification, la spectrométrie de masse à rapport isotopique (SMRI), et décidèrent d’y faire appel. Pour comprendre le principe de la SMRI, il faut savoir que chaque molécule de notre corps est constituée non seulement d’éléments différents, mais de différents ratios d’isotopes stables de ces éléments. Par exemple, dans le cas de l’oxygène, l’isotope le plus abondant (99,8 %) est l’oxygène-16 dont le noyau contient 8 protons et 8 neutrons. Le reste (c.-à-d. 0,2 %) est représenté par de l’oxygène-18 qui a deux neutrons supplémentaires (il y a aussi des quantités infimes d’oxygène-17). La SMRI est capable de déterminer le rapport qui existe entre ces isotopes, mais ce qui est important du point de vue de l’identification, c’est que ce rapport varie en fonction de considérations géographiques.

Imaginons ce qui se passe lorsque des nuages chargés de pluies voyagent de l’Océan Pacifique vers l’intérieur, vers Salt Lake City, par exemple, où a été retrouvée la victime. Les gouttes d’eau avec la plus grande concentration en O-18, plus lourdes, vont tomber en premier, laissant derrière elles, dans les nuages, une eau dont le rapport O-18/O-16 est moindre. Comme l’eau potable a son origine dans l’eau de pluie, les personnes vivant près de l’océan absorbent plus de O-18 que celles qui vivent à l’intérieur du continent. À partir de l’eau, ces isotopes de l’oxygène vont s’incorporer dans toutes les parties du corps, y compris les cheveux.

Si Saltair Sally avait vécu à Salt Lake City dans les semaines précédant sa mort, la zone de cheveux proche du scalp devrait refléter la signature isotopique locale. Par contre, si elle venait de la côte du Pacifique, on peut s’attendre à ce que la concentration en O-18 soit plus élevée. L’analyse des cheveux de Saltair Sally a suggéré aux enquêteurs que celle-ci avait voyagé plusieurs fois entre Salt Lake City et la côte nord-ouest des États-Unis; un indice qui a amené la police à diriger les recherches vers cette région.

Le 7 août 2012, douze ans après la découverte du corps, la police annonce qu’elle a identifié Saltair Sally. Il s’agit de Nikole Bakoles (ci-contre), originaire de l’État de Washington. Elle avait déménagé dans l’Utah en 1998, mais comme le suggère l’analyse de ses cheveux réalisée par la SMRI, elle était retournée dans chez elle plusieurs fois pour rendre visite à sa famille. Sa disparition avait été signalée par sa famille aux autorités de l’État de Washington, mais la police de l’Utah n’en avait pas été informée. Ce n’est qu’après les tests de SMRI que la police a concentré ses efforts vers la bonne région et que l’identité de la victime a été confirmée par des tests d’ADN. Maintenant, il s’agit de trouver le ou les coupables. Espérons que cela ne prendra pas douze ans!

L’Affaire Stallings

Les techniques analytiques sont telles qu’il est désormais possible de détecter et d’identifier des quantités infimes d’une substance. Malgré cela, le résultat d’une investigation demeure à la merci du facteur humain. L’Affaire Stallings démontre que cela peut avoir des conséquences tragiques.

Le 7 juillet 1989, la vie de Patricia Stallings prend un tournant tragique. Après avoir donné le biberon à son bébé de trois mois, Ryan, ce dernier en vomit immédiatement le contenu. Pendant deux jours, il est incapable de garder toute nourriture. Léthargique, le bambin respire difficilement. Admis d’urgence à l’hôpital, il est soumis à des tests à l’issue desquels on dénote la présence sanguine de glycol d’éthylène, principale composante de l’antigel. Incapable d’expliquer l’origine du poison, Patricia Stallings est alors soupçonnée de souffrir du syndrome de Munchausen et d’avoir empoisonné son fils. Ce dernier lui est alors retiré et confié à une famille d’accueil. La mère est autorisée à nourrir son fils, sous supervision.

Huit semaines plus tard, après que Patricia Stallings ait donné le biberon à son fils, l’état de ce dernier, qui s’était jusqu’alors amélioré, se dégrade de nouveau. Ryan est amené d’urgence à l’hôpital, mais, en dépit de tous les efforts déployés pour le sauver, il meurt. Les tests de deux laboratoires révèlent la présence de glycol d’éthylène dans le sang du bambin et dans le biberon ayant servi à le nourrir. Patricia Stallings est arrêtée et accusée du meurtre de son fils.

Enceinte au moment de son arrestation, Patricia Stallings donne naissance à un deuxième fils, David. Alors emprisonnée, elle est forcée de confier l’enfant à une famille d’accueil. Très rapidement, ce dernier développe les mêmes symptômes que ceux affligeant son frère. David est alors soumis à des examens plus approfondis. Au lieu d’empoisonnement au glycol d’éthylène, les tests démontrent que David souffre d’une rare maladie génétique, l’acidémie méthylmalonique (AMM).

Touchant environ un nouveau-né sur 50 000, l’AMM découle d’une carence au niveau de l’enzyme qui dégrade l’acide méthylmalonique, un métabolite de différents acides aminés. L’accumulation d’acide qui en résulte donne lieu à une variété de symptômes similaires à ceux de l’empoisonnement au glycol d’éthylène. Malgré cela, le juge au procès de Patricia Stallings refuse que son avocat justifie le décès de Ryan par l’AMM. Selon lui, même s’il est possible que l’enfant ait été atteint de maladie, les tests ont néanmoins détecté la présence d’antigel. En janvier 1991, Patricia Stallings est condamnée à la prison à vie pour le meurtre de son enfant.

La série télévisée américaine Unsolved Mysteries en fait le sujet de l’une de ses émissions, que visionnent deux chercheurs du Département de génétique de l’Université de St Louis, les professeurs Shoemaker et Sky. Ces derniers s’étonnent que Patricia Stallings donne naissance à un deuxième enfant présentant les mêmes symptômes. Après avoir communiqué avec les autorités, on leur accorde la permission d’offrir une contre-expertise sur un échantillon du sang de Ryan.

Coup de théâtre! Les analystes ayant mené les tests sanguins permettant de croire à la « culpabilité » de Patricia Stallings avaient commis une erreur impardonnable en n’utilisant pour seule technique celle de la séparation de chromatographie en phase gazeuse, et assignant au glycol d’éthylène les pics observés sur les graphes obtenus. En fait, ceux-ci étaient causés par l’acide propionique, un des produits de dégradation de l’acide méthylmalonique. Les professeurs Shoemaker et Sly ont quant à eux utilisé la technique recommandée, soit la spectrométrie de masse. À l’issue de ce test, qui précise la composition exacte d’un mélange, on confirma l’absence d’éthylène glycol et, du même coup, la présence d’acide propionique.

Le 20 septembre 1991, les accusations portées contre Patricia Stallings sont retirées dans leur totalité. Le calvaire de la jeune femme aura donc duré plus de deux ans. Bien que son séjour en prison ait indiscutablement été une véritable injustice, la plus grande tragédie que cette femme ait dû endurer est le décès de son fils, lequel aurait pu être évité si les laboratoires n’avaient pas commis cette erreur impardonnable. Diagnostiquée à temps, l’AMM peut être contrôlée grâce à un régime alimentaire qui limite l’apport de certains acides aminés. Dès sa sortie de prison, Patricia Stallings a poursuivi les deux laboratoires ainsi que l’hôpital. L’on rapporte que l’entente à l’amiable lui donna droit à une compensation de six millions de dollars. S’il est vrai que la justice a triomphé, la chance et le hasard, dans ce cas, ont tous deux joué un rôle important. Patricia Stallings donna naissance à un deuxième enfant à son tour atteint d’AMM; au sein d’une même famille, les probabilités que deux enfants soient atteints de la maladie s’élèvent à une sur quatre. Et deux experts en dépistage génétique ont regardé la télévision au bon moment.

Ariel Fenster

Enrichissement de l’uranium par laser – une technologie innovante et… inquiétante

Laser glassesL’uranium-235, l’isotope fissile de l’uranium, n’est présent qu’à une concentration de 0,7 % dans l’uranium naturel, le reste étant essentiellement de l’uranium-238. Comme la plupart des réacteurs nucléaires requièrent des concentrations en uranium-235 de l’ordre de 3 % et les applications militaires des concentrations de l’ordre de 90 %, l’uranium a besoin d’être enrichi.

Les techniques d’enrichissement utilisées à ce jour reposent sur les légères différences de masse qui existent entre les deux isotopes. Dans la diffusion gazeuse, l’hexafluorure d’uranium UF6, un gaz,  traverse répétitivement de multiples membranes spécialisées, s’enrichissant à chaque passe en uranium-235. Dans l’autre processus, la centrifugation, le gaz est introduit dans un bol tournant à haute vitesse. Les molécules les plus lourdes (U238) sont projetées à la périphérie, alors que les plus légères (U235) migrent vers le centre. Là aussi, le processus est répété jusqu’à l’obtention de la concentration en uranium-235 désirée.

Cette semaine, les compagnies GE et Hitachi ont reçu l’accord du NRC – l’autorité en matière de contrôle du nucléaire aux États-Unis – pour construire une usine d’enrichissement par laser basé sur la technologie SILEX (Separation of Isotopes by Laser Excitation). Cette technologie s’appuie sur le fait que l’environnement des électrons par rapport au noyau est légèrement différent dans les deux isotopes, à cause de la présence de neutrons supplémentaires dans l’uranium-238. En conséquence, il est plus facile d’arracher un électron d’un atome d’uranium-235 que d’un atome d’uranium-238. En d’autres termes, en ajustant précisément la fréquence d’un faisceau laser, il est possible de former sélectivement des ions d’uranium-235 sans affecter les atomes d’uranium-238, ce qui permet de séparer les deux isotopes à l’aide d’un aimant.

Le processus SILEX est plus rapide – il ne nécessite pas de multiples répétitions – et moins cher que les techniques de diffusion ou de centrifugation. De plus, il nécessite beaucoup moins de place. Ce sont justement ces facteurs, appréciés par l’industrie nucléaire, qui font peur à ceux qui s’inquiètent des risques de prolifération.  À ce sujet, ils citent l’Iran en exemple. Jusqu’à présent, ce pays a fait appel à la centrifugation gazeuse pour enrichir l’uranium. Mais on sait qu’il travaille également sur la technologie Silex, comme l’indique la photo ci-contre, prise lors d’une présence du président iranien à une démonstration de laser.

Les enseignes néon

Las Vegas neon signOn ne les voit plus autant que dans le passé, mais pour moi elles représentent quelque chose de magique. Quoi de mieux qu’une enseigne néon pour vous souhaiter la bienvenue à Las Vegas? En fait, ces signes néon ne sont pas que du néon, mais c’est ce gaz que l’inventeur et homme d’affaires français Georges Claude a d’abord utilisé pour créer ces enseignes qui, depuis plus d’un siècle, illuminent le ciel.

Le néon est un des gaz rares naturellement présents dans l’air. Il en est extrait par un processus de liquéfaction suivi de distillation. La liquéfaction de l’air se fait par l’application de l’effet Joule-Thomson. Un effet que vous avez peut être remarqué quand vous relâchez le gaz d’une cannette sous pression, par exemple, celle utilisée pour enlever la poussière d’un ordinateur. Lorsque le gaz se détend à la sortie de la canette, la température tombe. Dans le cas de l’air, il est comprimé, refroidi et détendu de manière répétitive jusqu’à ce qu’il atteigne sa température de liquéfaction. Une fois liquides, les différents composés de l’air, y compris le néon, peuvent être séparés par distillation fractionnée.

Georges Claude avait perfectionné ce système, ce qui lui permettait de produire de l’air liquide à grande échelle, soit 10 000 mètres cubes par jour*. Georges Claude voulait utiliser les grandes quantités de néon associées au processus. Il se tourna vers les tubes à décharge. À l’époque, les chercheurs voulaient développer un substitut à la lampe à incandescence de Thomas Edison. Le tube à décharge consiste en un tube rempli d’un gaz dans lequel des décharges électriques produisent de la lumière par fluorescence. Dans le cas du néon toutefois, il s’agit d’une lumière rouge-orangée, ce qui n’est pas idéal pour un éclairage intérieur. Le génie de Georges Claude a été de reconnaître que cette particularité en faisait un outil parfait pour la publicité extérieure. En 1910, il déposa un brevet et, à la fin de cette même année, au Salon de l’Auto de Paris, deux tubes de néon de 12 m de haut accueillaient les visiteurs.

Ne s’arrentant pas là, Roger Claude fonda la compagnie Claude Néon, pour commercialiser son invention. Il introduisit différentes couleurs en variant les gaz utilisés et les revêtements des tubes et fit appel aux meilleurs techniciens en verre pour créer une variété de formes. Malgré le succès des signes néon en Europe, cela prit un certain temps avant qu’ils fussent adoptés en Amérique du Nord. Ce n’est qu’en 1923 que le premier signe néon fut installé à Los Angeles pour mettre en valeur un concessionnaire automobile. Deux signes, chacun avec « Packard » en lettres bleues, décoraient les vitrines. Ces signes n’étaient pas bon marché. Le coût de l’installation, 1 250 dollars, était du même ordre que celui d’une des voitures en vente à l’intérieur! Quoi qu’il en soit, les signes firent sensation, et la publicité générée profita au concessionnaire. Après cela, les signes néon se répandirent partout comme symbole du commerce moderne.

Roger Claude lui, eut une triste fin de carrière. Militant d’extrême droite avant la guerre, il était membre de l’Action Française, mouvement nationaliste en faveur du retour de la royauté. Après la défaite de la France en 1940 – et l’établissement du régime de Vichy –, Roger Claude prône par ses écrits et ses actions la collaboration avec les Allemands. Ce qui lui vaut à la libération d’être exclu de l’Académie des Sciences. Jugé pour fait de collaboration, il fut condamné en 1945 à la prison à perpétuité. Une perpétuité bien courte; il fut libéré en 1950.

*La compagnie Air Liquide, fondée par Roger Claude en 1902, est aujourd’hui le plus important fournisseur de gaz industriels au monde.

Steve Jobs et la médecine alternative

Steve JobsLorsque Steve Jobs est décédé au mois d’octobre dernier des voix se sont élevée pour suggérer que ce dernier aurait pu être sauvé s’il n’avait pas initialement fait appel à la médecine alternative. Des arguments qui demandent à être examinés de manière objective.

Steve Jobs souffrait de cancer du pancréas, une forme de cancer  avec un très mauvais pronostic de survie mais heureusement relativement rare avec 3% de tous les cancers diagnostiqués. Mais sa forme de cancer, une tumeur neuroendocrine du pancréas ou TNEP, était encore plus rare représentant seulement 1% de tous les cancers de cet organe. Et contrairement à la majorité des cancers du pancréas, les TNEP ont des pronostics de survie  beaucoup plus encourageants. Les cellules cancéreuses ont tendances à se développer lentement et ne se propagent pas aussi rapidement aux autres organes. Ce qui veut dire que si la tumeur est détectée, et enlevée de manière chirurgicale, quand elle est contenue à l’intérieur du pancréas les chances de guérison sont très bonnes.  Par contre une fois que la tumeur s’est répandue à l’extérieur du pancréas les chances de survie sont diminuées en conséquence.

La tumeur de Steve Jobs a été découverte accidentellement en octobre 2003 à la suite  d’un tomodensitogramme (CAT scan) de routine. Ce dernier avait  prescrit par son médecin pour détecter la présence de calculs rénaux – le pancréas est situé près  du rein gauche. A l’époque les médecins lui avait suggéré une opération chirurgicale pour enlever la tumeur. Ce que Steve Jobs refusa se tournant plutôt vers des traitements non-conventionnels – la rumeur suggère une alimentation purement végétarienne, riche en jus de fruits et des traitements basé sur les plantes et l’acupuncture et des consultations avec des psychiques???

Lorsqu’il finalement il décida de se faire opérer en juillet 2004, neuf mois plus tard, on dû lui enlever  la vésicule biliaire et une partie du pancréas, de l’intestin et de l’estomac. Une indication que la tumeur s’était propagée en dehors du pancréas. En avril 2009 Steve Jobs se rendit en Suisse pour un traitement expérimental de radiothérapie. Malheureusement celui-ci échoua. Il subit une transplantation du foie à son retour aux États-Unis.  Le fait que le cancer avait attaqué le foie était de mauvais  augure car lorsque cet organe est atteint les cellules cancéreuses se propagent rapidement dans le reste du corps.

Il est difficile de se prononcer catégoriquement à savoir si le délai de neuf mois dans la chirurgie a eu un impact sur la survie de Steve Jobs. Dr David Gorski, un chirurgien oncologue  a examiné le sujet de manière extensive dans son blog Science-Based Medecine. D’après lui Steve Jobs n’a pas aidé sa situation en  retardant son traitement mais ces neuf mois n’ont probablement pas eu un impact sur le dénouement de la maladie. En d’autres termes la médecine alternative n’a pas guéri Steve Jobs mais elle ne l’a pas tué non plus.

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