Le BPA fait de nouveau les manchettes

BPADans ma manchette de la semaine dernière, je vous mentionnais que des études, faisant appel au poisson zèbre, ont été utilisées pour établir un lien entre l’exposition au bisphénol A (BPA), un perturbateur endocrinien, et l’autisme chez les enfants. Mais, comme je l’indiquais dans ma manchette, rien dans les résultats ne justifiait de s’inquiéter outre mesure. Car contrairement aux poissons zèbres de l’étude nous n’évoluons pas dans une eau chargée de BPA. Cette semaine, le BPA, revient à l’avant de la scène mais cette fois d’une manière plus positive. Il s’agit d’un document de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) qui souligne, dans un rapport de plusieurs centaines de pages, l’innocuité du BPA. Après avoir examiné plus de 450 études, l’EFSA conclut que le BPA, aux niveaux actuels d’exposition, ne présente pas de risques, pour la santé des consommateurs de tous les groupes d’âges, y compris les nourrissons, les adolescents ainsi que les embryons d’enfants à naitre. Une conclusion qui est partagée par la FDA (Food and Drug Administration) aux États-Unis. Malgré tout, l’EFSA préconise de réduire la dose journalière tolérable (DJT) de 50 mg par kg de poids corporel (mg/kpc) à 4 mg/kpc. Cela pour prévenir des dangers hypothétiques à venir. Le BPA est utilisé dans la fabrication d’une multitude de produits de consommation quotidienne allant des plastiques durs des bouteilles d’eau réutilisables aux revêtements internes des boites de conserve et des cannettes de boisson. L’inquiétude provient du fait que des résidus de BPA peuvent migrer dans les aliments puis être ingérés par le consommateur. Le BPA se trouve également sur les tickets de caisse d’où il peut être absorbé par contact à travers la peau ou par inhalation de poussières. Il est à noter que dans son étude l’EFSA met le BPA hors de cause quelle qu’en soit sa source au regard des quantités infinitésimales rencontrées dans les usages courants de la vie quotidienne Il est intéressant de contraster le titre accompagnant le communiqué de presse de l’EFSA, “L’exposition au bisphénol A ne présente pas de risque pour la santé des consommateurs” avec celui d’une publication à tendance écologique, Gentside. Cette dernière, sur la base du même rapport, titre “Bisphénol A : l’EFSA confirme les dangers du BPA pour la santé.” Ce que l’EFSA mentionne dans son rapport c’est que sur la base des données actuelles le BPA, à des doses plusieurs centaines de fois la DJT, est susceptible d’avoir des effets indésirables sur les reins, le foie et les glandes mammaires. Mais il est important de noter que l’exposition humaine moyenne journalière au BPA est plusieurs milliers de fois inférieure à la DJT. Comme vous pouvez vous l’imaginer la publication de l’étude de l’EFSA a soulevé un tollé chez les opposants au BPA. En particulier en France où le BPA vient juste d’être banni des contenants alimentaires et cela sur recommandation de l’Agence nationale de sécurité alimentaire (ANSES). L’EFSA elle, a estimé que le poids de la preuve ne justifiait pas cette recommandation de l’ANSES étant donné qu’aucune relation de cause à effet entre l’exposition au BPA et la santé n’a été mise à jour chez l’humain et que les résultats des études animales, ne sont pas convaincants. L’avis de l’EFSA isole la France qui est le seul pays au monde à avoir mis en place une interdiction aussi large du BPA. Pour certains experts français, comme le toxicologue Jean-François Narbonne, une interdiction politique qui ne repose sur aucun argument sanitaire. À ce sujet je trouve navrant que dès qu’une étude ne conforte pas le point de vue des alarmistes, comme celle de de l’EFSA, les experts sont accusés d’être à la solde des lobbys industriels. Au-delà de la controverse je suis frappé que sur le plus de 60 000 composés chimiques connus, un en particulier, le BPA, est la cible de tant d’attention. Il est certain que le BPA est un perturbateur endocrinien mais n’oublions pas que le lait ou le soja ont des propriétés similaires mais ne soulèvent pas le même intérêt. Je pense que si les mêmes critères leur étaient appliqués on interdirait la crème glacée et le tofu. Tout en gardant un œil sur le BPA il est peut-être temps de tourner plus de nos ressources et nos efforts vers des dangers plus conséquents comme le cancer et les maladies cardiaques, les deux premières causes de décès au Canada.

 

Professeur Ariel Fenster

Le poisson zèbre fait encore parler de lui

poissonVous l’avez certainement déjà rencontré au détour d’un aquarium.  Originaire de l’Inde, le poisson zèbre est très prisé des aquariophiles.  De nature pacifique et de petite taille, il peut être élevé en compagnie d’autres espèces dans des aquariums à population diversifiée. De plus, il est capable de supporter une plage de températures et de qualité d’eau assez large, ce qui rend son élevage relativement facile. L’espèce est ovipare, c’est-à-dire que les œufs de la femelle sont fécondés  par le mâle en dehors de l’organisme maternel et c’est également dans ces conditions que se fait le développement embryonnaire. C’est cette particularité, plus le fait que près de 80% des gènes du poisson zèbre se retrouvent chez l’humain qui  explique l’utilisation de l’espèce comme modèle pour la recherche scientifique et médicale.

L’année dernière une équipe de chercheurs français a fait appel au poisson zèbre pour tester un traitement possible de la maladie d’Alzheimer. Ainsi, des modifications transgéniques ont été faites au cerveau de poissons zèbres pour y introduire des formations anormales de protéines, dites protéine tau, que l’on retrouve chez les malades Alzheimer. Grâce à l’injection subséquente d’une protéine baptisée FKBP52,  naturellement présente dans le cerveau, les poissons zèbres qui étaient inertes, ont retrouvé leur vivacité. Les chercheurs espèrent qu’en modulant cette protéine FKBP52, les effets négatifs des protéines tau pourraient être mitigés.

Avant cela, en 2013, Edor Kabashi,  chercheur de l’Université de Montréal, a créé, grâce au poisson zèbre, le premier modèle animal pour étudier le rôle du principal gène responsable de la sclérose latérale amyotrophique (SLA) mieux connue sous le nom de maladie de Lou Gehrig, d’après le joueur de baseball qui en est mort. La SLA est causée par la destruction des neurones moteurs  qui acheminent les signaux du cerveau vers les muscles. Edor Kabashi a identifié, sur le poisson zèbre, le gène mutant C90RF72 associé à la maladie, ouvrant ainsi la voie à un traitement possible.

Plus récemment, en fait la semaine dernière, des chercheurs de l’Université de Calgary, ont publié une  étude sur les effets du BPA, et de son substitut potentiel, le BPS, sur les cellules du cerveau. Le BPA, que l’on  trouve dans les plastiques rigides, les tickets de caisses, les enduits de boîtes de conserve et les résines dentaires, est ciblé comme perturbateur endocrinien. Il a été remplacé dans certaines applications par le BPS dans l’espoir de réduire les effets nocifs. Après que d’autres chercheurs aient fait appel aux souris, aux rats, aux cobayes et aux singes,  les spécialistes de Calgary, eux se sont tournés vers les poissons zèbres pour déterminer les effets   du BPA et du BPS sur la santé.  Pour les besoins de l’étude, des embryons de poissons zèbres ont été exposés à des concentrations de BPA et BPS semblables à celles présentes dans les rivières autour de Calgary.  Une analyse des résultats montre une augmentation significative du nombre de neurones du cerveau généré après exposition; plus 180% dans les cas du BPA et 240% pour le BPS. Les chercheurs disent aussi avoir remarqué que les poissons zèbres exposés au BPA et BPS étaient plus “hyperactifs”.

Vous ne serez pas surpris d’apprendre que les chercheurs albertains ont utilisé ces résultats pour suggérer que l’exposition des femmes enceintes aux BPA et BPS serait un facteur possible dans le nombre accru d’enfants diagnostiqués comme souffrant d’hyperactivité. Ils recommandent  aux femmes enceintes de limiter leur exposition aux plastiques et aux reçus de caisses. Un bel exemple d’alarmisme injustifié. Notre exposition au BPA et BPS n’est en rien comparable à celle des poissons zèbres immergés dans de l’eau contenant ces produits chimiques. Je ne suis pas non plus convaincu sur le diagnostic d’hyperactivité attribué par les chercheurs aux poissons zèbre.

GloFishEn terminant cette chronique sur le poisson zèbre je me dois de mentionner le GloFish. Ce poisson zèbre fluorescent a été créée en 1999 en introduisant un gène provenant d’une anémone qui produit une fluorescence  verte en réponse à une lumière bleue ou ultraviolette. Le GloFish est ainsi devenu le premier animal de compagnie transgénique.  Depuis d’autres variétés de poissons zèbres fluorescents ont été mis sur le marché des aquariophiles. Bien qu’ils aient des noms évocateurs allant d’Electric GreenTM  à  Moonrise PinkTM, j’ai une certaine réticence à voir la nature ainsi manipulée pour des utilisations superficielles.

Professeur Ariel Fenster
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Les nosodes-vous connaissez?

E.coliRécemment l’émission de consommateurs de la  chaine anglophone de Radio Canada, “Marketplace” a révélé que certains praticiens de “médecine alternative” suggèrent aux parents  d’utiliser des nosodes à la place de vaccins pour des maladies infantiles telles que la rougeole, la coqueluche  ou la polio.  
Pour ceux d’entre vous pour qui le terme est nouveau,  les nosodes  sont des concoctions homéopathiques préparées à partir de  tissus ou de secrétions d’individus souffrant d’une pathologie que le nosode est sensé prévenir.  Par exemple, le nosode pour se protéger de la polio nécessite  le  liquide céphalorachidien obtenu par ponction lombaire sur des patients atteints de la maladie.  Comme les principes de de l’homéopathie l’exigent  ces extraits sont dilués; dans ce cas particulier  une dilution de 12 CH. C’est-à-dire que chaque dilution se fait par un facteur de cent et que l’opération est répétée 12 fois. Après chaque dilution la solution est “dynamisée”   en la secouant vigoureusement. Heureusement à ces niveaux de dilution, la possibilité qu’il reste dans la solution finale une quantité mesurable de pathogène est essentiellement nulle. 
Mais comme l’a révélé l’émission  “Marketplace”, le danger n’est pas là. En caméra cachée on peut voir les homéopathes recommander les nosodes comme substituts  aux vaccins en affirmant qu’ils offrent un niveau de protection comparable. D’autre part, certains d’entre eux minimisent les dangers de maladies contagieuses comme la rougeole qui pourtant tue plus de 1 000 enfants chaque année à travers le monde. La raison pour laquelle maladies infantiles sont rares aujourd’hui au Canada provient du fait que suffisamment d’enfants sont immunisés pour prévenir la contamination chez ceux qui ne le sont pas. Malheureusement, les craintes injustifiées au sujet d’un lien entre le vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole) et  l’autisme ont provoqué  un déclin du taux de vaccination.  Au Canada, dans  certaines communautés jusqu’à 40% des enfants n’ont pas les vaccins requis pour leur âge. D’autre part, les vaccins sont tellement efficaces pour prévenir de sérieuses maladies, comme la polio, que le public a tendance à relativiser les dangers que ces  maladies posent. Lorsque j’étais enfant en France les épidémies de polio étaient courantes et je me souviens combien nous étions pétrifiés à l’idée que nous pourrions en être victime. 
Plus de 150 nosodes sont approuvés à la vente au Canada en tant que préparations homéopathiques. On peut se demander comment il est possible que des produits qui n’ont pas prouvé leur efficacité puissent être approuvés par une instance gouvernementale. Tout simplement parce que contrairement aux médicaments “classiques” les préparations homéopathiques n’ont pas à prouver qu’ils sont efficaces; il est suffisant d’indiquer  qu’ils ont été déjà utilisés en homéopathie.
Santé Canada insiste que les nosodes ne sont pas approuvés comme substituts  et que ceci doit être indiqué par une étiquette d’avertissement sur le produit.  Cela n’a pas l’air d’avoir un grand effet chez les tenants de médecine alternative qui font la promotion de “vaccins homéopathiques, sans produits chimiques”. 
Professeur Ariel Fenster  
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L’Eglise catholique et la science

Screen Shot 2014-11-14 at 2.15.12 PMQuand le pape François a déclaré récemment dans un discours à l’Académie pontificale des sciences que l’évolution et le modèle du “Big Bang” ne sont pas contraires aux croyances catholiques, il a créé tout un émoi. Après-tout, nombreux sont ceux qui considèrent que l’Eglise est antiscience. Et ils peuvent citer de nombreux exemples pour étayer leur opinion. Galilée a été condamné par l’Inquisition pour avoir soutenu que le Soleil, et non la Terre, était le centre de notre système planétaire. Giordano Bruno, qui a été brûlé sur le bûcher pour ses idées iconoclastes, est considéré comme un martyr de la science.

Pourtant aujourd’hui, la position de l’Eglise catholique sur différents aspects scientifiques est beaucoup plus en ligne avec le consensus scientifique. Nombreux fondamentalistes protestants croient en un monde créé par Dieu dans sa forme actuelle, il y a moins de 10.000 ans (une opinion partagée par 40% des Américains). En revanche, l’Eglise catholique, elle, a eu une attitude beaucoup plus ouverte vis-à-vis de la théorie de l’évolution. Lorsque Charles Darwin a publié en 1859, De l’origine des espèces l’Église n’a pas condamné ses thèses, mais elle n’a simplement pas pris position sur le sujet (bien que le clergé local ait eu tendance à y être hostile). Après plus de cent ans, en 1950 le Pape Pie XII, dans son encyclique Humani Generis accepta l’évolution comme une “possibilité” (par opposition à une “probabilité”) qui justifie d’être étudié plus en profondeur. En 1996 le Pape Jean-Paul II a déclaré dans une déclaration à l’Académie pontificale des sciences que l’évolution est “plus qu’une hypothèse”. Il est intéressant de noter dans ce contexte qu’avant Darwin, Jean-Baptiste Lamarck (1744-1829), éduqué chez les jésuites, fut le premier à postuler que les espèces pouvaient développer de nouveaux traits nécessaires à leur survie et que ces traits pouvaient être transférés à leur descendance. Quant à la théorie du “Big Bang”, elle fut d’abord proposée par le prêtre belge Georges Lemaître qui plus tard devint président de l’Académie pontificale des sciences.
L’Académie pontificale des sciences a été justement créée en 1936 par le pape Pie XI pour conseiller le pape sur les questions scientifiques d’actualité. Elle est composée de 80 membres, tous scientifiques éminents avec de nombreux détenteurs de prix Nobel. Cela va du Canadien John Polanyi à l’Israélien Aaron Ciechanover. Le président est Werner Arber, prix Nobel 1978, pour son travail sur la technologie de l’ADN recombinant. Werner Arber est le premier protestant à occuper ce poste.

L’Académie n’a pas peur d’aborder des sujets controversés. En 2009, un groupe de ses membres, dirigé par Werner Arber, prit position sur les OGM en déclarant qu’ils étaient utiles pour combattre la faim et la pauvreté dans le monde. De plus, le groupe attaque les critiques de la technologie en indiquant que leur opposition est non fondée sur la science et qu’elle empêche ou ralentit, le développement de cultures qui pourraient profiter aux pays du Tiers-Monde.

Le pape François, qui a une formation scientifique avec un master en chimie, est un fervent partisan du “développement durable”. Dans un récent discours, il a plaidé pour le «respect de la beauté de la nature ». Il a souligné la nécessité de « sauvegarder la Création, parce que si nous détruisons la Création, la Création va nous détruire.”

L’ouverture de l’Eglise est beaucoup plus limitée sur ce qu’elle considère comme des questions de morale ou d’éthique. Il est largement admis que l’usage du préservatif est le moyen le plus fiable, en dehors de la méthode de l’abstinence irréaliste promue par l’Eglise, pour prévenir la propagation du sida. Pourtant, lorsque le pape Jean Paul II a visité la Tanzanie, un pays où le sida est endémique, il a déclaré que les préservatifs étaient “en toutes circonstances” un péché. Il sera intéressant de voir si l’Eglise catholique sous le Pape François va aussi évoluer sur cette question.

Professeur Ariel Fenster
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La saga de l’ADE 651

ADEJames McCormick vient d’être condamné à 10 ans de prison pour fraude, une condamnation qui vient trop tard pour tous ceux qui ont perdu leur vie à cause de l’ADE 651, un faux détecteur de bombes vendu par cet homme d’affaires britannique.

C’est au début des années 2000 que James McCormick commence à faire la promotion d’appareils de détection d’explosifs sous l’acronyme ADE (Advanced Detection Equipment). L’ADE 651 est le plus « perfectionné»  de la série. Il consiste en une antenne orientable attachée par une articulation à une poignée en plastique. L’ADE 651 ne nécessitait aucune source d’électricité extérieure, car, d’après McCormick, le système est alimenté par l’électricité statique de l’opérateur. C’est pourquoi il était nécessaire pour ce dernier de « charger » l’appareil avant de l’utiliser. Une opération très simple qui consistait à se frotter les pieds au sol. Ensuite, après qu’une « carte programmée » ait été insérée dans l’appareil, le dispositif était censé pivoter dans la main de l’utilisateur pour pointer l’antenne dans la direction de la substance cible. Il y avait des cartes pour détecter différents types d’explosifs, mais également de la drogue, des billets de banque, de l’ivoire et même des truffes. La programmation se faisait en plaçant la carte pendant une semaine dans un bocal avec la substance ciblée, ce qui permettait soi-disant à la carte de « capter » les fréquences émises par ces différentes substances. D’après le matériel promotionnel qui accompagnait l’ADE 651, le système était si efficace que la détection pouvait se faire à des distances allant jusqu’à mille mètres, cela même si la substance était protégée par du béton ou des parois de plomb. À partir d’un avion, la portée montait à 5 000 mètres, mais n’était que de 30 mètres sous l’eau.

En fait, au procès de McCormick, il a été révélé qu’il n’y avait aucune composante électronique à l’intérieur de l’ADE 651. Les douilles des câbles attachées au boitier n’étaient pas connectées et les « cartes programmées » n’étaient reliées à rien. James McCormick avait simplement utilisé le coffret d’un détecteur de balles de golf perdues, que l’on peut se procurer pour une vingtaine de dollars aux États-Unis. Il y avait simplement ajouté une antenne et une étiquette affichant ADE 651.

L’ADE 651 a rapporté une fortune à James McCormick. Avec des détecteurs, qu’il vendait jusqu’à 6 000 dollars l’unité, on estime qu’il a amassé des sommes de l’ordre de 85 millions de dollars. En Irak, son plus gros client, uniquement entre 2008 et 2010, James McCormick a vendu 6 000 détecteurs, pour un total de 40 millions de dollars. C’est aussi à cette époque que la fraude y a eu les conséquences les plus désastreuses pour ce pays. L’ADE 651 équipait les forces de sécurité postées aux points de contrôle pour empêcher les attentats-suicides et les attaques à la voiture piégée et, rien qu’à Bagdad, les explosions ont couté la vie à plus de 1 000 personnes.

Bien qu’il soit rapidement devenu évident que les détecteurs étaient inefficaces, les soldats irakiens ont continué à les utiliser. D’admettre leur inutilité aurait révélé l’existence de tout un système de pots de vin associé à leur adoption. Dans une déclaration rapportée par l’AFP, un soldat avait indiqué : « Le dispositif est un échec à 100 pour cent et nous savons cela, mais il nous est imposé, nous ne pouvons pas désobéir aux ordres directs. »

Malheureusement, la saga de l’ADE 651 continue. Paraît-il qu’en dépit de la condamnation de James McCormick, le gouvernement irakien n’a pas pris la peine de retirer ces faux détecteurs de bombe de la circulation.

Ariel Fenster

Le retour du guano

seabird guanoL’autre jour, au centre de jardinage, mon œil s’est attardé sur une boîte d’engrais qui annonçait qu’elle contenait un engrais « naturel », le guano. En fait, avant les engrais synthétiques, comme le nitrate d’ammonium – qui malheureusement vient de faire les manchettes avec l’accident à West, au Texas – tous les engrais étaient « naturels ». Mais parmi ceux-ci, peu ont une histoire aussi chargée que celle du guano. Il est difficile de s’imaginer que ce qui n’est en fait que des excréments d’oiseaux ait pu causer autant de conflits politiques, économiques et même militaires.

Le terme « guano » vient du quechua, une des langues parlées des Andes.  Il se traduit littéralement comme « fiente d’oiseau de mer ». Des objets archéologiques suggèrent que les peuples andins récoltaient le guano depuis les temps les plus anciens, pour améliorer la qualité de leurs cultures. Ils le trouvaient sur les îles et les rivages sauvages de la côte du Pérou où les conditions climatiques favorisaient sa production.  Un courant froid, le Humboldt, y génère des eaux extrêmement poissonneuses, ce qui favorise le développement de nombreuses colonies d’oiseaux qui, bien nourris, font d’abondants « besoins ». De plus, un climat désertique, en limitant les précipitations, contribue à préserver le guano, ce qui explique que, quand les premiers explorateurs européens visitèrent les Îles Chincha, au large du Pérou, ils rapportèrent que la couche de guano était de l’ordre de 50 mètres!

Le guano est aussi présent dans d’autres pays, au Chili et en Namibie notamment. Les chauves-souris en fournissent elles aussi, mais c’est le guano du Pérou qui a la meilleure réputation. Il provient surtout d’une espèce d’oiseaux, le cormoran Guanay, dont les excréments sont particulièrement riches en azote.

Dans la première partie du 19e siècle, le commerce du guano créa un boum économique au Pérou. Malheureusement, il finit par être aussi la source de nombreux conflits. Pendant la première guerre du Pacifique (1864-1866), aussi connue sous le nom de « Guerre du Guano », le Pérou s’allia au Chili et, dans une moindre mesure, à la Bolivie et à l’Équateur, pour expulser les Espagnols des Îles Chincha, riches en guano, qu’ils avaient occupées. La deuxième guerre du Pacifique (1879-1883), pour sa part, opposa le Pérou et la Bolivie au Chili. Le commerce du guano était l’un des enjeux, mais la guerre concernait aussi le contrôle de la production de salpêtre. Ce dernier, en plus de ses propriétés d’engrais, pouvait aussi être utilisé pour la fabrication d’explosifs, d’où son importance.  Cette guerre a mal tourné pour le Pérou qui a perdu ses provinces méridionales au profit du Chili. Le résultat a encore été pire pour la Bolivie qui, elle, a perdu son accès à la mer. Une situation qu’elle n’accepte toujours pas. Bien que le pays soit enclavé, la Bolivie a toujours un ministère de la Marine!

En 1913, le processus Haber-Bosch est introduit. Ce dernier, qui permet la production industrielle de composés azotés à partir de l’azote de l’air et de l’hydrogène, porte un coup fatal au guano qui ne s’en remettra jamais. Cela est tout aussi bien, car les réserves de guano n’auraient jamais pu produire les quantités d’engrais que l’agriculture moderne demande.

Toutefois, l’engouement pour l’agriculture biologique a fait que ce qu’il reste des ressources en guano est particulièrement apprécié, ressources que le Pérou gère maintenant avec précaution. Les 21 îles et les 11 caps à guano du pays ont été déclarés zones protégées. Celles-ci sont exploitées à tour de rôle pour permettre au guano de se renouveler. Et pour ne pas perturber les oiseaux, aucun engin à moteur n’est permis; c’est donc avec pelles et pioches qu’une armée d’ouvriers récolte le guano. C’est un travail de forçat qui a été traité dans une des émissions de Thalassa, l’émission de la mer de la télévision française.

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Le guano est aussi associé au  « Guano Island Act ». Cette loi, votée par le Congrès américain en 1856, autorise n’importe quel citoyen américain à prendre possession d’une île contenant du guano, quelle que soit sa situation géographique. Cela dans la mesure qu’à ce moment elle soit inoccupée et non soumise à la juridiction d’un autre pays. En tout et pour tout, plus de 100 îles ont été ainsi « réclamées » au nom des États-Unis. Soit disant l’île Fox dans le golfe du Saint-Laurent au Québec aurait été ainsi « réclamée » par les États-Unis en 1899… à vérifier!

Une nouvelle vocation pour le sucre?

Difficile à croire mais on est à redorer l’image du sucre en le présentant comme un aliment-santé. Plusieurs entreprises alimentaires ont lancé des campagnes publicitaires vantant le fait qu’elles ont remplacé dans leurs produits le sirop de maïs à haute teneur en fructose (HFCS ou high fructose corn syrup) avec le bon vieux sucre naturel. Pepsi en est un exemple avec sa nouvelle boisson gazeuse, Pepsi Natural, décrite comme ne contenant que des ingrédients « naturels ». Dans sa publicité, la compagnie nous précise que l’acidité est ajustée avec de l’acide tartrique « extraite de raisins ». L’agent de texture, la gomme arabique, provient quant à elle d’un arbre, l’acacia. Et pour ne pas être en reste, la couleur, elle, est le résultat de la présence d’un caramel « naturel » (existe-t-il un caramel synthétique?). Mais le message met surtout l’accent sur le fait que Pepsi Natural contient du sucre de canne comme édulcorant et non pas le controversé HFCS.

Il est ironique de voir que le sucre, qui lui-même souffre d’un problème d’image, se trouve réhabilité lorsque comparé au HFCS, qui est aujourd’hui au banc des accusés. Même Michelle Obama a publiquement déclaré qu’elle ne sert aucun produit contenant du HFCS à ses enfants. Étant donné la popularité de la première dame des États-Unis, cela risque d’avoir un impact.

Mais y a-t-il vraiment une différence lorsque l’on compare les effets du sucre sur la santé à ceux du HFCS? Pour les spécialistes, le sucre et le HFCS, consommés à l’excès, ont le même impact négatif sur la santé. La digestion du sucre par le corps fournit des quantités égales de glucose et de fructose. Le HFCS 55, utilisé dans les boissons gazeuses, offre quant à lui 45 % de sucrose et 55 % de fructose. On peut douter que ces 5 % de fructose de plus aient un impact en soi. Le problème avec le HCS n’est pas vraiment sa composition mais le fait qu’il soit dérivé du maïs, une culture hautement subventionnée. Par conséquent, pour la même quantité, le sirop de maïs est 20 % moins cher que le sucre, d’où sa popularité auprès de l’industrie alimentaire, qui trouve ainsi un ingrédient bon marché pour ses produits. De plus, le HFCS est beaucoup plus soluble que le sucre et donc, plus facile à incorporer à des produits tels que les boissons gazeuses. C’est ce qui explique la raison pour laquelle le HFCS n’existait pas il y a 30 ans et qu’aujourd’hui, la quantité consommée rivalise avec celle du sucre, soit près de 20 kilogrammes par personne par année. Pour plusieurs, l’engouement de l’industrie alimentaire pour le HFCS compte pour beaucoup dans l’explosion du taux d’obésité que l’on observe chez les enfants. Est-ce qu’un retour à la consommation du sucre naturel changera les choses? J’en doute.

Ariel Fenster

La chimie au Vatican

Le PapeJ’ai été agréablement surpris d’apprendre que le nouveau pape, François, a une formation en chimie. Il a obtenu une maîtrise de l’Université de Buenos Aires. Dans ce cadre, il est intéressant de noter que son élection a été signalée, cette fois sans ambiguïté, grâce à la chimie.

Les signaux de fumée, produits lorsque les bulletins de vote sont brûlés, sont soit noirs, pour indiquer que les cardinaux n’ont pas réussi à élire un pape, ou blancs si le vote a  été couronné de succès. À l’origine, la fumée blanche était obtenue en ajoutant de la paille humide aux bulletins, tandis que la fumée noire était obtenue grâce à un ajout de goudron, un système qui n’était pas très fiable. Lors du conclave de 2005, lorsque le pape Benoît XVI avait été élu, la personne sur le toit de la basilique Saint-Pierre a attendu plus de 15 minutes pour sonner le carillon annonçant la nouvelle parce qu’elle n’était pas sûr de la couleur de la fumée.

Cette fois il n’y a pas eu de confusion. Il y avait deux poêles installés dans la chapelle Sixtine, tous deux attachés au même conduit menant au toit. L’un d’entre eux a été utilisé pour bruler les bulletins de vote des cardinaux comme par le passé. Le second poêle lui, a été conçu pour allumer des cartouches fumigènes. Celles-ci, dépendant de leur composition produisaient, soit de la fumée noire soit de la fumée blanche. Pour la fumée noire, il s’agissait d’un mélange de perchlorate de potassium, de soufre et de l’anthracène, un composé du goudron de houille. La fumée blanche elle, était produite à partir d’un mélange de chlorate de potassium, de lactose et de résine de pin. Pour améliorer la production de fumée, la cheminée avait été préchauffée par un courant électrique. De plus, elle était aussi  équipée d’un ventilateur pour évacuer la fumée vers le haut.

Même pour l’élection d’un pape, on a besoin de chimie!

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