Santé Canada: Une licence pour tromper

marketplaceMarketplace, l’émission pour consommateurs de télévision de langue anglaise CBC, a vraiment marqué un coup avec son émission de la semaine dernière. Intitulée “A licence to deceive” cette émission avait pour but de démontrer que l’obtention d’un permis de mise sur le marché d’un médicament homéopathique auprès de Santé Canada, était essentiellement une formalité vide de sens. Dans ce but l’animatrice Erica Johnson, et son équipe, ont créé de toutes pièces un produit pour enfant, Nighton (ci-contre). Le produit a été soumis à un groupe de discussion dont les membres, des parents, ont particulièrement apprécié l’idée qu’il était “efficace contre la fièvre, la douleur et l’inflammation” et de plus ne causait aucun effet secondaire et, de surcroit, était sans colorants.

Ensuite pour la mise en vente, et pour valider les recommandations inscrites sur l’emballage, il s’est agi d’obtenir de Santé Canada un numéro de médicament homéopathique DIN-HM. La seule chose que Markeplace a eu à faire pour cela a été de se rendre dans une bibliothèque locale, y photocopier deux pages d’une encyclopédie homéopathique publiée en 1902, et de les intégrer au dossier. Cinq mois plus tard Marketplace a reçu l’approbation de Santé Canada. C’est tout: pas besoin de prouver l’efficacité par des essais cliniques, pas besoin de suivi, pas besoin de recherches pour mettre en évidence des interactions possibles. Rien de plus n’était demandé de Nighton avant qu’il puisse se retrouver sur les tablettes d’une pharmacie, parmi d’autre médicaments qui eux, ont eu à se soumettre à des essais rigoureux.

Marketplace n’a pas mis Nighton sur le marché. L’exercice était de simplement démontrer à quel point le système de Santé Canada était inadéquat. Lorsque Marketplace a demandé des explications à Santé Canada pour son laxisme, la défense de l’organisme a été que la législation a pour but de donner des choix aux Canadiens. Je suis tout à fait d’accord d’avoir des choix est important mais ce dont on a besoin c’est d’avoir des choix éclairés. Les acheteurs potentiels de Nighton n’auraient pas été informés que le produit ne contenait aucun ingrédient actif. D’ailleurs lorsque vous réassemblez les lettres de Nighton cela devient Nothing!
Pour sa défense Santé Canada a aussi indiqué que de toute façon les produits homéopathiques sont normalement utilisés pour des affections bénignes. Mais une fièvre d’enfant peut ne pas être bénigne et conduire à des complications si elle est traitée avec un “médicament” qui ne contient “rien”.

Que Santé Canada puisse homologuer des produits qui n’ont aucune efficacité porte atteinte aux consommateurs. Récemment le juge Louis Lacoursière de la Cour supérieure du Québec a rejeté un recours collectif contre le fabricant de produits homéopathiques Boiron Canada, par la firme REO Law et le Center for Inquiry of Canada. Le médicament visé était l’oscillococcinum, qui prétend soigner la grippe avec des extraits dilués de cœur et de foie de canard. La dilution est 200CH, c’est-à-dire 200 dilutions successives par un facteur de cent. La poursuite n’était pas basée sur l’inefficacité du produit, mais le fait qu’il était vendu avec des informations trompeuses. À ces niveaux de dilution il avait peu de chance d’y trouver quelconque reste de foie ou de cœur de canard. Le juge a basé sa décision uniquement sur le fait que Boiron avait obtenu l’approbation de Santé Canada pour la mise sur le marché de leur produit et cela suffisait pour leur défense.

Pour en finir avec l’homéopathie pour cette semaine, je me dois de mentionner cette étude qui devrait, “une fois pour toutes”, clore le débat sur son efficacité. Le Conseil national australien de la recherche en santé et en médecine (NHMRC) a examiné 225 études avec pour seule condition qu’elles aient été menées de manière rigoureuse contre placébo. Les chercheurs, pour ne pas être accusés de biais, ont aussi bien utilisé des études favorables à l’homéopathie que des études défavorables. Le verdict: il n’y aucune indication que l’homéopathie apporte quelconque avantage pour quelconque pathologie que ce soit, en dehors de l’effet placébo. ” Clore le débat une fois pour toutes “…malheureusement j’en doute.
————————————————————————————————————————-Dans le cadre de l’émission, Erica Johnson a fait le test de Mozi-Q, un insectifuge homéopathique offert sous forme de capsule à croquer. Pour les besoins de la cause, l’animatrice a courageusement, introduit successivement son bras droit et son bras gauche dans une cage remplie de moustiques affamés. Cela respectivement avec, et sans ingestion, d’un comprimé de Mozi-Q. Résultat, pas de différence statistique entre les nombre de piqures, en moyenne 77, dans les deux situations. Mozi-Q est approuvé par Santé Canada pour “réduire la fréquence et la sévérité des piqûres d’insecte”. Mozi-Q est en bonne compagnie, parmi les autres produits approuvés par Santé Canada comme étant “efficace et sécuritaire”: eau de mer homéopathique, insuline homéopathique, chloroforme homéopathique et sel de table homéopathique.

 

Professeur Ariel Fenster

Le symposium Lorne Trottier 2012

SymposiumNous sommes constamment bombardés de messages contradictoires au sujet des aliments. Certains produits portent l’étiquette « naturels » ou « sains », on nous recommande de faire le plein de vitamines et d’antioxydants, d’inclure des probiotiques dans notre alimentation et d’éviter les pesticides. Mais qu’est-ce que tout cela signifie? Quelles sont les données probantes permettant d’étayer de telles affirmations?

Dans le cadre du huitième Symposium scientifique public Lorne Trottier organisé par l’Université McGill, quatre distingués experts feront la lumière sur ces questions et donneront leur point de vue sur la nutrition et la science en abordant des thèmes aussi divers que la chimie culinaire ou l’état actuel de la recherche sur l’alimentation et la santé.

Le professeur Jeffrey Blumberg, de l’École des sciences et des politiques nutritionnelles Friedman de l’Université Tufts, et le Dr Walter Willett, directeur du Département de nutrition de l’École de santé publique de l’Université Harvard, amorceront le débat le lundi 12 novembre. Le lendemain, Jane Brody, chroniqueuse dans le domaine de la santé pour The New York Times, et Harold McGee, auteur de deux ouvrages phares sur la science culinaire, poursuivront la discussion.

Les séances se dérouleront en anglais et seront animées par le professeur Joe Schwarcz, directeur de l’Organisation pour la science et la société de l’Université McGill.

Ne manquez pas cet événement spécial :
Le lundi 12 novembre 2012
17 h 30 à 19 h 30

Centre Mont Royal, 1000, rue Sherbrooke Ouest (angle Mansfield)

Le mardi 13 novembre 2012
17 h 30 à 19 h 30

Centre Mont Royal, 1000, rue Sherbrooke Ouest (angle Mansfield)

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