Le BPA fait de nouveau les manchettes

BPADans ma manchette de la semaine dernière, je vous mentionnais que des études, faisant appel au poisson zèbre, ont été utilisées pour établir un lien entre l’exposition au bisphénol A (BPA), un perturbateur endocrinien, et l’autisme chez les enfants. Mais, comme je l’indiquais dans ma manchette, rien dans les résultats ne justifiait de s’inquiéter outre mesure. Car contrairement aux poissons zèbres de l’étude nous n’évoluons pas dans une eau chargée de BPA. Cette semaine, le BPA, revient à l’avant de la scène mais cette fois d’une manière plus positive. Il s’agit d’un document de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) qui souligne, dans un rapport de plusieurs centaines de pages, l’innocuité du BPA. Après avoir examiné plus de 450 études, l’EFSA conclut que le BPA, aux niveaux actuels d’exposition, ne présente pas de risques, pour la santé des consommateurs de tous les groupes d’âges, y compris les nourrissons, les adolescents ainsi que les embryons d’enfants à naitre. Une conclusion qui est partagée par la FDA (Food and Drug Administration) aux États-Unis. Malgré tout, l’EFSA préconise de réduire la dose journalière tolérable (DJT) de 50 mg par kg de poids corporel (mg/kpc) à 4 mg/kpc. Cela pour prévenir des dangers hypothétiques à venir. Le BPA est utilisé dans la fabrication d’une multitude de produits de consommation quotidienne allant des plastiques durs des bouteilles d’eau réutilisables aux revêtements internes des boites de conserve et des cannettes de boisson. L’inquiétude provient du fait que des résidus de BPA peuvent migrer dans les aliments puis être ingérés par le consommateur. Le BPA se trouve également sur les tickets de caisse d’où il peut être absorbé par contact à travers la peau ou par inhalation de poussières. Il est à noter que dans son étude l’EFSA met le BPA hors de cause quelle qu’en soit sa source au regard des quantités infinitésimales rencontrées dans les usages courants de la vie quotidienne Il est intéressant de contraster le titre accompagnant le communiqué de presse de l’EFSA, “L’exposition au bisphénol A ne présente pas de risque pour la santé des consommateurs” avec celui d’une publication à tendance écologique, Gentside. Cette dernière, sur la base du même rapport, titre “Bisphénol A : l’EFSA confirme les dangers du BPA pour la santé.” Ce que l’EFSA mentionne dans son rapport c’est que sur la base des données actuelles le BPA, à des doses plusieurs centaines de fois la DJT, est susceptible d’avoir des effets indésirables sur les reins, le foie et les glandes mammaires. Mais il est important de noter que l’exposition humaine moyenne journalière au BPA est plusieurs milliers de fois inférieure à la DJT. Comme vous pouvez vous l’imaginer la publication de l’étude de l’EFSA a soulevé un tollé chez les opposants au BPA. En particulier en France où le BPA vient juste d’être banni des contenants alimentaires et cela sur recommandation de l’Agence nationale de sécurité alimentaire (ANSES). L’EFSA elle, a estimé que le poids de la preuve ne justifiait pas cette recommandation de l’ANSES étant donné qu’aucune relation de cause à effet entre l’exposition au BPA et la santé n’a été mise à jour chez l’humain et que les résultats des études animales, ne sont pas convaincants. L’avis de l’EFSA isole la France qui est le seul pays au monde à avoir mis en place une interdiction aussi large du BPA. Pour certains experts français, comme le toxicologue Jean-François Narbonne, une interdiction politique qui ne repose sur aucun argument sanitaire. À ce sujet je trouve navrant que dès qu’une étude ne conforte pas le point de vue des alarmistes, comme celle de de l’EFSA, les experts sont accusés d’être à la solde des lobbys industriels. Au-delà de la controverse je suis frappé que sur le plus de 60 000 composés chimiques connus, un en particulier, le BPA, est la cible de tant d’attention. Il est certain que le BPA est un perturbateur endocrinien mais n’oublions pas que le lait ou le soja ont des propriétés similaires mais ne soulèvent pas le même intérêt. Je pense que si les mêmes critères leur étaient appliqués on interdirait la crème glacée et le tofu. Tout en gardant un œil sur le BPA il est peut-être temps de tourner plus de nos ressources et nos efforts vers des dangers plus conséquents comme le cancer et les maladies cardiaques, les deux premières causes de décès au Canada.

 

Professeur Ariel Fenster

Après les saumons modifiés génétiquement, du bacon « vert » ?

boy&pig
On connaît déjà le maïs, le soja et le canola génétiquement modifiés. Si la tendance se poursuit, ce sont des animaux dérivés de la science génétique qui risquent de se retrouver bientôt dans nos assiettes. Deux espèces en particulier pourraient bientôt apparaître sur le marché.

Dans le cas du saumon, il a été modifié génétiquement pour accélérer sa croissance. Développés par la firme américaine AquaBounty, ces saumons de l’Atlantique* – baptisés AquAdvantage – ont reçu des gènes d’autres espèces de poisson. Ce procédé leur permet d’atteindre l’âge adulte deux fois plus rapidement que les saumons ordinaires. L’automne dernier, la Food and Drug Administration (FDA) a tenu des audiences au sujet de la pertinence d’introduire ces saumons sur le marché. Mais avant même d’émettre une décision finale, la FDA a indiqué par voie de communiqué qu’elle ne voyait aucune objection à cette idée. D’après elle, la consommation de saumons génétiquement modifiés « …n’est pas préjudiciable à la santé. » Or, ce n’est pas l’avis de Mark Begich et Lisa Murkowski, deux sénateurs américains qui viennent de présenter un projet de loi qui empêcherait l’introduction sur le marché des saumons AquAdvantage, même dans le cas d’une approbation par la FDA. On peut penser que leur démarche n’est pas complètement désintéressée car il s’agit de deux sénateurs de l’Alaska. La mise sur le marché de ces saumons d’élevage, dont la production est moins dispendieuse, risque d’avoir un impact négatif important sur l’industrie de la pêche de cet État.

Pour le producteur AquaBounty, l’avantage de mettre en marché les saumons AquAdvantage est surtout économique. Or, la modification génétique peut aussi avoir un objectif environnemental, comme c’est le cas de l’Enviropig, un porc génétiquement modifié développé à l’Université de Guelph afin de réduire le rejet de phosphore de l’animal. Le phosphore que consomme le porc – et qui représente un élément essentiel à sa croissance – provient des céréales qu’il ingère. Les céréales contiennent ce qu’on appelle des phytates qui, une fois ingérés par l’animal, libèrent le phosphore présent. Un processus rendu possible grâce à une enzyme appelée « phytase ». Malheureusement, les quantités de phytase présentes sont insuffisantes pour que le porc absorbe tout le phosphore. Ce dernier se retrouve ainsi dans ses excréments et donc dans l’environnement. Ensuite il s’introduit dans les cours d’eau où il stimule la croissance d’algues. Quand celles-ci se dégradent, cela demande de grandes quantités d’oxygène ce qui nuit à la survie des autres espèces.

Pour contrer ce problème, des scientifiques de l’Université de Guelph ont modifié les gènes de l’Enviropig avec des gènes de souris. Ceci a eu pour effet d’accroitre la production de phytase par les glandes salivaires du porc. Il en résulte une augmentation significative de l’absorption du phosphore, réduisant ainsi son rejet dans l’environnement. D’après les données des chercheurs, cette diminution est de l’ordre de 30 à 65 % par rapport aux variétés de porc conventionnelles. Il existe aussi un argument économique à recourir à ces porcs « bons pour l’environnement » puisque les producteurs de porc ajoutent actuellement des phytates, supplémenté de phytase à la nourriture des animaux. Dans le cas du porc modifié génétiquement, cette pratique devient inutile ce qui réduit les couts de production.

Environnement Canada a déjà autorisé la production des ces porcs « verts » en concluant que le processus ne représentait pas de danger pour l’environnement. Il reste à savoir si Santé Canada va aussi émettre l’avis favorable nécessaire avant que l’on retrouve l’Enviropig dans nos assiettes. Le cas échéant, il sera intéressant de voir si les consommateurs seront prêts à adopter la consommation de porcs « écologiques » avec autant d’enthousiasme que les voitures hybrides, par exemple.

——————————————————————————————————- * Il est intéressant de noter que la plupart des saumons, dits de l’Atlantique, qui se retrouvent dans nos assiettes ne proviennent pas de l’Atlantique. Le terme décrit la variété plutôt que l’origine géographique. Les populations de saumons sauvages de l’Atlantique ont été complètement décimées. Ils représentent moins de 0,5 % du “Saumon de l’Atlantique” disponible sur le marché Canadien. La grande majorité provient des côtes du Pacifique; principalement de la Colombie-Britannique et du Chili…. et des vaches « vertes » ?

Les Enviropigs ne représentent pas le premier exemple de recherche cherchant à minimiser l’impact environnemental de certains élevages. Les vaches produisent par leur haleine de grandes quantités de méthane, un gaz à effet de serre 25 fois plus puissant que le gaz carbonique. Une vache émet en moyenne 100 kilos de méthane par année, ce qui est relativement peu, mais avec plus d’un milliard de vaches et autres bovins similaires dans le monde, ces quantités sont énormes au niveau planétaire. Les kangourous, qui sont eux aussi des ruminants, ont la particularité d’émettre d’autres gaz qui n’ont pas le même impact négatif sur l’environnement. Des chercheurs australiens essaient actuellement de trouver un moyen de transférer les bactéries écologiques à l’œuvre chez les kangourous pour qu’elles fassent leur travail dans l’estomac des vaches. Comme ces bactéries n’ont même pas encore été identifiées, on peut imaginer que cela sera un programme… de longue haleine!

Ariel Fenster

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