Des rats et du fructose

Ces pauvres rats doivent commencer à en avoir assez d’être soumis à toutes sortes d’études! Voilà que lors de deux récentes études, on les a soumis à un régime à haute teneur en fructose. Pour l’une d’entre elles, on leur a même injecté du fructose dans le cerveau.

La première étude, publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences, cherchait à déterminer si le fructose agit différemment du glucose dans la création d’un sentiment de satiété. En d’autres mots, est ce qu’un régime à haute teneur en fructose nous fait manger davantage? Depuis son introduction dans les années 1960, le maïs à haute teneur en fructose (HFCS pour high fructose corn syrup) est devenu de plus en plus omniprésent dans nos aliments. La hausse de popularité du sirop de maïs coïncide avec la hausse du taux d’obésité que l’on observe notamment aux États-Unis et, de façon moins importante, dans d’autres pays. C’est dans le cadre de cette étude que les chercheurs ont injecté dans le cerveau de rats différents types de sucre. Rassurez- vous, cela n’a pas été fait par simple cruauté. Le sucre nécessaire au fonctionnement du cerveau peut provenir de différentes sources dans notre corps. Or, pour les besoins de l’étude, il était nécessaire d’obtenir une corrélation directe entre le niveau de sucre dans le cerveau et le niveau de satiété. Lorsque l’on injectait du glucose dans le cerveau des rats, ceux-ci s’arrêtaient de manger très rapidement. Lorsque les chercheurs ont répété l’opération avec du fructose, les rats ont continué de manger beaucoup plus longtemps. Ce comportement venait valider la théorie des chercheurs selon laquelle le glucose contribue davantage à créer un sentiment de satiété.

Il reste que tant les humains que les rats, s’ils ont le choix, ne choisiront pas de se nourrir en s’injectant du sucre dans le cerveau. Une étude réalisée par des chercheurs de Princeton, et qui vient d’être publiée dans Pharmacology, Biochemistry and Behavior, suggère que la consommation de fructose dans le cadre de notre alimentation a aussi un effet négatif. Cette étude s’est faite en deux parties. En premier lieu, les rats mâles qui, en plus de leur nourriture habituelle, avaient accès à de l’eau contenant du HFCS ont pris beaucoup plus de poids que les rats dont l’eau contenait du sucrose (sucre de table). Et cela, bien que dans le cas du sucrose, les concentrations étaient aussi élevées que celles que l’on retrouve dans les canettes de boisson gazeuse alors que pour le HFCS, les concentrations étaient deux fois moindre. Ceci signifie que l’excès de poids observé chez les rats mâles provenait uniquement du fait que la consommation de HFCS les faisait manger davantage que la seule consommation de leur nourriture habituelle.

En deuxième lieu, les chercheurs ont prolongé l’étude sur une plus longue période. Les effets du HFCS ainsi observés ont été encore plus dramatiques. Après six mois, comparativement aux rats du groupe de contrôle (ceux qui consommaient de l’eau contenant du sucrose plutôt que du fructose), les rats qui avaient accès au HFCS ont accumulé 48 % de poids supplémentaire. De plus, ces rats présentaient d’autres symptômes associés à l’obésité chez l’humain. Par exemple, leur niveau de triglycérides était élevé et les dépôts de graisse étaient surtout concentrés dans la région abdominale. Encore une fois, pour une raison inconnue, ce sont les rats mâles qui semblaient les plus touchés.

Il n’est pas certain que ces résultats soient applicables à l’humain. Mais de toute façon, l’obésité ne peut être circonscrite à un seul facteur de risque. Selon moi, que ce soit au niveau des protéines ou des glucides, je crois que nous mangeons trop. Entre autres, les portions que l’on nous sert (ou que nous nous servons!) sont devenues de plus en plus grosses. Et le problème est que nous nous habituons à ces portions démesurées. Par exemple, lorsque je suis arrivé ici de France, j’ai été choqué de voir la taille des portions de crème glacée que l’on servait ici. Aujourd’hui, lorsque je retourne en France je trouve les serveurs bien mesquins lorsqu’ils m’offrent une seule petite boule sur un tout petit cornet!

Ariel Fenster

Une nouvelle vocation pour le sucre?

Difficile à croire mais on est à redorer l’image du sucre en le présentant comme un aliment-santé. Plusieurs entreprises alimentaires ont lancé des campagnes publicitaires vantant le fait qu’elles ont remplacé dans leurs produits le sirop de maïs à haute teneur en fructose (HFCS ou high fructose corn syrup) avec le bon vieux sucre naturel. Pepsi en est un exemple avec sa nouvelle boisson gazeuse, Pepsi Natural, décrite comme ne contenant que des ingrédients « naturels ». Dans sa publicité, la compagnie nous précise que l’acidité est ajustée avec de l’acide tartrique « extraite de raisins ». L’agent de texture, la gomme arabique, provient quant à elle d’un arbre, l’acacia. Et pour ne pas être en reste, la couleur, elle, est le résultat de la présence d’un caramel « naturel » (existe-t-il un caramel synthétique?). Mais le message met surtout l’accent sur le fait que Pepsi Natural contient du sucre de canne comme édulcorant et non pas le controversé HFCS.

Il est ironique de voir que le sucre, qui lui-même souffre d’un problème d’image, se trouve réhabilité lorsque comparé au HFCS, qui est aujourd’hui au banc des accusés. Même Michelle Obama a publiquement déclaré qu’elle ne sert aucun produit contenant du HFCS à ses enfants. Étant donné la popularité de la première dame des États-Unis, cela risque d’avoir un impact.

Mais y a-t-il vraiment une différence lorsque l’on compare les effets du sucre sur la santé à ceux du HFCS? Pour les spécialistes, le sucre et le HFCS, consommés à l’excès, ont le même impact négatif sur la santé. La digestion du sucre par le corps fournit des quantités égales de glucose et de fructose. Le HFCS 55, utilisé dans les boissons gazeuses, offre quant à lui 45 % de sucrose et 55 % de fructose. On peut douter que ces 5 % de fructose de plus aient un impact en soi. Le problème avec le HCS n’est pas vraiment sa composition mais le fait qu’il soit dérivé du maïs, une culture hautement subventionnée. Par conséquent, pour la même quantité, le sirop de maïs est 20 % moins cher que le sucre, d’où sa popularité auprès de l’industrie alimentaire, qui trouve ainsi un ingrédient bon marché pour ses produits. De plus, le HFCS est beaucoup plus soluble que le sucre et donc, plus facile à incorporer à des produits tels que les boissons gazeuses. C’est ce qui explique la raison pour laquelle le HFCS n’existait pas il y a 30 ans et qu’aujourd’hui, la quantité consommée rivalise avec celle du sucre, soit près de 20 kilogrammes par personne par année. Pour plusieurs, l’engouement de l’industrie alimentaire pour le HFCS compte pour beaucoup dans l’explosion du taux d’obésité que l’on observe chez les enfants. Est-ce qu’un retour à la consommation du sucre naturel changera les choses? J’en doute.

Ariel Fenster

Blog authors are solely responsible for the content of the blogs listed in the directory. Neither the content of these blogs, nor the links to other web sites, are screened, approved, reviewed or endorsed by McGill University. The text and other material on these blogs are the opinion of the specific author and are not statements of advice, opinion, or information of McGill.