Le Cas de “Saltair Sally”

Saltair SallyEn octobre 2000, deux chasseurs ont fait une découverte macabre alors qu’ils marchaient le long des rives du « Grand lac salé », près de Salt Lake City. Dans un sac en plastique, ils ont trouvé une chaussette blanche, un tee-shirt, quelques os ainsi qu’un crâne humain auquel étaient attachés des cheveux. Malgré tous ses efforts, la police s’est révélée incapable d’identifier la victime, surnommée « Saltair Sally” », du nom d’un hôtel situé à proximité de l’endroit où les restes ont été retrouvés.  L’examen du registre des personnes disparues, la description des effets personnels, la diffusion des fiches dentaires n’ont rien donné. Finalement, les autorités ont abandonné leur recherche et l’affaire « Saltair Sally » fut classée.

Sept ans plus tard, les autorités ont eu vent d’une nouvelle technique d’identification, la spectrométrie de masse à rapport isotopique (SMRI), et décidèrent d’y faire appel. Pour comprendre le principe de la SMRI, il faut savoir que chaque molécule de notre corps est constituée non seulement d’éléments différents, mais de différents ratios d’isotopes stables de ces éléments. Par exemple, dans le cas de l’oxygène, l’isotope le plus abondant (99,8 %) est l’oxygène-16 dont le noyau contient 8 protons et 8 neutrons. Le reste (c.-à-d. 0,2 %) est représenté par de l’oxygène-18 qui a deux neutrons supplémentaires (il y a aussi des quantités infimes d’oxygène-17). La SMRI est capable de déterminer le rapport qui existe entre ces isotopes, mais ce qui est important du point de vue de l’identification, c’est que ce rapport varie en fonction de considérations géographiques.

Imaginons ce qui se passe lorsque des nuages chargés de pluies voyagent de l’Océan Pacifique vers l’intérieur, vers Salt Lake City, par exemple, où a été retrouvée la victime. Les gouttes d’eau avec la plus grande concentration en O-18, plus lourdes, vont tomber en premier, laissant derrière elles, dans les nuages, une eau dont le rapport O-18/O-16 est moindre. Comme l’eau potable a son origine dans l’eau de pluie, les personnes vivant près de l’océan absorbent plus de O-18 que celles qui vivent à l’intérieur du continent. À partir de l’eau, ces isotopes de l’oxygène vont s’incorporer dans toutes les parties du corps, y compris les cheveux.

Si Saltair Sally avait vécu à Salt Lake City dans les semaines précédant sa mort, la zone de cheveux proche du scalp devrait refléter la signature isotopique locale. Par contre, si elle venait de la côte du Pacifique, on peut s’attendre à ce que la concentration en O-18 soit plus élevée. L’analyse des cheveux de Saltair Sally a suggéré aux enquêteurs que celle-ci avait voyagé plusieurs fois entre Salt Lake City et la côte nord-ouest des États-Unis; un indice qui a amené la police à diriger les recherches vers cette région.

Le 7 août 2012, douze ans après la découverte du corps, la police annonce qu’elle a identifié Saltair Sally. Il s’agit de Nikole Bakoles (ci-contre), originaire de l’État de Washington. Elle avait déménagé dans l’Utah en 1998, mais comme le suggère l’analyse de ses cheveux réalisée par la SMRI, elle était retournée dans chez elle plusieurs fois pour rendre visite à sa famille. Sa disparition avait été signalée par sa famille aux autorités de l’État de Washington, mais la police de l’Utah n’en avait pas été informée. Ce n’est qu’après les tests de SMRI que la police a concentré ses efforts vers la bonne région et que l’identité de la victime a été confirmée par des tests d’ADN. Maintenant, il s’agit de trouver le ou les coupables. Espérons que cela ne prendra pas douze ans!

Enrichissement de l’uranium par laser – une technologie innovante et… inquiétante

Laser glassesL’uranium-235, l’isotope fissile de l’uranium, n’est présent qu’à une concentration de 0,7 % dans l’uranium naturel, le reste étant essentiellement de l’uranium-238. Comme la plupart des réacteurs nucléaires requièrent des concentrations en uranium-235 de l’ordre de 3 % et les applications militaires des concentrations de l’ordre de 90 %, l’uranium a besoin d’être enrichi.

Les techniques d’enrichissement utilisées à ce jour reposent sur les légères différences de masse qui existent entre les deux isotopes. Dans la diffusion gazeuse, l’hexafluorure d’uranium UF6, un gaz,  traverse répétitivement de multiples membranes spécialisées, s’enrichissant à chaque passe en uranium-235. Dans l’autre processus, la centrifugation, le gaz est introduit dans un bol tournant à haute vitesse. Les molécules les plus lourdes (U238) sont projetées à la périphérie, alors que les plus légères (U235) migrent vers le centre. Là aussi, le processus est répété jusqu’à l’obtention de la concentration en uranium-235 désirée.

Cette semaine, les compagnies GE et Hitachi ont reçu l’accord du NRC – l’autorité en matière de contrôle du nucléaire aux États-Unis – pour construire une usine d’enrichissement par laser basé sur la technologie SILEX (Separation of Isotopes by Laser Excitation). Cette technologie s’appuie sur le fait que l’environnement des électrons par rapport au noyau est légèrement différent dans les deux isotopes, à cause de la présence de neutrons supplémentaires dans l’uranium-238. En conséquence, il est plus facile d’arracher un électron d’un atome d’uranium-235 que d’un atome d’uranium-238. En d’autres termes, en ajustant précisément la fréquence d’un faisceau laser, il est possible de former sélectivement des ions d’uranium-235 sans affecter les atomes d’uranium-238, ce qui permet de séparer les deux isotopes à l’aide d’un aimant.

Le processus SILEX est plus rapide – il ne nécessite pas de multiples répétitions – et moins cher que les techniques de diffusion ou de centrifugation. De plus, il nécessite beaucoup moins de place. Ce sont justement ces facteurs, appréciés par l’industrie nucléaire, qui font peur à ceux qui s’inquiètent des risques de prolifération.  À ce sujet, ils citent l’Iran en exemple. Jusqu’à présent, ce pays a fait appel à la centrifugation gazeuse pour enrichir l’uranium. Mais on sait qu’il travaille également sur la technologie Silex, comme l’indique la photo ci-contre, prise lors d’une présence du président iranien à une démonstration de laser.

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