Le poisson zèbre fait encore parler de lui

poissonVous l’avez certainement déjà rencontré au détour d’un aquarium.  Originaire de l’Inde, le poisson zèbre est très prisé des aquariophiles.  De nature pacifique et de petite taille, il peut être élevé en compagnie d’autres espèces dans des aquariums à population diversifiée. De plus, il est capable de supporter une plage de températures et de qualité d’eau assez large, ce qui rend son élevage relativement facile. L’espèce est ovipare, c’est-à-dire que les œufs de la femelle sont fécondés  par le mâle en dehors de l’organisme maternel et c’est également dans ces conditions que se fait le développement embryonnaire. C’est cette particularité, plus le fait que près de 80% des gènes du poisson zèbre se retrouvent chez l’humain qui  explique l’utilisation de l’espèce comme modèle pour la recherche scientifique et médicale.

L’année dernière une équipe de chercheurs français a fait appel au poisson zèbre pour tester un traitement possible de la maladie d’Alzheimer. Ainsi, des modifications transgéniques ont été faites au cerveau de poissons zèbres pour y introduire des formations anormales de protéines, dites protéine tau, que l’on retrouve chez les malades Alzheimer. Grâce à l’injection subséquente d’une protéine baptisée FKBP52,  naturellement présente dans le cerveau, les poissons zèbres qui étaient inertes, ont retrouvé leur vivacité. Les chercheurs espèrent qu’en modulant cette protéine FKBP52, les effets négatifs des protéines tau pourraient être mitigés.

Avant cela, en 2013, Edor Kabashi,  chercheur de l’Université de Montréal, a créé, grâce au poisson zèbre, le premier modèle animal pour étudier le rôle du principal gène responsable de la sclérose latérale amyotrophique (SLA) mieux connue sous le nom de maladie de Lou Gehrig, d’après le joueur de baseball qui en est mort. La SLA est causée par la destruction des neurones moteurs  qui acheminent les signaux du cerveau vers les muscles. Edor Kabashi a identifié, sur le poisson zèbre, le gène mutant C90RF72 associé à la maladie, ouvrant ainsi la voie à un traitement possible.

Plus récemment, en fait la semaine dernière, des chercheurs de l’Université de Calgary, ont publié une  étude sur les effets du BPA, et de son substitut potentiel, le BPS, sur les cellules du cerveau. Le BPA, que l’on  trouve dans les plastiques rigides, les tickets de caisses, les enduits de boîtes de conserve et les résines dentaires, est ciblé comme perturbateur endocrinien. Il a été remplacé dans certaines applications par le BPS dans l’espoir de réduire les effets nocifs. Après que d’autres chercheurs aient fait appel aux souris, aux rats, aux cobayes et aux singes,  les spécialistes de Calgary, eux se sont tournés vers les poissons zèbres pour déterminer les effets   du BPA et du BPS sur la santé.  Pour les besoins de l’étude, des embryons de poissons zèbres ont été exposés à des concentrations de BPA et BPS semblables à celles présentes dans les rivières autour de Calgary.  Une analyse des résultats montre une augmentation significative du nombre de neurones du cerveau généré après exposition; plus 180% dans les cas du BPA et 240% pour le BPS. Les chercheurs disent aussi avoir remarqué que les poissons zèbres exposés au BPA et BPS étaient plus “hyperactifs”.

Vous ne serez pas surpris d’apprendre que les chercheurs albertains ont utilisé ces résultats pour suggérer que l’exposition des femmes enceintes aux BPA et BPS serait un facteur possible dans le nombre accru d’enfants diagnostiqués comme souffrant d’hyperactivité. Ils recommandent  aux femmes enceintes de limiter leur exposition aux plastiques et aux reçus de caisses. Un bel exemple d’alarmisme injustifié. Notre exposition au BPA et BPS n’est en rien comparable à celle des poissons zèbres immergés dans de l’eau contenant ces produits chimiques. Je ne suis pas non plus convaincu sur le diagnostic d’hyperactivité attribué par les chercheurs aux poissons zèbre.

GloFishEn terminant cette chronique sur le poisson zèbre je me dois de mentionner le GloFish. Ce poisson zèbre fluorescent a été créée en 1999 en introduisant un gène provenant d’une anémone qui produit une fluorescence  verte en réponse à une lumière bleue ou ultraviolette. Le GloFish est ainsi devenu le premier animal de compagnie transgénique.  Depuis d’autres variétés de poissons zèbres fluorescents ont été mis sur le marché des aquariophiles. Bien qu’ils aient des noms évocateurs allant d’Electric GreenTM  à  Moonrise PinkTM, j’ai une certaine réticence à voir la nature ainsi manipulée pour des utilisations superficielles.

Professeur Ariel Fenster
Organisation pour la science et la société de l’Université McGill
514 398-2618
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