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L’Eglise catholique et la science

Screen Shot 2014-11-14 at 2.15.12 PMQuand le pape François a déclaré récemment dans un discours à l’Académie pontificale des sciences que l’évolution et le modèle du “Big Bang” ne sont pas contraires aux croyances catholiques, il a créé tout un émoi. Après-tout, nombreux sont ceux qui considèrent que l’Eglise est antiscience. Et ils peuvent citer de nombreux exemples pour étayer leur opinion. Galilée a été condamné par l’Inquisition pour avoir soutenu que le Soleil, et non la Terre, était le centre de notre système planétaire. Giordano Bruno, qui a été brûlé sur le bûcher pour ses idées iconoclastes, est considéré comme un martyr de la science.

Pourtant aujourd’hui, la position de l’Eglise catholique sur différents aspects scientifiques est beaucoup plus en ligne avec le consensus scientifique. Nombreux fondamentalistes protestants croient en un monde créé par Dieu dans sa forme actuelle, il y a moins de 10.000 ans (une opinion partagée par 40% des Américains). En revanche, l’Eglise catholique, elle, a eu une attitude beaucoup plus ouverte vis-à-vis de la théorie de l’évolution. Lorsque Charles Darwin a publié en 1859, De l’origine des espèces l’Église n’a pas condamné ses thèses, mais elle n’a simplement pas pris position sur le sujet (bien que le clergé local ait eu tendance à y être hostile). Après plus de cent ans, en 1950 le Pape Pie XII, dans son encyclique Humani Generis accepta l’évolution comme une “possibilité” (par opposition à une “probabilité”) qui justifie d’être étudié plus en profondeur. En 1996 le Pape Jean-Paul II a déclaré dans une déclaration à l’Académie pontificale des sciences que l’évolution est “plus qu’une hypothèse”. Il est intéressant de noter dans ce contexte qu’avant Darwin, Jean-Baptiste Lamarck (1744-1829), éduqué chez les jésuites, fut le premier à postuler que les espèces pouvaient développer de nouveaux traits nécessaires à leur survie et que ces traits pouvaient être transférés à leur descendance. Quant à la théorie du “Big Bang”, elle fut d’abord proposée par le prêtre belge Georges Lemaître qui plus tard devint président de l’Académie pontificale des sciences.
L’Académie pontificale des sciences a été justement créée en 1936 par le pape Pie XI pour conseiller le pape sur les questions scientifiques d’actualité. Elle est composée de 80 membres, tous scientifiques éminents avec de nombreux détenteurs de prix Nobel. Cela va du Canadien John Polanyi à l’Israélien Aaron Ciechanover. Le président est Werner Arber, prix Nobel 1978, pour son travail sur la technologie de l’ADN recombinant. Werner Arber est le premier protestant à occuper ce poste.

L’Académie n’a pas peur d’aborder des sujets controversés. En 2009, un groupe de ses membres, dirigé par Werner Arber, prit position sur les OGM en déclarant qu’ils étaient utiles pour combattre la faim et la pauvreté dans le monde. De plus, le groupe attaque les critiques de la technologie en indiquant que leur opposition est non fondée sur la science et qu’elle empêche ou ralentit, le développement de cultures qui pourraient profiter aux pays du Tiers-Monde.

Le pape François, qui a une formation scientifique avec un master en chimie, est un fervent partisan du “développement durable”. Dans un récent discours, il a plaidé pour le «respect de la beauté de la nature ». Il a souligné la nécessité de « sauvegarder la Création, parce que si nous détruisons la Création, la Création va nous détruire.”

L’ouverture de l’Eglise est beaucoup plus limitée sur ce qu’elle considère comme des questions de morale ou d’éthique. Il est largement admis que l’usage du préservatif est le moyen le plus fiable, en dehors de la méthode de l’abstinence irréaliste promue par l’Eglise, pour prévenir la propagation du sida. Pourtant, lorsque le pape Jean Paul II a visité la Tanzanie, un pays où le sida est endémique, il a déclaré que les préservatifs étaient “en toutes circonstances” un péché. Il sera intéressant de voir si l’Eglise catholique sous le Pape François va aussi évoluer sur cette question.

Professeur Ariel Fenster
Organisation pour la science et la société de l’Université McGill
514 398-2618
http://www.mcgill.ca/oss/

La première guerre mondiale et le tabagisme

guerre«Si vous me demandez ce dont nous avons besoin pour gagner cette guerre; je réponds, du tabac autant que des balles “. C’est ainsi que le général John Pershing, commandant du corps expéditionnaire américain répond en 1917 à Washington. Une illustration du rôle que jouait le tabac dans la vie du soldat pour lui permettre de supporter l’enfer des tranchées

Lorsqu’on parle des millions de morts de la première guerre mondiale cela ne tient  pas compte de tous ceux qui sont décédées subséquemment à cause du tabagisme acquis justement dans les tranchés. Tabagisme associé entre autre au développement de l’usage de la  cigarette.

La cigarette a été découverte par les soldats français et anglais pendant a guerre de Crimée (1853-1856). Ils  y combattaient, aux côté des Turcs , les Russes. Les Turcs  avait l’habitude fumer leur tabac enroulé dans du papier et en transmirent le gout à leurs alliés*. Pourtant au début de la première guerre mondiale la plupart des soldats, surtout le “poilus” français, continuaient à fumer la pipe, moins chère d’utilisation que la cigarette.

Très rapidement la vie dans les tranchées changea la situation et amena au remplacement de la pipe par les cigarettes. Le fumeur de pipe devait  garder sa ration de tabac au sec ce qui n’était pas évident  dans les tranchées humides des Flandres. La pipe doit souvent être rallumée, pas très pratique et potentiellement dangereux, surtout la nuit lorsque cela peut attirer l’attention de l’ennemi en face. Finalement cela prend moins de temps de fumer une cigarette, un aspect important pour un soldat qui peut être amené à se déplacer très rapidement sous le feu ennemi.

Non seulement  les cigarettes faisait partie de la ration des soldats mais les compagnies de tabac encourageaient les familles, et les organismes sociaux, à envoyer des cigarettes aux soldats**.  Les compagnes de tabac se faisaient une lutte acharnée pour avoir une part de ce marché lucratif développant des techniques de marketing qui leur rendirent grand service par la suite.

Non seulement la guerre amena une augmentation dans la consommation de tabac mais aussi dans la manière de le fumer. Alors que le tabac pour pipe était trop irritant pour inhaler, ce  n’était pas le cas du tabac à cigarette beaucoup plus doux. Il pouvait être aspiré dans les poumons avec les effets nocifs en conséquence. Avant la première guerre mondiale le cancer du poumon était une maladie extrêmement rare en Amérique du Nord. Elle touchait moins de 400 personnes par an (surtout des ramoneurs). Aujourd’hui c’est de l’ordre de 150,000.

La première guerre mondiale encouragea aussi les femmes à fumer. De fumer la pipe aurait été  trop “macho” pour une femme à l’époque.  Mais les femmes voyant leur mari fumer des cigarettes à leur retour du front  décidèrent que cela leur convenait aussi. Les compagnies de tabac accélérèrent le mouvement  en lançant des campagnes de publicité ciblant les femmes en particulier. Phillip Morris en particulier fit la promotion de leur marque “Marlboro” comme des “cigarettes pour les femmes”.

Les chiffres soulignent l’impact de la première guerre mondiale sur le tabagisme. Avant le conflit la consommation de cigarettes aux États-Unis étaient de 151 cigarettes par an et par personne. Après la guerre elle a plus que triplé pour passer 477.

Pour terminer je voudrais commenter la photo qui illustre cette manchette. Il s’agit d’un soldat allemand donnant tu feu à un soldat britannique. La photo a été prise le 25 décembre 1914 durant la fameuse “trêve de Noël”***. Pendant  quelques heures les soldats des deux bords ont arrêté de se battre et on fraternisé. Malheureusement cela n’est arrivé qu’une fois pendant tout la guerre, mais sur cette photo cela s’est fait autour d’une cigarette.

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*C’est de la guerre de Crimée que vient l’idée que cela porte malchance d’allumer trois cigarettes avec la même flamme. La guerre de Crimée était déjà une guerre ou les ennemis se faisaient face dans des tranchées. A la première cigarette le soldat en face vous remarquait, à la deuxième il visait et à la troisième…

** Étrange  mais vrai,  le YMCA avait engagé un chien, surnommé “Dobut”, pour parcourir les tranchées  avec  des paquets cigarettes attachées au corps  pour les distribuer aux soldats. http://www.freewebs.com/cigpack/cigarettesmokingwwi.htm

*** Le très beau film “Joyeux Noël” est basé sur cette histoire.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Joyeux_No%C3%ABl_(film)

Professeur Ariel Fenster
Organisation pour la science et la société de l’Université McGill
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Cold-fX: La science derrière le marketing

Screen Shot 2014-01-16 at 9.44.05 PMNous espérons tous que nos athlètes vont faire exceptionnellement bonne figure aux Jeux de Vancouver. Ce qui est déjà certain, c’est que Cold-fX ®, « le remède officiel » contre le rhume et la grippe aux Jeux olympiques d’hiver de Vancouver 2010 est en train de battre tous les records de marketing (Cold-fX marketing). Mais on peut se demander si, au-delà du battage publicitaire, Cold-fX, le médicament contre le rhume le plus vendu au Canada, est aussi efficace que la publicité le prétend?

Cold-fX est fabriqué à base de ginseng américain (Panax quinquefolium), une plante qui, au fil du temps, a été utilisée pour traiter divers problèmes médicaux. D’ailleurs, panax, en latin, signifie « guérit tout », ce qui nous a donné le terme panacée. Mais aujourd’hui, ses partisans en font souvent la promotion comme stimulant du système immunitaire. Il s’agit d’une prétention qui est n’est pas soutenue par des études scientifiques rigoureuses. De telles études sont difficiles à réaliser car même si les scientifiques ont une bonne idée des principes actifs du ginseng, leur concentration peut varier d’un échantillon à un autre, ce qui rend difficile toute forme de standardisation et d’étude.

C’est justement pour cela que le travail de recherche de CV Technologies, la compagnie qui a développé Cold-FX, mérite d’être souligné. CV Technologies aurait pu tout simplement demander l’approbation de Cold-fX par Santé Canada à titre de produit de santé naturel. Sous cette rubrique, le fabriquant n’a pas besoin de prouver l’efficacité du produit mais simplement qu’il a des antécédents dans la pharmacopée traditionnelle et qu’il ne présente pas de danger pour le public. CV Technologies a toutefois développé une méthode afin de standardiser son produit au niveau des polysaccharides et ginsenosides, qui en seraient les principes actifs. Cela, afin d’obtenir la constance nécessaire aux études scientifiques que le fabriquant a réalisées par la suite. Les publicités de Cold-fX mentionnent plusieurs études mais une seule d’entre elles mérite que l’on s’y attache, celle publiée en 2005 dans le Canadian Medical Journal. Cette étude, réalisée en double aveugle et avec placebo, a permis à la compagnie d’obtenir l’autorisation de Santé Canada pour déclarer que le produit “…aide à diminuer la fréquence, la gravité ainsi que la durée des symptômes du rhume et de la grippe en stimulant le système immunitaire”. Or, bien que l’affirmation ne soit pas fausse, sa portée est exagérée.

Les chercheurs de l’étude en question ont eu recours à 279 volontaires en bonne santé qu’ils ont suivis pendant quatre mois. Environ la moitié d’entre eux, soit 130, ont pris deux capsules de Cold-fX (400 mg) par jour alors que les autres, 149 personnes, recevaient un placebo. La seule conclusion significative de l’étude est que les personnes du groupe prenant Cold-fX ont moins souffert de rhumes de façon récurrente. De façon absolue, ce même groupe a moins souffert de rhumes mais la différence n’a été que de 0,25 rhume de moins par personne, et cela, sur une période de 4 mois. Le groupe prenant Cold-fX disait avoir moins de symptômes et jugeait que leurs rhumes duraient moins longtemps. Mais là encore, les différences sont statistiquement minimes, de l’ordre de 1,3 et 1,6 pour cent. On peut trouver une très bonne analyse des études de Cold-fX à: www.ottawaskeptics.org

Il reste que Cold-fX ne cause aucun effet secondaire, même lorsque l’on consomme le produit pendant quatre mois d’affilée. Du point de vue de son efficacité, Cold-fX à des effets positifs mais relativement minimes au niveau de la prévention du rhume. Aucune étude ne permet de conclure que Cold-fX peut arrêter le développement d’un rhume une fois qu’il s’est déclaré. Mais il y a un prix à payer pour cet effet préventif. Si Cold-fX permet de diminuer le risque de développer un rhume de 0,25, une personne devrait prendre le produit pendant quatre saisons pour éviter un seul rhume. À deux capsules par jour, le coût approximatif de cette mesure de prévention s’élève à…400 dollars.

Il existe une méthode que l’on sait être très efficace, qui ne coûte presque rien et qui n’a aucun effet secondaire connu…se laver les mains régulièrement.

Ariel Fenster

Maigrir à tout prix à ses risques

Screen Shot 2013-12-03 at 9.23.15 PMLa compagnie française Sanofi-Aventis vient d’annoncer qu’elle suspend son programme de recherche sur Acomplia (rimonabant), son médicament pour perdre du poids. Disponible dans les 18 pays d’Europe depuis 2006, Acomplia avait déjà été retiré du marché le 23 octobre 2008 après que l’Agence européenne d’évaluation des médicaments (EMEA) ait suspendu l’autorisation de commercialisation. L’EMAE avait jugé que les bénéfices d’Acomplia en perte de poids ne valaient pas les risques encourus – troubles dépressifs et idées suicidaires. À l’époque, Sanofi-Aventis avait dit vouloir poursuivre son programme de développement en cours afin d’évaluer le rapport bénéfices/risques d’Acomplia chez les personnes diabétiques ou atteintes de maladies cardiovasculaires.

Cette décision d’arrêter toute recherche sur le médicament survient après que l’entreprise ait investi plusieurs millions de dollars dans ce qui devait représenter une approche innovatrice dans le traitement de l’obésité. En effet, Acomplia agit au niveau des récepteurs endocannabinoïdes, présents au niveau du cerveau, du foie, du tube digestif, des muscles et des cellules adipeuses abdominales, ces mêmes récepteurs qui sont activés par le tétrahydrocannabinol (THC), la molécule psychotrope dans le cannabis. On sait que l’un des effets associés à la consommation de cannabis est une augmentation de l’appétit; les « munchies », comme les fumeurs de cannabis décrivent cet état. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on a recours au cannabis pour traiter les personnes souffrant du sida. La maladie empêche ceux-ci d’apprécier leur nourriture. En bloquant les récepteurs endocannabinoïdes, Acomplia réduit l’appétit et donc, l’apport calorique. Mais ces récepteurs jouent aussi un rôle au niveau psychique. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les gens fument le cannabis; ils en retirent du plaisir. Donc, il n’est pas étonnant que le fait de bloquer les récepteurs cannabinoïdes engendre des troubles dépressifs allant jusqu’aux idées suicidaires. La compagnie Sanofi-Aventis était bien sûr consciente de ces effets secondaires mais espérait que le rapport bénéfices-risques serait favorable à l’utilisation d’Acomplia.

Or, le sort d’Acomplia a été décidé lorsque la FDA a refusé son autorisation de vente aux États-Unis, en raison des effets secondaires du médicament. Le marché américain est essentiel à la commercialisation d’un médicament pour la perte de poids. Aux États-Unis, plus de 65 % de la population souffre de surpoids, défini par un indice de masse corporelle (IMC)* entre 25 et 29. Le pourcentage de personnes obèses – IMC au dessus de 30 – est de 35 %. En comparaison, au Canada, ces proportions sont de 30 % et 15 % respectivement.

La saga d’Acomplia ressemble à ce qui c’est passé il y a quelques années avec Redux (dexfenfluramine), un autre médicament d’origine française (Laboratoires Servier). Ce produit coupe-faim, qui fait augmenter le niveau de sérotonine, un neurotransmetteur, avait été introduit en Amérique du Nord en 1996, accompagné d’une campagne publicitaire sans précédent. En très peu de temps, le Redux était prescrit à plus de 100 000 personnes par semaine. Mais comme on pouvait s’y attendre, avec une consommation si répandue, les effets secondaires – qui se sont révélés graves – ont rapidement fait leur apparition. Tout d’abord, des cas d’hypertension pulmonaire primaire (HPP), une affection rare mais souvent mortelle, se sont développés. Ensuite – et surtout –, des études ont mis en évidence que Redux (dexfenfluramine) et un autre médicament semblable, Ponderal (fenfluramine), étaient susceptibles d’attaquer et de détruire les valves cardiaques. Les deux médicaments, retirés du marché en 1997, sont soupçonnés d’avoir causé la mort de 123 personnes. Au sommet de leur popularité, plus de 5 millions de Nord-Américains prenaient ces médicaments.

À la suite du retrait du Redux, beaucoup d’Américains se sont tournés vers des produits naturels, que l’on a tendance à percevoir comme moins dangereux. Les plus populaires étaient composés à base d’éphédrine, un alcaloïde dérivé de plantes. Ces préparations, qui étaient en vente libre dans les commerces de produits naturels ou « de santé », furent interdites par la Food and Drug Administration (É.-U.) en 2004 après que l’on ait déterminé qu’elles avaient causé la mort de 155 personnes. Heureusement, la vente de ces produits n’était pas autorisée au Canada.

Il n’existe pas de médicaments miracle pour perdre du poids. Mais pour ceux qui ont cet objectif, la solution n’est pas compliquée : manger moins et faire plus d’exercice physique. C’est d’appliquer ce simple principe qui est difficile!

* L’indice de masse corporelle (IMC) est une mesure utilisée pour déterminer les risques pour la santé associés au poids d’une personne. Il se calcule en divisant le poids (en kg) par la taille (en cm) au carré; i.e. kg/cm2.. Pour la population en général, il est recommandé de maintenir un IMC se situant entre 18 et 24. Pour lutter contre les dangers liés à la maigreur excessive, l’Espagne autorise à défiler seulement les mannequins dont l’indice de masse corporelle est supérieur à 18 (plus de 56 kg pour 1m75).

Ariel Fenster

L’Académie pontificale des sciences bénit les OGM

Screen Shot 2013-12-03 at 9.19.13 PML’Académie pontificale des sciences, bien que peu connue du public, n’en est pas moins prestigieuse. Fondée en 1603, il s’agit de la plus ancienne académie scientifique et celle qui compte, parmi ses 80 membres, le plus grand nombre de Prix Nobel. Elle a pour mandat de conseiller le pontife sur les questions scientifiques d’actualité. Étant donné la notoriété de ses membres, ses prises de position ont un certain impact. C’est pourquoi j’ai appris avec intérêt que le groupe s’est récemment prononcé en faveur du recours aux OGM dans le cadre de la lutte contre la faim dans le monde. À la suite d’une réunion au Vatican, le mois dernier, de plus de 40 experts en la matière , les participants ont publié un document (http://www.AcadémiePontéficalesSciencesOGM.pdf) dans lequel ils soutiennent que les aliments issus de la biotechnologie sont non seulement sécuritaires et salubres mais sont aussi bénéfiques pour l’environnement. Comme on pouvait s’y attendre, cette sortie a soulevé la controverse. Des commentaires publiés dans le dernier numéro du New Scientist (http://www.newscientist.html) à ce sujet sont particulièrement intéressants. Comme c’est souvent le cas, les critiques s’attaquent à la crédibilité des chercheurs et à leurs motivations. De plus, bien qu’il n’ait pas participé aux discussions, le pape lui-même est mis en cause. Il est accusé d’avoir donné sa bénédiction aux OGM parce que les multinationales qui en produisent l’ont « acheté ». C’est un peu exagéré, il me semble. Je ne crois pas que le pape soit à ce point dans le besoin.

Malheureusement, beaucoup d’opposants basent leur jugement non sur les technologies des OGM, mais sur la réputation, justifiée ou non, des compagnies comme Monsanto qui les développent et les mettent en marché. L’une des conclusions du groupe de travail est que cette mise en marché est devenue si compliquée et si coûteuse que ce sont justement ces multinationales, dont le but principal est de maximiser leurs profits, qui ont les ressources nécessaires pour le faire. Et cela, au détriment des populations démunies qui en ont le plus besoin.

Ariel Fenster

 

Les PBDE et l’environnement

environmentLes PBDE (PolyBromoDiphénylÉthers) font beaucoup parler d’eux. Ces produits ignifuges sont ajoutés à une grande variété de produits de consommation pour les rendre moins inflammables et donc plus sécuritaires. Objectif louable, s’il en est un. Malheureusement, l’utilisation des PBDE soulève l’inquiétude car ils se retrouvent en quantités grandissantes dans le corps humain et dans l’environnement. Jusqu’à présent, il n’y a aucune indication que les PBDE soient associés à des problèmes de santé chez l’humain. Certaines études ont noté des changements au niveau du foie et de la thyroïde et du développement du foetus chez des animaux de laboratoires exposés aux PBDE. Toutefois, les doses auxquels ces animaux étaient soumis étaient beaucoup plus élevées que celles auxquelles les humains risquent d’être exposés. À titre de précaution, toutes les variétés de PBDE sont interdites en Europe. En Amérique du Nord, l’industrie à cessé de fabriquer les deux formes de PBDE, le pentaBDE et l’octaBDE, qui sont les plus persistantes dans l’environnement.

La toxicité des PBDE semble diminuer avec le nombre d’atomes de brome. C’est la raison pour laquelle le décaBDE, qui contient 10 atomes de brome, continuent d’être fabriqué alors que ce n’est plus le cas pour le pentaBDE (5 atomes de brome) et l’octaBDE (8 atomes de brome). Il faut noter que de nouvelles recherches démontrent que certaines bactéries du sol peuvent convertir le décaBDE, en penta et octaBDE. L’Europe, et beaucoup d’industries en Amérique du Nord, ont déjà remplacé les PBDE avec d’autres ignifuges à base de phosphates qui ne semblent pas avoir le même impact négatif sur l’environnement. Il est peut être temps d’interdire tous les rejetons de la famille des PBDE.

 Ariel Fenster

Un OGM contre les algues vertes?

Screen Shot 2013-12-03 at 9.11.34 PMLa prolifération d’algues dans les lacs, rivières et régions côtières est un problème majeur pour l’environnement. Leur décomposition requiert de grandes quantités d’oxygène, ce qui entraîne la création de zones « mortes » où la vie aquatique ne peut survivre. D’après un rapport du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), il existerait plus de 146 de ces zones mortes à travers le monde, certaines couvrant jusqu’à 70 000 km2. Ces algues en décomposition produisent des gaz toxiques qui peuvent être mortels, comme le sulfure d’hydrogène. C’est ce qui s’est passé l’année dernière en Bretagne lorsqu’un cheval pris dans les algues est mort (son cavalier à été secouru de justesse). Les algues prolifèrent principalement en raison de l’activité agricole et de son utilisation massive d’engrais azotés, surtout ceux d’origine minérale car ils sont très solubles. Quant il pleut, l’azote se répand dans les rivières puis dans les lacs ou la mer. Les problèmes environnementaux qui en résultent ne se limitent pas à la vie aquatique. Lorsque les engrais azotés sont appliqués, seule une portion (25 à 50 pour cent) en est absorbée par les plantes. Le reste est libéré sous la forme d’oxyde nitreux (N2O), un des gaz responsables de l’effet de serre.

Or, voilà que la découverte du Dr Allen Good, de l’Université de l’Alberta, risque de changer tout cela. En 1995, une des étudiantes du laboratoire du docteur Good commit une erreur qui eu un résultat heureux. Elle omit d’ajouter de l’azote à la solution utilisée pour arroser les plants de canola que le Dr Good étudiait. Certains de ces plants avaient été génétiquement modifiés avec un gène d’orge qui produit un enzyme, l’alanine transaminase, une modification qui, selon le Dr Good, devait permettre au canola de mieux résister à la sécheresse. À la surprise du Dr Good, les plants génétiquement modifiés ont continué à se développer, même en l’absence d’azote, alors que les plants du groupe de contrôle ont dépéri. Cette découverte a attiré l’attention d’une compagnie américaine, Arcadia Biosciences, de Davis, en Californie, qui a obtenu du Dr Good la licence pour commercialiser le gène. Ce dernier est maintenant utilisé dans des tests effectués sur le canola, le riz et le blé. D’après la compagnie, les résultats sont plus que prometteurs. Les plants génétiquement modifiés ont besoin de 50 pour cent moins d’azote. Et en utilisant les mêmes quantités d’azote, les rendements de ces plants augmentent de 15 pour cent.

Si les OGM continuent de remplir leurs promesses, leur commercialisation risque d’avoir un impact majeur sur la production alimentaire. La diminution des coûts de production devrait faire baisser les prix des aliments.De plus, elle aura un impact bénéfique sur l’environnement puisque la réduction de l’utilisation d’engrais devrait limiter le développement de ces algues vertes qui « tuent »

Ariel Fenster

« Soap story »

Screen Shot 2013-08-14 at 10.14.03 PM« Soap operas » est le terme anglais utilisé pour décrire ces feuilletons qui font la joie de millions de personnes à travers le monde. La désignation découle du fait que les feuilletons diffusés aux États-Unis étaient autrefois produits et commandités par les fabricants de savon comme Procter& Gamble ou Colgate-Palmolive. Or, selon moi, l’histoire et la science du savon lui-même sont bien plus fascinants que les scénarios de As the World Turns ou All My Children.

La fabrication du savon relève de l’un des plus vieux procédés. Des documents datant de l’ancienne Babylone – 3 000 ans avant notre ère – mentionnent l’existence déjà à cette époque de composés aux propriétés nettoyantes préparés à partir de cendres et d’huiles végétales. Il est intéressant de noter qu’un seul autre procédé a une plus longue histoire que celle du savon. Il s’agit de la production du vin, dont les premières traces remontent à 8 000 ans avant notre ère. Cela voudrait-il dire que le besoin d’alcool est venu avant le besoin de se laver ?

Le terme sapo est mentionné par l’historien Romain Pline le Vieux comme étant un composé fait à partir de suif (graisse de bœuf) et de cendres. Il relate aussi que ce sapo* était utilisé par les Gaulois comme pommade pour les cheveux. Jusqu’au 19e siècle, le savon était un produit de luxe, d’abord en raison du procédé de production, long et compliqué et qui consistait à chauffer à haute température pendant de longues heures un mélange fait de cendres et de graisse. Ensuite venait toute une série d’étapes de purification visant à éliminer l’alcalinité restante et rendre le savon moins irritant.

C’est sans oublier que l’Église considérait que se laver impliquait d’exposer sa chair, ce qui n’était pas « très catholique ». En conséquence, la production de savon était soumise à de fortes taxes, ce qui en limitait son utilisation aux classes les plus riches. Pourtant, la reine Elizabeth d’Angleterre mentionne dans ses mémoires qu’elle prenait un bain tous les trois mois, « … qu’elle en ait besoin ou non ».

Si aujourd’hui le savon est bon marché, c’est grâce à Nicolas Leblanc, celui qui développa, en 1879, une méthode simple pour fabriquer de l’hydroxyde de sodium (NaOH) à partir du sel. L’hydroxyde de sodium remplaça les cendres comme composé alcalin dans la fabrication du savon Rendant le processus plus rapide et meilleur marché. Pour ce qui est des molécules de graisse ou d’huile, elles sont composées de glycérol auquel sont attachés trois acides à longues chaines (appelés acides gras). C’est d’ailleurs de là que vient le terme triglycérides pour décrire ces composés. Dans la fabrication du savon, le NaOH brise les liaisons entre le glycérol et les trois acides gras, libérant ses derniers sous la forme de longues molécules… de savon.

Screen Shot 2013-08-14 at 10.13.52 PMC’est la nature de ces molécules – un long enchaînement de 8 à 12 atomes de carbone – la queue si on veut – et une tête composée de deux atomes d’oxygène porteurs d’une charge négative – qui explique les propriétés nettoyantes du savon. Sur notre peau, les particules de saleté sont emprisonnées dans du sébum, l’huile naturelle de notre corps. Comme on le sait, l’huile et l’eau ne se mélangent pas donc il est difficile pour l’eau de pénétrer dans le sébum pour libérer la saleté. C’est là que la double personnalité des molécules de savon entre en action. La queue, faite d’atomes de carbone, est hydrophobe, elle déteste l’eau. Par conséquent, elle est lipophile, elle adore le gras. Quant à la tête, c’est l’opposé. Elle est hydrophile et lipophobe. Quand les molécules de savon sont en contact avec des globules de graisse, elles y enfoncent leur queue, laissant la tête à l’extérieur dans l’eau (voir l’image ci-contre). Ceci a pour effet de diviser les globules en petits fragments et ainsi libérer la saleté. Ensuite les particules de saleté s’accrochent aux queues de savon (et sont emportées avec l’eau dans le drain du lavabo). Et là, une autre propriété des molécules de savon entre en jeu. Elles augmentent la mouillabilité de l’eau, un terme étrange mais qui essentiellement signifie que l’eau devient plus apte à s’étaler, un phénomène qui lui permet de ramasser plus facilement la saleté.

Un examen de la liste des ingrédients confirme que tous les savons sont faits de graisses ou d’huiles. Encore aujourd’hui, le suif est le gras le plus communément utilisé mais on retrouve des huiles dans certains savons. Le savon Palmolive dévoile dans son nom l’origine de ses matières grasses : huile de palme et huile d’olive. Il est aussi possible d’incorporer de l’air pendant la fabrication. Cela réduit la densité du savon et vous obtenez un savon qui flotte (comme Ivory). Les savons transparents (Neutrogena) sont quant à eux faits à partir d’alcool et contiennent du glycérol. Attention, ils fondent très vite si vous les laissez trop longtemps dans l’eau.

Les savons déodorants, pour leur part, sont censés contrôler les odeurs corporelles, des odeurs qui ne sont pas directement causées par la sueur mais par l’action de bactéries présentes à la surface de la peau. Ces bactéries agissent sur certaines des molécules produites avec la sueur et les rendent odorifères! Beaucoup de savons déodorants contenaient autrefois des agents antibactériens comme le triclosan mais ce composé est rarement utilisé aujourd’hui et cela pour plusieurs raisons. Tout d’abord, on craint que l’utilisation massive d’antibactériens favorise le développement d’une résistance. Aussi, le triclosan, qui demeure dans l’environnement, pourrait être, quoique cela n’ait pas été démontré, un perturbateur endocrinien. De toute façon, plusieurs études ont démontré que le savon régulier en lui-même est aussi efficace pour éliminer les bactéries que le savon déodorant. La seule différence entre les deux est peut-être une plus importante quantité de parfum dans le savon déodorant.

En conclusion, il faut savoir que quelle que soit la marque, tous les savons se ressemblent. Ils lavent tous très bien et contrôlent tous très bien les odeurs corporelles… si on les utilise.

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*Le mot anglais soap vient directement du latin sapo alors que le terme français savon provient du nom de la ville italienne Savonna, qui était un centre réputé de production de savon.

Ariel Fenster

PAP, ACPF, PFOS et APFO

Screen Shot 2013-08-09 at 8.17.29 PMDerrière ces acronymes se cache une nouvelle qui vient de faire les manchettes. Elle s’adresse surtout à ceux et celles qui aiment le popcorn et, en particulier, le popcorn préparé au four à micro- ondes. Malheureusement, ces manchettes alarmantes – « Produits toxiques dans le popcorn! » – ne reflètent pas exactement les résultats d’une étude tout de même intéressante réalisée sous la direction du Dr Scott Mabury de l’Université de Toronto et publiée dans la revue Environmental Health Perspectives.

Essayons de faire le point en commençant par les PAP. Ces composés (des esters de phosphate d’alkyl polyfluorés) à la fois imperméables à l’eau et à la graisse, se retrouvent dans une myriade d’emballages alimentaires. On les retrouve dans les boîtes à pizza, le papier autour des hamburgers ainsi que les sacs à popcorn. Les PAP ne représentent pas un danger en eux-mêmes car après tout, nous ne mangeons pas les emballages. Or, des analyses sanguines révélant la présence de PAP dans le sang de certains sujets nous indiquent que les PAP sont capables de migrer de l’emballage à la nourriture. Toutefois, on ne peut présumer que la présence de PAP dans le sang est nécessairement nocive. En fait, aucune donnée scientifique n’a permis de le prétendre jusqu’à présent. Ce qui est inquiétant, c’est la transformation qui survient lorsque les PAP sont métabolisés par le corps.

Les travaux du Dr Mabury indiquent que, chez les rongeurs du moins, les PAP peuvent se transformer en ACPF (ou acides carboxyliques perfluorés), des composés qui, eux, sont potentiellement toxiques. L’un d’entre eux, l’APFO (ou acide perfluorooctanoïque) est particulièrement préoccupant. Ce composé était utilisé dans les années 1970 comme agent émulsifiant dans la préparation de fluoropolymères comme le Téflon. A cette époque, on avait démontré que l’APFO demeure dans l’environnement et se retrouve dans le sang humain. De plus, les chercheurs avaient établi, chez des animaux de laboratoire, des liens entre l’exposition aux APFO et des problèmes de métabolisme ou l’apparition de certaines formes de cancer.

Les craintes associées à l’utilisation de l’APFO amenèrent l’industrie à le remplacer dans la fabrication du Téflon par d’autre composés, comme le PFOS (ou acide perfluorooctane sulfonique). Malgré cela, les niveaux sanguins d’APFO dans la population ne baissèrent pas, ce qui amena les scientifiques à postuler que l’APFO dans le sang provenait d’autres sources. Et c’est là que les travaux du Dr Mabury deviennent particulièrement intéressants. Son équipe est arrivée à démontrer que les PAP administrés aux rats peuvent se convertir en APFO. De plus, et c’est ce qui est particulièrement important, ses calculs ont démontré que les niveaux de APFO dans le sang humain s’expliqueraient en grande partie par la présence de PAP dans les emballages alimentaires.

Que faut-il conclure de tout cela? Voilà la grande interrogation! Car les données obtenues pour l’APFO l’ont été avec des animaux de laboratoires auxquels on a donné des doses énormes d’APFO. Ces doses sont sans commune mesure avec celles auxquelles l’humain est exposé. Il n’y a pas de raison de paniquer mais les résultats nous laissent tout de même penser que l’utilisation des PAP et ses conséquences méritent d’être étudiées davantage.

Ariel Fenster

Le Grand collisionneur de hadrons connaît des ratés

Screen Shot 2013-08-09 at 8.09.39 PMAprès une mise en marche très médiatisée, il y a 2 semaines, ce que l’on a appelé l’expérience la plus importante – et plus coûteuse – de tous les temps a été suspendue pour au moins deux mois. Le collisionneur de hadrons (LHC) a été construit dans l’espoir de recréer les conditions qui ont suivi le Big Bang, il y a 14 milliards d’années. Cela implique de faire accélérer des protons à des énergies de 7 billions d’électrons volts et de les faire entre en collision afin de créer des particules qui pourraient expliquer l’origine de la terre. La mise en marche initiale du 10 septembre consistait seulement à faire voyager les protons dans le circuit circulaire de 27 kilomètres. Après ce départ réussi, les chercheurs espéraient pouvoir rapidement arriver à des collisions à « basse-énergie » (!) de 450 milliards d’électron volts avant de passer à 5 billions d’électron volts à temps pour l’inauguration officielle du 21 octobre. Malheureusement, plusieurs accidents survenus au cours des derniers jours mettent en doute la réalisation de l’échéancier. En particulier, un des aimants supraconducteurs géants qui guident les protons a fait défaut, causant la fuite d’une tonne d’hélium liquide dans le tunnel du LHC. L’hélium liquide est nécessaire pour refroidir les aimants à des températures de -271.3 0C. On estime que cet accident va causer un retard de plusieurs mois. Il s’agit surtout du temps nécessaire pour que la section du tunnel se réchauffe assez afin de permettre aux ingénieurs de pouvoir réparer la fuite et ensuite la refroidir à nouveau à la température de l’hélium liquide. Comme le LHC ne fonctionne pas durant les mois d’hiver à cause des coûts élevés de l’électricité en cette saison, ce n’est donc pas avant plusieurs mois que l’on peut s’attendre aux premiers résultats. Malgré tout, les physiciens du LHC sont confiants. Ils disent que l’on peut s’attendre à ce genre de problèmes de démarrage avec une machine aussi compliquée dont la construction a coûté plus de 10 milliards de dollars et a duré 14 ans. “Le party” d’inauguration du 21 octobre devrait quand même avoir lieu.

Ariel Fenster
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