La caféine

caffeineNon, je ne cherche pas à savoir si vous buvez de l’espresso, du café filtre ou des boissons énergisantes. En fait, ma question fait référence à la source de la caféine contenue dans votre boisson préférée. S’agit-il de caféine d’origine naturelle ou synthétique? Jusqu’à présent, j’ai toujours cru que la caféine présente dans une boisson provenait uniquement de sources naturelles. Par exemple, lors de la préparation de café décaféiné, la caféine éliminée est réutilisée dans les colas ou les boissons énergisantes. Le guarana est une autre source de caféine pour ces boissons. Cette plante originaire du Brésil présente une concentration de caféine de l’ordre de 4 %, soit le double de celle du café lui-même.
À ma grande surprise, j’ai appris que la caféine que l’on retrouve dans ces boissons est souvent d’origine synthétique. Il s’agit d’une question de coûts; la molécule préparée en laboratoire revient moins chère que celle extraite de sources naturelles de caféine. Par contre, la réglementation exige que, si de la caféine a été ajoutée à une boisson, sa présence doit être clairement indiquée sur l’étiquette. Si elle provient de café, de thé ou de guarana, cette mention n’est pas obligatoire. Comme la tendance va vers les aliments « sans produits chimiques », le public préfère voir sur une étiquette « guarana » plutôt que « caféine ». Bien que du point de vue moléculaire il n’y ait aucune différence entre la caféine synthétique et celle d’origine naturelle. Étant donné la différence de prix importante qui existe entre les deux sources de caféine, il est tentant pour certains d’utiliser de manière frauduleuse de la caféine synthétique dans leurs produits.
Il existe une technique qui permet de faire la distinction entre les deux sources de caféine, bien que leur structure moléculaire soit la même. Il s’agit de la spectrométrie de masse des rapports isotopiques (SMRI). La technique mesure le ratio des deux isotopes stables du carbone, le carbone-12 et le carbone-13, un ratio qui dépend de l’origine de la molécule où le carbone est présent. Une molécule dérivée de produits pétroliers comme la caféine synthétique présente un ratio de carbone-13/carbone-12 qui est légèrement différent de celui que l’on retrouve dans la caféine produite par une plante.
Un groupe de chercheurs allemands a fait appel à cette technique pour évaluer l’origine de la caféine dans 38 boissons différentes. Quatre d’entre elles contenaient de la caféine synthétique sans que cela ne soit indiqué sur le contenant, comme le requière la réglementation. Une situation qui ne me touche pas personnellement. Pour moi, la seule source valable de caféine est un espresso fait de grains fraichement moulus.
——————————————————————————————————- * Les isotopes d’un élément ont dans leur noyau le même nombre de protons, mais un nombre différent de neutrons. Le carbone-13 a un neutron de plus que le carbone-12. Le carbone-12 est l’isotope prépondérant du carbone; le carbone-13 n’étant présent que dans l’ordre de 1,1 pour cent.

Ariel Fenster

Le Cas de “Saltair Sally”

Saltair SallyEn octobre 2000, deux chasseurs ont fait une découverte macabre alors qu’ils marchaient le long des rives du « Grand lac salé », près de Salt Lake City. Dans un sac en plastique, ils ont trouvé une chaussette blanche, un tee-shirt, quelques os ainsi qu’un crâne humain auquel étaient attachés des cheveux. Malgré tous ses efforts, la police s’est révélée incapable d’identifier la victime, surnommée « Saltair Sally” », du nom d’un hôtel situé à proximité de l’endroit où les restes ont été retrouvés.  L’examen du registre des personnes disparues, la description des effets personnels, la diffusion des fiches dentaires n’ont rien donné. Finalement, les autorités ont abandonné leur recherche et l’affaire « Saltair Sally » fut classée.

Sept ans plus tard, les autorités ont eu vent d’une nouvelle technique d’identification, la spectrométrie de masse à rapport isotopique (SMRI), et décidèrent d’y faire appel. Pour comprendre le principe de la SMRI, il faut savoir que chaque molécule de notre corps est constituée non seulement d’éléments différents, mais de différents ratios d’isotopes stables de ces éléments. Par exemple, dans le cas de l’oxygène, l’isotope le plus abondant (99,8 %) est l’oxygène-16 dont le noyau contient 8 protons et 8 neutrons. Le reste (c.-à-d. 0,2 %) est représenté par de l’oxygène-18 qui a deux neutrons supplémentaires (il y a aussi des quantités infimes d’oxygène-17). La SMRI est capable de déterminer le rapport qui existe entre ces isotopes, mais ce qui est important du point de vue de l’identification, c’est que ce rapport varie en fonction de considérations géographiques.

Imaginons ce qui se passe lorsque des nuages chargés de pluies voyagent de l’Océan Pacifique vers l’intérieur, vers Salt Lake City, par exemple, où a été retrouvée la victime. Les gouttes d’eau avec la plus grande concentration en O-18, plus lourdes, vont tomber en premier, laissant derrière elles, dans les nuages, une eau dont le rapport O-18/O-16 est moindre. Comme l’eau potable a son origine dans l’eau de pluie, les personnes vivant près de l’océan absorbent plus de O-18 que celles qui vivent à l’intérieur du continent. À partir de l’eau, ces isotopes de l’oxygène vont s’incorporer dans toutes les parties du corps, y compris les cheveux.

Si Saltair Sally avait vécu à Salt Lake City dans les semaines précédant sa mort, la zone de cheveux proche du scalp devrait refléter la signature isotopique locale. Par contre, si elle venait de la côte du Pacifique, on peut s’attendre à ce que la concentration en O-18 soit plus élevée. L’analyse des cheveux de Saltair Sally a suggéré aux enquêteurs que celle-ci avait voyagé plusieurs fois entre Salt Lake City et la côte nord-ouest des États-Unis; un indice qui a amené la police à diriger les recherches vers cette région.

Le 7 août 2012, douze ans après la découverte du corps, la police annonce qu’elle a identifié Saltair Sally. Il s’agit de Nikole Bakoles (ci-contre), originaire de l’État de Washington. Elle avait déménagé dans l’Utah en 1998, mais comme le suggère l’analyse de ses cheveux réalisée par la SMRI, elle était retournée dans chez elle plusieurs fois pour rendre visite à sa famille. Sa disparition avait été signalée par sa famille aux autorités de l’État de Washington, mais la police de l’Utah n’en avait pas été informée. Ce n’est qu’après les tests de SMRI que la police a concentré ses efforts vers la bonne région et que l’identité de la victime a été confirmée par des tests d’ADN. Maintenant, il s’agit de trouver le ou les coupables. Espérons que cela ne prendra pas douze ans!

Blog authors are solely responsible for the content of the blogs listed in the directory. Neither the content of these blogs, nor the links to other web sites, are screened, approved, reviewed or endorsed by McGill University. The text and other material on these blogs are the opinion of the specific author and are not statements of advice, opinion, or information of McGill.