Il faut arrêter de remercier les agriculteurs…

Ce n’est pas une oeuvre de charité, c’est une carrière. Les entrepreneurs agricoles ne travaillent pas pour le bien de la communauté, ils le font pour atteindre des objectifs personnels et commerciaux. On veut préserver les infrastructures régionales ? Il faudrait peut-être garantir des revenus pour les futurs producteurs… pas juste des « mercis ».

 

Un bon coup du ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, c’était le nouveau levier financier pour la relève. Plus besoin d’avoir déjà des actifs à hypothéquer si on veut un prêt de 100 000$ (Desjardins, 2019). Mais avec des terres pouvant aller à 27 000 $/ha et des quotas de productions aussi élevés, est-ce qu’on encourage vraiment les jeunes producteurs ? Ce n’est pas les millionnaires et les agriculteurs à temps partiel qu’on va attirer (Lemieux, 2019)?

 

La MRC de l’Érable a un beau projet pour combattre l’exode rural. On va permettre aux familles de construire une maison en l’échange d’une exploitation agricole à temps partiel (Tremblay, 2019). Pour ceux qui se le demandent, la différence entre une exploitation temps plein et temps partiels, c’est 25 000 $ de revenus par année versus 50 000 $.

 

Bon, la question à savoir si on préserve mieux les infrastructures avec des producteurs temps partiels ou temps plein en est une bonne. Mais comment on fait pour aider ceux qui veulent faire ça temps plein ? Ceux qui voudrait peut-être plus que 25 000 $ par années ?

 

Le marché pour les légumes ne serait pas encore saturé, mais pour combien de temps encore ? et surtout, dans quelles régions (MAPAQ, 2008)? Qu’est-ce qu’on fait si quelqu’un veut se lancer dans des productions animales ? On lui dit de trouver des garanties à valeur égale de son quota ? Voir définition de « millionaire ».

 

Pendant que les producteurs de lait de chèvre se font abandonner pour des compétiteurs internationaux et qu’on ouvre les frontières, petit à petit, aux produits américains… Est-ce qu’on devrait peut-être arrêter « d’encourager » l’agriculture locale et commencer plutôt à investir en elle ?

 

Prenons la volaille, un des seuls produits animaux dont la consommation augmente sans cesse dans les dernières années (Brett, 2017). Les recettes enregistrées au Canada s’élèvent à 2,5 milliards $ pour environ 1.2 milliard kg. Pendant ce temps-là on importe près de 150 millions de kg de poulet par année , qui v augmenter d’au moins 1% par année pendant 10 ans, grâce au l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) 2.0 (AAFC, 2017, 2018). Ah oui, ces producteurs la vont être compensés en passant… avec l’argent des contribuables.

 

Pendant qu’on tape la tête aux entrepreneurs caprins, qu’on compense les agriculteurs pour l’ouverture des frontières et qu’on ne laisse pas beaucoup de jeu aux jeunes dans les productions sous quota, il y a une province au Canada qui a sorti des sentiers battus. Au Manitoba, les producteurs de volailles ne répondaient pas à la demande de produits de spécialités (Bio, local, kosher, halal, etc.). Une solution facile qui n’a pas vraiment fait d’écho ailleurs. Ils ont augmenté la production hors quota à 2000 poulets par années(Paige, 2016).

 

Donc, imaginons un plan d’affaire d’un jeune producteur de proximité diversifié qui va bâtir sa clientèle. Ce n’est pas difficile d’imaginer qu’un projet de 2000 poulets de spécialité vaille plus que les 100 auxquels ils ont droit en ce moment.

 

La proximité avec la clientèle, les « fermiers de famille », les productions spécialisées hors quota, c’est là dedans qu’on peut y voir des nouvelles entreprises durables. C’est beau les remerciements, mais il faudrait penser aussi aux investissements.

Références

 

AAFC. 2017. Canada’s chicken industry. Agric. Agri-Food Canada. http://www.agr.gc.ca/eng/industry-markets-and-trade/canadian-agri-food-sector-intelligence/poultry-and-eggs/poultry-and-egg-market-information/chicken/?id=1384971854392 (accessed 11 February 2019).

AAFC. 2018. Annual Poultry Export/Import Report – Monthly Breakdown with Prior Year Comparison – Agricultural Industry Market Information System (AIMIS). – Agric. Agri-Food Canada. http://aimis-simia.agr.gc.ca/rp/index-eng.cfm?action=gR&r=188&signature=11FAA30295A4C2089A5518CAB39E345B&pdctc=&pTpl=1#wb-cont (accessed 11 February 2019).

Brett, M. 2017. Chicken Continues to be Canada’s Favourite Meat. Chick. Farmers Canada. https://www.newswire.ca/news-releases/chicken-continues-to-be-canadas-favourite-meat-626499051.html (accessed 11 February 2019).

Desjardins, J. 2019. Québec offre un nouveau levier financier pour la relève. La Terre Chez Nous. https://www.laterre.ca/actualites/politique/quebec-offre-un-nouveau-levier-financier-pour-la-releve (accessed 11 February 2019).

Lemieux, S. 2019. Fermes cherchent acheteurs millionnaires. La Terre Chez Nous. https://www.laterre.ca/actualites/en-region/fermes-cherchent-acheteurs-millionnaires (accessed 11 February 2019).

MAPAQ. 2008. Guide technico-économique de démarrage de l’entreprise maraîchère commericialisant selon la formule de l’agriculture soutenue par la communauté.

Paige, J. 2016. Manitoba Chicken Producers changing guidelines for small-scale producers. Manitoba Co-operator. https://www.manitobacooperator.ca/livestock/small-scale-chicken-quota-changes-stir-controversy/ (accessed 11 February 2019).

Tremblay, A. 2019. Combattre l’exode rural avec une agriculture à petite échelle. Radio-Canada. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1151324/grande-seduction-mrc-erable-victoriaville-exode-rural-agriculture?fbclid=IwAR12VNPpPIG3J0zL5GRdfhvQlZ3WcL3dsRLquFZNi5d0DoRvXMWFZCPdcwQ (accessed 11 February 2019).

 

2 responses to “Il faut arrêter de remercier les agriculteurs…”

  1. stevenpaolitto says:

    1- Invitant, mystérieux
    2- La relève agricole fait face à des difficultés variées et hors-contrôle qui méritent l’attention plus sérieux.
    3- La combinaison d’une bonne usage de l’humour (par exemple, la ligne « Voir définition de millionnaire » ) ainsi que des phrases qui ne sont pas, pour la plupart, trop longues et qui rendent la lecture plus facile.
    4- L’inclusion de l’exemple de la hausse de la limite de production volailler à jusqu’à 2000 poulets en Manitoba pour défendre les possibilités qui pourraient se procéder au Québec.
    5- Je trouve qu’on met trop souvent des points d’interrogations dans la première moitié du texte ; je comprends que c’est pour avoir un effet mais ça peut aussi avoir l’air un peu rosse donc à faire attention. Ça ferait plus « smooth » . Aussi, je ne pense pas d’avoir bien compris la raison pour avoir inclus quelques faits, notamment celui près du début concernant le projet avec l’exploitation à temps partiel. En conséquence, le lecteur ne reconnait pas le sujet central de l’article pour un bon bout du texte. Peut-être réviser, et définir plus les liens entre les différentes difficultés que subissent les jeunes agriculteurs, pour mieux développer l’idée centrale?

  2. camillepion says:

    1. Titre surprenant et provocateur!
    2. On comprend bien qu’on se doit simplement de redéfinir ce qu’est d’“encourager” les producteurs d’ici. Les « mercis » ne construisent pas des fermes.
    3. Le ton un peu provocateur, suscite réellement une réflexion. En posant de multiples questions au lecteur, ce dernier se sent interpellé.
    4. L’argument des productions animales est, à mon avis, celui qui donne ton son poids à cet article. Il est vrai qu’il semble relativement plus facile de s’établir en agriculture avec une production maraichère diversifiée qu’avec tout autre type de production. Toutefois, les légumes ne sont pas les seuls produits agricoles que les Québécois.e.s. consomment.
    5. La comparaison avec le Manitoba était très inspirante. Il aurait été intéressant d’avoir davantage de solutions. Peut-être qu’en ciblant un secteur de production il aurait été davantage facile de présenter les défis et les solutions possibles. Très bon article, l’intention est très claire.

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